George Beech
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George Beech, ou George T. Beech ou George Thomas Beech, né le à Lansing (Michigan), et mort le à Kalamazoo (Michigan), est un historien médiéviste américain.
George Beech fait toute sa carrière à l'université de l'Ouest du Michigan à Kalamazoo, jusqu'à son éméritat. Il est notamment spécialiste du Poitou médiéval. Après avoir travaillé sur la Gâtine poitevine et les seigneurs de Parthenay aux XIe et XIIe siècles, il propose une théorie audacieuse à propos du Conventum, récit de conflits dans le Poitou du XIe siècle, dont il nie l'historicité, y voyant un texte littéraire. Il écrit d'autres études, sur Guillaume IX d'Aquitaine et sur Aliénor d'Aquitaine.
George Beech est également un précurseur de la prosopographie du Moyen Âge, co-fondateur en 1980 de la revue Medieval Prosopography. Il publie notamment une hypothèse nouvelle concernant l'origine de la tapisserie de Bayeux et un ouvrage sur le royaume musulman de Saragosse.
Biographie
[modifier | modifier le code]George Beech, ou George Thomas Beech est né le à Lansing (Michigan)[1].
Sa carrière se déroule, depuis le milieu des années 1960, à l'université de l'Ouest du Michigan à Kalamazoo, dont il accompagne la croissance[2]. Il y termine son parcours professionnel comme professeur émérite[3].
Historien du Poitou médiéval
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George Beech est d'abord un historien du Poitou médiéval, auquel il consacre sa thèse de doctorat, dirigée par Sidney Painter à l'université Johns-Hopkins. Elle est publiée en anglais en 1964 et traduite en français en 1997[2]. Dans ce petit ouvrage[4], George Beech étudie la Gâtine poitevine, petite région naturelle autour de la ville de Parthenay, qui constitue une unité géographique et politique, repeuplée aux XIe et XIIe siècles après avoir été presque désertée au Xe siècle[5]. Il s'inscrit ainsi dans la continuité d'autres travaux d'historiens français et belges centrés sur une région en particulier[6],[7].
Le livre expose la colonisation des XIe et XIIe siècles, la structuration d'une baronnie qui domine ce territoire — la seigneurie de Parthenay — et les relations entre les paysans et les seigneurs[7],[8]. Malgré son titre, la moitié de l'ouvrage est consacré aux relations féodales[9]. S'il juge que l'analyse économique est neuve, Marcel Garaud souligne que les seigneurs de Parthenay avaient déjà été étudiés par Bélisaire Ledain. Il récuse l'origine angevine que propose George Beech pour cette famille[10]. Au bilan, les sources sont rares et pauvres et les résultats de l'étude, malgré une méthode rigoureuse et les mérites de l'auteur[5],[11], sont assez décevants[9],[5],[4],[12]. George Beech publie ensuite des travaux sur le duc d'Aquitaine Guillaume IX et sur Aliénor d'Aquitaine[2].
En 1995, avec Yves Chauvin et Georges Pon, il co-édite, en latin, et co-traduit, en français et en anglais, un texte médiéval bien connu appelé le Conventum[13],[14]. Ce texte très riche raconte des conflits qui se déroulent en Poitou au début du XIe siècle, entre Aimeri de Rancon, Hugues IV de Lusignan, Bernard Ier de la Marche, l'évêque de Limoges Géraud et le duc d'Aquitaine Guillaume V[15],[16],[17]. Dans une longue introduction à l'édition proprement dite du texte, George Beech en réfute l'historicité, n'y voyant qu'un récit littéraire, pour des raisons de fond (manque de concordance avec les faits établis par ailleurs) et de forme (il n'est pas construit comme les autres actes juridiques et a des rapports étroits avec la chanson de geste Raoul de Cambrai). Ce point de vue, qui rompt avec le consensus jusqu'alors établi, est contesté par Dominique Barthélemy, qui voit dans ce texte « une très grande notice narrative, un récit partiel et argumentatif de faits réels »[18] et Jean-Yves Tilliette, même si ce dernier concède que George Beech « a raison de mettre son texte en relation avec la préhistoire de la chanson de geste »[19]. Stephen White relève que la distinction entre texte historique et texte littéraire ne semble pas si tranchée et souligne l'intérêt du débat[13] tandis que Jane Martindale considère que le Conventum ne ressemble ni aux autres documents poitevins ni à une chanson de geste et qu'il s'agit d'une sorte d'aide-mémoire[20].
Pionnier de la prosopographie
[modifier | modifier le code]George Beech est un précurseur de la prosopographie. En 1980, il co-fonde, avec Bernard Bachrach et Joel T. Rosenthal, la revue Medieval Prosopography, publiée par son université[21] et rédige l'introduction programmatique, qui propose « to identify hitherto unknown or obscure individuals and groups of individuals in positions of key importance in their respective societies and to assess their influence on events or movements of their times[22],[a] ». Cette revue prend en 2021 le nom de Medieval People: Social Bonds, Kinship, and Networks[23], afin de mettre l'accent sur l'analyse des réseaux[24].
Par ses publications et les relations professionnelles qu'il noue, George Beech devient un pont entre les historiens français et les universitaires anglo-saxons[2]. En 2002, il co-édite des travaux que des historiens français qui mènent des recherches sur l'anthroponymie médiévale française et méditerranéenne sont venus présenter au Congress on Medieval Studies de Kalamazoo en 1997. Ces textes sont des exposés méthodologiques et des études de cas sur l'évolution des noms de personne en Europe du Sud au Moyen Âge[25],[26],[27],[28].
Autres travaux
[modifier | modifier le code]George Beech participe aux débats autour de la tapisserie de Bayeux, publiant en 2005 un livre qui propose une hypothèse nouvelle sur les origines de cette œuvre d'art[21]. Il rompt avec le paradigme qui fait de l'évêque de Bayeux Odon, demi-frère de Guillaume le Conquérant, le commanditaire de la tapisserie de Bayeux, exécutée à Cantorbéry, juste après la conquête de l'Angleterre et propose, à titre d'hypothèse, que cette broderie a été commandée par Guillaume le Conquérant lui-même et réalisée à l'abbaye Saint-Florent de Saumur. Il s'appuie notamment sur l'existence attestée d'un atelier textile dans cette abbaye et sur la place disproportionnée prise sur la tapisserie par la guerre menée par Guillaume le Conquérant en Bretagne, autour de Dol, et à l'information précise sur cette campagne, préalable à la conquête de l'Angleterre. Or, l'abbé de Saint-Florent, Guillaume, était le frère de Jean Ier de Dol et entretenait des relations avec Guillaume le Conquérant. Les critiques soulignent la richesse de cette hypothèse, qui en reste une[29],[30],[31],[32],[33],[34],[35], et, selon Michel Parisse, « avant de proclamer que George Beech délire, il faudrait fournir des arguments pour prouver qu'il a entièrement tort. Et ce ne sera pas facile. »[33].
En 2008, George Beech publie un ouvrage consacré à Saragosse, capitale du royaume musulman de Saragosse au XIe siècle et au début du XIIe siècle. Ce sujet suscite sa curiosité à cause du vase de cristal d'Aliénor offert par le roi de Saragosse Imad al-Dawla Abdelmalik au duc d'Aquitaine Guillaume IX. George Beech présente le royaume de Saragosse jusqu'à sa conquête par Alphonse Ier d'Aragon, la ville de Saragosse elle-même, les relations entre les communautés musulmanes, chrétiennes et juives et surtout sa remarquable vitalité culturelle[36],[37],[38].
En 2011, George Beech publie un recueil de réimpression d'articles parus entre 1987 et 2006, organisé autour de la résolution d'énigmes par une enquête méthodique. Les sujets sont variés : notamment le vase de cristal d'Aliénor, les poèmes de Guillaume IX d'Aquitaine, la tapisserie de Bayeux, l'abbaye de La Chaise-Dieu, les premières occurrences du mot « England » ou la participation des Aquitains à la conquête de l'Angleterre[3],[39],[40].
George Beech meurt le à Kalamazoo (Michigan)[1].
Principales publications
[modifier | modifier le code]Ouvrages personnels
[modifier | modifier le code]- (en) A Rural Society in Medieval France : The Gâtine of Poitou in the Eleventh and Twelfth Centuries, Baltimore, Johns Hopkins Press, coll. « Johns Hopkins University Studies in History and Political Science » (no 82/1), , 141 p. (lire en ligne)[9],[5],[6],[4],[7],[12],[10],[8],[11].
- Traduction française : George Beech (trad. de l'anglais par Andrée-Jeanne Gilabert), Une société rurale dans la France du Moyen Âge : La Gâtine poitevine aux XIe et XIIe siècles, Parthenay, Patrimoines en Gâtine, (ISBN 978-2909944074).
- (en) Was the Bayeux Tapestry made in France? : The Case for Saint-Florent of Saumur, New York, Palgrave MacMillan, coll. « The New Middle Ages », , XII-142 p. (ISBN 978-1-4039-6670-4, lire en ligne
)[29],[30],[31],[32],[33],[34],[35]. - (en) The brief eminence and doomed fall of Islamic Saragossa : A great center of Jewish and Arabic learning in the Iberian Peninsula during the 11th century, Zaragoza, Instituto de Estudios Islámicos y del Oriente Próximo, coll. « Estudios árabes e islámicos » (no 8), , 395 p. (ISBN 978-84-95736-11-6)[36],[37],[38].
- (en) Solving Some Enigmas of the Middle Ages : The Historian as a Detective, Lewiston, The Edwin Mellen Press, , XVI–424 p. (ISBN 978-0-7734-1538-6)[3],[39],[40].
Ouvrages collectifs
[modifier | modifier le code]- George Beech, Yves Chauvin et Georges Pon, Le Conventum (vers 1030) : Un précurseur aquitain des premières épopées, Genève, Librairie Droz, coll. « Publications romanes et françaises » (no 212), , 192 p. (ISBN 978-2-600-00056-7, présentation en ligne)[18],[19],[13],[20],[14].
- (en) George T. Beech, Monique Bourin et Pascal Chareille (dir.), Personal Names Studies of Medieval Europe : Social Identity and Familial Structures, Kalamazoo, Western Michigan University, coll. « Studies in medieval culture » (no 43), , XVI-205 p. (ISBN 1-58044-063-0 et 1-58044-064-9)[25],[26],[27],[28].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Traduction : identifier des personnes ou des groupes de personnes jusqu'alors inconnus ou méconnus occupant des positions clés au sein de leurs sociétés respectives, et évaluer leur influence sur les événements ou les mouvements de leur époque.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « George Beech Obituary (2022) - Kalamazoo, MI », sur Legacy.com (consulté le ).
- 1 2 3 4 Rosenthal 2022, p. VII.
- 1 2 3 Christiane De Craecker-Dussart, « George T. Beech, Solving Some Enigmas of the Middle Ages. The Historian as a Detective, Lewiston–Queenston–Lampeter, The Edwin Mellen Press, 2011 ; 1 vol. in-8o, XVI–424 p. ISBN : 978-0-7734-1538-6. Prix : USD 159,95 ; GBP 104,95. », Le Moyen Âge, no 3, , p. VI–VI (ISSN 0027-2841, DOI 10.3917/rma.183.0683f, lire en ligne, consulté le ).
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Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Joel T. Rosenthal, « George Beech (1931–2022): In Memoriam », Medieval People: Social Bonds, Kinship, and Networks, vol. 37, , vii–x (ISSN 2690-8182, lire en ligne, consulté le ).