Affaire Albert Maës
| Affaire Albert Maës | |
| Fait reproché | Pédocriminalité |
|---|---|
| Pays | |
| Ville | Conakry |
| Date | entre 1994 et 2002 |
| Nombre de victimes | une quarantaine d'enfants |
| Jugement | |
| Statut | Affaire en cours d'instruction depuis 2017. |
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L'affaire Albert Maës concerne le religieux catholique Albert Maës, né en 1943 et membre de la congrégation des Frères du Sacré-Cœur. Il officie dans plusieurs écoles, gérées par sa congrégation, en France puis en Afrique avant d'être directeur d'une école et responsable une équipe de football pour enfants à Conakry en Guinée, à partir de 1992.
Dès 1975, il est accusé d’« attentat à la pudeur » dans l’établissement privé catholique Jeanne-Mance à Langres dans la Haute-Marne, mais l'affaire est étouffée et il est déplacé en Afrique. Puis il est accusé d’avoir violé plusieurs mineurs de moins de 15 ans entre 1994 et 2002. Les Frères du Sacré-Cœur le rapatrient en France, en 2002, quand les agressions du religieux deviennent publiques. Finalement, il est mis en examen en France en 2017 et reste depuis dans l'attente d'un procès.
Historique
[modifier | modifier le code]Albert Maës, né en 1943, enseigne l’anglais et le sport dans l’établissement scolaire privé catholique Jeanne-Mance à Langres dans le département de la Haute-Marne où il est aussi en charge de l'internat. En 1975, un autre professeur le signale pour des agissements qualifiés à l'époque d’« attentat à la pudeur ». Il imposait des attouchements et des masturbations à des élèves. Un témoignage ultèrieur, en 2026, évoque les viols d'un enfant interne et une volonté d'étouffer l'affaire[1],[2],[3].
Ainsi, en 1976, âgé de 33 ans, il est déplacé à sa demande en Afrique où durant sept ans il dirige le collège catholique de Man, en Côte d’Ivoire, il avait effectué sa coopération militaire, dix ans avant, dans ce pays à GagnoaPuis il rejoint quelques temps Abidjan et revient à Gagnoa prendre la direction du collège géré par sa congrégation les Frères du Sacré-Cœur jusqu’en 1990, date à laquelle il rentre en France pendant deux ans pour soigner, selon ses dires, une addiction à l'alcool[1].
Bernard Beudin nomme en 1992 Albert Maës à Conakry en Guinée. Il travaille alors au sein de l'école Sainte-Marie. En parallèle, il fonde le Football Club Séquence de Dixinn basé à Dixinn, une commune située dans la région de Conakry. Accusé de violences sexuelles par des enfants, il reconnait partiellement les faits mais qualifiant d’« étreintes » des actes de viol[1],[4].
En 2002, afin de le soustraire à la justice guinéenne, les Frères du Sacré-Cœur le rapatrient en France près du Puy-en-Velay, puis au siège de la communauté religieuse à Lyon[5].
Lors d'un interview pour l’émission Cash Investigation en 2017, il déclare : « En Guinée, j’étais à un moment donné comme un intouchable (…) je me sentais invulnérable ». Par ailleurs, il reconnait avoir donné des enveloppes pour obtenir le silence des jeunes victimes[6]. Pour obtenir le silence de celles-ci Albert Maës donne des sommes significatives de la main à la main, outre les promesses de carrière dans la clubs de football en France. Par ailleurs la police française découvre que le religieux a réalisé, depuis son compte bancaire personnel, 811 virements à au moins une quarantaine de jeunes et d'adultes, pour un total de 110 595 euros entre 2007 et 2016, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée mais aussi en Tunisie. Par contre, il est impossible de découvrir ses activités bancaires avant 2016. Le média Le Monde s'interroge sur l'origine de cet argent. Albert Maës indique « Je brassais un gros budget en Guinée, et j’avais tous les pouvoirs ». Une fois de retour en France en 2002, il gère alors les Calendriers de la Vie catholique, Albert Maës précise qu'il s'agit d'un budget de 400 000 euros par an. Quand l’importance des transferts d’argent est mise à jour par l’enquête des services de police en 2017, les Frères du Sacré-Cœur ne déposent pas plainte pour détournements de fonds[1].
Le , à la suite de cette émission, il est mis en examen pour viol sur mineur commis en Guinée par le parquet du Puy-en-Velay[7],[8].
En 2019, il est jugé par le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay à la suite d'abus de confiance au préjudice d’une association où il était bénévole quand il vivait en Afrique. Il a détourné, de 2007 à 2016, environ 67 000 euros. Il est condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis et une interdiction d’exercer la fonction de trésorier au sein d'une association pendant cinq années[9].
Le , l'association Mouv'enfants manifeste en soutien aux victimes guinéennes devant le siège des Frères du Sacré-Cœur, à Lyon, où Albert Maës est toujours protégé, pour demander qu'il soit enfin jugé[5],[10]. En décembre 2025, il est renvoyé devant une cour criminelle[9].
Absence de réaction des institutions religieuses
[modifier | modifier le code]Alors qu'Albert Maës reconnait les violences sexuelles devant sa hiérarchie, l'Église guinéenne et la congrégation des Frères du Sacré-Cœur ne réagissent pas : « À cette époque, ce genre d’affaire était étouffé »[1].
À la suite du retour en France d'Albert Maës en 2002, les Frères du Sacré-Cœur affirment avoir envoyé deux courriers en 2003 et en 2006 à la justice par simple lettre. Ces missives se seraient perdues sans que cela inquiéte outre mesure la congrégation. Pour les parquets de Mende et du Puy-en-Velay, il n'existe pas trace de ces signalements alors que même classé sans suite, le dossier aurait dû être enregistré. En 2016, apprenant qu'une enquête journalistique est en cours, les Frères adressent alors cette fois-ci un courrier en recommandé au procureur de la République de Mende pour dénoncer les actes de pédocriminalité du frère Maës[11],[4].
En 2017, lors de l'inculpation d'Albert Maës les Frères du Sacré-Cœur déclarent : « Notre prise de conscience des souffrances infligées aux victimes a été tardive et lente.[…] Nous avons failli en n’ayant rien fait pour connaître et entendre les souffrances de ces jeunes. Nous demandons pardon aux victimes »[8]. Puis en 2025, la congrégation indique que l’affaire Albert Maës est « dans les mains de la justice » et qu’elle n’a « plus rien à dire. »[6].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 Sandrine Berthaud-Clair, « « En Guinée, je me suis senti pousser des ailes, je pouvais abuser » : itinéraire d’un religieux pédocriminel entre la France et l’Afrique », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Albert Maës. », Après la CIASE, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Nicolas Corté, « Pédocriminalité à Langres : un nouveau témoignage contre Albert Maës. », Le Journal de la Haute-Marne, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Daphné Gastaldi, Mathieu Martiniere et Mathieu Périsse, « Abus sexuels: comment l’Eglise a exfiltré des prêtres entre la Guinée et la France. », Mediapart, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Témoignage : « Si tu dis que le blanc t'a fait ces choses, personne te croit », les victimes d'un pédocriminel en Guinée demandent justice », France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « Pédocriminalité : huit ans d’attente, les victimes africaines d’un religieux réclament un procès. », Afrik.com, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Julien Constant, « Haute-Loire : le prêtre pédophile aurait abusé de quarante enfants en Guinée », Le Parisien, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « Un religieux français mis en examen pour des abus sexuels commis en Afrique », Cath.ch, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Célia Chebbah, « Viols sur mineurs : un religieux résidant dans un Ehpad près du Puy renvoyé devant la justice », Le Progrès, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Lyon et Haute-Loire. Pédocriminalité: «Il ne se passe rien et il est libre», cette association réclame justice contre le frère Maës », Le Progrès, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Caroline Politi, « Pédophilie : Huit ans après sa mise en examen (et ses aveux), un religieux renvoyé devant la justice pour des viols. », 20 Minutes, (lire en ligne, consulté le )