|
ALLER A LA TABLE DES MATIERES DE JULES L'AFRICAIN Oeuvre num�ris�e par Marc Szwajcer
JULES L'AFRICAIN
LES CESTES
|
LESCESTESΚεστοί DE JULES AFRICAINTRADUITS DU GREC Fragments des livres VI et VII
PR�FACE
Il a �t� souvent fait mention dans les �crits des auteurs anciens & modernes, d'un ouvrage militaire, nomm� les Cestes de Jules africain. Thevenot satisf�t le premier la curiosit� des savants, en publiant sur trois manuscrits, dont deux �taient de la biblioth�que du Roi & le troisi�me de celle de Colbert, certains fragments de cet ouvrage & en les mettant � la fin de cette int�ressante collection des Math�maticiens, qui sortit � Paris en 1693, de l'imprimerie Royale. A juger de ces fragments par les manuscrits qu'on en trouve dans d'autres biblioth�ques, on remarque que ce que Th�venot en a donn� au public, renferme � peu pr�s tout ce qui nous est rest� du travail de cet auteur. Jules Africain n� en Syrie, fleurit dans le troisi�me si�cle sous le r�gne de l'Empereur Alexandre S�v�re, auquel il avoir m�me d�di� une partie de ses �crits, comme Eus�be le rapporte. Il s��tait acquis de la r�putation par les cinq livres de sa chronologie,[1] dans lesquels il repr�sentait selon l�ordre des temps l�histoire des principaux �v�nements, depuis la cr�ation du monde jusqu'� son si�cle. L'ouvrage est perdu pour nous, mais on sait qu'Eus�be, Syncelle, Malalas, Th�ophane, Cedrenus & d�autres Chronologistes l'ont copi�.[2] Dans les neuf livres intitul�s Κεστοί, Cestes, Jules Africain traite dans un grand nombre de chapitres toutes sortes de mati�res, suivant tant�t ses propres id�es & tant�t ne donnant que de simples extraits d'autres auteurs. La G�ographie, l�Histoire, la G�om�trie, la Physique, la M�decine, la Magie, l�art de la Guerre, l'Agriculture, tous ces diff�rents objets y �taient effleur�s selon le go�t de son si�cle avec peu de m�thode & formaient la riche collection de ces Cestes. On sait qu'Hom�re appelle Ceste la ceinture que Venus pr�ta � Junon & qu'il la d�crit comme un tissu admirablement diversifi�, o� r�sidaient les charmes, les attraits, les amours, les amusements, les entretiens secrets & le badinage. Jules Africain se flatta que la vari�t� des mati�res qu'il tachait d'embellir par un style fleuri & agr�able, charmerait �galement l�esprit de ses lecteurs & m�riterait � son livre le titre s�duisant de Cestes. Il est possible que sa mani�re d'�crire ait eu de quoi plaire dans son temps, mais le peu qui nous reste de son ouvrage, nous fait juger, que ces charmes n'�taient pas de tous les si�cles. Les fragment que j'ai traduits ont fait partie du sixi�me et du septi�me livre de ces Cestes, qui semblent n'avoir trait� que de l'art de la guerre & des objets qui y avaient quelque rapport. Il est � remarquer qu'ainsi que cet �crivain transcrivait quelquefois dans son ouvrage des morceaux entiers tir�s des i livres anciens, les auteurs des si�cles post�rieurs ont us� de la m�me libert� � son �gard & tandis qu'on croit avoir perdu son recueil � ce petit nombre de fragment pr�s, nous en lisons peut-�tre encore aujourd'hui une bonne partie dans les �crits de ces Grecs modernes qui ont v�cu du temps des Empereurs de Constantinople. Il est certain que la G�oponica & l�Hippiatrica, deux ouvrages de ces si�cles, donc l'un a l'agriculture & l'autre la M�decine pour objet, contiennent plusieurs chapitres tir�s des Cestes d'Africain, de m�me que le livre de Michel Psellus des merveilles de la Physique & de la M�decine, dont Lambecius a publi� quelques articles qui avaient appartenu � notre auteur.[3] Il est tout aussi probable que l'Empereur L�on n'a pas manqu� d'en emprunter plusieurs morceaux & de les ins�rer dans sa tactique, comme il l�a fait � l'�gard d'Onosandre, d'Elien & d'autres qu'il n'a pas daign� nommer. Ce go�t des compilations qui dominait dans ce si�cle a fait que celui qui nous a conserv� ces fragments d'Africain, les a joints encore � d'autres qui ne sont pas de lui & c�est son style fleuri & �l�gant qui nous a fait reconna�tre qu'il n'y a que les quarante quatre premiers chapitres qui lui appartiennent. Casaubon avait d�j� remarqu� que ceux qui suivent jusqu'au 59�mc sont tir�s du Poliorceticon d'Eneas; & on voit assez par la diction rude & simple, par les expressions barbares & inconnues aux anciens & par d'autres circonstances, que les derniers chapitres sont pour la plupart, d'auteurs post�rieurs. Jules Africain n'�tant pas soldat lui m�me, parlait des affaires de la guerre comme Onosandre, comme V�g�ce, comme d'autres �crivains de cet ordre, en parlent. Toutes les fois qu'ils copient les bons auteurs de l'antiquit�, leurs rapports nous int�ressent & nous instruisent; mais tout ce qu'ils ajoutent de leur cru, ne fait pas toujours honneur � leurs lumi�res. On verra que le premier chapitre des Cestes & le commencement du second contiennent des d�tails fort curieux & fort instructifs qu'on lit avec int�r�t, Dans les chapitres qui suivent, il n�est plus question de la tactique. Il y traite de mati�res, qui quoiqu'elles aient quelque rapport � la guerre, sont plut�t du ressort de la Physique & des Math�matiques. Mais la mani�re dont il discute ces sujets, n�est gu�re propre � lui m�riter l'approbation de la post�rit� & ne d�pose pas non plus en faveur de sa morale. On le voit, lorsqu'il propose les diff�rents moyens de nuire � l'ennemi, enseigner l'art d'empoisonner les puits, les rivi�res, les vivres & l'air m�me. Heureusement tous ces artifices sont expos�s si obscur�ment & fond�s sur des superstitions si absurdes, qu'il n�est pas � craindre que l�on soit tent� de profiter de ses le�ons. Il y a eu. un temps o� l'on s�est r�ellement fait un cas de conscience de communiquer les Cestes d'Africain au public, par la crainte qu'on n'abus�t des secrets qu'on y croyait renferm�s. On dit de Julien Puchard qu'il en avait commenc� la traduction latine, mais que saisi d'horreur � la vue des sujets trait�s dans ce livre, il y avait renonc� de bonne heure. Jules Africain composa son ouvrage dans le temps que les Romains avaient des guerres tr�s vives & presque continuelles � soutenir contre les Perses & que toutes ces nations barbares qui d�truisirent dans la suite l'empire d'Occident, commenc�rent � se montrer & � inqui�ter les fronti�res. La peur qu'inspirait aux Romains la f�rocit� de ces peuples, �galait leur haine pour eux & comme, apr�s la d�cadence de la discipline militaire ils eurent de la peine � leur tenir t�te les armes � la main, on les vit souvent avoir recours aux trahisons & � la perfidie, jusqu'� se permettre des artifices de l'esp�ce de ceux qu'enseigne notre auteur. Mais ils n'en retir�rent la plupart du temps d'autres fruits que la honte de les avoir inutilement tent�s & ils aigrirent � un tel point les esprits de ces nations, qu'il n'y e�t sorte de cruaut�s & de d�solations qu'elles ne se crussent en droit d'exercer pour se venger de la l�che m�chancet� de ces Romains modernes, qui avaient si fort d�g�n�r� de la vertu de leurs anc�tres. C�est sans doute une des principales causes du m�pris & de l�aversion que ces barbares ont eu pour eux, ainsi que de l'acharnement avec lequel ils t�ch�rent d'extirper les habitants de l'Italie & des autres provinces de l'empire Romain. Comme on s�est g�n�ralement accord� � d�tester les pr�ceptes pernicieux de Jules Africain, on a eu de la peine � se persuader qu'il fut chr�tien & le m�me qui, �tant en commerce avec les p�res de l'�glise de son temps, avait �crit des livres de th�ologie & fait des commentaires sur la bible, selon qu'Orig�ne & d'autres le rapportent. C�est pourquoi quelques-uns ont cr� qu'il avait �crit les Cestes ou ses m�langes avant d'avoir embrass� le Christianisme & d'autres que l'auteur chr�tien �tait diff�rent du n�tre. Mais outre qu'il recommande dans ces Cestes de faire �crire en grands caract�res sur des barils de vin certain passage de la bible pour emp�cher que le vin ne se g�te, on ne pourra pas non plus affaiblir le t�moignage expr�s d�Eus�be, d'Orig�ne, de Suidas, de Photius & d'autres, qui ne distinguent pas l'auteur des Cestes, de celui des autres ouvrages. On remarquera ais�ment, en lisant sans pr�jug� l'histoire du christianisme des premiers si�cles, que la religion chr�tienne dans sa naissance ne gu�rissait pas toujours les hommes de leurs erreurs en fait de morale, ni de ce penchant qu'ils avaient alors � la superstition. Il para�t m�me que la doctrine des anges, des d�mons & de leur influence sur la conduite des hommes, contribuait souvent � �garer les esprits faibles & � donner plus de cr�dit aux exorcismes, aux enchantements & � tous les beaux secrets du grimoire. Ce ne fut que l'exc�s seul de ces superstitions, qui donna quelquefois lieu aux d�crets des Conciles qui les condamnaient. Jules Africain pouvait donc �tre orthodoxe, composer des commentaires sur la bible & en m�me temps un grimoire & enseigner l'art d'empoisonner les fontaines. J'ai traduit de ces Cestes les seuls chapitres qui regardent particuli�rement l'art de la guerre des anciens & je me suis content� de ne donner qu'un extrait des autres qui traitent de mati�res qui n'y ont pas un rapport direct. Le texte, grec a �t� si corrompu & est devenu si obscur par le grand nombre de lacunes qui s'y trouvent, que le savant Th�venot m�me n'a pas voulu se charger de cette traduction, de forte que c�est le seul trait� de Jules Africain qui paraisse sans version dans la collection. Les notes & les corrections de Boivin m'ont �t� d'un grand secours, ainsi que celles qui ont �t� �crites � la marge d'un manuscrit grec de ces Cestes que j'ai eu occasion d'acheter en Hollande & qui semble avoir appartenu au savant Maiboom. Je me flatte au reste, vu la disette des anciens auteurs militaires, qu'on me saura gr� d'avoir entrepris la traduction de celui-ci. Je sais assez que les mati�res qu'il traite n'int�ressent pas �galement. Mais on y trouvera du moins quelques particularit�s propres � enrichir nos connaissances & � nous donner une id�e de la science militaire & de la mani�re de faire la guerre dans le si�cle o� l'auteur a v�cu. Il vaut souvent mieux exposer aux yeux des lecteurs les travers d'imagination & les erreurs des hommes eu �gard � l'art de la guerre dans les si�cles pass�s, que de d�biter de son cru des absurdit�s & des romans militaires, qui ne valent pas mieux que les Cestes d'Africain & tout son grimoire. Le talent d'�crire avec facilit� s�duisit Africain & l'engagea � composer ses m�langes & � tirer vanit� des secrets qu'il se vantait de poss�der, comme il s�duit encore aujourd'hui ceux qui lui ressemblent & qui vendent avec autant de charlatanerie leurs drogues & leur orvi�tan. LES CESTESDE JULES AFRICAIN.
PR�FACE DE L'AUTEUR.
Les bons & les mauvais succ�s des entreprises, les malheurs & ce que font les hommes pour les redresser, tout ce qui arrive dans le monde, est l'ouvrage de la Providence ou d'une certaine fatalit� ou de la fortune. Mais il n�est pas moins utile d'en rechercher la connaissance, soit pour en profiter dans la conduite de notre vie, soit pour occuper agr�ablement notre esprit. J'ai tach� dans les ouvrages que j'ai d�j� publi�s & dans celui qu'on va lire, de satisfaire autant qu'il m'a �t� possible la curiosit� de mes lecteurs.
CHAPITRE I.Des Armements.J'ai �t� souvent �tonn� de ce que dans cette suite de guerres qui ont agit� le monde, la fortune se soit plus d�clar�e en faveur d'une nation que d'une autre, que les Romains aient triomph� des Grecs, que ceux-ci aient vaincu les Perses, que jusqu'� pr�sent ces m�mes Perses n'aient pu �tre vaincus par les Romains, que tous les peuples de cette partie sup�rieure de l�Asie d�fendent avec courage leur libert� & qu'ils fassent tous les jours d'heureux efforts pour soutenir leur �galit� contre nous. Curieux d�en savoir la cause je ne l'ai pas trouv�e dans la sup�riorit� de g�nie des g�n�raux, ni dans les forces militaires, vu qu'on sait assez que les bons officiers ne tiennent que peu de compte de la multitude d'hommes: J'ai observ� que c�est la nature des armes & l'esp�ce d'ordonnance des arm�es qui assurent dans les combats la sup�riorit� d'une nation sur une autre. Les Grecs sont pesamment arm�s. Ils ont la t�te couverte d�un bonnet militaire & portent la double cuirasse travaill�e en fa�on d'�cailles. Leur bouclier concave & garni d'une plaque d'airain le tient par deux anses, dont l'une passe jusqu'au coude & l'autre est empoign�e par la main.[4] Ils ont aussi une esp�ce de bottes � l'une ou � l'autre jambe. Leurs armes offensives sont la longue pique donc ils se servent dans les combats de pied ferme & qui ne ressemble pas mal aux lances des cavaliers de la garde de l'Empereur, le javelot & une �p�e large ou courte. Quoiqu'il semble qu'une armure si pesante n'ait pas permis aux Grecs de se mouvoir avec aisance, on voit pourtant que lorsqu'il s'agissait de se soustraire aux traits & d'aller au choc, ils ne manquaient ni de c�l�rit� ni d'adresse. Instruits � combattre, non seulement dans l'ordre serr� les boucliers joints ensemble, mais aussi en rangs & files plus ou moins ouvertes, les soldats Grecs �taient doublement redoutables, soit qu'ils agissent en corps, soit qu'ils se battissent homme � homme. Ils avaient seulement l'attention de s'avancer d'abord lentement & de faire m�me quelquefois halte, afin que la fatigue de la marche ne leur fit pas perdre leur vigueur & qu'ils fussent frais & dispos au moment de l'attaque. Mais ramassant pour lors toutes leurs forces ils se jetaient sur l'ennemi avec toute l�imp�tuosit� possible & au travers de tous les traits qu'ils esquivaient par cette imp�tuosit�, m�me de leur choc. Aussi � l'aide de cette discipline, font ils venus � bout de battre presque toujours les barbares & comment une infanterie � demi nue aurait-elle soutenu l'effort d'une troupe si bien arm�e? Toute la force de ces barbares se dissipe avec les traits qui partent de leurs mains, au lieu que la bonne armure fait la s�ret� du soldat qui joint l'ennemi & lui donne n�cessairement la victoire. Dans le temps m�me que celui-ci vient de loin & qu'il s'approche, sa cuirasse � l'�preuve des traits par la bont� de sa tissure en �cailles & son bonnet, le m�nent � l'abri des blessures. C�est surtout ce bonnet qui �tant encore couvert d'une enveloppe d'airain le garantit enti�rement de coups de fronde, car quelque soit la force de la pierre qui le frappe & le brise, celui de dessous d�fend encore suffisamment sa t�te. Le soldat grec a au reste son virage & son cou libres & peut sans g�ne, tourner ses regards de tous c�t�s. A l'aide de ses longues piques il repousse ais�ment la cavalerie quoiqu'arm�e de lances & il blesse ordinairement le cavalier, avant qu'il en soit atteint. L'infanterie des barbares, rang�e ordinairement sur peu de profondeur, doit �tre n�cessairement perc�e & mise en d�route au premier choc. Pour lors les Peltrastes & les armes � la l�g�re, qui pendant la bataille avaient �t� en s�ret� sous la protection de la phalange, n'ont pas de peine � recueillir les fruits de ces premiers succ�s en se mettant aux trousses des fuyards & en achevant leur d�faite. Les Mac�doniens d'ailleurs si industrieux, ne faisaient que peu d'usage de leur courte �p�e, arme d'ailleurs si forte & si redoutable. Il semble que la vari�t� des guerres, auxquelles ils furent engag�s, auraient d� leur faire na�tre l'id�e de s'en servir. Mais on leur trouve toujours la m�me ordonnance & les m�mes armes, soit qu'ils se battent contre les barbares, soit qu'ils aient � faire avec d'autres Grecs. On fait au reste honneur � ce roi soldat, de ce que les Mac�doniens arm�s de pied en cap, conservent sous leur bonnet, dit lac�d�monien, le visage toujours libre. Ce m�me Alexandre ordonna � ses soldats de se raser la barbe & lorsque quelqu�un lui reprocha qu'il �tait au visage son plus bel ornement, il lui r�pondit: ne sais-tu pas, l�che que tu es, que dans le combat, c�est par la barbe, qu'on donne le plus de prise � l�ennemi. Au reste aucun barbare qui n'a que sa peau pour couverture, fut-il le plus brave & le plus robuste, ne pourra jamais r�sister � des gens arm�s de la sorte. Les Romains portent le casque � nu & tout d'airain, mais, comme pour couvrir une partie des joues & le cou, ils y attachent encore des lames du m�me m�tal, qui descendent jusqu'au d�faut des �paules, ils n'ont proprement que la vue & la respiration de libres, ayant au reste le mouvement du cou plus ou moins g�n�. Leur cuirasse est de mailles & ils n'ont qu'une jambe arm�e. Le grand bouclier, dont ils se couvrent, n'a qu'une anse & ne se tient que par la main; il est par cons�quent moins propre � servir dans les synalpismes ou les tortues, vu que le soldat n'a pas assez de prise pour s'y appuyer bien fortement & pour s'affermir avec tout son bras. Leurs piques sont plus courtes & plus grosses que celles des Grecs.[5] Arm�s de cette mani�re les Romains n'ont pas laiss� de combattre presque toujours avec un grand succ�s. Ils avaient le corps couvert & en s�ret�, comme les Grecs; mais ils l'emportaient incontestablement sur eux par l'agilit�. Ils allaient � l'attaque & se retiraient, ils se saisissaient de m�me des endroits difficiles toujours avec plus de promptitude que les Grecs; & lorsqu'ils en venaient aux mains, l'habilit� qu'ils avaient acquise dans le maniement de leurs �p�es, leur �tait d'une ressource que les autres n'avaient pas, ou dont ils ne savaient pas faire usage, Dans ces m�l�es d�cisives les Romains blessaient les Grecs au cou qu'ils avaient d�couvert, avant que ceux-ci puissent prendre l'attitude convenable pour se mettre en d�fense. Outre cela, quoique les uns & les autres fussent �galement dress�s � l�art de se battre � l'arme blanche & que leur adresse f�t assez �gale, il y avait encore une certaine aisance dans l'ordonnance m�me des Romains, que les Grecs n'avaient pas & qui leur donnait l'avantage de ne rester jamais en d�faut, lors m�me que les longues armes devenaient inutiles. Ajoutez que si les Grecs se pr�sentaient le front h�riss� de leurs piques, les Romains �taient � l'abri d'en �tre bless�s par la nature de leurs cuirasses faites de mailles & que la confiance que le soldat avait en son armure, le d�terminait � les affronter & � pousser en avant. D'o� vient donc que les Romains qui ont triomph� des Grecs, n'ont battu que rarement les barbares que: les Grecs avaient presque toujours vaincus? En voici les raisons: oblig�s de se charger dans leurs exp�ditions d'un train consid�rable, les Romains avaient la coutume, pour couvrir leurs bagages, de faire avec leurs arm�es des Carr�s & c'�tait proprement cette ordonnance qui ne leur permettait pas de charger l'ennemi en courant. Ils commandaient pour cet effet aux soldats de mettre le genou en terre & de se couvrir de leurs boucliers comme d'un toit, pour former l'ordonnance appel�e commun�ment la Tortue. Ils se flattaient bien qu'en se couvrant de cette mani�re, ils obligeraient les Parthes d'�puiser leurs traits & leurs fl�ches. Mais, si cette man�uvre les mettait en effet dans ce moment � l'abri des coups, elle les laissait aussi dans une inaction, que la chaleur & les fatigues ne leur rendaient pas moins insupportables; les ennemis ne manquaient pas non plus de les tenir en haleine, car ces barbares toujours en grand nombre, se relevaient par troupes & quittaient par intervalles le combat pour se reposer, pendant que les Romains restaient toujours en action. Ajoutez que les soldats Romains �taient d�rout�s, d�s qu'ils ne se battaient plus en rangs & files & en corps & que les pierres que les ennemis lan�aient de leurs frondes, tombaient avec tant de violence sur leurs casques, qu'elles les rompaient d'abord & blessaient aussi leurs t�tes, tandis que les lames de fer qui leur couvraient le cou les embarrassaient trop pour les esquiver. Il faut observer encore que les Romains n'�taient pas fort adroits � lancer les javelots & qu'en poussant souvent dix � la fois � un seul endroit, ils ne tuaient quelquefois qu'un seul homme. Il est enfin indubitable que dans ces occasions leurs piques �taient trop courtes pour r�sister avec succ�s au choc des cavaliers barbares. C�est pourquoi, si l�on s'avisait de rev�tir les soldats Romains de cuirasses & de casques � la Grecque, si on leur fournissait des piques plus longues que ne le sont les leurs, si on les dressait � lancer leurs javelots avec plus de pr�cision & � se battre chacun pour sa personne; enfin si on les accoutumait � se jeter dans ces rencontres sur l'ennemi en courant de toutes leurs forces & jusqu'� ce qu'ils fussent sous ses traits, on pourrait �tre assur� que jamais les barbares ne leur r�sisteraient.
Observation.Toute la comparaison que Jules Africain fait entre l'armement des Grecs & celui des Romains, est fort int�ressante, d'autant plus qu'il croit y trouver la raison de diff�rents succ�s que ces deux nations ont eus dans les guerres qu'elles se sont faites. Le parall�le du judicieux Polybe entre le militaire de ces deux peuples & celui que Tite Live fait apr�s lui, est fond� sur la diff�rence de l'ordonnance de la l�gion � celle de la Phalange, sur ce que celle-ci n�est dans sa v�ritable force qu'en tant qu'elle est bien serr�e & qu'elle peut man�uvrer dans des lieux ouverts & unis, tandis que la l�gion en allant � la charge en rangs & files ouvertes, se pr�te mieux � toutes sortes de terrain. Cependant comme la nature des armes tant offensives que d�fensives influe principalement sur l'ordonnance des troupes & qu�elle la d�termine m�me en un certain sens, les points de comparai son sur lesquels Jules Africain insiste, sont �galement importants & peuvent servir de suppl�ment aux parall�les de Polybe & de Tite Live. Il semble que Jules Africain refuse au soldat Romain une qualit� que Polybe & Tite Live lui donnent pr�f�rablement, sa-voir celle de combattre en petites troupes & m�me homme � homme, tandis qu'il est incontestable que le soldat Grec arm� de sa sarisse ou de sa longue pique & peu styl� � manier l��p�e �tait beaucoup moins propre � cette esp�ce de combat & d'escrime que le l�gionnaire. Mais Jules Africain n'avait pas bien saisi l'objet dont il �tait question. C�sar dit que les soldats de ses l�gions �taient d�contenanc�s pr�s de L�rida, lorsqu'ils voyaient ceux d'Afranius s��parpiller pour les attaquer en petites troupes en front, � dos & sur les flancs, vu que les siens �taient accoutum�s � garder leurs rangs dans les combats & � ne pas se d�bander. Hirtius dit de m�me que dans la guerre d'Afrique, les l�gionnaires de C�sar �taient d�rout�s, lorsque toutes les troupes l�g�res des ennemis tant d'infanterie que de cavalerie les entamaient de tous c�t�s & qu'elles les accablaient d'une gr�le de traits, tandis qu'eux m�mes restant toujours en corps & n'osant pas sortir de la ligne, ne savaient au commencement, comment leur r�sister, jusqu'� ce que C�sar se donna lui m�me la peine de les exercer � cette mani�re de combattre. On con�oit ais�ment qu'une troupe pesamment arm�e qui n'a pour arme de jet que des pilons qu'elle ne peut lancer qu'� la distance de dix � douze pas ou tout au plus des javelots qui ne peuvent pas suffire longtemps, doit n�cessairement dans quelques occasions rester en d�faut contre de pareils ennemis. Mais � cet �gard les soldats de la Phalange ne l�emportaient s�rement pas sur les l�gionnaires. Au contraire leurs longues piques les g�naient bien plus que les pilons ne g�naient les Romains & il est bien clair, qu'ils auraient eu tr�s mauvais jeu, s'ils s'�taient d�band�s de la Phalange, pour courir apr�s les cavaliers. Jules Africain se trompe donc bien fort en all�guant l'avantage qu'il donne � cet �gard aux Grecs comme une des raisons qui leur firent vaincre les Perses plus ais�ment que les Romains n'avaient pu le faire. La v�ritable cause de cet �v�nement �tait que les Perses du temps d'Ag�silas & d'Alexandre avaient une tactique & une mani�re de combattre toute diff�rente de celle des Parthes qui leur succ�d�rent & avec lesquels les Romains eurent � faire. Les arm�es de Darius �taient de grosses masses d'infanterie & de cavalerie tr�s lourdes & tr�s mal disciplin�es, qui se mettaient en ligne vis-�-vis des Grecs & qu'il ne fallait qu'aborder pour les terrifier & pour les mettre en fuite : tandis que celles des Parthes n��taient presque compos�es que de la seule cavalerie, la plus leste & la mieux dress�e, qu'il y e�t pour lors au monde & qui n'�vitait rien avec plus de soin que les affaires g�n�rales. Jules Africain accuse encore les Romains d'�tre fort gauches & beaucoup moins habiles que les Grecs dans le maniement de leurs javelots. J'ai d�j� dit qu'il ne para�t pas que les soldats de la Phalange aient pu le servir des javelots, en m�me temps qu'ils portaient leurs sarisses & qu'Elien & Arrien ne les en arment pas non plus. Mais Polybe donne aux soldats des l�gions deux pilons, dont l�un plus grand, est cette arme particuli�re aux Romains qu'il d�crit assez exactement & l'autre plus petit �tait en effet de l�esp�ce des javelots que dardaient les V�lites. Il dit dans un autre endroit, que pour porter dans les marches ces deux armes conjointement avec les palissades, ils �taient oblig�s de laisser pendre leurs boucliers sur le dos. Cependant en faisant attention au r�cit de la plupart des batailles que Polybe, Tite Live & principalement Jules C�sar d�crivent, on ne d�couvre pas que l'infanterie l�gionnaire ait fait usage d'autres armes offensives que du pilon & de l'�p�e. Observez encore que le soldat Romain, ne para�t jamais muni de ces javelots dans les anciens monuments qui nous le repr�sentent. L'histoire militaire des Romains nous fournit des exemples, o� les l�gionnaires engag�s au combat, pass�rent quelque temps � se lancer de part & d'autre, des dards & des javelots, avant que d'en venir aux �p�es, surtout dans les attaques de portes & de retranchements. ainsi dans ce furieux combat qui se donna sur la montagne sous les murs de L�rida, les l�gionnaires de C�sar ne mirent tous ensemble l'�p�e � la main qu'apr�s avoir �puis� tout ce qu'ils avaient d'armes de jet, pendant un combat qui avait dur� cinq heures de suite & dans ces fr�quentes attaques de postes auxquelles la position des deux arm�es pr�s de Durazzo donna lieu, on s'accabla de part et d�autre de fl�ches & de dards lanc�s par les l�gionnaires. Ces circonstances conduisent naturellement � l'id�e qu'� l'occasion des grandes batailles, o� les l�gions quitt�rent des deux c�t�s leurs camps dans le dessein d'en venir aux mains au premier signal, les soldats n'�taient pourvus d'autres armes offensives que du pilon & de l'�p�e, avec lesquelles seules, ils d�cidaient pour lors l'affaire: mais qu'on fournissait des dards & des javelots � ceux qu'on d�tachait pour quelque entreprise, comme on distribue aujourd'hui des munitions aux troupes employ�es � des exp�ditions extraordinaires. Il est donc tr�s possible que les Romains ne fussent pas fort adroits dans le maniement de leurs dards, dont ils ne faisaient que rarement usage ainsi que le remarque ici Jules Africain. On voit au reste que la comparaison que cet auteur fait entre le militaire Grec & Romain, est d'un homme savant, mais qui n'a fait d��tudes de l'art de la guerre que dans le cabinet. On fait que de son temps & longtemps avant lui, il n'y avait plus de ces Grecs arm�s comme il le dit & qui se formaient en Phalange. Tout ce qu'il en rapporte, est pris des historiens de la vie d'Alexandre & de ces tacticiens Grecs qui �taient pour lors fort en vogue. Les Perses de son temps ne ressemblaient pas non plus � ceux qu'Alexandre avait vaincus, de sorte que toutes ces observations manquent de justesse. Le raisonnement de Jules Africain �tait pourtant celui de son si�cle. Artabanus, roi des Perses, apr�s avoir soumis les Parthes & d'autres nations voisines, s'�tait mis en t�te de r�tablir l'ancien empire de Cyrus. R�solu de chasser les Romains de l'Asie, il avait d�j� eu de grands succ�s contre les arm�es qui gardaient les Provinces de l'Asie, lorsque l'empereur Alexandre se vit dans la n�cessit� de rassembler de grandes arm�es & de les conduire en Syrie pour s'opposer � ce roi ambitieux & entreprenant. En le rappelant dans ces circonstances le souvenir de ces anciennes guerres que les Grecs & les Romains avaient faites aux Perses, on trouva qu'Alexandre les avait d�faits sans peine avec ses Phalanges, mais que Crassus & Antoine avaient �chou� contre cette nation, quoique leurs exp�ditions eussent �t� faites dans les temps les plus florissants de la R�publique. Sous le r�gne d'Alexandre S�v�re de m�me que sous celui de ses pr�d�cesseurs, on avait adopt� le tour d'esprit des Grecs & on d�f�rait beaucoup � leurs sp�culations sur toutes sortes d'objets. L'Empereur en �tait si �pris qu'il s'imaginait que pour venir � bout de ces Perses modernes, il fallait r�former les l�gions sur l'ancienne ordonnance de la Phalange Mac�donienne & leur donner � peu pr�s les m�mes armes avec lesquelles Alexandre avoir d�fait les Perses � Arbelles. On vit aussi les conseils que Jules Africain donne � la fin de ce chapitre, suivant le sentiment g�n�ral de son si�cle, se r�aliser en effet & les l�gions prendre la forme des Phalanges, au point qu'on donna m�me le nom de Phalange � un corps de six l�gions ou on avait introduit tous ces changements qui ne contribuaient pas peu � la d�cadence de la milice l�gionnaire. Le succ�s de l'exp�dition de l'Empereur Alexandre contre les Perses est diff�remment rapport� par les historiens. Selon Lampride, il d�fie les Perses & c�l�bra sa victoire � Rome par la pompe d'un triomphe. Mais H�rodien, plus digne de foi que Lampride, raconte qu'une grande partie de son arm�e essuya le m�me sort que les l�gions de Crassus & d'Antoine ; que s'�tant expo f�e dans une grande plaine, elle avait �t� soudainement entour�e & assaillie par la nombreuse cavalerie des Perses & qu'apr�s avoir fait des efforts inutiles & form� la Tortue, elle n'en avait pas moins �t� d�faite & taill�e en pi�ces. Comme les Parthes avaient de leur c�t� beaucoup souffert par le ravage de leur pays & par de fr�quents combats, ils se virent hors d'�tat de poursuivre leur victoire & laiss�rent par cette raison aux Romains toute la commodit� de se retirer avec les d�bris de leurs troupes. L'Empereur les ayant rassembl�s � Antioche, ne laissa pas de s'attribuer la victoire & de se faire d�cerner � Rome les honneurs du triomphe. H�rodien ajoute que les soldats aigris de leurs pertes, accus�rent l'Empereur d'indolence & d'incapacit� & qu'ils con�urent tant d'aversion pour lui, que Maximin n'eut pas de peine � les engager � la r�volte & � le massacrer au milieu de son camp. Les savants avaient d�j� remarqu�, que les changements introduits par cet empereur dans la forme & dans l'armement des l�gions, furent l'�poque de la d�cadence de la milice l�gionnaire. Il est assez int�ressant de trouver dans ce chapitre de Jules Africain, les vrais motifs qui y donn�rent lieu & les points essentiels de cette innovation.
CHAPITRE II.Des diff�rents moyens de d�truire l�ennemi.IL ne faut pas toujours d�cider la guerre par des batailles, ni rendre la fortune ma�tresse de son sort; l�issue des guerres est incertaine & tourne souvent contre toute attente. On a vu plus d'une fois de bonnes & de nombreuses arm�es, qui ne manquaient ni d'armes ni de discipline, �chouer par un vent contraire, quelquefois par le terrain qui leur �tait d�savantageux, tant�t par un pi�ge o� elles s'�taient laiss� entra�ner, tant�t par la soudaine apparition d'un objet, dont elles avaient �t� frapp�es. On sait encore comment le Dieu Pan s'en m�le au milieu du carnage. Les Phoc�ens mieux arm�s & mieux fournis de tout que les Th�bains & ne les ayant jamais craint dans les combats, s'effray�rent tout d'un coup, � la vue de ces m�mes ennemis, couronn�s de lauriers & prirent la fuite.[6] Un vent contraire & le soleil qui donnait dans les yeux des soldats caus�rent jadis la perte d'un Flaminius & d'un Paul Emile,[7] L�onidas tira autant de parti du d�troit des Thermopyles, que Xerx�s de ses cinquante myriades. A Marathon le Dieu Pan eut le plus de part � la victoire que les Ath�niens remport�rent sur les Perses & Th�mistocle �loigna Xerx�s de la Gr�ce par un heureux mensonge. Quelques uns enveniment les fl�ches pour rendre incurables les blessures qu'elles font & se servent de toutes fortes de drogues pour nuire � leurs ennemis, d'autres g�tent en fuyant les p�turages & d�truisent les troupeaux, d'autres encore empoisonnent les fontaines. Il n'est pas toujours � propos de faire; la guerre ouvertement & quelquefois: il faut attaquer son ennemi par des voies cach�es & par artifice. Les Carthaginois suivant une ancienne loi, r�compensaient les g�n�raux malheureux dont la conduite �tait irr�prochable & punissaient les t�m�raires malgr� leurs succ�s. Ils jugeaient du m�rite d'un g�n�ral par son habilet� & non par sa fortune. L'art de la guerre, dont plusieurs auteurs ont �crit, est d'un d�tail immense & exige de grands soins. Il faut qu'un g�n�ral sache choisir des lieux commodes, sains & o� il y a de l'eau, pour y placer son camp; qu'il ne manque pas de se saisir des hauteurs qui sont � sa port�e & de faire de bons retranchements, qu'il sache arranger ses corps de garde devant le camp, ses piquets de nuit, ses grand-gardes de cavalerie & ses patrouilles, qu'il aille lui m�me reconna�tre l'ennemi, qu'il fasse des d�tachements, soit pour aller au fourrage, soit pour dresser des embuscades. Il faut encore qu'il veille au bon �tat des armes de ses troupes, qu'il ne n�glige pas le d�tail des h�pitaux, ni des rem�des n�cessaires � la gu�rison des malades. Il faut surtout encore, qu'il se d�fie g�n�ralement de tout ce qui vient de l'ennemi. Ce qu'il fait ouvertement n'est pas ce qui embarrasse un homme habile & qui a lu l'histoire, c'est contre les man�uvres sourdes qu'il faut se mettre en garde. On a de bonnes th�riaques dont on se sert pour gu�rir les blessures des fl�ches envenim�es. Il y a un semblable rem�de contre l'effet des eaux infect�es, mais il vaut mieux d�fendre aux soldats d'en boire, d�s qu'on s'en aper�oit par le go�t sal� qu'elles conservent. S'il y a dans le voisinage du camp quelque for�t �paisse, il faut d'abord l'�clairer & m�me la couper s'il est n�cessaire, pour emp�cher que l'ennemi ne s'y cache : on fait aussi par une longue exp�rience qu'il faut se d�fier des bons p�turages qu'on rencontre. Un bon g�n�ral doit encore �tendre ses soins sur ce qui regarde la subsistance de son arm�e & s'�tudier � faire avorter tout ce que son ennemi imagine pour la lui rendre difficile, parce qu'il n'y a que ces attentions qui le mettent en �tat de temporiser. C�est en quoi consiste principalement l'habilit� d'un grand capitaine qui sait qu'il vaut mieux quelquefois se garantir du mal, que d'en faire. Lorsque Pyrrhus lutta contre les Romains, il se confirma par le temps & par l'inaction & � la fin, la disette & la d�solation du pays qui �tait le th��tre de la guerre, l'achev�rent. Je conseille surtout d'user d'une pareille conduite contre les barbares qui rassemblent leurs arm�es dans le moment & qui avec des forces peu r�elles font la guerre par incursion. Comme ils ne se pourvoient de vivres que pour un nombre limit� de jours & qu'ils n'en ont qu'une certaine quantit�, il est clair, que leurs provisions consomm�es, ils prennent d'eux m�mes la fuite. Pourquoi donc se h�ter d'en venir aux mains avec un pareil ennemi ? On n'a qu'� rester tranquille & sur ses gardes pour le voir bient�t chass� & vaincu, par ses propres mesures, puisqu'apr�s avoir consomm� inutilement le peu de vivres qu'il avait, il faut bien que la faim le fasse d�loger. Mais qu'on se garde bien de lui permettre de s'enfuir avec sa faim. Que la d�solation & la mort l'arr�te sans combat. Pour cet effet il faut faire en quelque sorte alliance contre lui, avec l'air, avec l'eau & avec tous les �l�ments. Alors il est temps de mettre en �uvre les secrets de l'art de la guerre, pour que cet ennemi trouve la mort en respirant, en buvant & en mangeant. L'air fut autrefois l�alli� des Ath�niens & les d�livra des Lac�d�moniens qui s'�taient empar�s de leur ville & il y eut un temps o� de semblables circonstances forc�rent les Carthaginois � rester malgr� eux dans la Sicile. Il y a m�me des Dieux particuliers auxquels les vainqueurs sacrifient dans ces occasions. Imitons ces Dieux & obtenons par notre art, ce qui n�a �t� pour lors qu'un de leurs bienfaits ou peut-�tre le seul effet du hasard. Qu'on pr�pare donc � ses ennemis une nourriture qui sera pour eux ce qu'est celle qu'on donne aux animaux qu'on engraisse la veille de leur tr�pas. Enfermez pour cela dans un vase bien lut�, pour que l'air n'y entre pas, un de ces crapauds venimeux qu'on trouve sous les arbres & une vip�re & ayant marqu� ce vase de ces caract�res Lydiens, que j�ai enseign�s dans mon grimoire,[8] gardez-le jusqu'� ce que ces animaux s'y consument. Puis vous en pilerez les d�pouilles au point de les r�duire en p�te, que vous d�layerez dans certaine quantit� d'eau, pour en faire une esp�ce d'onguent & vous frotterez les pains de cet onguent mortif�re. Lorsque vous aurez une assez grande quantit� de ces pains, t�chez d'en donner � l'ennemi de quelque mani�re que ce foie. Voici les moyens de les lui faire parvenir: conduisez un convoi � sa port�e & en l'escortant n�gligemment vous l�engagerez par l'appas du butin � se jeter dessus & � s'en emparer ; ou bien faites semblant de fuir; vous lui abandonnerez par l� votre camp rempli de pareilles provisions. L'avantage de ce stratag�me est tel que ces pains ne tuent pas d'abord ceux qui en go�tent & que les ennemis ont tout le loisir d'en porter encore � leurs domestiques, aux habitants d'une ville & � toute leur arm�e. Ce seront des repas pr�par�s par les D�esses vengeresses, aussi ne doit on se servir de cette ruse que contre les seuls barbares qui ne m�ritent pas mieux. Mais s'il arrivait que soup�onnant le danger, ou avertis par les transfuges, ils ne goutassent pas de ces pains & que vous les eussiez pr�par�s inutilement, du moins envoyez-leur tous les prisonniers que vous avez faits sur eux & d'autres malfaiteurs. Ce pr�sent ach�vera de les ruiner, parce que la n�cessit� de nourrir ces nouveaux h�tes, ne pourra qu'augmenter la disette & la faim. Qu'on tache aussi de les abreuver de la m�me mani�re. Il y a trois esp�ces d'insectes d'eau qu'on reconna�tra dans le second livre de notre grimoire au caract�re qui leur est propre. Qu'on en rassemble en quantit� & qu'on les broie ensemble, jusqu'� en faire une huile qu'on d�laye avec de l'eau. R�pandez-en dans ces �tangs o� vous savez que l'ennemi s'abreuve. Peu apr�s les hommes & les animaux qui en auront bu, s'enfleront prodigieusement, ils se sentiront atteints d'une ardeur br�lante & perdront leurs forces au point de n'�tre plus en �tat de porter leurs armes. Ils souhaiteront en fuyant qu'on vienne les achever. On se sert encore d'autres moyens d'infecter les eaux. Les puits se comblent de toutes sortes d'excr�ments m�l�s de pierres & s'il y a des fontaines d'o� les eaux d�coulent abondamment, on y jette la m�me huile dont j'ai parl�, en y ajoutant un extrait de coquilles marines, qui emp�che qu'elles ne soient potables de longtemps. Mais si ce sont des �tangs qu'on veut empoisonner, on se sert encore du suc de l'herbe appel�e Tithymale, dont l'effet n'est pas moins s�r. Qu'on ne s'imagine pas au reste que je sois le premier qui conseille de nuire � l'ennemi en infectant sa boisson. Les Barbares de l'orient ont plus d'une fois employ� ce moyen pour d�truire ceux qui sont venus leur faire la guerre dans leur propre pays.
CHAPITRE III.Des moyens d'empoisonner le vin.L'auteur rapporte un exemple d'un corps de troupes Romaines que certaine nation, dont le nom n'est pas assez clairement exprim�, dans le manuscrit, avait d�truit, en prenant la fuite � son approche & en laissant apr�s elle une bonne quantit� de vin empoisonn�. Il pr�tend que la chaux �teinte, la lessive & du buis font les drogues les plus propres � cet effet.
CHAPITRE IV.De la mani�re d'empester l�air.Les moyens que l'auteur propose ici sont aussi frivoles que ses autres secrets. Il nomme quelques serpents plus venimeux que les autres[9] qu'on trouve fr�quemment, � ce qu'il dit dans la Syrie & au sujet desquels il renvoie son lecteur � son grimoire. Il veut qu'on remplisse de grands vases de ces serpents & qu'apr�s les avoir bien ferm�s on les garde expos�s aux rayons br�lants du soleil, jusqu'� ce que tout soit enti�rement pourri. Il conseille ensuite de placer ces vases � certaine distance de l'ennemi & de ne les ouvrir que dans le temps que le vent souffle du cot� de son camp. L'exhalaison en doit �tre selon lui si p�n�trante, surtout de pr�s, qu'elle fait tomber � terre les oiseaux & crever les chevaux en pleine course. Pour se garantir des funestes effets de ces artifices, il conseille, lorsqu'on s'aper�oit que l�ennemi les a mis en pratique, d'allumer de grands feux devant le camp, de l'environner de distance en distance de cuirs r�cemment tann�s & de br�ler beaucoup d'encens. A ce chapitre le copiste en a joint un autre qui traite des moyens de nuire � l'ennemi en lui causant des insomnies. Outre l'exemple de Th�mistocle, qui inqui�ta pendant quelques nuits la flotte de Xerx�s, il cite la conduite des anciens g�n�raux Romains, lorsqu'ils �taient en pr�sence des ennemis. C��tait leur coutume, dit-il, de les alarmer chaque nuit en d�tachant une partie de leurs troupes l�g�res pour insulter les postes avanc�s & pour jeter m�me dans leurs camps une quantit� de fl�ches & de traits, en faisant beaucoup de fracas & en sonnant les trompettes de tous c�t�s, ils se pr�sentaient le lendemain en bataille sans aucun dessein de combattre, avec la pr�caution de se poster de mani�re, � ne pouvoir �tre attaqu�s. Apr�s avoir tenu cette conduite pendant quelque temps, il fallait n�cessairement que l'ennemi fut �puis� de fatigues & d'insomnie. Pour lors ils prenaient leur temps pour lui livrer bataille.
CHAPITRE VISp�cifique pour si donner de la valeur dans les combats.L'imb�cile auteur veut qu'on �ventre un coq qu'on fait avoir �t� bien vaillant, pour chercher dans son estomac certaine pierre, qu'il croit qu'on y trouve quelquefois. Il veut qu'on porte pendant le combat cette petite pierre, sous la langue ou sous le bras & en promet les effets les plus extraordinaires. Th�mistocle, selon lui, en �tait pourvu, lorsqu'il se battait contre les Perses & il pr�tend que c'�tait la raison pourquoi les Ath�niens apr�s la victoire �talaient un coq dans la pompe du triomphe.
CHAPITRES VI & VIIDes rem�des contre les douleurs qu�on souffre sous le couteau du chirurgien.LE copiste a s�par� ces deux chapitres qui n'en font qu'un seul. Les secrets que l'auteur y enseigne, sont l'usage d'un talisman qu'il d�crit, certaines paroles qu'on doit prononcer avant l'op�ration, l'attention de frotter d'huile le fer dont on a �t� bless� & d'autres pratiques superstitieuses.
CHAPITRES VIII �XIV.Des chevaux,Ces chapitres renferment certains secrets qui regardent les chevaux. Dans le huiti�me il dit dans son style d�clamatoire, qu'ainsi qu'on rencontre rarement un homme parfait, on ne trouvera pas non plus de cheval exempt de d�fauts. Il fait l��num�ration des principaux & finit par recommander de graver sur l'ongle du pied gauche de devant, une lune avec certaines paroles & certains caract�res, comme un excellent moyen de rendre en peu de temps, le cheval le plus farouche souple & ob�issant. Dans le IXe chapitre il parle des moyens d'emp�cher que les chevaux ne hennissent surtout lorsqu'on se met en embuscade avec la cavalerie. Il cite l'exemple d'Aristom�ne le Mess�nien, qui dans ces occasions ne se servit que de juments & qui d�couvrit une fois par leur moyen une troupe de Lac�d�moniens qui s'�taient cach�s pour le surprendre. Selon lui le meilleur moyen dont les anciens guerriers & surtout les Parthes se soient aussi servi pour faire taire les chevaux, c'est de ferrer avec une corde de boyaux bien fortement & jusqu'� la faire entrer dans la peau, la queue du cheval un peu au dessus de l'origine des crins. La douleur qu'ils en ressentent r�prime l�instinct & l'envie qu'ils ont de hennir. Dans les chapitres X & XI qui n'en font qu'un, l'auteur insiste sur une qualit� particuli�re qu'il attribue aux chevaux, c'est de pr�voir l'avenir & d'en donner des signes assez manifestes, soit en dressant les oreilles, soit par le mouvement de leurs yeux, soit aussi par leurs gestes & par leur voix. Il pr�tend m�me qu'ils peuvent voir quelquefois des esprits & qu'� l'approche d'un danger �minent on les a vus plus d'une fois regimber & t�moigner par des hennissements & des sauts, la r�pugnance qu'ils avaient � s'y exposer. Hom�re avait d�j� lou� cette qualit� dans les chevaux de la Thessalie. Il propose ensuite des rem�des contre la gourme & contre les fluxions qui leur surviennent aux yeux. Il recommande � cette occasion les feuilles de la vigne & un suc extrait du lierre, dont il veut qu'on oigne plusieurs jours de suite les yeux des chevaux pour les gu�rir de la chassie. Dans le XIIe chapitre il dit, qu'on doit attacher � l'oreille d'un cheval peureux, la queue de certain animal qu'il d�signe dans son livre de caract�res, pour lui faire perdre cette mauvaise qualit�. Dans le XIIIe chapitre il loue certaine esp�ce de mords & d'�perons que les anciens appelaient des pieds de-loup propres � faire courir les chevaux. Il y ajoute encore quelques pratiques superstitieuses qui leur font acc�l�rer leur course.
CHAPITRE XV.Des moyens d'effrayer les chevaux.L'auteur commence ce chapitre par le conte suivant: Un homme se pr�senta aux Sybarites avec quelques chevaux dress�s avec tant d'art qu'il pouvait les faire marcher sur les pieds de derri�re & ex�cuter toutes sortes de danses au son des instruments de musique. Mais rebut� & maltrait� par les Sybarites il alla pour s'en venger chez les Crotoniates leurs ennemis, qui venaient d'en �tre d�faits dans un grand combat de cavalerie. Leur ayant promis une victoire immanquable, s'ils voulaient d�f�rer � ses conseils & ceux-ci acceptant ses offres, il commen�a par rassembler tous les joueurs d'instruments qui se trouvaient dans la ville. Il leur enseigna � tous un certain air de musique & les voyant en �tat de l'ex�cuter de concert, il fit conduire l'arm�e des Crotoniates � la rencontre de celle des Sybarites. A peine s��taient-elles approch�es � certaine distance l'une de l'autre qu�il donna le signal aux joueurs d'instruments de jouer tous ensemble l'air qu'ils avaient appris. L'effet en fut des plus extraordinaires. On vit tout d�un coup les chevaux ennemis s�effaroucher, se cabrer & jeter leurs cavaliers � bas. Toute la cavalerie �tant �pouvant�e & en d�sordre, les Crotoniates fondirent sur elle; & n'eurent pas de peine � la d�faire enti�rement. Cette victoire �tait encore c�l�br�e longtemps apr�s l��v�nement, par des sacrifices qu�on faisait � Neptune surnomm� Taraxippus, ou celui qui �pouvante les chevaux. L'auteur se fait fort d'enseigner un exp�dient qui produira le m�me effet bien plus s�rement que ne le fait le son des instruments. Il veut qu'on amasse une grande quantit� d'Euphorbe pulv�ris�, qu'on en remplisse de grandes seringues que plusieurs personnes tiendront en main devant le front de l'arm�e pour la r�pandre � l�approche de l'ennemi & en remplir l'air. L'auteur assure que cette gomme r�sineuse pulv�ris�e & connue pour un puissant sternutatoire, produira dans ces occasions des effets prodigieux; que les chevaux en seront comme �tourdis & qu'aveugles & furieux ils d�sar�onneront leurs cavaliers ; de mani�re qu'il n'en co�tera pas beaucoup pour achever leur d�faite. L Euphorbe fait selon l'auteur plus de mal dans un combat de cavalerie, que toute la d�charge des traits & des fl�ches... Il parle ensuite d'autres plantes & drogues nuisibles aux chevaux & conseille m�me de profiter d'un vent favorable pour chasser la fum�e de vieux haillons du c�t� de l'ennemi. Il raconte sur la fin que Dercyllidas: g�n�ral Lac�d�monien, s'�tant une fois trouv� dans une plaine avec la seule infanterie, vis-�-vis de l'ennemi qui �tait fort sup�rieur en cavalerie avait d'abord form� le carr�, pour faire face de tout c�t�, mais qu'en m�me temps il avait ordonn� aux soldats des derniers rangs, de creuser sous leurs pieds avec leurs seules �p�es de petites fosses & que celles-ci �tant promptement faites, il avait ramen� toute sa troupe derri�re ces fosses, o� se trouvant en suret�, elle avait ais�ment brav� tous les efforts de la cavalerie ennemie.
CHAPITRE XVI � XIX.L'auteur prescrit dans ces chapitres quelques recettes contre les maladies des chevaux & des mulets. L'empereur Constantin Porphyrog�n�te fit faire l'extrait de plusieurs auteurs, qui avaient �crit sur la m�decine v�t�rinaire & cette collection nous est conserv�e sous le titre de Hippiatrica que Simon Gryneus fit imprimer � B�le l�an 1537 & dont Jean Mass� donna la traduction fran�aise � Paris en 1563. On y retrouve les m�mes chapitres de Jules Africain, qu'on lit ici.
CHAPITRE XX.L'auteur propose comme un bon moyen d'exercer les troupes, celui de les faire aller � la chasse, surtout � celle des lions. Il d�crit ensuite la meilleure mani�re d'y r�ussir. Le g�te du lion trouv�, on l'entoure � certaine distance d'un cercle de troupes qui se couvrent de leurs boucliers, de la m�me mani�re qu'elles forment la tortue. On n'y laisse qu'une petite issue, devant laquelle on a arrang� un pi�ge tel qu'il le faut pour prendre une pareille b�te. Le lion excit� par des feux & par le son des trompettes & des timbales, n'osant se jeter sur la barri�re que lui pr�sentent les boucliers, veut s'�chapper par le vide qu'on a laiss� & tombe dans le pi�ge. L'auteur dit avoir trait� de la chasse des b�tes f�roces dans un autre ouvrage.
CHAPITRE XXI.L'auteur expose, en se r�f�rant aux �l�ments d'Euclide, la m�thode ordinaire de mesurer des hauteurs inaccessibles, ainsi que la largeur des rivi�res, sans qu'on ait besoin de les traverser. Le texte �tant, comme partout, tr�s corrompu, on a de la peine � trouver les rapports entre les lettres de renvoi & les figures qui y sont trac�s & qui d'ailleurs ne contiennent rien que ce qui est d�j� g�n�ralement connu.
CHAPITRE XXII.Des avantages d'une bonne vue & des moyens de renforcer l�ou�e.L'auteur remarque que ce sont ordinairement les Numides qui ont la vue excellente tant parce qu'ils vivent dans un air pur & qu'ils s'abstiennent de bains chauds & du fr�quent usage du sel, comme �tant les deux choses qui y nuisent le plus, que parce qu'occup�s continuellement � tirer de loin, ils exercent leur vue plus que les autres peuples. Pour ou�r de loin, surtout pendant la nuit, il veut qu'on creuse de petites fosses & que les ayant couvertes de quelque �toffe on y applique l�oreille, il pr�tend qu'on s'apercevra souvent alors & tr�s distinctement des bruits qui �chappent � ceux qui sont debout.
CHAPITRE XXIII.Des moyens de se pr�server du sommeilApr�s une pompeuse description du sommeil & de l'empire qu'il a exerc� sur plusieurs h�ros de l�antiquit� & sur les Dieux m�mes, l'auteur recommande, pour s�en garantir dans l�occasion, d'arracher la t�te � une chauve-souris & de la porter dans un petit sac, il assure que rien n'endormira celui qui en est pourvu.
CHAPITRE XXIV.Des El�phants.L'auteur d�crit dans son style fleuri tout le mal qu'on a � craindre des �l�phants dress�s � la guerre & arm�s avantageusement. Il faut bien se garder de leur opposer de la cavalerie, qui s��pouvante ordinairement � leur aspect & qui ne peut d'aucune mani�re leur r�sister. Il vaut mieux les attaquer par tout ce qu�on a de gens de trait dans l'arm�e ; ils r�ussissent quelquefois � blesser les hommes qui les conduisent & l�animal m�me. Il devient pour lors furieux & se jette souvent aussi bien sur ceux qui l'ont amen�, que sur les ennemis. Le son des instruments auxquels on fait jouer les airs les plus bruyants & les plus terribles, ne laisse pas non plus de les d�contenancer. L'auteur propose cependant un exp�dient qu'il pr�tend �tre plus s�r & plus efficace contre ces animaux que tout ce qu'on a jamais imagin�: c'est de r�pandre devant le front de l'arm�e une quantit� suffisante de grandes chausse-trappes & de pi�ges dont on se sert contre les b�tes f�roces. Selon lui l'�l�phant bless� au pied n'avance, plus & rebrousse d'abord chemin. Toute sa rage tombe pour lors sur ses conducteurs; il les abat & il devient dans ce moment plus dangereux � ses ma�tres qu'� l'ennemi.
CHAPITRE XXV�XXVIII.IL parle des avantages de l�agriculture & de la diversit� des productions de diff�rents pays. Les uns n'�tant propres qu'� la culture des bl�s & les autres qu�� celle des vignes. Dans les pays o� l'on fait un vin aigre & mauvais, on doit le corriger par la cuisson & o� il n'y en a point du tout, il faut y suppl�er par d'autres boissons, qu'on peut pr�parer au moyen de grains, de racines, de glandes ou d'autres fruits, ainsi que font les Egyptiens, les P�oniens, les Gaulois & les Babyloniens. L'auteur propose dans le XXVIe chapitre une mani�re de faire une boisson qui ressemble au vin avec des figues s�ches & de la r�glisse. Dans le XXVIIe il enseigne l'art de faire & de conserver le vinaigre. Ce chapitre se trouve aussi � la fin du VIIIe livre de la collection de diff�rents auteurs qui ont �crit sur l�agriculture, que le m�me empereur Constantin Porphyrog�n�te, dont j'ai parl� en haut, fils de L�on le Sage a fait rassembler sous le titre de G�oponica. Pierre Needham en a donn� � Cambridge en 1703 une bonne �dition avec la traduction latine. Cet ouvrage est traduit en fran�ais par Antoine Pierre de Narbonne & imprim� � Leide 1557 & en allemand par Michel Herrius sous le titre: Das Veltbau, oder das Buch von der Veltarbeit. Strasburg 1567. Dans le XXVIIIe chapitre Jules Africain enseigne l�art de faire l'huile ; on l'a inf�r� aussi dans le IXe livre du recueil que je viens d'indiquer.
CHAPITRE XXIX.De l�art de tirer de l�arc.L'auteur dit lui m�me que c'est le dernier chapitre de ce livre des Cestes & il y expose quelques particularit�s sur l'art de tirer de l�arc. Si une fl�che tir�e de l�arc continuait son vol avec la m�me vitesse & sans �tre arr�t�e, vingt quatre heures de suite, elle parcourrait l'espace, des vingt mille stades. L'essai en fut fait en sa pr�sence & de la mani�re suivante. On pla�a dix hommes � la distance d'un de ces arpents dont six font un stade, c'est � dire, de cent pieds l'un de l'autre, munis chacun d'un arc band� & la fl�che � la d�tente. D�s que le premier eut d�coch� sa fl�che, le second tira la sienne dans l'instant m�me, qu'il vit passer celle du premier, le troisi�me en fit autant & ainsi de suite jusqu'au dernier. En multipliant apr�s cela l'espace avec le temps, on trouva qu'il fallait une heure pour faire parcourir de cette mani�re aux fl�ches mille stades & par cons�quent vingt quatre mille stades en vingt quatre heures. L'auteur retranche quatre mille stades pour le temps que chaque mouvement de la main aurait pu faire perdre dans la totalit� & en d�duit le compte rond de vingt mille stades. Ce calcul ne para�t pas �tre fort exact, mais il en appelle au t�moignage d'un certain Syrmus Scythe de nation & de Bardesane le Parthe, les plus fameux archers de son temps, qui ont fait le m�me calcul. Jules Africain cite ensuite quelques exemples de personnes qu'il avait connues & qui avaient excell� dans l'art de tirer de l'arc. Il commence par exalter la prodigieuse adresse d'un certain roi Enancarus & de son fils Mannus qu'on ne conna�t pas par l'histoire. Un jour l�auteur les ayant accompagn�s � la chasse, on vit inopin�ment un grand sanglier sortir de sa tani�re & se jeter sur les chasseurs. Comme tout le monde voulait s'enfuir, Mannus les rassura & ayant d�coch� promptement deux fl�ches de son arc, l�une apr�s l'autre, il en creva si bien les deux yeux de cet animal, qu'�tant aveugl� il ne fut plus dangereux pour personne. Il parle ensuite de la singuli�re adresse d'un Parthe nomm� Bardesane, qui s'�tant plac� � certaine distance d'un jeune homme, visa si juste en tirant ses fl�ches sur le bouclier que celui-ci tenait �lev�, qu'il d�crivit le contour & les traits de son visage par les marques que les pointes de ses fl�ches imprimaient dans ce bouclier. Il rapporte � la fin l'exemple d'un autre habile archer, nomm� Syrmus dont il dit avoir �t� t�moin oculaire. Celui-ci s'exposa lui m�me comme but aux fl�ches d'un autre tireur d'arc, sans avoir m�me endoss� la cuirasse, mais il sut de son c�t� viser avec tant de justesse, qu'il ne manqua jamais de rencontrer avec sa fl�che celle que l'autre avait d�coch�e contre lui & comme les siennes �taient �mouss�es, celles de son adversaire, qui �taient pointues, s'ench�ssaient ordinairement par la violence du coup dans ses propres fl�ches & tombaient ainsi li�es ensemble, � ses pieds.
CHAPITRE XXX.Conform�ment � ce que le chapitre pr�c�dent a �t� nomm� le dernier du livre, un des manuscrits de la Biblioth�que du Roi marque ici le commencement du septi�me des Cestes. Mais il n'y en a que peu de fragments de conserv�s & seulement quelques paroles de ce premier chapitre, dans lequel l'auteur avait trait� de la mani�re de rendre le bois d'�b�ne propre � recevoir des couleurs.
CHAPITRE XXXIL'auteur enseigne l'art de donner au vin la facult� de faire dormir trois jours de suite ceux qui en boivent. Il propose de le m�ler avec certaine quantit� d'opium & de suc de la jusquiame ou de l'Hyoscyamus des anciens. Il croit que pour r�veiller un homme endormi par cette boisson, on n'aurait qu'� lui faire entrer beaucoup de vinaigre par le nez.
CHAPITRES XXXII & XXXIII.L'auteur dit que si l�on veut d�truire tous les arbres d'un pays, on n'a qu'� ficher au tronc une des ar�tes de la pastenaque, poisson de mer de l'esp�ce des scorpions; ils p�riront infailliblement except� le pommier qui y r�siste. Selon d'autres les cosses des f�ves appliqu�es aux racines font �galement s�cher les arbres. Cependant dit-il � la fin, on en vient plus s�rement � bout � coup de haches. Lorsqu'il s'agit de g�ter les campagnes & de les rendre st�riles, l'auteur propose d'y semer l'Ell�bore, � l'exemple d'Alexandre qui for�a par ce moyen les Alanes � se soumettre. On ruine aussi pour long temps les r�coltes, en labourant les champs, apr�s y avoir r�pandu Une grande quantit� de sel.
CHAPITRES XXXIV. XXXV. XXXVI.Dans ces chapitres l'auteur expose trois secrets � l'usage de la cavalerie. L'un qu'il dit avoir appris dans la Physique d'un certain Neptunien, c'est d'arr�ter les chevaux en pleine course, en jetant � leur rencontre des os de talons de loup. L'autre qu'il regarde comme la ressource des faibles, c'est d'armer les cavaliers de flambeaux br�lants, au moment qu'ils vont � l'attaque: & le troisi�me pratiqu� souvent par les anciens g�n�raux, pour para�tre en certaines occasions plus fort en cavalerie qu'on ne l'est en effet, c'est de faire monter les valets & les palefreniers de l'arm�e sur des chevaux de b�t & sur des mulets, en les pla�ant au loin, rang�s par troupes comme par autant d'escadrons.
CHAPITRE XXXVII.L'auteur pr�tend avoir appris d'un homme digne de foi la vraie m�thode des Scythes pour empoisonner les fl�ches. C'est de tirer au moyen du feu du Titymale, appel� Characites, une esp�ce de suc �pais & d'en frotter les pointes.
CHAPITRE XXXVIII.L'auteur croit que la vinaigre est d'une grande utilit� dans les incendies, non seulement en l'employant pour �teindre les flammes, mais aussi en humectant de cet acide les murailles qu'on veut pr�server du feu.
CHAPITRE XXXIX.De la conservation de la sant� des soldats.De bons M�decins, dit l�auteur, sont tr�s n�cessaires dans une arm�e; vu que les fatigues & l'intemp�rie des saisons donnent souvent lieu � de f�cheuses maladies. Il importe beaucoup pour la conservation des soldats, de veiller � ce qu'ils ne mangent pas tout � la fois ce qu'on leur fournit, mais qu'ils le partagent & qu'ils le prennent � certaines heures. La rue & la mauve cuites & m�l�es avec le vin & au d�faut de vin avec l'eau & le lait, conservent la sant�, surtout si l�on en prend r�guli�rement depuis le printemps jusqu'� la fin de l'automne avant & apr�s le d�ner. On se sert de la m�me mani�re & avec le m�me succ�s du vin d'absinthe & faute de vin, de l'eau chaude infus�e d'absinthe. Il exalte encore les vertus du vinaigre & d'un vin, que les anciens ont pr�par� avec la scille, comme un pr�servatif admirable contre toutes sortes de maux. Il conseille de bien cuire les pains dans les fours & de les exposer m�me encore au soleil. Lorsque les eaux sont bourbeuses & d�une mauvaise qualit�, il veut qu'on les fasse bouillir jusqu'� la consommation de la dixi�me partie, avant de s'en servir, comme de boisson.
CHAPITRE XL.Il recommande la rue & le raifort m�l�s avec un peu de sel & de poivre pour se pr�server des mauvais effets des poisons & de toute sorte d'infection. On peut encore en m�lant ces ingr�dients, en faire de petites boules & en prendre tous les jours.
CHAPITRES XLI. XLII. XLIII.Dans un de ces chapitres l�auteur dit que les grandes plaies pour �tre referm�es, n'ont pas toujours besoin d'�tre cousues. On en vient aussi � bout � l'aide de feuilles de porreaux & de gousses d'oignons bien minces. Il conseille dans le XLIIe chap. d'exposer du sang tir� du corps humain, soit par une saign�e, soit d'une autre mani�re aux rayons du soleil, d'en �ter soigneusement l'eau qui s'en s�pare, de laisser s�cher le reste, jusqu'� le r�duire en poudre & de s'en servir ensuite comme d'un rem�de infaillible pour arr�ter promptement le sang des plaies. Dans le XLIIIe chapitre il recommande d'attacher quelque morceau de la corne de cerf au cou des chevaux, comme un moyen de les conserver en sant�.
CHAPITRE XLIV.L'auteur enseigne ici une composition de soufre, de sel, de chaux, d'asphalte & d'autres ingr�dients, qui s'embrase d'elle-m�me, d�s qu'elle est expos�e au soleil & dont il veut qu'on se serve pour mettre le feu aux arsenaux & aux villes des ennemis.
CHAPITRES XLV �XLIX.L'auteur commence avec le XLVe chapitre � copier le Poliorc�ticon d'En�e le tacticien, en se servant presque toujours des propres paroles de cet ancien �crivain. Peut �tre aussi n'est ce que le copiste qui a ajout� ces chapitres. En voici les titres. Des moyens de mettre le feu aux machines & aux portes des villes; des Clepsydres ou des montres � eau ; de la garde des portes ; des exp�dients pour faire entrer toutes sortes, d'armes dans une ville ennemie; de la correspondance secr�te ; des moyens de d�couvrir les mines & d'en emp�cher l�effet ; des ressources des mineurs pour garantir leur travail: des herses ; de la mani�re de garder une grande ville avec une petite garnison & d'en imposer � l'ennemi avec peu de monde.
CHAPITRES LX LXI. LXII.Ces trois chapitres font encore de Jules Africain & regardent l�art de tirer de l'arc. Il dit qu'on exige d'un bon archer de tirer juste, de tirer avec force & de tirer vite. Dans ces trois chapitres il traite de chacune de ces qualit�s. Les archers ont la meilleure occasion de montrer leur adresse, lorsque rang�s les uns vis-�-vis des autres ils ne changent pas de place. Il n�n est plus de m�me lorsque les uns sont debout & les autres en mouvement, qu'on s'avance des deux c�t�s en tirant, que l'un s'avance & l'autre recule, que les uns poursuivent & que les autres se font encore ressource de leurs arcs en tirant � reculons. Tous ces diff�rents cas sont assujettis � certaines r�gles & � un exercice particulier. L'auteur parle ensuite du maniement m�me de l�arc, avec combien de doigts il faut prendre la corde & s�il vaut mieux bander l�arc, en l�appuyant contre la poitrine, ou contre l'oreille. Il dit qu'on a moins de force, en le tenant contre la poitrine, comme le faisaient les Amazones � cause de la faiblesse de leur sexe. Il faut au reste que les archers soient dress�s � tirer en �l�vation & rarement de but en blanc. L'avantage de tirer avec force d�pend de la raideur du bois de l'arc, de la longueur du trait, ainsi que d'un bras nerveux que l'habitude a fortifi�. C�est la m�me habitude qui donne aux tireurs le talent de tirer avec vitesse. On les y exerce lorsqu'on en fait tirer plusieurs � la fois au m�me but & en m�me temps. Comme chacun a ses fl�ches marqu�es, on compte ensuite celles qui ont touch� au but & on accorde le prix � celui d'entre eux qui y en a port� un plus grand nombre. On propose aussi plusieurs buts � la fois que les tireurs sont oblig�s de frapper en les passant � certaine distance en courant & on excite leur �mulation en d�clarant vainqueur celui qui a port� le plus de fl�ches dans ces diff�rents buts. Il est �vident que les chapitres qui suivent, ne sont plus de Jules Africain. Le style & bien des circonstances prouvent qu'ils sont tir�s des ouvrages de quelques-uns de ces tacticiens, qui ont �crit sous le r�gne des empereurs grecs de Constantinople. Comme les mati�res qui y sont trait�es sont particuli�rement du ressort de l'art de la guerre & qu'elles contribuent � nous faire conna�tre la tactique & les usages des troupes qui avaient succ�d� aux anciennes l�gions, je les ai traduites mot � mot, telles que je les ai trouv�es dans le texte grec.
CHAPITRE LXIII.De la mani�re de mettre les troupes en bataille.C'est un usage autoris� par l'exemple de la plupart des anciens g�n�raux, que de placer la bonne infanterie, au milieu & la cavalerie aux ailes, lorsque l'ennemi ne marche � vous que par un seul cot�. Quoique quelques-uns aient fait le contraire, il n'est pas moins vrai que pour que la cavalerie soit en �tat de s'�branler promptement & aller � l'attaque sans g�ne, de m�me que pour qu'elle puisse serr�e & poursuivie elle m�me, regagner sans danger le poste d'o� elle est sortie, on ne saurait la placer plus avantageusement qu'aux flancs de l'infanterie. Si vous la mettez au centre, vous courrez risque que forc�e de se retirer & courant toute vers un seul endroit avec grand fracas & �levant souvent la poussi�re jusqu'� obscurcir l'air, elle ne cause un affreux d�sordre & ne renverse votre propre infanterie & tout ce qui vient � sa rencontre, Si l'ennemi, se retire, vous d�tachez d'abord � sa poursuite tout ce que vous avez de cavalerie l�g�re. L'infanterie suit, flanqu�e toujours des cuirassiers & fait autant de diligence qu'il est possible, sans d�ranger son ordonnance, de mani�re que, lorsque l'ennemi fait volteface dans sa retraite, vos cavaliers puissent d'abord se replier, sur elle & trouver de la s�ret� dans sa protection. Ce font les circonstances qui d�cident de remplacement de votre infanterie l�g�re. Si votre ordre de bataille est sur beaucoup de profondeur, vous ne sauriez la poster en arri�re, parce qu'en voulant lancer ses traits & ses pierres par dessus la phalange, elle blesserait souvent vos propres troupes. Ainsi dans ce cas vous la porterez mieux sur les flancs. Mais si votre infanterie n'est rang�e que sur une hauteur m�diocre, vous ne ferez pas mal de la placer derri�re elle : car pour lors les traits qu'elle lancera en �l�vation, pourront atteindre l'ennemi & le blesser dans le moment m�me qu'il va choquer. Quelquefois vous en tirerez aussi un bon parti, si vous la faites sortir & combattre avec la cavalerie, vu qu'elle saura accabler de ses traits celle de l'ennemi & mettre la confusion parmi les chevaux.
CHAPITRE LXIV.De quelle mani�re l�infanterie peut r�sister � une cavalerie fort sup�rieure en nombre.Si vous n'avez que de l'infanterie, � opposer en bataille � un ennemi dont les principales forces confirment en cavalerie, ordonnez que les trois premiers rangs bien ferr�s se servent d'abord de leurs arcs & qu'ils visent en ligne droite contre les jambes des chevaux & que les soldats des autres rangs de derri�re tirent en �l�vation, pour que les traits tombent de haut en bas & blessent d'autant plus s�rement le cavalier ennemi que son bouclier n� saurait garantir. Comme l'ennemi, en voyant de loin l'infanterie s'avancer contre lui, pourrait s'aviser de pousser de m�me la sienne en avant, vous ferez bien de rassembler le peu de cavalerie que vous avez & de la faire marcher devant votre Phalange, afin qu'il s'imagine que votre dessein est de lui opposer les m�mes armes. Mais lorsqu'il s'approche de plus pr�s, faites partir vos cavaliers le plus promptement qu'il est possible, pour occuper leurs postes aux ailes. En m�me temps les soldats des premiers rangs ayant fich� leurs piques en terre, feront usage de leurs arcs & ne manqueront gu�re de porter coup � un ennemi qui est fort serr� & en foule. Cette d�charge de traits l'ayant plus ou moins d�rang�, il choquera avec moins d'imp�tuosit�, tandis que votre infanterie quitte dans un instant ses arcs, reprend ses piques & se pousse en avant avec d'autant plus d'assurance & de hardiesse. S'il arrive que l'ennemi s'approche inopin�ment de vous avec des forces infiniment sup�rieures & que ne jugeant pas possible de lui tenir t�te, vous ne puissiez vous d�barrasser autrement de lui que par la retraite : voici comme on doit s'y prendre. Vous t�cherez donc d'abord de vous saisir de quelque hauteur & de disposer vos troupes selon le terrain, de fa�on que s'il ose monter � l�assaut, vous puissiez ais�ment le repousser en l'accablant de traits & de pierres. D�s qu'il fait nuit, vous quitterez votre hauteur pour en aller occuper une autre, en vous �loignant de cette mani�re de lui, autant que vous pourrez. Mais si cet ennemi se croit assez fort pour vous attaquer pendant le jour & que bien, que vous soyez ma�tre de la plus haute montagne des environs, il se pr�pare � vous en d�loger, il faut avoir recours � une bonne disposition de vos troupes, par laquelle vous puissiez rendre inutile une grande partie des siennes. Supposez que v�tre infanterie consiste en trois phalanges, vous les rangerez toutes les trois de front, mais de fa�on qu'il reste pour intervalle de l�une � l'autre, le terrain que chaque Phalange occupe. Puis vous ordonnez aux trois derniers rangs de vos phalanges de faire un demi tour & de marcher par leur flanc pour remplir l'espace vide qui se trouve entre les phalanges & pour s'aligner ensuite avec les trois premiers rangs de celles qui sont en bataille, de sorte que l'ennemi en s'avan�ant, doit n�cessairement croire que les troupes qu�il voit de loin couronner la montagne, forment toutes ensemble une seule ligne �galement forte des deux c�t�s. On choisit pour cela autant qu'il est possible les endroits de la montagne, o� le terrain s'abaisse insensiblement pour poster les premiers rangs � l'endroit o� il est le plus �lev�. Lorsque l'ennemi vient � s'en approcher, les trois rangs qui occupent les intervalles, ne changent pas de place, mais on donne le lignai aux trois phalanges de se porter un peu en avant exactement jusqu'� ce que leurs trois derniers rangs soient en m�mes lignes avec les trots interm�diaires qui n'avaient pas boug� de place. L'arm�e dispos�e de cette mani�re, apr�s ce petit mouvement, vous pouvez �tre assur� que de toutes les troupes de l'ennemi, il n'y aura que celles qui se trouveront oppos�es aux Phalanges avanc�es, qui engageront le combat & que les autres qui feront vis-�-vis des intervalles, occup�s par les trois rangs, n'oseront pas s'y fourrer, de crainte d'�tre accabl�es de traits & envelopp�es sur leurs flancs. Peut-�tre trouve-t-on � redire � cet arrangement par la raison, qu'en ne faisant avancer que les Phalanges & en laissant en arri�re les soldats qui remplissent les intervalles, je leur fais na�tre � tous quelque sentiment de crainte & de d�fiance. Mais en informant d'avance ceux qui doivent rester; de ce qu'ils ont � faire, on emp�chera ais�ment que dans le moment de l'ex�cution ils en soient �tonn�s. Je rendrai encore raison de ce que je ne fais avancer les Phalanges que dans le moment, o� l�ennemi est au point d'en venir aux mains. Il est �vident, si je le faisais plus t�t, que je risquerais certainement que l'ennemi pendant sa marche, ne s'aper�ut de loin du vide qui est entre elles & que changeant bient�t de dispositions conform�ment � cette d�couverte, il n'employ�t une partie de ses troupes � attaquer de front & l'autre � venir en flanc & � dos, n'ayant que peu � craindre des soldats qui occupent les intervalles.
CHAPITRE LXV.De la retraite d'une arm�e.D�s le moment qu'on entre en campagne, il faut choisir dans la cavalerie, sur chaque corps de mille cavaliers, deux ou trois cens des plus braves & des plus exp�riment�s & s'en servir constamment pour les arri�re-gardes, aussi souvent qu'on est oblig� de faire la retraite. Avant qu'on donne l�ordre pour le d�part, on cherche � placer ce corps derri�re quelque colline, ou dans une for�t voisine, ou derri�re les bords d'une rivi�re, de fa�on que l'ennemi ne puisse le d�couvrir. S'il s'avise alors comme de coutume, de talonner l'arm�e, en s'�parpillant par petites troupes, soit pour troubler l'arri�re-garde soit pour intercepter les tra�neurs, vos cavaliers doivent sortir brusquement de leur embuscade & ils ne manqueront pas de lui couper le chemin & de faire des prisonniers. Mais si on se trouve dans un pays de plaine, o� tout est d�couvert & o� dans un espace de trois � quatre mille pas il n'y a ni hauteur ni rideau pour couvrir quelques troupes, de sorte que l'ennemi en voyant de loin vos arrangements n'ose suivre votre marche qu'avec beaucoup de pr�cautions; pour lors vous n'avez pas besoin de renforcer votre arri�re-garde, ni de faire d'autres arrangement que de coutume, parce qu'en d�couvrant de loin ses man�uvres vous aurez toujours assez de temps pour les pr�venir, Je conseille cependant de fournir � ceux qui ferment la marche, une bonne quantit� de chausse-trappes pour en semer dans les d�fil�s, lorsqu'ils se voient talonn�s par l'ennemi. Il est certain qu'en poussant sa poursuite, au travers de chausse-trappes, il se fera bien plus de mal qu'aux troupes qui se retirent.
CHAPITRE LXVI.Quand il faut faire la guerre & quand il ne faut pas la faire.Avant d'entreprendre la guerre, informez vous bien par toutes sortes de moyens, tels que les espions & les transfuges, des v�ritables forces de l�ennemi, comparez-les ensuite avec vos propres forces & d�cidez pour lors, s�il est plus de v�tre int�r�t de faire la guerre que de rester en paix. Comparez surtout le nombre de troupes que vous pouvez mettre en campagne, leurs qualit�s, leur valeur tant du corps que de l�esprit, leur exp�rience, l'�tat des finances & des ressources, celui des munitions de guerre & de bouche & enfin la disposition des esprits de vos soldats, eu �gard � la guerre que vous allez entreprendre. Si vous croyez l'emporter sur votre ennemi par tous ces objets, attaquez-le sans balancer. Gardez vous bien cependant de le m�priser: car combien d'exemples n'a-t-on pas que les faibles ont battu les forts? Dix mille Ath�niens vainquirent autrefois � Marathon deux cents mille Perses. Si vous trouviez au contraire, que l�ennemi a � tous ces �gards de la sup�riorit� sur vous, t�chez soigneusement de d�tourner la guerre; � moins que vous ne voyez aucun moyen de vous sauver & que vous risquiez en restant dans l'inaction de perdre vos �tats. Dans ce dernier cas, n'h�sitez pas non plus � prendre les armes; mais t�chez de suppl�er par l'art & par votre conduite au d�faut de vos forces, en tirant parti de toutes les circonstances, des temps & des lieux. Choisissez surtout vos positions avec intelligence & si vous vous pr�sentez en bataille, cherchez vos ressources dans le terrain, en assurant vos flancs & m�me vos derri�res, au cas que votre ennemi sup�rieur en troupes, en d�tache pour vous envelopper. Vous-m�me vous ne devez entreprendre sur lui que pendant la nuit & lorsque vous le croyez endormi. Si les forces sont �gales de part et d'autre & que la victoire soit encore incertaine, n'allez pas engager une affaire g�n�rale, sans que vous n'ayez su vous procurer quelque avantage qui vous en garantisse le succ�s. Epiez donc dans cette vue le moment o� vous pourrez marcher sur le corps de votre ennemi, lorsqu'il est harass� de fatigues, apr�s une marche longue & difficile, ou dans le temps m�me qu'il est encore engag� entre des rochers & de mauvais chemins. T�chez de le surprendre au moment o�, arriv� au camp, il se d�bande pour dresser ses tentes, ou lorsqu'il les d�tend pour d�camper. Inqui�tez-le aussi toute la nuit par de fausses alarmes &, lorsque vous le croyez bien fatigu�, marchez � lui le matin pour l'attaquer de toutes vos forces. Surtout observez bien, si la n�cessit� de pourvoir � la subsistance, ou quelque autre raison l'ont engag� � partager ses troupes. Rassemblez alors promptement les v�tres & jetez vous sur l'un ou sur l'autre de ses corps, que vous ne manquerez gu�re de battre en d�tail. L'on a vu de cette mani�re de grandes arm�es ruin�es par de petites, que ne feront pas les arm�es, qui ne le c�dent ni en nombre ni en valeur � celles des ennemis?[10] C�est encore quelquefois un trait d'habilet� que de n'engager la bataille que vers le soir, afin qu'en cas de malheur les t�n�bres de la nuit puissent favoriser la retraite tandis que cette promptitude d'en venir aux mains � une telle heure, fait croire que l'ardeur de combattre l'emporte chez vous sur toute autre consid�ration.
CHAPITRE LXVII.Des ordres de bataille.Comme les ennemis ne forment souvent de leurs troupes qu'une Phalange, qu'on les voit aussi quelque fois sur deux & quelquefois sur plusieurs lignes, il faut que vos ordres de bataille soient conformes aux leurs. S'ils ne se pr�sentent donc qu'en une seule phalange & que vos troupes se trouvent �gales auxleurs, vous n'en formez qu'une seule ligne, afin que votre ordre de bataille n'ait pas moins de profondeur ni moins de front que le leur. Si vous avez plus de soldats qu'eux, servez-vous en pour augmenter la profondeur de votre Phalange, jusqu'au point o� elle cesse d'�tre de quelque utilit�. Pour lors en employant ce qui vous reste, � prolonger votre front, vous vous mettrez en �tat de les d�border & de les tourner sur leurs flancs. Si votre arm�e est du double plus forte que la leur, formez-vous alors sur deux lignes, mais ne vous mettez pas en t�te de disposer votre monde de fa�on que vous leur coupiez tous les moyens de se retirer. Le d�sespoir, en leur donnant du courage, doublera leurs forces, dont l'effet pourrait vous �tre fort d�savantageux. Enfin si l'ennemi a fait une disposition qui menace en m�me temps & votre front & vos flancs, opposez lui une partie de vos troupes de tous ces c�t�s, comme je l'ai d�j� expliqu� en traitant, de ces ordres de bataille en carr�, nomm� Pl�sion ou Plinthion.
CHAPITRE LXVIII.Des embuscades.Les Romains modernes, les Arabes & d'autres nations, ont souvent, dress� des embuscades, en ne se pr�sentant qu'avec une petite partie de leurs troupes, qui � l'approche de l'ennemi faisait semblant de prendre la fuite, pour l'attirer dans sa poursuite vers l�endroit, o� ils �taient cach�s avec le reste de l'arm�e. Mais cette ruse �tant trop connue, on y prend garde aujourd'hui & le moindre soup�on suffit pour emp�cher de s'engager � la poursuite. Il faut pour cette raison que ceux qui tentent cette voie, au lieu de se montrer dans un endroit comme y �tant venus � dessein, aient n�cessairement l�air de n'y avoir �t� conduits que par hasard & malgr� eux. Le corps embusqu� ne doit �tre ni trop pr�s ni trop loin de l'endroit o� on s'attend � voir l'ennemi. Dans l'un & dans l'autre cas vous risquez ou que les forces �tant encore assez r�unies vous ne puissiez pas le d�faire aussi promptement que vous l'avez cru, ou que vos propres troupes soient �cras�es avant que celles de l'embuscade puissent agir. On contribue quelquefois au succ�s de ces ruses, en �parpillant pendant la fuite des effets qui paraissent �tre de prix, comme des fourreaux d'�p�es garnis de lames d'�tain bien argent�. On arr�te de cette mani�re la poursuite; on a vu souvent les cavaliers descendre de cheval pour les ramasser & m�me des querelles s'�lever entre eux, ce dont les fuyards n'ont pas manqu� de profiter. Ce que j'ai dit, regarde les embuscades que vous dresserez vous-m�me � l'ennemi. Mais si c�est lui qui vous tend de pareils pi�ges & que vous veniez � en �tre inform� par vos espions ou par vos patrouilles, vous t�cherez d'en tirer parti, en d�tachant d'abord un corps suffisant de troupes qui se place � port�e de celui que l'ennemi a cach� & qui dans le moment qu'il va sortir, lui tombe sur le corps. Mais si ce n�est que pendant l'action m�me que vous vous en apercevez, vous aurez la pr�caution de poursuivre les fuyards avec tout l'ordre possible, en tenant les escadrons ensemble & en les faisant suivre � certaine distance par d'autres, pour �tre � port�e de les soutenir & de r�primer les tentatives de vos adversaires.
CHAPITRE LXIX.Des entreprises de nuit.Les affaires de nuit exigent principalement de grandes attentions & beaucoup d'arrangements, il faut commencer par s'assurer de la bonne volont� des soldats, en les y engageant par serment & en leur faisant de magnifiques promesses, qu'on leur jure de remplir encore en faveur de leurs h�ritiers, en cas qu'ils p�rissent dans l�action. Il faut en m�me temps conna�tre toutes les gardes du camp du dehors, ainsi; que les autres pr�cautions que l'ennemi prend ordinairement pendant la nuit. Il faut exactement savoir toute la position de son arm�e, l'emplacement de l'infanterie & celui de la cavalerie. Il faut joindre � ces connaissances celle du terrain & des environs du camp & surtout la nature de tous les chemins qui y conduisent, de tous les d�fil�s & d'autres endroits difficiles qu'on a � passer avant d�arriver. Il faut ensuite choisir une nuit que la Lune n'�claire pas afin que l'ennemi ne pouvant vous voir de loin, ne songe pas � se mettre en d�fense, ni m�me � marcher � votre rencontre. Si le ciel est serein, on d�signe une �toile ou toute une constellation, qu'on fait �tre au dessus du camp ennemi & en y fixant constamment les yeux, on dirige la marche de ce c�t�. Mais en cas que des nu�es �tent la vue des �toiles, on fait pr�c�der la marche par les personnes les mieux instruites des chemins & de la position de l'ennemi, qui portent des lanternes sourdes au haut de longues piques. Ces lanternes doivent avoir la figure carr�e & ne r�pandre la lumi�re par une peau mince & transparente, que d'un seul c�t�, afin qu'on ne puisse rien voir de loin & qu'il n'y ait que ceux qui les suivent qui en soient �clair�s. Les troupes qu'on emploiera � de semblables exp�ditions, auront des grands boucliers, qui leur couvrent la meilleure partie du corps, de bonnes bottes & des lames de fer sous les plantes des pieds pour �tre � l'abri des chauffe-trappes & des aiguillons. Il faut encore qu'un autre corps de troupes suive � une certaine distance celui qu'on a destin� � l'attaque, autant pour le rassurer. que pour faire peur � ceux de vos soldats qui voudraient s'enfuir. Vous partagerez ensuite vos troupes en trois diff�rents corps, pour former autant d'attaques. Deux se porteront aux flancs du camp ennemi & le plus fort l'attaquera de front, selon le chemin par lequel il est venu. En m�me temps toutes les trompettes de votre arm�e sonneront � la fois & se feront entendre de tous c�t�s, pour faire croire que le nombre des assaillants est plus fort qu'il n�est en effet. Certaines gens parlant la langue des ennemis, se m�leront parmi eux & crieront � haute voix qu'on n'a qu'� s'enfuir & se mettre en s�ret�. Je conseille pourtant de ne pas leur couper enti�rement la retraite, afin que le d�sespoir n'�chauffe pas leur courage au point de leur faire faire des efforts extraordinaires.
CHAPITRE LXX.Des transfuges.ON ne peut pas se dispenser d'accueillir les transfuges, il est m�me quelquefois de votre int�r�t de leur faire du bien. Il faut cependant toujours �tre en garde contre eux, quand m�me ils embrasseraient votre religion & qu'ils contracteraient des mariages parmi vous. C�est pourquoi si ce sont des personnes distingu�es, on fait bien de fixer leur s�jour dans quelque ville & de les y observer, surtout s'il arrive qu'elle soit assi�g�e par l'ennemi qu'ils ont abandonn�. On souffre bien aussi des gens de la lie du peuple quoique bannis & fl�tris publiquement pour des forfaits. Mais il faut toujours s'en d�fier, aussi bien que des autres personnes libres & esclaves que l'ennemi vous avait envoy�s en temps de paix, comme un gage de son amiti�. On sait que les Perses s�empar�rent d'une ville � l'aide de trois cents de ces gens qu'on avait eu l'imprudence de recevoir comme un pr�sent de leur part.
CHAPITRE LXXI.Des espions.ON a imagin� la ressource des espions pour parvenir � la connaissance des choses qui se passent chez l�ennemi, ce qu'il nous convient de savoir, soit pour prendre quelque r�solution importante, soit pour nous mettre � l'abri de quelque malheur. Il est de notre int�r�t par exemple, d��tre inform� si l'ennemi fait des pr�paratifs de guerre contre nous, s�il fait la guerre � quelqu'un de ses voisins ou si au contraire lui-m�me en est attaqu�. Lorsque les avis portent qu'il nous menace d'une invasion, il faut, comme je l�ai dit, commencer par mettre en s�ret� ses villes & le plat pays, rassembler promptement les troupes & aller m�me � sa rencontre: Il est surtout n�cessaire d'examiner pour lors avec grand soin vos fronti�res & toutes les avenues qui m�nent dans vos Etats, y choisir d'avance les postes les plus propres � les couvrir, ainsi que des terrains qui se pr�tent � des embuscades dont vous pourrez tirer parti, soit que vous agissiez offensivement soit que vous soyez oblig� de vous retirer. Si vous �tes inform� qu'il est en marche avec la plus grande partie de ses forces contre quelqu'un de ses voisins, ou si lui-m�me soutient une guerre difficile dans son propre pays, ne manquez pas de profiter de l�occasion pour y faire une invasion & pour le ravager. Je ne conseille cependant pas d'attaquer l'ennemi pendant qu'il est engag� dans une guerre civile. Parce qu'on a vu plus d'une fois les factions cesser tout d'un coup dans ces occasions & toute la nation r�unir ses forces pour s'opposer � l'ennemi commun. Si vous d�tachez plusieurs espions � la fois il faut que l'un parmi eux, le plus affid� & le plus �clair�, soit au fait de la commission d'un chacun, que tous les autres lui rapportent le r�sultat de leurs perquisitions & que ce soit encore lui qui indique � chacun des autres o� & de quelle mani�re on doit s'aboucher. Les endroits les plus commodes pour cet objet sont ordinairement les march�s publics, o� vos propres sujets ont coutume de se trouver avec les gens du pays pour troquer des marchandises & pour commercer. En choisissant ces espions on �vite d'employer des gens du pays o� on veut les envoyer, aussi bien que les personnes qu'on sait avoir de grands sujets de plainte contre vous. Il ne faut charger de pareilles commissions que ceux qui ont femmes, enfants, p�res & fr�res chez vous & qui � cause de l'attachement qu'ils ont pour leurs maisons, sont incapables de trahir leur patrie ou de rester pour toujours parmi les ennemis. On a soin encore de n'y employer que des gens intelligents, d'un certain esprit, qui connaissent bien la langue, les coutumes & le caract�re de la nation & qui sont propres � observer les diff�rents chemins & l'assiette des lieux. Lorsqu'ils sont dans le pays, il faut qu'ils �vitent, soigneusement la rencontre des prisonniers, que l'ennemi peut avoir faits sur vous, pour n'en �tre pas reconnu, qu'ils lient connaissance avec des gens simples & ouverts & fuient ceux qui font adroits & peuvent �tre plus rus�s qu'eux.
CHAPITRE LXXII.Des ambassadeurs.On envoie des ambassadeurs & on en re�oit. C�est une loi g�n�rale que de les respecter & de les traiter avec beaucoup d'�gards & de politesse. On a soin seulement de ne leur donner pour leur service que des personnes avis�es, qui sachent r�pondre � leurs questions, sans trahir vos int�r�ts. Si ces ambassadeurs viennent d'un pays fort �loign�, entre lequel & le v�tre il y a encore d'autres nations, vous ne leur d�couvrez de l'�tat de vos affaires que ce que vous jugez � propos: Vous agissez de la m�me mani�re avec ceux de vos voisins qui sont moins puissants que vous. Mais s'il vous en vient de la part de ceux qui l'emportent sur vous, par le nombre de par la valeur de leurs troupes, gardez-vous bien de leur montrer vos richesses & vos belles femmes: Vous ne ferez parade � leurs yeux que de vos arm�es, de vos arsenaux, du bon ordre qui r�gne chez vous & de vos meilleures forteresses. Si vous envoyez vous m�me des ambassadeurs quelque part, choisissez des gens de bien & d'honneur, qui soient sans aucune tache, qui aient de l�esprit, qui aiment leur patrie & qui la pr�f�rent � leur propres int�r�ts. Ne forcez personne � se charger de ces commissions. On fait que Regulus envoy� par les Carthaginois � Rome pour leur procurer la paix & s'�tant engag� par serment � retourner en cas qu'il �chou�t, ne conseilla pas moins aux Romains de faire la guerre & revint � Carthage pour remplir ses engagements, au lieu que ce M�decin d'Egypte forc� malgr� sa protestation de faire la fonction d'ambassadeur aupr�s du roi de Perse, fut la principale cause de la ruine de sa patrie. Au reste tout ambassadeur doit para�tre dans le pays o� il est envoy�, avec un air de gaiet� & de politesse, montrer de la g�n�rosit� & de la grandeur dans ses actions, donner �galement des �loges � son propre pays & � celui o� il se trouve & se garder bien de t�moigner du m�pris pour la nation chez laquelle il est.
CHAPITRE LXXIII.Des sections de la Phalange.Un corps complet d'infanterie pesamment arm�e ou la Phalange est compos�e de trente deux sections, chacune de cinq cents hommes, dont ordinairement trente sont rang�es en bataille sur une seule ligne, s�par�es les unes des autres par des intervalles assez grands, pour que cinq cavaliers y puissent passer ais�ment de front. Des deux autres sections, l�une est employ�e � couvrir le flanc droit & l'autre le flanc gauche; en les y rangeant en colonnes, relativement au front de la ligne, on en forme des crochets. La cavalerie doit �galement consister en trente deux escadrons nomm�s Epilarchies, de cent huit ma�tres chacun. Dans l�ordre de bataille ils sont plac�s derri�re l'infanterie, vis-�-vis des intervalles, qu'on a laiss�s entre les sections, except�s deux qui ne pouvant �tre d'utilit� aux flancs, comme les deux sections de l'infanterie sont ordinairement gard�s en r�serve & employ�s selon les circonstances aux escortes, aux embuscades, aux reconnaissances, ou aux autres besoins. L'arm�e dispos�e de cette mani�re, on fait passer la moiti� de chaque Epilarchie, savoir soixante quatre ma�tres par les intervalles devant le front de l'infanterie, les petites troupes rang�es chacune en carr� ou en losange, ou en telle forme que les circonstances exigent & qu'on juge � propos. Il faut seulement observer, comme la demi-Epilarchie consiste en trente deux lanciers, en huit arm�s de sabres, en huit qui ont des javelots & en seize archers, que lorsqu'on s'avance contre l'ennemi, les lanciers doivent �tre dans les premiers rangs, ceux qui n'ont que des sabres & les arm�s de javelots dans les suivants & les archers dans les derniers. Mais lorsqu'on se retire, l'ennemi �tant encore �loign� � certaine distance, les archers doivent passer � la place des lanciers, pour fermer la marche, si ce n�est qu'on soit serr� de pr�s, en ce cas les lanciers ne changera pas de place. Aussi souvent que ces demi-�pilarchies de soixante quatre ma�tres s'avancent, elles passent les intervalles de la Phalange par la gauche des sections & retournent � leur place par la droite. Pendant le temps qu�elles font les mouvements de la retraite, celles qui sont rest�es derri�re la Phalange, ou l'autre moiti� de chaque �pilarchie s'�branlent & �tant sorties par la gauche au travers des intervalles remplacent les premi�res, fra�ches, propres � venger celles qui seront retir�es. Si les efforts des premi�res ont assez de succ�s pour repousser l'ennemi, l'autre moiti� n'attend pas m�me leur retour & s'avance d'abord pour les seconder. Cela arrive aussi en d'autres occasions, o� il faut que les �pilarchies enti�res passent d'abord devant le front. Mais dans toutes ces occasions il faut toujours, pour �viter la confusion, que les escadrons sortent des intervalles par la gauche & qu'ils rentrent ensuite par la droite des sections derri�re la Phalange.
CHAPITRE LXXIV.De la conversion des escadrons � la Scythe.Les escadrons form�s en losange, doivent �tre divis�s en trois sections, chacune de vingt un chevaux, qui font ensemble avec l'Ilarque les soixante quatre ma�tres dont on les compose ordinairement. Pour en tirer tout le parti possible, il faut qu'on les ait bien exerc�es non seulement � man�uvrer ensemble & � �tre form�es en losange, mais aussi � rompre cette forme pour faire promptement trois sections triangulaires ou trois coins. Ces coins font form�s de la mani�re suivante : le rang qui sert de base � six chevaux inclusivement les Garde-flancs de la droite & celui de la gauche. Le rang qui est devant celui-ci a cinq chevaux; les suivants quatre, trois, deux jusqu'� l'unit�, ou l'Ilarque qui est � la pointe. Les chevaux de chaque rang, qu'ils pr�c�dent ou qu'ils suivent ne sont pas par cons�quent en files, mais seulement en rangs. On sent bien avec quel soin il faut avoir dress� le cavalier pour qu'il soit en �tat d'ex�cuter avec facilit� les �volutions n�cessaires pour former ces trois coins, apr�s avoir rompu le losange. L'utilit� de cette man�uvre se fait voir lorsqu'on fait semblant de s'enfuir devant un ennemi accoutum� � garder peu d'ordre dans sa poursuite. L'Ilarque s'arr�te tout d'un coup dans la retraite & commande Systrophe ou de faire la dite �volution & pendant qu'il fait lui-m�me volte face & retourne � l'attaque avec cette partie du losange, qui est la pointe, ou le coin le plus avanc�; les deux autres se forment derri�re lui, ils sortent l'un par la droite & l'autre par la gauche, pour tomber en flanc & � dos de l'ennemi. L'attaque impr�vue de ces deux troupes rassure de cette mani�re celle avec laquelle l�Ilarque avait fait volte-face & la met en �tat de pousser sa pointe. Il est bon en cette occasion d'avoir dispos� les cavaliers dans l'escadron, de fa�on que la partie qui se tourne sur la droite soit toute compos�e de lanciers & celle qui vient de la gauche d�archers. L'effet de ces man�uvres est d'autant plus s�r qu'elles d�robent aux yeux de l'ennemi la cause certaine de sa d�faite.
CHAPITRE LXXV.Des Grands�gardes.Les Grand' gardes de l'arm�e se donnent selon une ancienne coutume par la cavalerie. Comme toute la cavalerie est partag�e en trente deux encadrons nomm�s �pilarchies, chacun de cent vingt huit cavaliers, il faut que chaque jour une de ces trente deux �pilarchies monte la garde & que le chef qui en est � la t�te, pourvoie � tout le d�tail de son service, Ayant pass� vingt quatre heures dans son poste, elle est relev�e par celle qui la suit selon son rang; & ainsi toutes ayant fait ce service, le tour recommence avec te premi�re dont le premier Ilarque a l�inspection g�n�rale.
CHAPITRE LXXVI.Des camps.IL faut qu'il y ait dans l'arm�e un certain nombre de gens nomm�s mensores ou arpenteurs, qui s'�tant fait une �tude de tout ce qui regarde la castram�tation, joignent encore � cette science beaucoup d'exp�rience & principalement l�art de juger solidement de toutes sortes de terrains, ainsi que de leurs avantages & d�savantages relatifs au campement des troupes. L�arm�e se mettant en marche, il faut qu'ils la pr�c�dent avec les Ggrand� gardes & avec une escorte suffisante pour reconna�tre en s�ret� les endroits les plus propres � l'assiette du camp. Ils �viteront ceux qui sont trop pr�s des montagnes ou des grandes for�ts, partag�es en plusieurs chemins, parce que l'ennemi pourrait en profiter pour vous causer en s'approchant de ce c�t� de v�tre camp, de l�alarme & de tr�s grands embarras. Mais ils profiteront des grandes rivi�res, ou des bords de la mer, ou d�un pr�cipice, ou de quelque montagne impraticable pour y appuyer & pour assurer par ce moyen un des flancs du camp. Si ce n�est qu'un petit ruisseau gu�able de tous c�t�s, il vaut mieux le faire passer par le milieu du camp que de s'en approcher par un de ses c�t�s, � cause des grandes commodit�s qui en r�sultent pour les troupes. Il faut seulement conserver les eaux pures & en �tat de servir de boisson aux hommes, en ne menant les chevaux a l'abreuvoir qu'au dessous du ruisseau. Lorsque ces arpenteurs ont rencontr� un endroit convenable au camp, ils commencent par d�ligner le terrain, qu'il doit occuper. Ceux qui ont l'habitude de ces travaux le d�terminent du premier coup d��il, d'autres le mesurent en d�cochant une fl�che dont le jet r�it�r� leur fait juger de combien d'espace ils ont besoin pour l'emplacement de leur camp. Il faut que ces arpenteurs soient accompagn�s de tous les porte-enseignes de la Phalange, afin qu'apr�s avoir trac� le camp dans toutes ses parties, les enseignes puissent se placer aux endroits destin�s au campement de la division, � laquelle ils appartiennent; de sorte que lorsque la Phalange entre dans le camp, ces divisions soient d'abord en �tat de trouver les places, o� elles doivent dresser leurs tentes. Il n�est pas bon de donner � un camp la figure circulaire, � cause de la facilit� qu'elle fournit � l'ennemi de l'entourer dans son attaque. Au lieu qu'�tant en carr� il est oblig� de s'�tendre plus & de diviser ses forces, pour s'attacher � l�une ou l'autre des faces du camp. L'avantage de cette figure se montre encore, lorsqu'on a �t� en �tat de d�rober tout un flanc � son attaque, en l'appuyant � quelque rivi�re ou � quelque autre endroit impraticable. C�est dans ces occasions, o� il est m�me bon de se camper en carr� long, afin d�assurer un de ces c�t�s prolong�s par une semblable protection. On entoure le camp d'un foss� de cinq pieds de profondeur & de sept a huit de largeur. Les terres d�blay�es servent � l'�l�vation du rempart, du c�t� de l'int�rieur du camp. Sur les dehors des foss�s on s�me une grande quantit� de ces chausse-trappes qui sont jointes ensemble par le bas & on fait aussi de petites fosses garnies dans le fond de pieux aiguis�s. Mais il faut que vos propres troupes en soient inform�es pour qu'elles ne tombent pas elles m�mes dans les pi�ges: Il faut qu'il y ait dans chaque camp quatre grandes portes & � c�t� de celles-ci des poternes ou des guichets en plus grand nombre. On �tablit � chacune de ces portes des corps de garde, qui sont ou de simples enclos form�s par des chariots ou des palissades, ou des b�timents faits de planches & � la h�te. Il y a � chaque porte un officier avec un nombre suffisant de soldats qui monte la garde selon son tour & qui veille � la s�ret� du camp. Les troupes l�g�res bordent le rempart avec leurs tentes. On laisse dans toute l'enceinte int�rieure du camp depuis le rempart jusqu'aux tentes des pesamment arm�s, un espace vide de trois � quatre cent pieds, non seulement pour que l'ennemi, venant l'attaquer avec une nombreuse troupe d'archers & d�autres gens de traits, ne soit pas en �tat de pousser les fl�ches jusqu'aux endroits o� campe le gros de l'arm�e, mais aussi afin que le g�n�ral ait la facilit� de ranger & de former les troupes, avant qu'on sorte du camp. Il faut que les sections de la phalange campent � une pareille distance du rempart en ordre & selon leurs dimensions, en lignes parall�les aux quatre faces du camp. On a feulement l'attention de placer toujours les sections de la phalange � laquelle on se fie le plus vis-�-vis des quatre portes du camp. Tout cet assemblage de tentes distingu� par plusieurs rues, est encore crois� au milieu du camp par une rue principale de trente � quarante pieds de largeur, le long de laquelle se trouvent de deux c�t�s les tentes de la cavalerie avec leurs intervalles. Cette rue ne doit �tre embarrass�e par aucun obstacle & le g�n�ral m�me n�est camp� qu'� un certain endroit � c�t� de ce passage, pour que rien ne trouble la communication. C�est aussi un art qui exige de l�exp�rience que de savoir poster selon le terrain les diff�rentes gardes qu'on pousse hors du camp. On y employa ordinairement la cavalerie, en choisissant les encadrons les plus braves & les plus propres � ce service Il faut que les gardes les plus �loign�es du camp ne se fassent que par un petit nombre de chevaux & que celles qu'on place � certaine distance derri�re elles, soient d�j� plus fortes. Les mieux fournies de toutes, doivent �tre les grand gardes, qu'on �tablit allez pr�s du camp & qu'on destine � soutenir toutes les autres. Outre ces gardes de cavalerie on pousse encore hors du camp, mais seulement � une petite distance du foss�, plusieurs postes d'infanterie l�g�re pour faciliter aux autres la retraite. Un bon g�n�ral ne permettra pas, que les bagages & le train des personnes qui ne combattent pas, se multiplient au point qu'on en soit embarrass� dans le camp. C�est pourquoi il commencera par retrancher d'abord le superflu & par renvoyer tout ce qui est inutile & � charge, en ne gardant � l'arm�e que ce dont on a absolument besoin pour le service des troupes & qu'on est en �tat de prot�ger sans se g�ner.
CHAPITRE LXXVII.Ce chapitre traite des fanaux qu'on �tablit sur les fronti�res & de distance en distance dans l'int�rieur du pays, pour avertir de l'approche des ennemis & pour servir de signaux aux troupes & aux habitants, aux unes pour se rassembler & aux autres pour se mettre en s�ret�. L'utilit� en �tait tr�s grande, dans le temps o� les nations barbares venaient souvent tomber � l'improviste sur les provinces & faire d'horribles ravages; avant qu�on fut en �tat de se recueillir. C'�taient ordinairement de grands b�chers de bois sec, arrang�s dans les endroits �lev�s & toujours pr�ts � �tre allum�s au besoin. L'auteur recommande de n'employer � la garde & au service de ces fanaux que des gens braves, fid�les, alertes & intelligents. Les diff�rents avis qu'ils avaient � donner y avaient fait imaginer diff�rentes esp�ces de signaux & des mani�res particuli�res d'indiquer les circonstances des invasions, ces signaux �taient relatifs au nombre des troupes & au chemin qu'elles prenaient. L'auteur entre dans le d�tail de la signification qu'on peut attacher � chaque mani�re de donner ces signaux, � l'exemple d'En�e le Tacticien qui en avait trait� dans le Poliorc�ticon. Au reste tous ces chapitres qu�on vient de lire, sont tir�s d'auteurs bien plus modernes que Jules Africain & regardent la milice telle qu'elle a �t�, ou plut�t telle qu'on a voulu qu'elle fut du temps des empereurs de Constantinople. On voit surtout par le chapitre des camps, qu'il y a beaucoup de ressemblance entre les pr�ceptes qu'on y trouve & ceux que l�empereur L�on donne dans sa tactique, de m�me qu'entre le style de ces deux �crivains... Du Cange; dans son glossaire grec cite souvent des passages de ces fragments. M. Buffi, dans ses remarques sur la tactique d�Elien, a cru prouver que r�ellement les anciens avaient fait quelquefois usage de cette ordonnance de la cavalerie en losange, dont on avait r�voqu� en doute la r�alit�, en citant comme de Jules Africain, le chapitre qu'on vient de lire sur cet objet. Mais il est �vident que le t�moignage d'un auteur qui est; du moins cinq ou six cents ans plus r�cent que Jules Africain, n�est pas d'un grand poids.
CHAPITRE LXXVIII.Des Gardes.On doit choisir dans l�arm�e les soldats destin�s � servir de gardes & n'y employer que des gens prudents, braves, intelligents, vigilants, forts & agiles. Il faut aussi qu'ils aient des femmes & des enfants & un peu plus de fortune chez eux, que n'en ont ordinairement les soldats. S'ils prennent du repos, il faut que ce soit plut�t pendant le jour que pendant la nuit & jamais tous ensemble. On les r�compense largement, surtout lorsqu'ils annoncent la soudaine arriv�e des ennemis pendant l�hiver. Il faut au reste qu'ils soient toujours sur leurs gardes & qu'ils se d�fient de tout ce qui s'approche d'eux, parce que les ennemis se d�guisent souvent sous le masque de leurs compatriotes qui viennent de se sauver de prison & cherchent par ce moyen � les surprendre.[11] Les anciens trouv�rent de la ressemblance entre les mouvements de la Phalange & ceux d'un animal. C�est pourquoi ils donn�rent � la Phalange un front, une bouche, des cornes, une t�te, des yeux, un nombril, des flancs & une queue. Les boucliers des pesamment arm�s doivent avoir pour le moins sept palmes. On cloue au milieu de leur surface ext�rieure une forte lame de fer, coup�e en rond, d'o� sort un stylet de quatre pouces de longueur. Une pareille pointe mais seulement de trois pouces, est appliqu�e au haut des casques, surtout de ceux que portent les chefs de file. Quelques-uns donnent aux soldats du second rang des piques plus longues que ne font celles des chefs de file, pour que leurs pointes �galant la port�e de celles du premier rang fassent plus d'effet sur l'ennemi. Il faut que les soldats du premier & du dernier rang de la Phalange ainsi que ceux des files qui sont aux extr�mit�s des flancs, soient plus avantageusement arm�s que les autres.[12]
[1] Lib. I, chronolog. Georg. Syncelle, Chronographie. [2] Fabricius, Bibl. graec., vol. V. [3] Lambec., liv. VI, Comment. [4] Cf. Diodore de Sicile, XV ; Pausanias, Arcad. [5] Dans cette description de l'armure des Romains on remarquera d�abord la diff�rence entre leurs casques & ceux des Grecs; diff�rence attest�e aussi par les anciens monuments, comme on le voit entre autres par les figures des l�gionnaires arm�s de pied en cap que j'ai repr�sent�s dans le second volume de ces M�moires. L'auteur fait aussi mention d�une botte de fer, dont Polybe dit que les soldats avaient une de leurs jambes arm�es, Jai remarqu� ailleurs que quoique Arrien & d�autres leur en donnent aussi, il n�est pas moins singulier qu'on ne les d�couvre dans aucun monument de l'antiquit�. Jules Africain pr�tend que le bouclier des l�gionnaires se distinguait principalement cv ce qu'il n�avait qu'une feule anse pour le tenir. Vraisemblablement il ne s�agit que de ces grands boucliers qui �taient en forme de tuile dont Polybe marque la grandeur & la forme & qui caract�risaient particuli�rement les soldats des l�gions. On voit dans les colonnes d�Antonin & de Trajan que les boucliers d'une figure ovale que les centurions & les v�t�rans portaient, avaient les deux anses comme ceux des Grecs. Il faut d'ailleurs que ces grands boucliers des soldats Romains, aient encore �t� garnis de tout temps, de bonnes courroies pour qu'ils aient pu les jeter derri�re les �paules, comme on les voit, souvent repr�sent�s dans les deux colonnes & comme Polybe dit express�ment qu'il fallait bien qu'ils le fissent lorsqu'ils marchaient, �tant oblig�s chacun de porter encore une forte palissade, outre les deux pilons. [6] Justin raconte ce fait. Les Th�bains & les Thessaliens aigris contre les Phoc�ens de ce que ceux-ci avaient pill� le temple de Delphes, choisirent Philippe roi de Mac�doine pour chef de leurs troupes. Celui-ci fit ceindre les t�tes des soldats de couronnes de laurier, � l'honneur d'Apollon auquel le temple avait �t� consacr�. Ce spectacle semblait reprocher aux Phoc�ens leur sacril�ge & leur fit prendre la fuite. [7] Flaminius fut battu par Annibal � Trasim�ne & Paul Emile avec Varron � Cannes. Il para�t que l�auteur ne parle que de cette derni�re d�faite. [8] L'auteur fait souvent mention de son livre de caract�res magiques, ou de son grimoire, dans lequel il avait rang� sous certaines classes indiqu�es chacune par une figure particuli�re les diff�rentes esp�ces d'animaux & de plantes dont on devait se servir pour les enchantements & autres op�rations magiques. On ne regrettera pas � ce que je crois la perte de cet ouvrage, ni celle de ses commentaires sur quelques livres de l'�criture sainte. [9] Thrissus & Bathanerata. [10] En jugeant du style & des mati�res de ces quatre chapitres, on en croirait l�auteur, quoique diff�rent de Jules Africain, � peu pr�s du quatri�me si�cle. Mais on est surpris de trouver, dans un des manuscrits du Roi, un passage ajout�, dans lequel il est fait mention de B�lisaire, ce fameux g�n�ral de Justinien qui a v�cu plus de 300 ans apr�s notre auteur. En voici la traduction. Telle �tait !a conduite de B�lisaire, lorsque se voyant trop faible pour tenir t�te � l'ennemi, il d�vasta le pays avant son arriv�e & l'obligea par ce moyen � partager ses forces pour se procurer de la subsistance. B�lisaire en profita habilement & d�fit en d�tail ces diff�rents corps de l'ennemi. Il est tr�s probable que se copiste � qui ce fait de B�lisaire est venu dans l'esprit en a voulu enrichir ce recueil & les autres manuscrits dans lesquels on ne trouve pas cet �pisode, justifient cette conjecture. [11] Ce sont les m�mes gardes dont il est parl� dans le chapitre pr�c�dent. Les fr�quentes invasions des barbares, for�aient d��tablir sur les fronti�res & ordinairement sur les hauteurs des esp�ces de petits forts qu'on faisait garder l�hiver & l��t�, par des troupes choisies, comme l�auteur le recommande ici. Ce sont les Agrariae & les stationes Agrariae dont il est fait souvent mention dans les auteurs de la basse latinit� surtout dans Ammien Marcellin. [12] Le style de ce dernier chapitre fait croire qu'il est de H�ron, ce math�maticien qui a fleuri sous l�Empereur Heraclius l�an 612. &.dont les ouvrages sur la M�canique militaire des anciens sont connus.
|