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Bulgakov et l'Ukraine

[article]

Année 1993 65-2 pp. 307-312
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Page 307

BULGAKOV ET L'UKRAINE

PAR GÉRARD ABENSOUR

La récente publication du texte de la Garde blanche (Belaja gvardija)1, première version de l'adaptation théâtrale du roman homonyme de Bulgakov nous met en présence d'un stade de création qui reflète bien évidemment les intentions initiales de l'auteur, contrairement au texte de la pièce les Jours des Tourbine (Dni Turbinyx), issu des pressions multiples exercées tant par les hommes de la scène que par les autorités politiques et dont la version définitive constitue le troisième stade de l'adaptation théâtrale de cette œuvre. (La première version des Jours des Tourbine ayant elle-même subi de fortes modifications.)

Un aspect curieux de ce texte est le fourmillement sur le socle de la langue russe d'incrustations en langues étrangères : on remarque évidemment les phrases prononcées en allemand par les deux officiers, von Schratt et von Dust, venus organiser la fuite de l'hetman ; il y a aussi une phrase en français prononcée par Thalberg : « Qui va à la chasse perd sa place » ; enfin l'ukrainien occupe une grande place tant par son ampleur (toute une scène) que par la signification qui s'y attache : c'est à cet aspect des choses qu'est consacrée cette étude.

I. La place de l'ukrainien dans la pièce la garde blanche

Comme indiqué, toute une scène, précisément le premier tableau du deuxième acte, se déroule presque totalement en ukrainien. Les événements ont pour cadre l'état-major du régiment de cavalerie de l'armée de Petlioura.

Le colonel Bolbotoun mène la danse : pour les contemporains ce nom évoquait infailliblement celui de Bolbočan, ataman redouté de l'armée indépendantiste ukrainienne, à qui la rumeur attribuait force exactions.

Voyons les personnages tels qu'ils sont présentés par l'auteur : Bolbotoun, « commandant le premier régiment de la cavalerie pétliourienne2 », Galamba, « centenier, commandant ľ avant-garde du premier régiment pétliourien3 », enfin les « haïdamaks », nom traditionnel donné aux soldats de l'armée ukrainienne

1. M. A. Bulgakov, Пьесы 1920-х годов, L., Iskusstvo, 1989 (les références qui suivent sont tirées de la présente édition).

2. « Командир 1-й конной Петлюровской дивизии » (p. 35).

3. « Сотник, командир разведки при 1-й Петлюровской дивизии » (р. 35).

Rev. Étud. slaves. Paris, LXV/2, 1993, p. 307-312.

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