RETOUR � L�ENTR�E DU SITE

ALLER � LA TABLE DES MATIERES DE THEOPHRASTE

 

 

THEOPHRASTE

SUR LES SENSATIONS.

(Traduit sur le texte des Doxographi gr�ci, p. 499-527.)

Oeuvre num�ris�e par Marc Szwajcer

 

 

Image

 

 

1. (Vors. 146, 1-4). Il y a, sur la sensation, de nombreuses opinions, qui peuvent se r�duire � deux g�n�rales : les uns la font produire par le semblable, les autres par le contraire. Parm�nide, Emp�docle, Platon sont au nombre des premiers; Anaxagore, Clid�me[1] soutiennent la seconde th�se.

Les raisons invoqu�es sont, d'une part, que, d'ordinaire, les choses se contemplent d'apr�s leur similitude; qu'il est en particulier inn� � tous les �tres vivants de reconna�tre ceux de leur esp�ce ; qu'enfin les corps sentis le sont gr�ce � leurs effluves et que le semblable se porte vers le semblable.

2. Dans l'autre camp, on admet que la sensation est accompagn�e d'un changement; on remarque que le semblable n'agit pas sur le semblable, mais bien sur le contraire; ces motifs conduisent � une th�se que l'on croit pouvoir appuyer par ce qui se passe pour le toucher; car ce qui est aussi chaud ou aussi froid que notre chair ne produit pas de sensation.

Voil� quelles sont les opinions qui ont �t� �mises sur la sensation en g�n�ral; quant aux sensations particuli�res, elles n'ont gu�re �t� consid�r�es � cet �gard. Emp�docle� seul essaie de les ramener en d�tail � la similitude.

3. Parm�nide (Vors. 146, 4_15) n'a, � vrai dire, rien d�termin�, si ce n'est que, distinguant deux �l�ments, il fait varier la connaissance d'apr�s celui qui l'emporte. Ainsi, suivant que le chaud ou le froid dominera, l'intelligence sera autre, le chaud la rendra meilleure et plus pure; cependant il faut toujours une certaine proportion.

(Vers 146-149) � Comme se trouvent, pour chacun, temp�r�s les membres mobiles du corps, � tel se pr�sente l'intellect des hommes: car c'est cela m�me � qui pense, c'est la nature des membres humains � pour tous et pour chacun; car c'est le plus qui fait la pens�e. �

4. Ainsi il confond, dans son langage, la sensation et l'intelligence, et il d�rive d�s lors aussi la m�moire et l'oubli du temp�rament entre les �l�ments ; mais, si ceux-ci se balancent � �galit� dans le m�lange, y aura-t-il pens�e ou non? Quel sera le r�sultat? Il ne d�termine plus rien.

Que, d'apr�s lui, d'ailleurs, le contraire en lui-m�me produise une sensation, c'est ce qui ressort clairement de ce qu'il dit, que le cadavre, par suite du d�faut de feu, ne per�oit ni la lumi�re, ni la chaleur, ni la voix, mais qu'il sent le froid, le silence et les contraires, et qu'en g�n�ral tout ce qui est a une certaine connaissance. C'est ainsi qu'il semble avoir coup� court par une affirmation aux difficult�s r�sultant de sa supposition.

5. Platon a un peu plus touch� aux sensations particuli�res; cependant il n'a pas parl� de toutes, mais seulement de l'ou�e et de la vue. Cette derni�re serait produite par un feu sortant de l'�il jusqu'� une certaine distance, tandis que la couleur serait aussi comme une flamme partant du corps et ayant des particules proportionn�es � celles de la vue ; il y aurait donc rencontre de deux effluves qui doivent s'harmoniser et s'incorporer r�ciproquement l'une et l'autre; c'est ainsi que nous verrions. Il semble, de la sorte, avoir adopt� une opinion interm�diaire entre celle qui fait partir le mouvement de l'�il et celle qui le fait, au contraire, aller des objets � l'�il.

6. Quant � l'audition, il la d�finit au moyen du son; le son est un choc de l'air par les oreilles sur l'enc�phale et le sang, choc qui parvient jusqu'� l'�me; l'audition est le mouvement que cette derni�re �prouve depuis la t�te jusqu'au foie. Pour l'odorat, le go�t, le toucher, il n'en a point parl�, non plus qu'il n'a examin� s'il n'y avait pas quelque autre sensation ; c'est surtout sur les objets sensibles qu'il s'est �tendu.

7. Emp�docle (Vors. 217, 5-220, 37) dit une m�me chose de tous les sens, � savoir que la sensation se fait par adaptation aux pores de chaque sens particulier; c'est pourquoi l'un ne peut juger des objets de l'autre, les pores �tant soit trop larges, soit trop �troits pour l'objet � sentir, qui, alors, ou bien les traverse sans les toucher, ou bien ne peut aucunement s'y introduire.

Il essaie �galement d'expliquer ce qu'est l'�il; l'int�rieur, d'apr�s lui, est form� de feu < et d'eau >[2] l'ext�rieur.de terre et d'air que le feu subtil peut traverser comme fait la lumi�re d'une lanterne. Les pores sont dispos�s alternativement, feu et eau; par les premiers, nous prenons connaissance du blanc, par les seconds, du noir; car il y a adaptation pour l'un comme pour l'autre. Il y a, d'ailleurs, un mouvement d'effluves des couleurs � l'�il.

8. Cependant tous les yeux ne sont pas �galement constitu�s; les �l�ments peuvent se fusionner r�guli�rement ou se contrarier; le feu peut �tre au centre ou au-dessus. Aussi les animaux ont la vue plus per�ante, les uns de jour, les autres de nuit; pour ceux qui ont moins de feu, ce sera de jour, car la lumi�re ext�rieure compl�te pour eux l'int�rieure; dans le cas contraire, ce sera de nuit, l'�quilibre s'�tablissant de la m�me fa�on. Et inversement, la vue sera moins distincte de jour pour ceux qui ont trop de feu, puisque cet �l�ment, augmentant encore, occupera et obstruera les pores de l'eau; elle sera de m�me moins distincte de nuit pour ceux qui ont trop d'eau, le feu �tant alors obstru� par l'eau. Pour que la vision redevienne distincte, il faut que, pour les uns, l'eau soit dissip�e par la lumi�re ext�rieure, pour les autres, le feu par l'air obscur; dans chaque cas, c'est le contraire qui est le rem�de. Le meilleur temp�rament consiste dans une composition � parties �gales; c'est ce qui donne des yeux excellents. Voil� � peu pr�s ce qu'il dit de la vue.

9. L'audition, d'apr�s lui, est produite par les bruits du dehors qui mettent l'ou�e en mouvement et provoquent une r�sonance interne; car il y aurait comme un grelot battant en dedans et qu'il appelle os (?) charnu[3] (v. 370); l'air en mouvement frappe dessus et le fait r�sonner. � L'odorat est, au contraire, command� par la respiration; aussi est-il surtout vif chez les animaux pour lesquels les mouvements respiratoires sont le plus pr�cipit�s; ce sont les corps l�gers et subtils qui ont le plus d'effluves odorantes. Quant au go�t et au toucher, il ne d�termine ni comment ni par quels moyens se produisent les sensations, sauf sa th�se commune de l'adaptation � des pores. D'ailleurs, ce qui, comme parties et comme temp�rament, est semblable, procure du plaisir; le contraire occasionne de la douleur.

10. Il s'exprime de m�me pour la pens�e et l'ignorance; la pens�e aurait lieu par les semblables, l'ignorance, par les dissemblables ; ainsi la pens�e est pour lui la m�me chose que la sensation ou en est tr�s voisine. Apr�s avoir �num�r� comment chaque chose est connue par le semblable, il ajoute � la fin :

(Vers 381-382) � Car c'est l� de quoi toutes choses sont harmonieusement constitu�es � et c'est par quoi l'on pense, l'on jouit ou l'on souffre. �

Il conclut que c'est surtout le sang qui d�termine la pens�e, car c'est surtout dans le sang que se temp�rent r�ciproquement les divers �l�ments.

11. Ceux donc pour lesquels le m�lange se fait �galement et entre particules qui soient et de dimensions pareilles et convenablement espac�es, n'�tant d'ailleurs ni trop petites ni trop grandes, ceux-l� sont les plus intelligents et leurs sens sont les plus parfaits; apr�s eux viennent en proportion ceux qui s'en rapprochent ; ceux qui s'�loignent au contraire le plus de cet �tat, sont les moins intelligents. Les �l�ments en particules grossi�res et espac�es font les hommes h�b�t�s et maladroits; s'ils sont, au contraire, condens�s et r�duits en particules tr�s menues, les mouvements du sang sont plus vifs, et l'homme sera lui-m�me plus prompt et mobile, mais il ne sera propre qu'� entreprendre beaucoup de choses sans en venir � bout. Ceux pour lesquels enfin le temp�rament est convenable dans une partie du corps, auront une aptitude sp�ciale correspondante ; de l� les bons orateurs et les artistes, le temp�rament �tant meilleur dans les mains des uns, dans la langue des autres; de m�me pour les autres facult�s.

12. C'est ainsi qu'Emp�docle admet que se produisent la sensation et la pens�e. La premi�re difficult� qu'on puisse proposer est de savoir en quoi les �tres anim�s diff�rent des autres pour la sensation; car il y a bien aussi adaptation aux pores des �tres inanim�s, puisque en g�n�ral Emp�docle explique le m�lange par la proportion des pores. C'est ainsi que l'huile et l'eau ne se m�langent pas, au contraire des autres liquides dont il �num�re les diverses combinaisons. Par cons�quent, tout sentira, et m�lange, sensation, accroissement ne seront qu'une m�me chose ; car c'est toujours pour lui l'effet d'une proportion des pores, sauf les quelques diff�rences qu'il peut ajouter.

13. En second lieu, dans les �tres anim�s eux-m�mes, pourquoi le feu int�rieur sentira-t-il plus que l'ext�rieur, s'il y a entre eux adaptation r�ciproque? La proportion et la similitude existent. Mais il faut bien qu'il y ait une diff�rence, si l'un ne peut remplir les pores, ce que fait l'autre entrant du dehors. Si donc il y avait similitude compl�te et universelle, il ne pourrait y avoir sensation. Enfin les pores sont-ils pleins ou vides? S'ils sont vides, il se contredit lui-m�me, car il nie en g�n�ral l'existence du vide; s'ils sont pleins, les �tres vivants sentiront toujours, car il est clair que le remplissage aurait lieu par adaptation du semblable, pour employer ses expressions.

14. L'objection subsisterait au reste, quand m�me il serait possible que des h�t�rog�nes eussent des dimensions leur permettant l'adaptation, et quand il serait vrai, comme il le dit, que les yeux dont le temp�rament est imparfait deviennent moins per�ants parce que tant�t le feu, tant�t l'air obstrueraient les pores. Car s'il y a proportion de la sorte et si les pores sont remplis de corps d'une autre nature, comment et o�, lors de la sensation, ces corps sortiront-ils? Il faut bien expliquer quel peut �tre ce d�placement. Ainsi, de tous c�t�s, il y a des difficult�s : il faut ou bien admettre le vide, ou dire que les �tres vivants sentent toujours toutes choses, ou supposer une adaptation de corps de nature diff�rente, qui ne produisent pas de sensations et qui n'aient pas le d�placement sp�cial � ceux qui les produisent.

15. Enfin, s'il n'y a pas adaptation compl�te du semblable, mais seulement contact, il s'ensuit que la sensation sera produite dans tous les cas; car, en fait, il rend compte de la connaissance � la fois par la similitude et par le contact, et c'est pourquoi il parle d'adaptation; mais, de la sorte, s'il y a contact du moindre au plus grand, il y aura sensation. D'autre part, en th�se g�n�rale, d'apr�s lui, la similitude ne joue aucun r�le et la seule proportion suffit; c'est ainsi qu'il dit qu'il n'y a pas sensation r�ciproque, parce que les pores ne sont pas en proportion; mais que l'effluve soit semblable ou dissemblable, il ne fait pas de distinction. On doit donc conclure, ou bien que la sensation n'est pas produite par le semblable, ou que le d�faut de perception n'est pas d� � une certaine disproportion el il est n�cessaire que les sens et les objets sentis soient toujours de m�me nature.

16. Il ne rend pas non plus, d'une fa�on acceptable, compte du plaisir et de la douleur, quand il attribue le premier � l'action des semblables, la seconde � celle des contraires, des � ennemis �, comme il dit,

(Vers 267-268) � qui sont le plus �loign�s les uns des autres � par leur origine, leur temp�rament, et la forme qui leur est imprim�e. �

Le plaisir et la douleur, produits de la sorte, sont des sensations ou sont accompagn�s de sensations; celles-ci ne seraient donc pas toujours produites par les semblables. D'un autre c�t�, si ce sont surtout les corps de m�me nature qui produisent le plaisir par leur contact, comme il le dit, ce devrait �tre ceux qui sont incorpor�s ensemble qui �prouveraient le plus de plaisir ou en g�n�ral sentiraient le mieux, puisqu'il attribue � la m�me cause la sensation et le plaisir. Cependant, bien souvent, tout en sentant, nous souffrons de la sensation m�me; d'apr�s Anaxagore, cela m�me arriverait toujours, car il n'y aurait pas de sensation sans souffrance.

17. Autre objection particuli�re : si la connaissance est produite par le semblable, quand il compose l'�il de feu et du contraire, nous pouvons bien conna�tre le blanc et le noir; mais comment pourrons-nous percevoir le brun et les autres couleurs mixtes? Ce ne sera ni par les pores du feu ni par ceux de l'eau, ni par d'autres communs � ces deux �l�ments, et cependant nous ne voyons pas moins ces couleurs que les autres.

18. Ce qu'il dit pour les animaux, qui voient mieux les uns le jour, les autres la nuit, n'est pas moins �trange; car le feu moindre est dissip� par le plus grand, ce qui fait que nous ne pouvons regarder en face ni le soleil ni en g�n�ral le feu pur. Par cons�quent, les animaux � qui il manque du feu devraient moins bien voir le jour; ou, si toutefois le semblable augmente l'intensit�, comme il dit, tandis que le contraire fait obstacle et dissipe, on devrait toujours, qu'on ait plus ou moins de lumi�re propre, voir mieux le blanc le jour, et le noir la nuit. Or, en fait, on voit toujours mieux toutes choses de jour; il n'y a exception que pour un petit nombre d'animaux, et il est probable que leur feu propre a assez de force pour cela; c'est comme ceux dont la superficie est lumineuse pendant la nuit.

19. Enfin, pour les yeux qui sont �galement temp�r�s, les deux �l�ments doivent augmenter � tour de r�le, en sorte que, si l'exc�s de l'un emp�che de voir, il ne saurait y avoir de grande diff�rence entre les vues. Mais il est difficile d'examiner tous les accidents de la vue. Quant aux autres sensations, comment percevrions-nous par le semblable? Le semblable est ind�termin�. Nous ne percevons pas le bruit par le bruit, ni l'odeur par l'odeur ni en g�n�ral l'homog�ne pair l'homog�ne, mais plut�t, � vrai dire, par le contraire. Il faut, en somme, que le sens, ne soit pas d�j� affect� ; si nous avons du bruit dans les oreilles, une saveur dans la bouche, une odeur dans le nez, tous ces sens deviennent plus obtus et ils le sont d'autant plus qu'ils sont plus remplis par les semblables ; il faudrait donc faire une distinction � cet �gard.

20. Ce qui concerne les effluves, quoique insuffisamment indiqu�, peut cependant �tre admis dans une certaine mesure pour quelques sens; mais il y a difficult� pour le toucher et le go�t.[4] Comment le rude et le lisse peuvent-ils �tre per�us par effluve ou par adaptation � des pores? Car, parmi les �l�ments, il n'y a que le feu qui paraisse donner des effluves. Si, d'autre part, c'est aux effluves qu'il faut attribuer la d�perdition, qu'il indique comme en �tant le signe le plus g�n�ral, et si les odeurs proviennent d'effluves, il faudrait que les choses ayant le plus d'odeur se dissipassent le plus rapidement; or, c'est � peu pr�s le contraire qui arrive ; car ce qu'il y a de plus odorant dans les plantes ou ailleurs, est aussi ce qu'il y a de plus durable. On devrait conclure aussi que, sous le r�gne de l'Amour, il n'y aurait en g�n�ral pas de sensations, ou du moins qu'elles seraient plus faibles, puisque alors la tendance � la r�union emp�che les effluves.

21.Quant � l'ou�e, quand il l'explique par des bruits internes, il est �trange qu'il croie le faire clairement, en imaginant ce bruit du dedans analogue � celui d'un grelot. Si c'est par ce grelot que nous entendons les bruits du dehors, comment entendons-nous son r�sonnement? C'est ce qu'il a laiss� � chercher. Ce qu'il dit de l'odorat n'est pas moins �trange; tout d'abord, il ne donne pas une cause g�n�rale; car il y a des animaux qui sentent et qui ne respirent point. En second lieu, il est plaisant de dire que ceux qui aspirent le plus sentent le mieux; si le sens n'est pas en bon �tat et bien ouvert, cela n'y peut rien faire. Il faudrait donc que dans la dyspn�e, dans le travail, ou dans le sommeil, on sent�t mieux les odeurs, car c'est alors qu'on inspire le plus d'air; or, c'est tout le contraire qui arrive.

22. La respiration ne semble pas �tre cause de l'olfaction par elle-m�me, mais seulement par accident; c'est ce que prouve l'exemple des autres animaux et celui des �tats dont nous avons parl�. Il ne l'en reconna�t pas moins comme �tant la v�ritable cause et, en terminant, il r�p�te son affirmation :

(Vers 369) � Ainsi tous sont dou�s de respiration et d'odorat. � Il n'est pas vrai non plus qu'on sente surtout les choses subtiles; il faut qu'en outre elles aient de l'odeur. Car l'air et le feu sont ce qu'il y a de plus subtil et ils n'affectent point l'odorat.

23. On peut aussi proposer des objections � propos de la pens�e. Si en effet elle se produit comme d'apr�s lui la sensation, elle appartiendra � toutes choses. Mais comment est-il possible que la pens�e ait lieu � la fois avec un changement et par l'action du semblable? Le semblable n'est pas alt�r� par le semblable. Attribuer la pens�e au sang est, d'ailleurs, compl�tement absurde; il y a beaucoup d'animaux qui n'ont pas de sang, et chez ceux qui en ont, ce sont les organes des sens qui en sont le moins pourvus. Enfin, il faudrait que les os et les cheveux sentissent aussi, puisqu'ils sont aussi bien compos�s de tous les �l�ments. Mais il confond d'une part la pens�e, la sensation, le plaisir, de l'autre la souffrance et l'ignorance, puisqu'il produit ces deux derni�res par les dissemblables; il faudrait donc que la souffrance accompagn�t l'ignorance, et le plaisir la pens�e.

24. Il n'est pas moins absurde d'attribuer les facult�s au temp�rament du sang dans les parties, comme si la langue �tait la cause de l'�loquence ou les mains celle de l'habilet� de l'artiste, comme si ce n'�taient pas l� de simples instruments. Il vaudrait mieux attribuer la cause � la forme plut�t qu'au temp�rament du sang, qui est �tranger � l'intelligence; cette fa�on de faire serait justifi�e par la comparaison des divers animaux.

Il semble donc qu'Emp�docle ait commis de nombreuses erreurs.

25. De ceux qui n'attribuent pas la sensation au semblable, Alcm�on (Vors. 132. 20-35) commence par d�finir la diff�rence par rapport aux animaux. L'homme, dit-il, en diff�re parce qu'il est seul intelligent! les autres animaux ont la sensation, non l'intelligence; la pens�e serait donc distincte de la sensation et non pas la m�me chose, comme pour Emp�docle. Puis il parle de chaque sens en particulier : nous entendons, dit-il, gr�ce au vide qui existe dans les oreilles, et qui r�sonne; de m�me on parle par un creux, et l'air fait une contre-r�sonance. Nous sentons par les narines en respirant et en faisant ainsi remonter le souffle au cerveau. La langue discerne les saveurs; ti�de et de peu de consistance, la chaleur la ramollit; d'un tissu l�che et d�licat, elle re�oit les sucs et les distribue.

26. Les yeux voient � travers l'eau qui en forme la p�riph�rie; mais, qu'ils contiennent du feu, cela est clair : un coup sur l'�il le fait jaillir. La vision tient � l'�clat et � la diaphan�it� de ce feu, qui r�percute la lumi�re, d'autant mieux qu'il est plus pur. Tous les sens sont en quelque sorte suspendus au cerveau, dont les mouvements et d�placements peuvent les annuler, en obstruant les pores, par lesquels se produisent les sensations. Quant au toucher, il n'a point dit comment ni par quel interm�diaire il se produit.

Voil� les d�terminations d'Alcm�on.

27.    D'apr�s Anaxagore (Vors. 395, 9-396, 4). La sensation a lieu par les contraires, car le semblable n'agit pas sur le semblable. Il tente de donner le d�tail particulier : on voit par l'image sur la pupille; cette image ne se produit pas sur une couleur semblable, mais sur une diff�rente. Pour la plupart des animaux, la diff�rence a lieu pendant le jour, pour quelques-uns c'est pendant la nuit; aussi sont-ils clairvoyants dans l'obscurit�. En g�n�ral, c'est plut�t la nuit qui pr�sente la m�me couleur que les yeux, et l'image se produit de jour, parce que la lumi�re concourt � la former, et que la couleur pr�dominante tranche davantage sur l'autre.

28.    C'est de la m�me mani�re que le toucher et le go�t discernent leurs objets ; car ce qui est �galement chaud ou froid ne peut ni �chauffer ni refroidir par son voisinage ; le doux ou l'acide ne se per�oivent pas par eux-m�mes, mais le froid par le chaud, le potable par le sal�, le doux par l'acide, chacun suivant son d�faut; car tout cela pr�existe en nous. De m�me pour l'olfaction, qui accompagne la respiration; pour l'audition, dans laquelle le bruit va jusqu'� l'enc�phale; car l'os environnant est creux et le bruit y p�n�tre.

29.    Toute sensation est accompagn�e de souffrance; ceci semble une cons�quence de l'hypoth�se, car le contact de tout dissemblable est p�nible. Cette souffrance devient sensible par la dur�e ou par l'exc�s de la sensation, car les couleurs brillantes et les bruits excessifs sont p�nibles et l'on ne peut pas les supporter longtemps. Les plus grands animaux ont plus de sensibilit�, et en g�n�ral la sensation est d'apr�s la grandeur. Ceux qui ont des yeux grands, purs et brillants, voient les grands objets et de loin ; avec de petits yeux, c'est le contraire.

30.    De m�me pour l'ou�e; les grands animaux entendent les grands bruits et de loin; les bruits moindres leur �chappent; les petits animaux entendent au contraire les petits bruits et ceux qui sont voisins. De m�me pour l'odorat; l'air subtil a une odeur, car on en sent une dans l'air chauff� et rar�fi�. L'animal de grande taille qui respire entra�ne en m�me temps le dilat� et le condens�, le petit animal ne respire que le dilat�; aussi les grands animaux sentent-ils mieux. L'odeur est plus vive de pr�s que de loin, parce qu'elle est plus dense et qu'en se dispersant elle s'affaiblit. On peut presque dire que les grands animaux ne sentent pas une odeur subtile, ni les petits une forte.

31.    Attribuer la sensation aux contraires n'est pas sans raison, comme on l'a dit; car l'alt�ration semble provenir non pas des semblables, mais des contraires. Cependant il faudrait bien s'assurer si la sensation est une alt�ration et si le contraire peut juger du contraire. Mais dire que la sensation est toujours accompagn�e de souffrance, cela n'est d'accord ni avec l'exp�rience (car il y a des sensations accompagn�es de plaisir, et la plupart ne le sont point de souffrance) ni avec la raison; car la sensation est selon la nature et rien de ce qui est sole η la nature n'est forc� ni p�nible; ce s�rail bien plut�t agr�able, et il semble bien qu'il en soit ainsi. Car nous prenons plaisir aux m�mes choses en plus grande quantit� ou plus fr�quentes, et nous recherchons la sensation elle-m�me en dehors des d�sirs particuliers.

32.    D'autre part, puisque le plaisir et la peine sont procur�s par la sensation, et que tout ce qui est naturel est, comme la science, tourn� vers le meilleur, il y aurait plut�t accompagnement de plaisir que de peine. En g�n�ral, si la pens�e n'est pas accompagn�e de souffrance, il en est de m�me pour la sensation; car dans les deux cas, la raison est la m�me pour la m�me utilit�. D'ailleurs il n'y a m�me pas de preuve que l'exc�s des sensations ou leur dur�e occasionnent de la souffrance; il est plut�t indiqu� que la sensation consisterait en une certaine proportion, un certain temp�rament avec l'objet senti; c'est peut-�tre pour cela que ce qui est trop faible n'est pas senti, que ce qui est trop fort est p�nible et fait tort aux sens.

33.    On peut juger ce qui est selon la nature d'apr�s ce qui est contre la nature; car l'exc�s est contre la nature. Or il est clair et bien reconnu que parfois certaines sensations sont p�nibles, comme d'autres sont agr�ables; d�s lors la sensation en g�n�ral n'est pas plut�t accompagn�e de peine que de plaisir, mais en r�alit� elle est probablement ind�pendante de l'une et de l'autre; sans quoi elle ne pourrait juger de son objet, pas plus que l'intelligence qui serait continuellement accompagn�e de peine ou de plaisir. L'opinion d'Anaxagore, en tant qu'elle s'applique � la sensation en g�n�ral, s'appuie donc sur un point de d�part tout � fait insuffisant.

34.    Lorsqu'il dit que les plus grands animaux sentent davantage et qu'en g�n�ral la sensation suit la grandeur des organes des sens, il y a l� une certaine difficult� et l'on doit se demander si les petits animaux n'ont pas au contraire plus de sensibilit� que les grands; car il semble que ne pas laisser �chapper de petits objets soit le fait d'une sensation plus exacte, et en m�me temps il n'est pas absurde de penser que qui peut percevoir le moins puisse �galement percevoir le plus. D'un autre c�t�, il semble que, pour certaines sensations, les petits animaux soient vraiment sup�rieurs aux grands; les sens de ces derniers seraient donc, par l�, moins d�velopp�s.

35.    Si au contraire beaucoup d'objets paraissent �chapper aux petits animaux, les sens des grands seraient sup�rieurs; il est d'ailleurs raisonnable qu'ils l'emportent pour les sensations aussi bien que pour le temp�rament de leur corps en g�n�ral. Ainsi, comme on l'a dit, il peut y avoir difficult� sur le point de savoir si l'on doit s'exprimer ainsi qu'il l'a fait; car dans un m�me genre, la distinction n'a pas lieu suivant la grandeur, mais c'est plut�t surtout la disposition et le temp�rament du corps qui importent. Quant � mettre les objets sentis en rapport avec les grandeurs, cela semble une opinion voisine de celle d'Emp�docle, qui fait produire la sensation par l'adaptation aux pores. Toutefois, pour l'olfaction, il y a, dans les opinions d'Anaxagore, une difficult� sp�ciale; car il dit que l'air subtil a plus d'odeur et, en m�me temps, il attribue l'odorat le plus fin aux animaux qui absorbent l'air dense plut�t que le dilat�.

36.    Pour l'image visuelle, son opinion est une de celles qui sont g�n�ralement r�pandues; le vulgaire s'explique ordinairement la vision par cette image qui se produit dans les yeux. Mais on ne r�fl�chit pas que les grandeurs vues ne sont pas en proportion avec les images, qu'il n'est pas possible qu'il y ait en m�me temps diverses images qui se contrarient, enfin que le mouvement, la distance, la grandeur sont des objets visibles, mais ne donnent pas d'image. D'ailleurs il y a des animaux chez lesquels il n'y a point d'image, comme ceux dont les yeux sont durs et ceux qui vivent dans l'eau. Bien plus, nombre d'objets inanim�s devraient voir, si c'�tait l� la raison; car il se produit des reflets sur l'eau, le bronze et bien d'autres substances.

37. Il dit lui-m�me que les couleurs font image les unes sur les autres, et davantage la forte sur la faible; il faudrait donc que l'une et l'autre f�t dou�e de la vue, et surtout la couleur noire, ou en g�n�ral, la plus faible. C'est pour cela qu'il fait l'�il de m�me couleur que la nuit et qu'il prend la lumi�re comme cause de l'image. Cependant nous voyons la lumi�re directement et sans aucune image. En second lieu, le noir n'a en rien moins de lumi�re que le blanc. Enfin, dans les autres cas, nous voyons toujours l'image se produire sur les objets les plus nets et les plus brillants et lui-m�me dit que les membranes des yeux sont d�licates et brillantes. Le vulgaire fait m�me l'�il de feu, comme si les couleurs participaient surtout de cet �l�ment. Anaxagore a donc, comme j'ai dit, suivi l�-dessus une croyance commune et ancienne ; toutefois il a expos� une opinion particuli�re sur la perception du grand dans les organes des sens, surtout par celui de la vue; quant aux sensations plus grossi�res, il ne les a point �claircies.

38.    Clid�me (Vors. 415, 7-14) est le seul qui ait parl� de la vue � part; la seule raison pour que nous percevions par nos yeux est, d'apr�s lui, qu'ils sont diaphanes; par les oreilles, c'est que l'air qui y arrive les met en mouvement; par les narines, c'est que nous aspirons l'air, auquel se m�lent les odeurs; la langue sent les sucs, le chaud et le froid, parce qu'elle est spongieuse; le reste du corps n'a aucune autre sensation que celle du chaud, de l'humide et des contraires ; les oreilles seules ne per�oivent rien par elles-m�mes, elles transmettent simplement � l'esprit; Anaxagore, au contraire, fait tout remonter � l'esprit.

39.    Diog�ne (Vors. 419, 28-421, 10) a attach� � l'air les sensations aussi bien que la vie et l'intelligence; on pourrait donc dire qu'il les attribue au semblable (car il n'y aurait, d'apr�s lui, ni action ni �tat passif, si toutes choses ne provenaient pas d'un seul principe). L'olfaction serait ainsi attach�e � l'air autour de l'enc�phale; car cet air est press� et en proportion avec l'odeur; l'enc�phale, au contraire, est rel�ch� et distendu par de petits vaisseaux, dont la disposition n'est pas en rapport avec les odeurs et n'admet pas leur m�lange;[5] or, il est clair que s'il y a un air dont le temp�rament soit proportionn�, c'est bien l� ce qui sent.

40.    L'audition a lieu lorsque le mouvement de l'air dans les oreilles, provoqu� par celui du dehors, p�n�tre jusqu'� l'enc�phale. La vue se produit au moyen de l'image sur la pupille; le m�lange avec l'air interne am�ne la sensation; comme preuve, s'il y a inflammation des veines, il n'y a pas m�lange avec l'air int�rieur, et l'on ne voit plus,[6] quoiqu'il y ait toujours image. Le go�t est d� � ce que la langue est d'un tissu rel�ch� et d�licat. Quant au toucher, il n'a d�termin� ni comment il se produit, ni � quoi il s'applique. Mais, apr�s cela, il essaie de dire pourquoi et de qui les sens peuvent �tre plus fins.

41.    L'odorat est plus subtil pour qui a le moins d'air dans la t�te, car cet air se m�lange plus rapidement. Ce sens est encore favoris� si l'aspiration de l'air se fait par un conduit plus long et plus �troit, car la perception se fait ainsi plus vite; aussi certains animaux ont-ils l'odorat plus fin que ne l'a l'homme; d'ailleurs celui-ci sent surtout lorsque l'odeur est proportionn�e � l'air pour le m�lange. L'ou�e est d'autant plus fine que les veines sont t�nues, que le conduit auditif est court, �troit et direct, que par l�-dessus l'oreille est droite et grande. En effet, c'est l'air des oreilles qui, �tant mis en mouvement, meut l'air interne; si donc le conduit est trop large, le mouvement de l'air, ne venant pas tomber sur un corps en repos, produit une r�sonance et un bruit inarticul�.

42.    La vue est d'autant plus per�ante que l'air et les veines t�nues sont comme pour les autres sens, et qu'en outre l'�il est plus brillant. C'est surtout la couleur oppos�e qui fait image; aussi les yeux noirs voient mieux de jour et per�oivent mieux les objets brillants; les yeux de nuance oppos�e voient mieux de nuit. Une preuve que la sensation est due � l'air int�rieur, qui est une petite parcelle du dieu, c'est que souvent l'attention de notre intelligence, port�e sur d'autres objets, fait que nous ne voyons ni n'entendons pas.

43.    Le plaisir et la peine se produisent comme suit : Quand l'air en grande quantit� se m�lange au sang et le rend l�ger, conform�ment � la nature et en p�n�trant par tout le corps, il y a plaisir ; quand le m�lange ne se fait pas selon la nature, le sang tombe, devient plus faible et plus �pais, il y a peine. De m�me pour la confiance, la sant� et leurs contraires. La langue est l'organe qui permet de mieux juger du bien-�tre; mais elle est tr�s d�licate, d'un tissu rel�ch�, toutes les veines y arrivent; aussi fournit-elle de nombreux signes dans les maladies. Les couleurs des autres animaux y sont �galement marqu�es; toutes ces couleurs, quelles qu'elles soient, y apparaissent. Voil� donc comment et par quoi se produit la sensation.

44.    L'intelligence, comme il a �t� dit, est attribu�e � l'air pur et sec, car l'humidit� emp�che l'esprit; aussi dans le sommeil, l'ivresse ou la r�pl�tion, l'intelligence est plus ou moins affaiblie. Que l'humidit� lui soit nuisible, il y en a une preuve dans l'inf�riorit� intellectuelle des autres animaux, qui respirent l'air sortant de la terre et dont l'alimentation est plus humide que pour nous. Quant aux oiseaux, ils respirent un air pur, mais leur nature est semblable � celle des poissons; leur chair est tr�s dense et ne permet pas � l'air de circuler dans tout le corps, mais l'arr�te dans la cavit� interne; aussi ils dig�rent rapidement leur nourriture, mais ils sont d�pourvus de raison. En dehors de la nourriture, la bouche et la langue ont une certaine influence; car les animaux ne peuvent converser ensemble. Les plantes, n'ayant pas de cavit� interne et ne laissant pas entrer l'air, sont absolument d�pourvues de pens�e.

45.    La m�me cause prive les enfants de raison, car chez eux l'humide est tr�s consid�rable, en sorte que l'air ne peut p�n�trer dans tout le corps, mais se ramasse vers la poitrine, ce qui les rend h�b�t�s et d�raisonnables. S'ils sont col�res et en g�n�ral faciles � changer d'id�e et � passer d'un extr�me � l'autre, c'est que l'air ainsi d�gag� dans leur petit corps est relativement consid�rable. C'est aussi l� la cause de l'oubli; l'air ne circulant pas dans tout le corps, le commerce entre les parties ne peut �tre entretenu; une preuve, c'est que, quand on cherche � se rappeler, il y a embarras vers la poitrine; d�s qu'on retrouve, il y a dissipation et soulagement de la peine.

46.   En voulant tout rattacher � l'air, Diog�ne tombe souvent dans l'invraisemblance. Ainsi il ne fait pas que la sensation et l'intelligence soient propres aux �tres anim�s. Car peut-�tre il est possible qu'un tel air avec ce temp�rament et cette proportion se trouve partout et dans toutes choses; si cela n'est pas, il aurait fallu le dire. En tout cas, il peut se trouver dans les diff�rents sens eux-m�mes, en sorte qu'il serait possible que l'ou�e per��t les objets de la vision, ou bien que ce que nous percevons par l'odorat, quelque autre animal le per��t autrement, par suite de l'identit� de temp�rament de l'air; ainsi la respiration pourrait faire sentir les odeurs dans la poitrine; car il est admissible que parfois il y ait l� proportion convenable pour elles.

47.   Il est niais de dire pour la vue qu'elle se fait par l'air interne; s'il r�fute peut-�tre ceux qui admettent les images, il ne donne point de cause. Ensuite il attribue � la respiration et au m�lange du sang avec l'air la sensation, le plaisir et l'intelligence. Mais il y a beaucoup d'animaux qui ou bien n'ont pas de sang ou bien ne respirent aucunement. Et s'il faut que la respiration p�n�tre par tout le corps et non pas seulement dans certaines parties (ce qui ne produit que de minces effets), rien n'emp�che que par l� m�me tous les animaux ne soient dou�s de m�moire et de raison... et quand m�me, il n'y aurait pas d'emp�chement. Car l'intelligence ne r�side pas dans toutes les parties du corps, par exemple dans les jambes ou les pieds, mais seulement dans certaines parties d�termin�es qui, pour les hommes � l'�ge de raison, servent � la m�moire et � l'intellect.

48.   Il est �galement niais de faire diff�rer les hommes suivant qu'ils respirent plus ou moins pur, et non par leur nature, comme diff�rent les �tres anim�s des inanim�s. Il faudrait donc que le simple changement de lieu modifi�t l'intelligence, et que celle-ci f�t au plus haut degr� chez les habitants des lieux �lev�s et surtout chez les oiseaux; car la nature de la chair est loin d'�tre aussi diff�rente que la puret� de l'air. On ne peut pas approuver davantage ce qu'il dit, que les plantes ne pensent pas, parce qu'elles ne renferment pas de vide, comme si tout ce qui en renfermait devait penser. Ainsi que je l'ai dit, Diog�ne s'�carte donc souvent du vraisemblable en d�sirant tout ramener � son principe.

49.    D�mocrite (Vors. II, 40, 24-48, 28) ne d�termine pas, au sujet de la sensation, si elle a lieu par les contraires ou par les semblables. S'il rend compte de la sensation par le changement, il semblerait l'expliquer par les contraires, car il n'y a pas changement du semblable par le semblable ; mais il para�t de l'opinion oppos�e, quand il ram�ne la sensation et en g�n�ral le changement � l'�tat passif, quand il dit que cet �tat est impossible sans identit� avec l'agent. Si donc il admet une diff�rence des objets, l'effet n'aurait pas lieu en tant qu'il y a diff�rence, mais en tant qu'il y a quelque chose d'identique. Ainsi on peut entendre ce qu'il dit dans les deux acceptions. Voici maintenant comment il essaie d'expliquer chaque sens.

50.    La vision, d'apr�s lui, se produit par l'image (ἕμφασις) ; mais sur celle-ci il a une opinion particuli�re, car il ne la fait pas produire imm�diatement sur la pupille, mais l'air, entre l'�il et l'objet, recevrait une conformation en se resserrant sous l'action de l'objet vu et du voyant ; car toute chose �met constamment une certaine effluve. Puis cet air, ayant ainsi pris une forme solide et une couleur diff�rente, fait image dans les yeux humides;[7] car ce qui est dense ne le re�oit pas, ce qui est humide le laisse p�n�trer. Aussi les yeux mous sont meilleurs pour voir que les durs; il faut que la tunique ext�rieure soit aussi mince et aussi r�sistante que possible, que l'int�rieur de l'�il soit tr�s mou,[8] sans chair serr�e et dense, m�me sans liquides �pais et gras, qu'enfin les veines dans les yeux soient droites et vides de fa�on � prendre[9] une forme semblable � l'effigie (ἀποτύπωσις) ; car chaque chose est surtout connue par les pareilles.

51.    Tout d'abord cette effigie dans l'air est une invention absurde; car ce qui est ainsi form� par empreinte doit poss�der une certaine densit� et ne pas � s'�mietter � (θρύπθεσται), comme il le dit lui-m�me, en comparant une telle effigie � celles que re�oit la cire. Puis il est encore plus possible que l'effigie se produise dans l'eau, d'autant que celle-ci est plus dense ; cependant, tout au contraire, on y voit moins. Et si, en g�n�ral, il admet une effluve de la forme, comme quand il traite des εϊ;η, pourquoi cette effigie? Les idoles seules peuvent faire image.

52.    Mais conc�dons-lui que l'air press� et condens� re�oive une empreinte comme la cire, comment et de quelle fa�on l'image peut-elle se produire? Il est clair que, comme partout ailleurs, l'empreinte sera de face avec l'objet. S'il en est ainsi, il est impossible qu'il y ait une image vue de face sans retournement de l'empreinte. Il faudrait montrer comment et par quoi cela se fait; car autrement la vision est impossible. D'autre part, lorsqu'on voit plusieurs objets dans le m�me endroit, comment, dans le m�me air, peut-il y avoir diverses empreintes, et encore comment peut-on se voir r�ciproquement? Les empreintes doivent se rencontrer l'une l'autre, chacune �tant de face avec l'objet dont elle �mane. Ceci m�riterait une recherche.

53.    En outre, pourquoi chacun ne se voit-il pas lui-m�me? Ses empreintes devraient para�tre sur ses propres yeux aussi bien que sur les voisins, surtout si elles sont imm�diatement de face et s'il se passe la m�me chose que pour l'�cho; car il dit que la voix se r�fl�chit vers celui m�me qui parle. En g�n�ral cette effigie dans l'air est absurde. Car il faudrait que tous les corps en produisissent avec des changements continuels, ce qui emp�cherait la vision et n'est d'ailleurs pas vraisemblable. Si d'ailleurs l'effigie persiste quand les corps ne sont plus visibles ni voisins, on devrait continuer � les voir, sinon de nuit, au moins de jour. Et m�me il est au moins aussi vraisemblable que les empreintes persistent la nuit, o� l'air est plus froid.

54.    Mais peut-�tre le soleil fait-il image, comme s'il portait la lumi�re vers l'�il, � ce que D�mocrite semble vouloir dire; car il est absurde de penser que le soleil repoussant et chassant l'air le condense, comme il dit; il est plus naturel qu'il le disperse. Il est �galement absurde de faire participer � la vision non seulement l'�il, mais encore le reste du corps; car il dit qu'il faut que l'�il ait de la vacuit� et de l'humidit�, afin qu'il puisse mieux recevoir et transmettre au reste du corps. Il est irrationnel de dire que les choses pareilles (ὁμόφυλα) se voient surtout et de faire produire l'image par les couleurs diff�rentes comme si les semblables ne pouvaient le faire. Enfin il a essay� de dire comment on voit les grandeurs et les intervalles, mais il n'y est point parvenu ; ainsi, parlant de la vision en particulier et voulant expliquer certains points, il en a laiss� davantage � chercher.

55.    Quant � l'audition, il en parle de la m�me fa�on que les autres. L'air tombant dans le vide produirait un mouvement; si d'ailleurs il peut p�n�trer de m�me dans tout le corps, il entre surtout et en plus grande quantit� dans les oreilles, l� o� il y a le plus de vide, et il traverse sans s�journer. Aussi la sensation a-t-elle lieu l� et non dans le reste du corps. Une fois dedans, sa vitesse le fait se dissiper, car le son r�sulte d'un air condens� et entrant avec force. La sensation interne se fait comme, � l'ext�rieur, celle du toucher.

56.    Pour que l'ou�e soit bien fine, il faut que la tunique ext�rieure soit serr�e, les petites veines vides et autant que possible sans liquide el bien perc�es tant dans le reste du corps qu'� la t�te et vers les oreilles, que les os soient �pais, l'enc�phale bien temp�r�, et ce qui l'environne aussi sec que possible; car de la sorte le son p�n�tre en masse, comme trouvant un vide consid�rable, sans liquide et bien perc�, et il se dissipe rapidement et �galement dans le corps sans �tre rejet� au dehors.

57.    L'obscurit� de la d�termination lui est commune avec les autres. Mais il a en particulier d'absurde cette opinion que le bruit p�n�tre par tout le corps, que, quand il est entr� par l'ou�e, il se r�pand partout, comme si la sensation appartenait � tout le corps, et non � l'ou�e seulement. Quand le corps d'ailleurs �prouverait quelque effet en m�me temps que l'ou�e, ce ne serait pas une raison pour qu'il sente; car il �prouve toujours quelque chose en commun, non seulement avec les autres sensations, mais m�me avec l'�me. Voil� comment D�mocrite explique la vision et l'audition; pour les autres sens, il suit � peu pr�s l'opinion la plus r�pandue.

58. Quant � la pens�e, il en dit seulement qu'elle se produit lorsque l'�me se trouve dans un temp�rament proportionn� ; si quelqu'un devient plus chaud ou plus froid, il y a changement de pens�e. Les anciens ont d�s lors soup�onn� justement ce que c'�tait que d'ἀλλοφρονεῖν (avoir des pens�es diff�rentes[10]). Il est clair par l� qu'il attribue la pens�e au temp�rament du corps et que, suivant son langage, il fait de l'�me un corps. Voil� � peu pr�s, sur la sensation et la pens�e, toutes les opinions que l'on rencontre chez les auteurs qui nous ont pr�c�d�s.

59. Quant aux objets sensibles, � leur nature et � leurs qualit�s sp�ciales, on a g�n�ralement n�glig� d'envisager la question. On parle bien de ce qui tombe sous le toucher, comme le lourd et le l�ger, le chaud et le froid; on dit, par exemple, que ce qui est dilat� et subtil est chaud, ce qui est dense et grossier est froid ; c'est la distinction que fait Anaxagore entre l'air et l'�ther. On d�termine aussi le lourd et le l�ger � peu pr�s par les m�mes attributs et par leurs tendances en haut ou en bas; on ajoute que le son est un mouvement de l'air, l'odeur une certaine effluve. Emp�docle a aussi parl� des couleurs, a dit que le blanc tenait du feu et le noir de l'eau ; les autres n'ont gu�re fait qu'avancer que le blanc et le noir sont les principes et que les autres couleurs r�sultent du m�lange de celles-l�; ce sont m�me les seules dont Anaxagore ait parl�.

60. D�mocrite et Platon sont ceux qui ont le plus approfondi la question; ils ont donn� des d�terminations particuli�res; le dernier toutefois ne prive pas les objets sensibles de leur nature, D�mocrite au contraire ne reconna�t que des affections des sens. Lequel a raison, il ne s'agit pas de le discuter; essayons seulement d'exposer jusqu'� quel point chacun d'eux s'est avanc� et quelles d�terminations il a donn�es; mais d'abord indiquons leur proc�d� en g�n�ral. D�mocrite ne parle pas de m�me pour tout, mais il attribue certains effets aux grandeurs, d'autres aux formes, quelques-uns � l'ordre et � la situation, Platon rapporte presque tout aux affections et � la sensibilit�.

61.   Ainsi chacun d'eux semble se mettre en contradiction avec sa propre hypoth�se ; car l'un, qui attribue la r�alit� aux affections del� sensibilit�, fait des distinctions de natures, l'autre qui attribue la r�alit� aux propri�t�s des substances, les rapporte aux affections de la sensibilit�. � D�mocrite distingue le lourd et le l�ger d'apr�s la grandeur. Car, s'ils �taient absolument s�par�s, quelle que f�t la diff�rence des formes, la grandeur d�terminerait l'effet par rapport � la balance. Quant aux corps m�lang�s; le plus l�ger est ce qui renferme le plus de vide, le plus lourd ce qui en a le moins. Du moins, c'est ce qu'il a dit en certains endroits.

62.   En d'autres, il dit simplement que le l�ger, c'est le subtil (λεπτόν). Pour le dur et le mou, c'est � peu pr�s la m�me chose : car le dur, c'est le serr�, le mou c'est le rel�ch�, il y a plus et moins et tout en proportion. Cependant il y a une certaine diff�rence dans la position et la r�partition des vides entre le dur et le mou, d'une part, le lourd et le l�ger, de l'autre. Aussi le fer est plus dur et le plomb plus lourd; c'est que la texture du fer est in�gale, qu'il renferme des vides fr�quents et consid�rables, tandis que par places il est tr�s serr� ; mais en somme il a plus de vides que le plomb. La texture de celui-ci est au contraire �gale et uniforme partout, ce qui fait qu'il est plus mou que le fer, tout en �tant plus lourd.

63.   Voil� donc les d�terminations relatives au lourd et au l�ger, au dur et au mou. Quant aux autres qualit�s sensibles, elles ne correspondent nullement � la nature, ce ne sont que des affections de la sensation qui change, comme d�s lors la repr�sentation (φαντασία). Ainsi il n'y a pas de froid ou de chaud par nature, il n'y a que des effets de figures se transformant et de changement survenant en nous; car tout ce qui est en masse agit sur chacun, ce qui est dispers� dans un large espace est insensible. La preuve que tout cela n'est pas par nature, c'est que tous les animaux le ressentent diff�remment ; ainsi ce qui pour nous est doux sera amer pour d'autres, acide pour ceux-ci, acre ou astringent pour ceux-l�, etc.

64.    D'autre part, le temp�rament change avec les accidents et avec l'�ge, et par l� il est clair que c'est la disposition qui cause la repr�sentation. Voil� ce qu'il faut admettre en g�n�ral pour les objets sensibles. � Cependant il en attribue, avec d'autres choses, les effets aux figures, sauf qu'il ne donne pas les formes pour tout; il ne s'attache gu�re qu'� les d�terminer pour les saveurs et les couleurs, surtout en les rapportant � la repr�sentation pour nous.

65.    Ainsi l'acide est d'apr�s lui d'une forme anguleuse, � coudes nombreux, petit et subtil; gr�ce � sa mobilit�, il se r�pand rapidement partout, tandis que l'�pret� due aux angles contracte et resserre, en sorte que des vides se produisent et que le corps s'�chauffe; car c'est ce qui a le plus de vide qui s'�chauffe le mieux. � Le doux est au contraire compos� de figures arrondies qui ne sont pas trop petites, en sorte qu'elles se r�pandent facilement dans tout le corps, sans violence, mais en circulant lentement ; il produit des troubles, parce qu'il s'insinue dans des parties qu'il d�laie et d�range de leur place; tout ce liquide ainsi mis en mouvement va couler dans les intestins, l� o� il trouve le plus de vide et le passage le plus facile.

66.    L'astringent est compos� de grandes figures tr�s anguleuses et aussi peu arrondies que possible ; quand celles-ci p�n�trent dans le corps, elles obstruent les petites veines, les aveuglent, les emp�chent de couler, ce qui arr�te le cours de ventre. L'amer est constitu� de petits globules lisses, dont toutefois le contour pr�sente des inflexions, ce qui le rend visqueux et collant. Le sal� est form� de grandes figures qui ne sont pas arrondies, dont quelques-unes m�me sont scal�nes, et qui n'ont pas non plus beaucoup d'inflexions (par scal�nes, il entend des figures qui s'accrochent et s'entrelacent r�ciproquement); elles sont grandes, puisque le liquide sal� reste � la surface; si elles �taient petites, sous le choc des particules ambiantes, elles p�n�treraient dans tout le corps; elles ne sont pas arrondies, parce que le sel a des asp�rit�s, que l'arrondi est lisse; elles ne sont pas toutes scal�nes, sans quoi le sel pourrait se p�trir, tandis qu'il est friable.

67.    Le br�lant est petit, arrondi, avec des angles et sans scal�ne; les asp�rit�s dues aux angles font qu'il �chauffe et perce au travers du corps; car c'est l� le propre de l'anguleux. Le gras est petit, arrondi et sans angles. � Il ram�ne de m�me les autres propri�t�s particuli�res aux figures. Mais, dit-il, de toutes les figures, il n'y en a point qui se trouve pure, sans m�lange avec d'autres; chaque substance, au contraire, en contient de toutes sortes, et a en m�me temps du lisse, du raboteux, du rond, du piquant, etc. Ce qui domine produit l'effet d�cisif pour la sensation et la propri�t�. Il y a d'ailleurs de grandes diff�rences suivant la disposition du corps o� p�n�trent les substances. Aussi la m�me peut produire parfois des effets contraires, et des substances contraires peuvent produire le m�me effet.[11]

68.    Voil� ses d�terminations sur les saveurs. En premier lieu, il ne para�t pas raisonnable de ne point rendre raison de tout d'une m�me fa�on, mais d'expliquer le lourd, le l�ger, le mou et le dur par la grandeur, la petitesse, le degr� de resserrement ou de rel�chement, d'attribuer au contraire aux figures le chaud, le froid et le reste. D'autre part, il fait du lourd, du l�ger, du dur et du mou des natures en soi (car la grandeur, la petitesse, le degr� de resserrement ou de rel�chement ne sont point relatifs � autre chose); il pr�tend au contraire que le chaud, le froid et le reste se rapportent � la sensation, et il le r�p�te souvent; pourquoi donc assigner � telle saveur une figure sph�rique?

69.    C'est la plus grande contradiction, qui se pr�sente d'ailleurs dans tous les cas, que de faire des saveurs des affections des sens et en m�me temps d'en d�terminer les figures, tout en disant que la m�me substance para�t aux uns am�re, aux autres douce, aux autres diff�rente. Il est impossible que la figure soit une affection et qu'elle ne soit pas toujours la m�me, mais soit sph�rique pour les uns, diff�rente pour les autres. Il est �galement impossible, si la m�me saveur est douce pour l'un, am�re pour l'autre, que les formes changent suivant nos dispositions. En un mot, la figure est en soi, le doux et en g�n�ral ce qui est senti se rapporte � un autre et appartient � un autre sujet, comme il le dit. Mais il est absurde de demander que l'apparence soit la m�me pour tous ceux qui sentent la m�me chose, puis d'en prouver la v�rit�, et apr�s cela de venir dire que les apparences diff�rent pour ceux qui sont diff�remment dispos�s, et que ni les uns ni les autres ne sont plus pr�s de la v�rit�.

70. Il serait raisonnable que le meilleur l'emport�t � cet �gard sur le pire et le sain sur le malade; car c'est plus conforme � la nature. � D'autre part, s'il n'y a pas de nature pour les objets sensibles, parce qu'ils ne paraissent pas les m�mes � tous, il n'y en a pas davantage pour les animaux ni pour les autres corps; l'opinion l�-dessus n'est pas davantage universelle. Mais si le doux et l'amer ne sont pas per�us par tous de la m�me fa�on, la nature de l'amer et du doux n'en para�t pas moins la m�me � tous, ce que D�mocrite lui-m�me semble t�moigner. Car comment ce qui est amer pour nous serait-il doux ou astringent pour d'autres, s'il n'y a pas pour toutes ces saveurs quelque nature d�termin�e?

71. C'est ce qu'il reconna�t encore plus clairement quand il dit que chaque saveur devient et est en v�rit�, et, en particulier, que, de l'amer, nous avons � une connaissance passable �. Ainsi par l� il semble contradictoire de ne pas admettre une certaine nature des objets sensibles, et l�-dessus, comme on l'a dit plus haut, d'attribuer une figure � la chaleur ou au reste, tout en disant que ce n'est pas l� une nature; il n'y en a pas du tout ou il y en a pour ces objets, puisque les conditions sont les m�mes. � D'un autre c�t�, le chaud et le froid, qu'on prend comme principes, devraient avoir une certaine nature, et s'ils en ont une, le reste en a aussi. Au contraire, il admet une certaine substance pour le dur, le mou, le lourd, le l�ger, qui pourtant semblent �tre aussi relatifs que le reste; il n'en admet pas pour le chaud, le froid, etc. Cependant, quand il d�termine le lourd et le l�ger suivant les grandeurs, il faut que tout en g�n�ral ait la m�me tendance au mouvement, comme s'il n'y avait qu'une seule mati�re et une nature unique.

72.   Mais l�-dessus il semble suivre ceux qui font produire la pens�e par le changement, ce qui est une opinion tr�s vieille. Car tous les anciens, po�tes et sages, rendent compte de la pens�e par la disposition.[12] � Quant aux saveurs, il attribue � chacune une figure qu'il met en rapport avec sa puissance affective; il aurait d� tenir compte non seulement de cela, mais aussi des organes des sens, puisque, d'ailleurs, ce sont eux qui sont affect�s. Car le sph�rique ou toute autre figure ne peut avoir toujours la m�me puissance; il fallait distinguer, pour le sujet, s'il est constitu� de figures semblables ou dissemblables, et comment se produit le changement dans la sensation; il fallait enfin, l�-dessus, expliquer aussi bien tout ce qui concerne le toucher que ce qui regarde le go�t. Il y a en effet pour les objets du tact une diff�rence avec les saveurs, qu'il fallait faire ressortir, ou tout au moins il y a l� une question omise qui pouvait �tre trait�e.

73.   Quant aux couleurs, il en reconna�t quatre simples : d'abord le blanc, qui pour lui est le lisse. Car tout ce qui n'a pas des asp�rit�s faisant ombre, et n'est pas d'ailleurs difficile � p�n�trer, tout cela est brillant ; il faut au reste que les choses brillantes pr�sentent des pores droits et soient transparentes. Les corps blancs qui sont durs se trouvent compos�s de pareilles figures, par exemple ce qui garnit int�rieurement les coquillages; de la sorte il n'y a pas d'ombre, les pores sont droits et le corps est bien cassant. Ceux au contraire qui sont friables et s'�miettent facilement sont constitu�s par des corps arrondis, mais dispos�s obliquement l'un sur l'autre par couples de deux, en sorte que l'ordonnance soit partout aussi semblable que possible. Dans ces conditions, il y a fragilit�, parce que l'union des particules n'a lieu que sur une petite surface; l'�miettement est facile, parce que la disposition est partout similaire; il n'y a pas d'ombre, les figures �tant lisses et plates. Un corps peut enfin �tre plus blanc qu'un autre parce que les figures indiqu�es seront plus exactes, moins m�lang�es d'autres, et que l'ordonnance et la disposition seront davantage celles qui ont �t� sp�cifi�es.

74.   Voil� pour les figures du blanc. Le noir est compos� des contraires, raboteuses, scal�nes, in�gales; car, de la sorte, il se produit des ombres et les pores ne sont pas droits et facilement p�n�trables. D'autre part les effluves seront lentes et troubles; la mani�re d'�tre des effluves a en effet son importance pour la repr�sentation, qui change par suite de l'immixtion de l'air.

75.   Le rouge est constitu� des m�mes figures que le chaud, seulement plus grandes, et, si avec les m�mes figures il y a de plus grands assemblages, le rouge est plus intense. Un signe que le rouge est ainsi compos�, c'est que la chaleur nous fait rougir, comme aussi tous les corps en ignition, avant qu'ils n'arrivent � l'incandescence. Les grandes figures donnent un rouge plus vif, comme pour la flamme et le charbon des bois verts compar�s aux secs, pour le fer et les autres substances en ignition; car le plus brillant est ce qui a le plus de feu et le feu le plus subtil; le plus rouge est ce dont le feu est plus �pais et en moindre quantit�. Aussi le plus rouge est moins chaud; car le subtil est chaud. � Quant au vert, il est constitu� par du plein et du vide dispos�s et ordonn�s � la surface en grandes figures semblables. (?)[13]

76.   Telles seraient les figures des couleurs simples, chacune �tant d'ailleurs d'autant plus pure qu'elle est form�e de particules moins m�lang�es. Les autres couleurs r�sultent de la combinaison des simples; ainsi celles de l'or, du bronze et autres semblables sont m�lang�es de blanc et de rouge ; car l'�clat provient du blanc et la nuance, du rouge, qui, pour le m�lange, tombe dans les vides du blanc. En y ajoutant du vert, on a la plus belle couleur, mais il faut que les assemblages de vert soient petits ; car de grands ne pourraient s'accorder avec une telle combinaison du blanc et du rouge; les nuances varient d'ailleurs suivant les diff�rentes proportions.

77.    Le violet est form� de blanc, de noir et de rouge, mais le rouge domine, le noir est encore en grande quantit�, le blanc en proportion m�diocre, ce qui produit une sensation agr�able. La pr�sence du rouge et du noir est �vidente � l'�il, celle du blanc est trahie par l'�clat et la transparence, qui en sont les effets. Le bleu de gu�de (ἴσατις) est m�lang� de vert et de noir en proportion plus forte; le vert poireau (πράσινον) de violet et de bleu de gu�de ou de vert et d'une nuance tirant sur le violet; c'est le cas du vert-de-gris, qui participe au brillant. L'azur (κυανοῦν) est form� de bleu de gu�de et d'ign�, en figures arrondies et en fl�ches, en sorte que l��tincelant coexiste avec le noir.

78.    La couleur de noix verte (καρύῖνον) est m�lang�e de vert et d'azur. En y ajoutant du blanc (?) on a la couleur de feu, car la disparition des ombres entra�ne celle de la teinte sombre. L'addition de rouge et de blanc rend de m�me le vert tendre et clair; c'est pourquoi les plantes sont d'abord vertes avant de se faner � la chaleur. Voil� les couleurs qu'il �num�re. en ajoutant que les nuances sont innombrables comme les saveurs, suivant les m�langes et selon qu'on enl�ve ceci, qu'on ajoute cela, qu'on met moins de l'un, plus de l'autre. Car il n'y aura jamais similitude d'une combinaison � l'autre.

79.    En premier lieu, il y a l� quelque difficult� dans le nombre des couleurs primordiales; car d'ordinaire on ne reconna�t comme simples que le blanc et le noir. En second lieu, on combattra la distinction de deux sortes de blanc, l'un pour les corps durs, l'autre pour les friables. S'il y a quelque raison � assigner des causes diff�rentes lorsque les corps diff�rent au toucher, la cause ne devrait pas �tre cherch�e dans la figure, mais plut�t dans la disposition; car il est possible que des corps arrondis et en g�n�ral quelconques fassent ombre, les uns sur les autres. La preuve est que lui-m�me le croit pour les corps lisses qui paraissent noirs, ce qu'il attribue � leur constitution, ordonn�e comme celle du noir. Inversement, pour les corps blancs qui ont des asp�rit�s, il les forme de grandes figures � liaisons non arrondies, mais en lignes bris�es et d�coup�es comme un escalier ou comme les ouvrages avanc�s devant les remparts; car de cette fa�on il peut ne pas y avoir d'ombre et il n'y a pas d'emp�chement pour le brillant.

80.    D'autre part, comment dit-il que chez quelques animaux le blanc devient noir, quand ils sont dispos�s de fa�on qu'il y ait ombre port�e? � Mais, en g�n�ral, il semble plut�t exposer la nature du diaphane et du brillant que du blanc. Car la transparence et l'existence de pores continus appartient au diaphane. D'autre part, dire que pour les corps blancs les pores sont directement continus, que pour les noirs ils ne se suivent pas, est � entendre comme s'il y avait une substance qui y p�n�tre; il dit au contraire que l'on voit par suite d'une effluve et d'une image dans l'�il. S'il en est ainsi, qu'importe-t-il que les pores se suivent directement ou non? Il n'est pas d'ailleurs facile d'admettre qu'il y ait en quelque sorte une effluve partant du vide; c'est un point qu'il e�t fallu expliquer, puisqu'il semble constituer le blanc par la lumi�re ou par quelque autre chose.

81.    Il n'est pas plus facile de comprendre comment il explique le noir; car l'ombre est quelque chose de noir et un obstacle au blanc. Le blanc serait donc d'une nature ant�rieure. En m�me temps il ne met pas simplement en jeu l'ombre port�e, mais aussi la grossi�ret� de l'air et de l'effluve entrant dans l'�il, ainsi que le trouble de celui-ci; mais cela arrive-t-il par suite du d�faut de transparence ou par quelque autre chose et dans quelles circonstances, il ne l'explique pas.

82.    Il est absurde de ne pas indiquer de forme pour le vert, mais de le constituer seulement de vide et de plein. Car cela est commun � toutes les couleurs et a lieu avec toutes les figures. Il fallait comme pour les autres indiquer quelque particularit�, et si le vert est contraire au rouge, comme le noir l'est au blanc, lui donner la forme oppos�e; mais s'il n'est pas contraire, on doit s'�tonner qu'il admette des principes non contraires, ce qu'il semble faire en g�n�ral. Il fallait surtout pr�ciser quelles sont les couleurs simples et pourquoi les unes sont compos�es, les autres non; car les plus grandes difficult�s sont relatives aux principes. Mais c'est peut-�tre l� une question bien complexe ; si l'on pouvait d�terminer les saveurs simples, on pourrait en dire davantage l�-dessus. Quant aux odeurs, il a omis de d�terminer quelque chose, si ce n'est que, d'apr�s lui, l'odeur est produite par le subtil �manant en effluve des corps lourds. Mais il n'a pas ajout� ce qui peut-�tre est le plus important, � savoir quelle est la nature de ce qui subit ainsi une action. En somme, D�mocrite laisse ainsi de c�t� diverses questions.

83.    Platon[14] d�finit le chaud ce qui d�sagr�ge par l'acuit� des angles; le froid proviendrait des moindres particules qui poussent les plus grandes en cercle, alors que, d�gag�es par l'humidit�, elles ne peuvent p�n�trer ; cette lutte occasionnerait un tremblement et ce qu'on appelle le frisson du froid. Le dur est ce � quoi c�de la chair, le mou, ce qui c�de � la chair; l'effet r�ciproque permet d'en juger; ce qui c�de est, d'ailleurs ce qui a la moindre base. Le lourd et le l�ger ne doivent pas �tre d�termin�s par le haut ou le bas, car il n'y a pas de nature de ce genre; mais le l�ger est ce qui est facilement tir� hors de son lieu naturel, le lourd ce qui ne l'est que difficilement. Pour l'�pre et le lisse, il les laisse de c�t� comme n'offrant aucune obscurit� et il n'en parle point.

84.    L'agr�able ou le d�sagr�able est un effet de masse conforme � la nature ou au contraire violent et contre nature ; l'interm�diaire est, en proportion, plus ou moins indiff�rent. Aussi la vue ne produit ni peine ni plaisir pour quelque dilatation ou contraction qui ait lieu. Quant aux saveurs, en parlant de l'eau, il discerne quatre sortes de celle-ci comme liquides, vin, suc, huile, miel, et en parlant des affections, il ajoute la saveur des terres; celles qui contractent et resserrent les pores, suivant qu'il y a plus ou moins d'asp�rit�s, Sont astringentes ou seulement �pres; ce qui nettoie et d�barrasse les pores, est sal�; ce qui produit cet effet avec force et en dissolvant, est amer ; ce qui �chauffe, monte � la t�te et dilate, est br�lant ; ce qui produit des m�langes par agitation, est acide; enfin, ce qui, uni � l'humidit� de la langue, devient propre � ramener � l'�tat naturel, aussi bien par rel�chement que par contraction, est doux.

85.   Les odeurs n'ont point d'esp�ces; on ne les distingue qu'en tant qu'agr�ables ou non. L'odeur est plus subtile que l'eau, mais plus grossi�re que l'air; la preuve est que, si l'on respire avec les narines bouch�es, on peut faire entrer l'air sans odeur; c'est un corps invisible analogue � la fum�e et au brouillard, qui sont : la fum�e, passage d'eau en air; le brouillard, passage d'air en eau. � Le son est un choc de l'air sur l'enc�phale et le sang jusqu'� l'�me; il est aigu ou grave, suivant que le mouvement est rapide ou lent; les consonances ont lieu quand le commencement du mouvement lent est pareil � la fin du rapide.

86.   La couleur est une flamme qui s'�l�ve des corps, avec des particules en proportion avec les yeux; le blanc est ce qui dilate, le noir ce qui contracte; ce qui r�pond au chaud et au froid pour la chair, � l'astringent et au br�lant pour la langue. Le brillant est le blanc ign�, les autres couleurs proviennent de celles-l�; mais d'apr�s quels rapports, celui qui le saurait n'aurait pas � le dire, puisque nous n'en pouvons donner une raison probable ou n�cessaire; et si l'on ne r�ussit pas � reproduire les couleurs en t�tonnant, il n'y a l� rien d'�trange, leur production n'en est pas moins possible au Dieu.[15] Voil� � peu pr�s ce qu'il a dit et les d�terminations qu'il a donn�es.

87.   Mais il y a aussi l� bien des �tranget�s : d'abord ne pas tout expliquer de la m�me mani�re, pas m�me tout ce qui rentre dans le m�me genre. Ainsi, ayant d�termin� la figure pour le chaud, il ne le fait pas pour le froid. En second lieu, si le mou est ce qui c�de, il est clair que l'eau, l'air, le feu sont mous; quand il dit que ce qui c�de est ce qui a le moins de base, c'est dire que ce qui est le plus mou, c'est le feu. Mais il ne semble pas qu'il faille reconna�tre comme mou aucun de ces corps, et, en th�se g�n�rale, le mou n'est pas ce qui se d�place sous l'effort, mais ce qui c�de en profondeur sans d�placement en un autre sens.

88.    Quant � sa d�finition du lourd et du l�ger, elle n'est pas g�n�rale, mais s'applique aux corps de la nature de la terre; car il semble bien qu'en effet, pour ces corps, le lourd et le l�ger se distinguent suivant qu'ils sont difficiles ou faciles � amener en un lieu diff�rent; mais la l�g�ret� de l'air et du feu se rapporte au contraire � leur mouvement vers leurs lieux propres. Aussi, pour des corps compos�s de parties de m�me nature, ne peut-on dire que le lourd est ce qui en a le plus, le l�ger ce qui en a le moins; car le feu est d'autant plus l�ger qu'il est en plus grande quantit�. Mais en assignant le haut comme place au feu, on peut mettre d'accord ces deux distinctions, dont autrement aucune n'est valable. De m�me pour la terre; car la plus grande quantit� tombera plus vite d'en haut jusqu'ici. Ainsi, on ne doit pas dire que la terre et le feu soient absolument l'une lourde, l'autre l�ger, mais chacun de ces deux �l�ments est tel par rapport � son lieu; le terrestre ne se comportera pas de m�me l�-haut et ici-bas, mais inversement; ici-bas, le plus l�ger est ce qui a le moins d'�l�ments homog�nes; l�-haut, c'est ce qui en a le plus.

89.    Tout cela provient de ce qu'il n'a pas d�fini le l�ger et le lourd en g�n�ral, mais en tant que terrestre. � Quant aux liquides, dont il reconna�t quatre diff�rentes sortes, il ne dit point la nature de chacune, il ne fait conna�tre que les effets des saveurs. Car, que l'astringent ou le styptique resserre les pores, que le sal� les nettoie, cela est l'effet sur nous ; de m�me pour les autres. Mais nous cherchons plut�t l'essence, la raison de l'action qui produit ces effets que nous voyons.

90.    On peut discuter si les odeurs peuvent �tre distingu�es par esp�ces; elles diff�rent, comme les saveurs, par la nature des sensations de plaisir ou de peine qu'elles procurent, et il semble qu'il en est de m�me pour toutes choses. Que, d'ailleurs, l'odeur soit une effluve qu'on respire avec l'air, c'est ce dont on est � peu pr�s d'accord. Mais son assimilation � la fum�e ou au brouillard n'est pas exacte. Platon lui-m�me para�t le reconna�tre quand il dit que la fum�e est un passage de l'eau � l'air, le brouillard un passage de l'air � l'eau; il semble d'ailleurs que, pour le brouillard, ce soit le contraire, puisque la pluie cesse quand arrive le brouillard.

91. L'explication du son est particuli�rement d�fectueuse; car elle ne s'applique pas � tous les animaux et, d'autre part, quoiqu'il veuille donner la cause de la sensation, il ne le fait point. Il ne semble avoir d�fini ni le bruit ni le son, mais seulement notre sensation. � Quant aux couleurs, il en parle � peu pr�s comme Emp�docle; des particules en proportion avec les yeux ou qui s'adaptent � leurs porcs, c'est une m�me chose. Mais il est �trange de n'expliquer ainsi que cette seule sensation, aussi bien que d'appeler en g�n�ral la couleur une flamme; s'il y a quelque analogie pour le blanc, le noir para�t plut�t tout le contraire, Quant aux autres couleurs, les reconna�tre comme m�lang�es mais en m�me temps ne pas permettre de les expliquer causalement, cela m�riterait quelques d�veloppements convaincants.

 

 


 

[1] Le texte porte H�raclite. Mais Paul Tannery a suivi ici une conjecture de Diels dans Dox., non renouvel�e dans Vors.

[2] Addition conforme au texte de Dox. 509, 24. Le texte de Vors. 217, 10. la transporte apr�s le mot � ext�rieur �. Diels (et Bignone, 368) traduisent donc : � l'ext�rieur, < d'eau >, de terre, etc. �

[3] Le texte de Th�ophraste porte σαρκινόν ὄζον. Diels (Dox. 501) changea d'abord ὄζον en ὀστοῦν, puis (Vors.) en ὄγκον. Bignone (370, n. 3) d�fend ὄζον (rejeton, bourgeon). Sur ce passage, et sur toutes les questions que pose le fragment de Th�ophraste; cf. J. Beare, Greek Theories of Elementary Cognition from Alcmacon lo Aristotle (Oxford, 1906).

[4] G. Kafka (Zu Theophrasts de sensu, Philologus, 1910, p. 75), rejette � le go�t � comme une interpolation. Cf. Nacht. XXXI, 26

[5] Texte peu s�r. D'apr�s les corrections de Kochalsky, on lirait : � l'enc�phale est rel�ch� et ses petits vaisseaux aussi; mais celui o� ils ne sont pas dispos�s en rapport.... n'admet pas le m�lange. � Cf. Nacht.. XLVIII. 8. Voir aussi Beare: p. 140

[6] Kochalsky ajoute ici � de la m�me fa�on �. Cf. Nacht. ib. 10.

[7] � dans les liquides que contiennent les yeux � (H. Gomperz), cf. Nacht. II, IX, 30.

[8] Lackenbacher (Wiener Studien, 1913, p. 47 et suiv.) regarde les mots � sans chair.... et gras � comme une glose (Nacht. ib. 31 et suiv.).

[9] � droites et vides, et que l'enc�phale et ses m�ninges soient conform�es de fa�on.... � (Lackenbacher)].

[10] C'est-�-dire � fausses �. Cf. Aristote, rappelant le m�me mot : � c'est pourquoi, d'apr�s lui, Hom�re a eu raison de dire dans un vers qu'� Hector gisait la connaissance �gar� � (ἀλλοφρονέον, de anima. 404 a., 30. trad, Rodier)

[11] Les diff�rences de ponctuation dans Vors. II, 44. aussi bien que les corrections de Kochalsky � cette derni�re phrase n'alt�rent pas le sens g�n�ral (Cf. Nacht. IX. 39)

[12] Kafka reporte cette phrase � la fin du paragraphe 88, entre � .... de l'�me un corps � et � Voil� � peu pr�s.... �. Cf. Nacht. II, IX, 40; et Philologus, 72, p. 79.

[13] Texte en d�sordre : Diels (dans Vors. 46 corrige � par du plein et du vide m�lang�s, et les nuances proviennent des diff�rences dans la position et l'ordre �. Kafka (cf. Nacht. II. IX. i. et Philologus. 72. p. 80) construit diff�remment et comprend : � et la couleur est faite par les diff�rences... �

[14] Cf. Beare, Greek Theories, A. Rivaud, Notice au Tim�e, p. 104-110 (Platon, �uvres compl�tes, t. X), et A. E. TayloR, A Commentary, on Platos' Timaeus (Oxford, 1928)

[15] Cf. Tim�e, 68 b/d, trad. Rivaud. p. 193. et Α. E. Τaylοr, Commentary, p. 479