Les assureurs savent que les dommages climatiques vont s'aggraver et qu'ils ne pourront pas tous les couvrir. Rien de surprenant jusque-là. Mais ils alertent désormais sur le risque d'une crise économique systémique et sur le "déni" qui persiste, y compris dans leur secteur.
C’est l'alerte lancée le 14 octobre par Inside Track x (Re)Assurance, groupe de dirigeants du secteur au Royaume-Uni et en Europe, dans sa note "Tirer la sonnette d'alarme".
Leur constat est connu : face à l'aggravation des risques climatiques, les assureurs augmentent les primes, restreignent leurs garanties ou se retirent tout simplement de certains territoires (cf un récent rapport de Reclaim Finance - ONG).
❗Mais il y a quelque chose de vertigineux à lire ces dirigeants expliquer que, malgré les bouleversements économiques et sociaux qu’ils anticipent, les assureurs font ce qu’ils sont censés faire : "bien choisir le moment" pour se retirer et éviter de supporter les dommages, quitte à en laisser le coût à d'autres.
Conséquences : inégalités accrues, pertes non assurées, secteurs fragilisés. À mesure que des biens immobiliers deviennent inassurables, c'est tout le système de financement de l'économie qui pourrait vaciller...
Si cette prise de parole est louable, les auteurs ne proposent pas de réponse à la hauteur du problème.
Or nous ne pouvons pas simplement assister à ce désastre.
En France, nous avons collectivement décidé, dans les années 1980, de ne pas laisser à leur sort les victimes de calamités naturelles. Notre régime Cat Nat, hybride unique en son genre, repose sur la solidarité nationale et la socialisation des risques. Un acquis précieux, qui a permis de dépasser la logique d’assistance.
Mais comment le préserver si les coûts du changement climatique continuent d’être largement socialisés, sans contribution à la hauteur de leur responsabilité de ceux qui aggravent le plus les risques ?
Car enfin, pourquoi les grands émetteurs ne participeraient-ils pas davantage à la prise en charge des dommages climatiques ?
Si toute la société a pris part à l’économie carbonée, tous les acteurs n’ont pas eu le même pouvoir de décision, la même connaissance des risques ni tiré les mêmes bénéfices. Et la science de l’attribution permet aujourd'hui de mieux documenter la contribution des grands émetteurs à certains événements extrêmes et aux dommages qui en résultent.
Il est temps d’en tirer les conséquences : imaginer de nouveaux financements, mais aussi explorer les recours de ceux qui indemnisent les victimes contre les acteurs ayant contribué aux dommages.
Dans la période que nous traversons, il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec les mouvements de contestation qui convergent de toutes parts. Notre contrat social est déjà profondément fragilisé. Allons-nous accepter que le changement climatique creuse encore les inégalités face à l’assurance, laissant progressivement les plus exposés sans protection ?
Notre Affaire à Tous
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