Bas peuple
Le bas peuple est, notamment sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle, une expression désignant la partie la plus pauvre et la moins favorisée de la population. L'expression est ancienne : les dictionnaires de l'Académie française la donnent comme synonyme de « menu peuple » ou de « petit peuple », et la définissent comme désignant la partie la moins notable, la moins instruite ou la moins riche de la population. Elle possède également une connotation péjorative[1].
Sous l'Ancien Régime, l'expression peut désigner aussi bien les populations urbaines modestes que les populations rurales pauvres. Elle s'inscrit dans un vocabulaire social qui oppose notamment les catégories privilégiées ou aisées au « bas peuple ». À la fin du XVIIIe siècle, Louis-Sébastien Mercier emploie ainsi l'expression pour désigner les catégories populaires parisiennes et décrit les rapports de dépendance, de charité et de contrôle social qui les lient à la bourgeoisie[2].
Le développement de l'industrialisation au XIXe siècle transforme profondément les conditions de vie et de travail des populations modestes. L'essor de l'industrie et la concentration d'une partie de la population salariée dans les villes contribuent au développement de la « question sociale » et à l'apparition de nouvelles formes d'organisation et de revendication ouvrières. Dans le vocabulaire social du XIXe siècle, le terme « prolétariat » prend progressivement une importance croissante pour désigner les travailleurs dépourvus de propriété et dépendant du travail salarié[3].
Le Manifeste du parti communiste, publié en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels, emploie principalement le terme de prolétariat pour désigner la classe des travailleurs dans le cadre de leur analyse des rapports entre classes sociales. Il s'achève notamment sur l'appel :
« Les prolétaires n'ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
— Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste[4]
Bas peuple et prolétariat ne sont toutefois pas des notions strictement équivalentes. Le « bas peuple » est une expression sociale et péjorative pouvant désigner de manière large les catégories populaires pauvres ou modestes, tandis que le prolétariat constitue une notion sociale et économique plus précisément définie, notamment dans la pensée marxiste[3].
Vauban emploie l'expression dans sa Description géographique de l'élection de Vézelay, rédigée en 1696, pour décrire les conditions alimentaires des populations rurales pauvres de l'élection de Vézelay :
« Tout ce qui s'appelle bas peuple ne vit que de pain d'orge et d'avoine mêlées, dont ils n'ôtent pas même le son […] ; ils se nourrissent encore de mauvais fruits, la plupart sauvages, et de quelque peu d'herbes potagères de leurs jardins, cuites à l'eau, avec un peu d'huile de noix ou de navette, le plus souvent sans ou avec très peu de sel. Il n'y a que les plus aisés qui mangent du pain de seigle mêlé d'orge et de froment. »
— Vauban, Description géographique de l'élection de Vézelay[5].
Au cours des premières décennies du XIXe siècle, l'expression « bas peuple » tend progressivement à être concurrencée, dans les discours sur la pauvreté et la question sociale, par celle de « prolétariat ». Cette évolution ne signifie toutefois pas que les deux expressions soient devenues synonymes : le « bas peuple » renvoie à une catégorie sociale définie de manière plus large et plus floue, tandis que le « prolétariat » s'inscrit dans un vocabulaire économique et social nouveau[3].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « PEUPLE », sur Dictionnaire de l'Académie française (consulté le )
- ↑ Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, vol. X, (lire en ligne)
- 1 2 3 Dr Friedrich Seidel, « Die Soziale Frage in der deutschen Geschichte mit besonderer Berücksichtigung des ehemaligen Fürstentums Waldeck-Pyrmont », Revue du Nord, vol. 49, no 195, , p. 861-862 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, (lire en ligne)
- ↑ Vauban, Écrits économiques, (lire en ligne), « Description géographique de l'élection de Vézelay »