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A propos du dieu de Javols

[article]

Année 1989 22 pp. 395-402
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Page 395

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À PROPOS DU DIEU DE JAVOLS

Jean-Marie PAILLER

Un article récemment publié dans cette Revue (1)a attiré à nouveau l'attention sur une grande statue de grès rouge mise au jour en 1969 au cours des fouilles de Javols (Lozère). Ses auteurs proposent de modifier l'interprétation donnée jusque-là de cette œuvre, depuis sa découverte, comme « statue de Bacchus » : il faudrait plutôt y voir le dieu au maillet celtique Sucellus confondu avec Silvain, divinité latine de la végétation et de la nature. On souhaite reprendre ici ce problème d'identification et de syncrétisme, en examinant plusieurs détails de l'iconographie (fig. 1 et 2).

Faisons sa place à une objection préjudicielle : ce type de débat recommencé sur une appellation divine, ou sur un rapprochement entre divinités, ne risque-t-il pas de sombrer dans une érudition répétitive et finalement vaine, sinon dans un « syncrétisme interprétatif » dépourvu d'intérêt ? Après tout, Bacchus, Silvain-Sucellus ou ... X, à Javols, quelle différence, et qu'importent nos incertitudes à l'histoire religieuse, à l'Histoire tout court ? On peut répondre à cela :

— que la solution retenue n'ira pas sans conséquence, puisque Sucellus est considéré par beaucoup comme le grand dieu celtique;

— que J.-C. Béai et P. Peyre, en fournissant de précieuses remarques sur le contexte de la trouvaille (2), ne donnent que plus d'intérêt aux tentatives d'élucider en particulier celle-ci;

— qu'enfin ce document s'inscrit dans le réseau gallo-romain des connotations « viti-vinicoles » de Sucellus, et de ses éventuelles relations avec Bacchus.

L'essentiel de notre démarche se résume à quatre propositions :

1) Le dieu de Javols est bien Sucellus.

2) Ce Sucellus appartient à un sous-groupe particulier et identifié de longue date : le dieu au maillet et à Voila y est aussi le dieu au tonneau.

3) Certains caractères spécifiquement bachiques de la sculpture de Javols lui font une place toute particulière dans la catégorie ainsi définie.

4) De ces observations découle une nouvelle lecture des motifs figurés au revers de la statue, où l'on doit reconnaître non des outils d'artisan, mais un mobilier cultuel dionysiaque.

(1) J.-C. Béai et P. Peyre, « Une statue antique de Silvain-Sucellus à Javols (Lozère)», dans R.A.N., 1987, p. 349-368.

(2) Ibid., p. 350-351, 361-366.

Revue Archéologique de Narbonnaise, 22, 1989, p. 395-402.

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