Project Gutenberg's Voyage de J. Cartier au Canada, by Jacques Cartier
This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org
Title: Voyage de J. Cartier au Canada
Relation originale de Jacques Cartier
Author: Jacques Cartier
Release Date: May 15, 2004 [EBook #12356]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE DE J. CARTIER AU CANADA ***
Produced by "La biblioth�que Nationale du Qu�bec" and Renald Levesque.
R�IMPRESSION FIGUR�E
DE L'�DITION ORIGINALE RARISSIME DE MDXLV
AVEC LES VARIANTES DES MANUSCRITS
DE LA BIBLIOTH�QUE IMP�RIALE
PR�C�D�E
D'UNE BR�VE ET SUCCINCTE
I N T R O D U C T I O N
HISTORIQUE
PAR M. D'AVEZAC
Aucun peuple ne semble avoir tenu aussi peu de compte que les Fran�ais de la part l�gitime qui devait lui appartenir dans l'histoire des d�couvertes & de l'exploration des contr�es lointaines; nul ne s'est montr� si peu soucieux de la renomm�e que pourraient lui acqu�rir ses aventures maritimes ou ses p�r�grinations terrestres; & tandis que d'autres nations sonnaient leurs plus �clatantes fanfares en l'honneur de leurs propres m�rites, nous avons laiss� perdre le souvenir des navigations & des voyages parall�lement accomplis avec moins de retentissement par nos a�eux, & qui nous sont quelquefois accidentellement r�v�l�s, � notre grand �bahissement, par les r�cits des �trangers. Qui donc, par exemple, nous pourra dire aujourd'hui quel �tait ce navire fran�ais dont l'arriv�e � Canton est racont�e sous la date de 1521 dans les Annales chinoises, � l'�poque o� le Portugal & l'Espagne pr�tendaient avoir seuls, par privil�ge, l'acc�s de ces mers! Bien d'autres de nos prouesses, surtout des plus anciennes, ont ainsi disparu, sans doute, de la m�moire des hommes.
Les entreprises officielles patronn�es par le souverain ont presque seules �chapp� � ce total oubli des contemporains & de la post�rit�, mais pour beaucoup d'entre elles, c'est � grand'peine encore qu'il se peut recueillir quelques lambeaux des relations o� elles �taient racont�es.
Tel est pr�cis�ment le cas pour le c�l�bre navigateur breton qui le premier alla planter le drapeau de la France aux lieux o� s'�l�vent maintenant Qu�bec & Montr�al: sur ses trois voyages au Canada, nous sommes redevables � un collecteur italien (Ramusio) de nous avoir transmis le r�cit du premier dans une version que nous tenons volontiers pour fid�le, comme nous devons � un collecteur anglais (Hakluyt) d'avoir sauv� les fragments mutil�s du troisi�me dans une traduction que nous voulons bien supposer exacte; c'est uniquement pour le second voyage qu'il est parvenu jusqu'� nous une relation originale fran�aise, �man�e de l'un des compagnons de Jacques Cartier, sinon de lui-m�me: & de l'�dition qui en fut faite � Paris en 1545, les bibliographes ne connaissent plus en Europe qu'un seul exemplaire, conserv� au mus�e Britannique; c'est l� qu'il a fallu en aller prendre une exacte copie � l'intention des amateurs qui attachent du prix � ces vieilles reliques, pour la reproduire scrupuleusement dans le mince volume en t�te duquel nous �crivons ces lignes.
Les c�tes derri�re lesquelles s'�tendent les parages explor�s, pour la premi�re fois suivant toute apparence, par le c�l�bre malouin, avaient d�s long-temps �t� reconnues, & la tradition a conserv� la m�moire d'�tablissements fort anciens en quelques parties de ce vaste littoral qui s'�tend, vis-�-vis de l'Europe occidentale, depuis les abords de la zone torride jusqu'aux froides r�gions arctiques.
Les enfants de la verte Erin, qui de nos jours �migrent en si grand nombre vers les Etats de l'Union am�ricaine, avaient, comme aux Faer-oer & comme en Irlande, devanc� pareillement sur cette marge extr�me de l'Oc�an occidental, les aventuriers scandinaves, qui partout les rencontr�rent d�j� �tablis; quand le chef islandais Are Marson, le trisa�eul du savant Are Froda, fut jet� par la temp�te en 983 sur ces lointains rivages, que les sagas du Nord ont appel�s Irland it Mikla, ou la Grande-Irlande, il y fut recueilli par une population chr�tienne, qui le baptisa & le retint au milieu d'elle; c'est l� que seize ans apr�s vint se r�fugier Bioern Asbrandson, s'arrachant � l'amour de la belle Thurida pour fuir la col�re d'un fr�re offens�; & il avait pass� vingt-huit ann�es sur cette terre �trang�re quand y aborda son compatriote Gudleif Gudlangson, parti de Dublin pour retourner en Islande, pouss� par les vents du nord-ouest jusque par del� l'Oc�an, surpris d'y entendre encore les sons de la langue d'Erin, mais reprenant aussit�t la mer, gr�ce � l'entremise de Bioern, & emportant de la part du vieil exil� un anneau d'or pour sa bien-aim�e Thurida, & une �p�e pour Kiartan, le fils qu'il avait eu d'elle.
A c�t� de ces vestiges des anciennes �migrations transatlantiques des Irlandais, leurs voisins les Gallois ont peut-�tre aussi une place � revendiquer pour eux-m�mes: du moins se conserve-t-il chez eux une certaine tradition des navigations occidentales de Madoc, le second des fils d'Owen Guynedd, un de leurs princes; fuyant les discordes intestines de sa propre famille, il partit en 1170 pour aller � la d�couverte vers ces lointains parages, y choisit un lieu � sa convenance o� il d�barqua cent vingt hommes, & revint �quiper en Europe une flottille de dix navires pour transporter dans ce nouvel �tablissement tous les �l�ments d'une colonie permanente; mais l� s'arr�te la vieille l�gende, & quelques vers gallois du quinzi�me si�cle ont seuls tardivement consacr� le souvenir de l'entreprise de Madoc ap Owen.
Les �tablissements scandinaves offrent � notre investigation plus de certitude, de suite & de dur�e. L'islandais Biarne H�riulfson, �cart� pendant une brume intense de sa route vers le Groenland o� il allait retrouver son p�re, avait aper�u & c�toy� en 896 des terres inconnues vers l'occident, d'o� il avait regagn� en cinq journ�es de mer la demeure paternelle; le r�cit qu'il en faisait un jour, apr�s plusieurs ann�es, � la cour de Norv�ge, fit na�tre le regret qu'il n'e�t pas effectu� une reconnaissance plus exacte de ces contr�es nouvelles; si bien qu'un de ses compagnons, Leif Erikson ayant r�solu d'aller compl�ter sa d�couverte, lui acheta son navire, y embarqua trente-cinq hommes au printemps de l'an 1000, & vint atterrir � la c�te signal�e par Biarne, au point o� celui-ci l'avait perdue de vue: ce n'�tait qu'un plateau rocheux & aride, Helluland, o� l'�rudition moderne a cru reconna�tre Terre-Neuve; on reprit la mer, & l'on vint descendre, au bout de trois journ�es au sud-ouest, sur une terre plate & bois�e, Markland, signal�e par la blancheur des sables du rivage, telle que les instructions nautiques repr�sentent l'Acadie; puis navigant encore deux journ�es au sud-ouest, on atteignit une ile, pr�s de laquelle une p�ninsule s'avan�ait � l'est & au nord, comme on voit aujourd'hui le cap Cod d�passer au nord-est l'�le Nantucket; Leif s'engagea dans le d�troit, puis trouvant au-del� un lieu favorable, il forma pr�s d'une petite rivi�re un �tablissement pour explorer � son aise le pays; & comme on rencontra dans les environs de Leifsbudir, la vigne croissant spontan�ment, on donna � cette contr�e le nom de Vinland; c'est aujourd'hui le Rhode-Island & la r�gion voisine. Apr�s avoir pris un chargement de bois de construction, Leif revint au printemps de 1001 au Groenland, & pendant une douzaine d'ann�es encore les fr�res Thorwald & Thorstein, sa belle-soeur Gudrida remari�e � Thorfinn Karlsefne, & enfin sa vaillante soeur Freydisa, firent diverses exp�ditions semblables au Vinland; mais l'hostilit� des sauvages indig�nes les fit renoncer � poursuivre ces armements p�riodiques. D'autres, sans doute, les reprirent � leur tour, & les �tablissements fond�s par Leif & par Thorfinn se d�velopp�rent � la longue d'une mani�re permanente, puisque l'�v�que groenlandais Erik s'y rendit lui-m�me, en 1121 afin de pourvoir aux besoins spirituels de la colonie.
Les sagas du Nord ont conserv� quelques autres traces des relations qui se continu�rent entre le Groenland & la c�te oppos�e: en 1266 des navires furent envoy�s en reconnaissance par del� les stations de p�che les plus avanc�es, jusqu'� la hauteur, pense-t-on, du d�troit de Barrow; en 1285 deux eccl�siastiques islandais, Adalbrand & Thorwald Helgason, naviguaient � l'ouest jusqu'� Terre-Neuve, d�sign�e en cette circonstance par les chroniqueurs sous le nom de Fundu-nyia-land, qui se retrouve tout entier dans la forme anglaise actuelle de New-Foundland; enfin, en 1347, un voyage de dix-sept Groenlandais au Markland fut contrari� au retour par une temp�te qui entra�na le navire en Islande; & la narration qu'on en faisait en 1356 montre que le pays de Markland �tait alors encore fr�quent� par les Scandinaves. Mais il n'en est plus question dans leurs histoires ult�rieures.
Un r�cit v�nitien, venu � la lumi�re apr�s un trop long oubli, peut n�anmoins, sans trop de scrupule, �tre admis en appendice � la suite de ces souvenirs des navigations scandinaves; je veux parler des lambeaux d'une correspondance de famille �man�e des fr�res Nicolas & Antoine Z�ni, qui s'�taient �tablis vers 1390 aux Faer-oer, ou comme on disait alors, en Frislande, & navigu�rent successivement pendant une quinzaine d'ann�es dans ces mers septentrionales.
Le dernier y recueillit, de la bouche d'un vieux p�cheur, la notice d'une terre lointaine dans l'ouest, nomm�e Estotiland, o� vingt-six ans auparavant (vers 1380 � ce qu'il semble), il avait �t� jet� par une furieuse temp�te; les habitants conservaient des rapports habituels avec le Groenland, & poss�daient encore quelques livres latins, qu'ils ne comprenaient plus. Associ� par eux, au bout de cinq ann�es, � une exp�dition dans le sud, vers le pays de Drogio, une temp�te le jeta plus loin, chez un peuple de sauvages cannibales qui le gard�rent esclave pendant de longues ann�es, jusqu'� ce qu'apr�s bien des vicissitudes il parvint � s'�chapper de leurs mains & � regagner Drogio, d'o� il revint apr�s trois ans d'attente � Estotiland: il se livra alors au commerce entre ces deux contr�es, s'y enrichit, & put terminer enfin sa longue odyss�e en armant lui-m�me un navire pour retourner en Frislande.
C'est encore � ces relations de plus en plus rares, mais qui n'avaient jamais �t� compl�tement abandonn�es entre les Etats scandinaves & leurs colonies du nord-ouest, que se rattache le souvenir de ce pilote norv�gien, originaire de Pologne, Hans Koeln ou Ivan z'Kolna, c'est-�-dire Jean de Kolno en Mazovie, envoy� en 1476 pour ravitailler les stations du Groenland, & qui visita, dit-on, la c�te oppos�e en p�n�trant jusqu'� la grande baie qui devait recevoir longtemps apr�s le nom de Hudson.
Il est naturel de penser qu'une notion plus ou moins pr�cise, mais certaine & incontest�e, de l'existence des r�gions transatlantiques tant de fois abord�es par les marins du Nord, s'�tait conserv�e parmi eux, & les �crits d'Adam de Br�me prouvent qu'elle avait m�me p�n�tr�, d�s le onzi�me si�cle, jusqu'au sein de la Germanie. On devait la trouver d'autant plus vivante & plus assur�e, qu'on s'�levait davantage vers les escales d'o� �taient parties les plus fr�quentes exp�ditions: il ne faut donc point se r�crier contre la supposition que dans son voyage d'Islande en 1477, Christophe Colomb aurait recueilli en cette �le des indices propres � exciter ou confirmer dans son esprit la conviction que l'Oc�an occidental pouvait �tre franchi par de hardis navigateurs, s�rs de trouver au-del� des rivages accessibles. Les th�ories du florentin Toscanelli avaient d�j�, en 1477, soutenu cette th�se aupr�s des savants de Portugal, & lorsque Colomb parvint � les conna�tre quelques ann�es apr�s, vers 1481 suivant toute apparence, il n'h�sita plus � se consacrer sans r�serve � l'accomplissement du grand dessein d'aller par cette voie de l'occident � la rencontre des plages extr�mes de l'Asie orientale; mais il lui fallut l'immense courage de mendier encore pendant plus de dix ann�es, aupr�s des rois de l'Europe latine, des vaisseaux que, nouveau Typhis, il p�t conduire � la conqu�te de cette autre toison d'or. Serait-il vrai que, dans l'intervalle, un navigateur fran�ais, le capitaine Cousin, de Dieppe, port� � l'ouest en 1488, jusqu'� de lointains parages inconnus aurait alors atteint ou aper�u quelque point de la c�te am�ricaine? Rien ne se peut d�duire avec pr�cision des vagues indices que nous ont tardivement transmis � ce sujet d'insuffisantes traditions en admettant le fait comme certain, ce ne serait en d�finitive qu'un anneau de plus � compter dans la cha�ne des d�couvertes au bout de laquelle vient se souder, � la fameuse date du 10 octobre 1492, la v�ritable prise de possession, par l'Europe, de l'h�misph�re transatlantique, simplement jusqu'alors visit� � l'aventure par les devanciers de l'immortel G�nois.
Pendant que Colomb, tout plein encore des illusions de ses r�ves cosmographiques, s'ing�niait � retrouver dans l'archipel des Antilles le Zipan-gu & les domaines du grand k��n du Khatay, marqu�s � cette place sur la carte que lui avait jadis envoy�e Toscanelli, un autre navigateur Italien, �tabli depuis longtemps en Angleterre au port de Bristol, Jean Cabot de Venise, S'�tant �lev� vers l'ouest durant un de ses voyages, arriva, le 24 juin 1494, en vue d'une terre & d'une ile inconnues, qu'il appela du nom de Saint-Jean, le patron du jour; & il revint solliciter une commission royale qui lui assur�t le privil�ge de ses d�couvertes sous l'autorit� de la Couronne d'Angleterre, ce qui lui fut accord� par lettres-patentes donn�es � Westminster le 5 mars 1496. Il effectua en cons�quence, en 1497, sur un navire arm� � Bristol au compte du roi Henri VII, & accompagn� de trois b�timents marchands, un second voyage de trois mois, donc il �tait de retour au commencement d'ao�t, apr�s une navigation de trois cents lieues le long d'une c�te o� nul habitant ne s'�tait montr�, & sur laquelle il avait plant� la banni�re britannique de Saint-Georges & le pavillon v�nitien de Saint-Marc.
De nouvelles lettres royales, du 3 f�vrier 1498, l'autoris�rent alors � choisir dans les ports d'Angleterre jusqu'� six navires de charge destin�s � transporter des colons aux terres & iles ainsi d�couvertes, & bient�t deux b�timents arm�s aux frais du roi & portant trois cents hommes partirent pour cette destination sous les ordres de S�bastien Cabot, qui avait accompagn� son p�re dans ses deux pr�c�dentes explorations; mais la rigueur de la saison, bien qu'on f�t au mois de juillet, lui fit perdre une grande partie de son monde: arr�t� par les glaces vers 56� � 58� de latitude, il descendit la c�te jusqu'� la hauteur du d�troit de Gibraltar, & n'ayant plus de vivres, il revint en Angleterre, ramenant avec lui trois sauvages, qui furent pr�sent�s au roi quelque temps apr�s.
L'insucc�s de cette exp�dition, la mort de son p�re, & peut-�tre des comp�titions rivales, �loign�rent pour longtemps S�bastien Cabot de ces entreprises. Pass� au service de l'Espagne, mais revenu momentan�ment en Angleterre � la mort de Ferdinand le Catholique, on le revit seulement en 1517, sur les vaisseaux de Henri VIII, recommencer, en compagnie de sir Thomas Pert, vice-amiral d'Angleterre, une exploration de la c�te qu'il avait d�j� trois fois visit�e, atteindre le 11 juin une latitude de 67� 30', & se trouver forc� par la timidit� du commandant & l'opposition des �quipages, de renoncer � pousser plus loin ses d�couvertes, bien que la mer par�t encore libre devant eux.
Les d�couvertes anglaises de 1497 & l'essai de colonisation de 1498, bient�t connus en Espagne & en Portugal, y �veill�rent la crainte d'une concurrence inattendue dans la recherche des richesses dont on s'�tait promis la possession exclusive, & des exp�ditions y furent aussit�t projet�es � l'encontre de cette m�connaissance de leurs pr�tendus droits.
On a cru retrouver dans une lettre royale dat�e de S�ville le 6 mai 1500, & dans quelques autres circonstances douteusement significatives, les indices d'une entreprise m�dit�e par l'Espagne, mais qui n'eut point alors de suites s�rieuses.
Le Portugal fut plus actif: une exp�dition fut confi�e d�s l'ann�e 1500, par le roi Emmanuel � Gaspard Cortereal, qui partit de Terc�re avec deux navires, s'avan�a tout d'abord jusqu'� 50� de latitude ou davantage, & reconnut, jusqu'� un fleuve charg� de gla�ons, Rio Nevado, la grande terre qui fut alors appel�e de son nom & que l'on d�signe aujourd'hui sous celui de Labrador. Revenu heureusement � Lisbonne, il en repartit l'ann�e suivante avec ses deux navires; se dirigeant � l'ouest nord-ouest, il trouva la terre � une distance de deux mille milles, & courut l'espace de six � sept cents milles encore le long d'une c�te, arros�e de fleuves nombreux & couverte de grands bois, qu'il supposa devoir �tre la continuation de celle qu'il avait vue dans le nord l'ann�e pr�c�dente, mais jusqu'� laquelle il ne pouvait tenter d'arriver cette fois, � cause des glaces: le pays �tait tr�s-peupl�, & il ne se fit pas scrupule d'y enlever un certain nombre d'habitants, dont il garda cinquante � son bord, & pla�a huit autres sur la seconde de ses caravelles. Celle-ci rentra � Lisbonne le 8 octobre 1501, mais l'autre, attendue d'heure en heure, de semaine en semaine, ne reparut plus. Michel Cortereal r�solut d aller � la recherche de son fr�re, & partit au printemps de 1502 avec trois navires pour aller fouiller s�par�ment toutes les rivi�res de la c�te, fixant au 20 ao�t un rendez-vous g�n�ral en un lieu convenu, pour le retour; mais il ne s'y trouva point lui-m�me, & les deux autres navires, apr�s l'avoir vainement attendu, revinrent seuls en Portugal, o� l'on n'eut plus aucune nouvelle de son sort.
Dans l'intervalle, d'autres Portugais des A�ores, Jean Gon�alves, Jean & Fran�ois Fernandes, s'associaient � des armateurs de Bristol, Richard Warde, Thomas Ashehurste & Jean Thomas, pour une exp�dition de d�couverte en ces parages, & obtenaient avec eux � cet effet, du roi Henri VII, des lettres de privil�ge, donn�es � Westinster le 19 mars 1501, en cons�quence desquelles deux voyages paraissent avoir �t� ex�cut�s cette m�me ann�e & la suivante. A la fin de celle-ci, une nouvelle association fut concert�e pour le m�me objet entre les deux Portugais Jean Gon�alves & Fran�ois Fernandes, & les deux armateurs de Bristol Hugues Elyot & Thomas Ashehurste, qui obtinrent pareillement des lettres royales donn�es � Westminster le 9 d�cembre 1502, & en vertu desquelles paraissent avoir �t� ex�cut�s en 1503, 1504, & 1505 des voyages successifs, dont on retrouve quelque trace, comme pour les deux pr�c�dents, dans les comptes de d�penses de la cassette particuli�re du roi Henri VII: on peut m�me conjecturer qu'il se tentait d�s lors de nouveaux essais de colonisation, puisqu'un pr�tre faisait partie de l'exp�dition de 1504.
Les Fran�ais, de leur c�t�, pratiquaient aussi, d�s cette �poque, les mers qui baignent la c�te orientale des deux Am�riques; sans nous arr�ter � parler de leurs navigations australes, bornons-nous a rappeler ici leurs exp�ditions de p�che & leurs explorations priv�es en ces parages o� l'autorit� royale vint si tardivement donner une cons�cration publique � leurs efforts. Nous ne chercherons m�me pas � recueillir de simples traditions ou de vagues indices plus ou moins dignes d'un examen s�rieux: nous voulons nous en tenir � des t�moignages explicites & formels.
C'est � la collection italienne de Ramusio qu'il nous faut recourir pour retrouver, sous un v�tement �tranger, avec le titre pompeux de grand capitaine de mer, un fran�ais de Dieppe, dans lequel il nous est permis de reconna�tre l'astronome & pilote Pierre Crignon, qui fut le compagnon des fr�res Parmentier dans leur voyage de 1529 � Sumatra, & qui avait �galement navigu� sur les c�tes du Br�sil & de Terre-Neuve.
En d�crivant cette derni�re, qui s'�tend, continent & �les, du 40� au 60� degr�s de latitude sur une longueur de trois cent cinquante lieues, il fait remarquer la brisure accus�e par le cap Ras entre la direction de la c�te m�ridionale qui se refuse vers l'ouest, & celle de la c�te bor�ale qui court vers le nord. Aux Portugais est due la d�couverte des soixante-dix lieues environ de littoral comprises entre le cap Ras & le cap de Boavista; tout ce qui est au sud du cap Ras a �t� explor� en 1504 par ses Normands, & par les Bretons, qui y ont laiss� leur nom � un cap bien connu; tout ce qui est au nord du cap de Boavista a �t� relev� pareillement par les dits Normands & Bretons: le capitaine Jean Denys, de Honfleur, avec le pilote Camart, de Rouen, y conduisit son navire en 1506, & en rapporta, dit-on, une carte assez �tendue; puis, en 1508, le capitaine Thomas Aubert, commandant le navire la Pens�e, arm� par Jean Ango, p�re du c�l�bre gouverneur de Dieppe, y transporta le premier des colons normands.
Dix ans apr�s, en 1518, suivant l'interpr�tation commune, mais peut-�tre en r�alit� quelques ann�es plus tard, fut entreprise une exp�dition analogue �par le sieur baron de L�ry & de Saint-Just vicomte de Guen, lequel ayant le courage port� � choses hautes, d�siroit s'establir par del� & y donner commencement � une habitation de Fran�ois� il s'�tait approvisionn� d'hommes & de bestiaux, & fit voiles jusqu'� l'�le de Sable en face des p�cheries bretonnes; mais la longueur du voyage l'ayant trop longtemps tenu sur la mer, il fut contraint de d�charger l� son bestail, vaches & pourceaux, faute d'eaux douces & de p�turages�; & cette exp�dition avort�e n'eut d'autre r�sultat que d'avoir jet� sur cette terre aride des animaux qui s'y multipli�rent graduellement, & devinrent, longtemps apr�s, une ressource inesp�r�e pour d'autres Fran�ais qu'une fortune de mer devait un jour condamner � y s�journer cinq ans entiers dans un d�plorable abandon.
Jusqu'alors, ce n'�taient que des exp�ditions priv�es.
Enfin le roi de France se d�termina � prendre lui-m�me sa part dans le lotissement des terres d'outre-mer que se faisaient � leur guise les autres souverains de l'Europe occidentale, & il envoya officiellement � son tour, � la d�couverte des pays transatlantiques o� il lui conviendrait de prendre pied.
Le temps �tait d�j� loin, o� l'on avait cru retrouver en ces contr�es le Japon, la Chine & les Indes d'Asie: les navigations de Cabot dans le nord, comme celles de Vespuce dans le sud avaient d�montr� qu'il s'agissait en r�alit� d'un monde nouveau; & bien qu'on le cr�t r�uni � ses derni�res limites aux r�gions bor�ales asiatiques, l'extension des conqu�tes espagnoles dans l'ouest, & la circumnavigation de Magellan, avaient appris qu'il y avait au-del� de ce nouveau continent une autre mer par laquelle on arrivait � l'Orient v�ritable, si plein de richesses & de merveilles: quelque passage, moins �loign� que le d�troit franchi par l'escadre castillane, pouvait exister sur l'immense ligne des c�tes am�ricaines, & conduire par une voie plus courte � ces iles des �pices, objet de tant de convoitises rivales.
Fran�ois 1er mit en 1523 aux ordres du florentin Jean Verrazzano quatre navires pour aller � la recherche d'un tel passage & prendre possession des terres o� il serait possible de le rencontrer. Mais une temp�te fit avorter les premi�res tentatives; les vicissitudes de la guerre & de la mer ne laiss�rent au navigateur la facult� d'effectuer son exploration que dans une seconde campagne & avec une seule nef, la Dauphine sur laquelle il partit d�finitivement de Mad�re le 17 janvier 1524 pour aller atterrir � la fin de f�vrier vers 34� de latitude, sur une c�te inconnue qu'il longea l'espace de cinquante lieues en tirant au sud sans y d�couvrir aucune baie; ce qui lui fit reprendre la bord�e du nord, & suivre ensuite le littoral � l'est & au nord-est jusqu'au parall�le de 41� 40' descendant � terre par intervalles, pour reconna�tre le pays, o� la vigne croissait en abondance, & les habitants, dont le teint �tait g�n�ralement fonc� & les moeurs hospitali�res; il rencontra enfin une belle a grande rivi�re, aux eaux profondes, aux pittoresques rivages (le Hudson), d'o� un orage soudain le for�a de s'�loigner � son grand regret, pour ne s'arr�ter qu'apr�s une course de quatre-vingts lieues encore droit � l'est, o� il rencontra une ile triangulaire semblable � celle de Rhodes, qu'il appela Louise, du nom de la m�re du roi de France, & derri�re laquelle s'ouvrait une baie commode; Narraganset habit�e par une population beaucoup plus blanche que toutes les autres & qui lui fit l'accueil le plus cordial. Apr�s avoir joui pendant quinze jours de cette gracieuse hospitalit�, il reprit sa route le 6 mai, longeant une c�te qui s'�levait progressivement & se couvrait de bois touffus habit�s par un peuple brun & farouche, puis une terre nue & rocheuse bord�e d'un grand nombre d'iles; jusqu'� ce qu'arriv� � 50� de latitude, ayant consomm� toutes ses munitions & ses vivres, il revint en France, & �crivit en rade de Dieppe le compte-rendu de son voyage, qu'il adressa au roi le 8 juillet 1524.
On raconte que dans une exp�dition ult�rieure aux m�mes parages, Verrazzano �tant descendu � terre sans assez de pr�caution, fut saisi par les sauvages, & servit de p�ture � un horrible festin. Avait-il imm�diatement re�u de Fran�ois Ier une nouvelle mission, on ne sait. D'autres soucis �taient venus absorber les pens�es du monarque, & le prisonnier de Pavie n'eut bient�t plus le loisir de songer de long-temps � la poursuite de ses projets d'�tablissement outremer.
L'Espagne, au contraire, triomphait, & pendant que Fernand Cortez adressait de Mexico, le 18 octobre 1524, � l'empereur Charles-Quint, un rapport o� il d�veloppait l'id�e de faire explorer � la fois la c�te atlantique depuis la Floride jusqu'aux Bacalaos, & la c�te oppos�e sur l'Oc�an pacifique, pour trouver le secret de ce passage que Verrazzano �tait all� d�couvrir; un pilote portugais au service de l'Espagne, d�serteur de l'exp�dition de Magellan & repouss� de celle de Loaysa, Etienne Gomes de Porto, obtenait � S�ville, � la fin de cette m�me ann�e, l'autorisation d'aller explorer aussi, sur les traces de Verrazzano, le littoral compris entre la Floride & les Bacalaos. Le comte Fernand d'Andrade, le docteur Beltram, le riche Chistophe de Haro, lui arm�rent un petit navire avec lequel il partit de la Corogne au commencement de 1525, alla toucher � Cuba & � la pointe de la Floride, & remontant au nord, explora particuli�rement la c�te comprise de 40� � 41� de latitude, un peu en-de�� & un peu au-del�, y enleva un grand nombre d'habitants pour en faire des esclaves, poussa ensuite sa navigation, � ce qu'on dit, jusqu'au cap Ras, & revint, apr�s une absence de dix mois, d�sarmer � la Corogne, d'o� il se rendit � Tol�de en novembre, pr�c�d� de la fausse nouvelle qu'il apportait du girofle, tandis qu'il n'amenait en r�alit� que des esclaves: m�prise n�e d'un jeu de mots involontaire qui avait substitu� clavos � esclavos. Et les cosmographes espagnols donn�rent le nom de Tierra de Est�van Gomez � la contr�e qu'il avait reconnue & pill�e, entre celle du licenci� Luc Vasquez de Ayllon & les p�cheries bretonnes.
Les Anglais de leur c�t� renouvel�rent leurs tentatives: un riche commer�ant de Bristol �tabli � S�ville, fils de l'un des associ�s de Hugues Elyot dans l'armement de 1503 pour Terre-Neuve, Robert Thorne, qui venait de prendre un int�r�t mat�riel consid�rable dans l'entreprise de S�bastien Cabot par le sud en 1526, adressait peu de temps apr�s au roi Henri VIII, un m�moire pour signaler � son attention l'avantage que l'Angleterre aurait sur les Espagnols & les Portugais si elle d�couvrait un passage par le nord-ouest vers les �les aux �pices; & sur l'invitation du r�v�rend Edouard Lee, envoy� de Henri VIII aupr�s de Charles-Quint, il remettait � cet ambassadeur des consid�rations �tendues & d�velopp�es, pour le m�me objet.
Quelle qu'ait pu �tre l'influence de ces �crits sur les d�terminations royales, toujours est-il que deux navires, le Samson & la Mary de Guilford, quittant la Tamise le 20 mai 1527, & partant d�finitivement de Plymouth le 10 juin, sous le commandement de Jean Rut, firent voile vers le nord jusqu'au 1er juillet, qu'ils furent assaillis dans la nuit par un violent orage; la temp�te les s�para, & fit probablement sombrer le Samson, qui ne reparut plus; deux jours apr�s par 53� de latitude, la Mary, dross�e par les glaces redescendait vers 52� elle aper�ut la terre; elle atteignit un havre bien abrit�, & s'y arr�ta dix jours pour faire de l'eau. Comme, au d�part des deux navires, le rendez-vous avait �t� donn� en cas de s�paration accidentelle, au cap de Sper de Terre-Neuve, o� l'on devait s'attendre mutuellement durant six semaines, Rut gouverna au sud pour s'y rendre, & vint mouiller le 3 ao�t dans la baye de Saint-Jean, o� il trouva onze navires de p�che normands, un breton & deux portugais; de l� il �crivit au roi pour lui rendre compte des �v�nements, pendant que le math�maticien de l'exp�dition, Albert de Prato, chanoine de Saint-Paul de Londres, �crivait de son c�t�, le 10 ao�t, au cardinal Wolsey l�gat du saint-si�ge.
C'est chez les historiens espagnols des Indes occidentales qu'il faut chercher les traces ult�rieures de cette exp�dition avort�e: on y trouve signal�e l'apparition, aux Antilles, d'un navire anglais, arm� en m�me temps qu'un autre pour aller par le nord au pays du grand khan, s�par� de son compagnon par la temp�te, arr�t� dans sa route par les glaces, redescendu aux Bacalaos o� il avait rencontr� jusqu'� cinquante b�timents de p�che espagnols, fran�ais & portugais, ayant vu son pilote (un pi�montais, peut-�tre pr�cis�ment ce m�me Albert de Prato dont il vient d'�tre question) massacr� par les sauvages sur une c�te inhospitali�re, venu ensuite le long du littoral jusqu'� la rivi�re de Chicora, de l� gagnant la Jama�que, repouss� de Saint-Domingue � coups de canon, & reprenant enfin la route d'Angleterre.
Les souvenirs que Hakluyt put recueillir long-temps apr�s de la bouche de quelques contemporains, c'est que le navire parti de la Tamise le 10 mai 1527 �tait rentr� au port vers le commencement d'octobre de la m�me ann�e.
Quand la paix de Cambrai eut rendu � Fran�ois 1er le loisir d'aviser � l'administration de son royaume, il put reprendre ses desseins d'exploration & d'�tablissement dans le nouvel h�misph�re: c'�tait un moyen encore de lutter contre son hautain & trop heureux rival. Il accueillit donc avec faveur la demande qu'un capitaine de navire de Saint-Malo, Jacques Cartier, adressait en 1533 � Philippe de Chabot, seigneur de Brion, comte de Buzan�ois & de Charny, amiral de France, d'�tre envoy� au compte du roi pour continuer l'entreprise de d�couverte & de colonisation confi�e neuf ans auparavant � Jean Verrazzano.
Deux navires, du port de soixante tonneaux, ayant chacun soixante & un hommes d'�quipage, furent en cons�quence mis sous ses ordres; & le vice-amiral Charles de Mouy, seigneur de la Meilleraye, ayant pris au nom du roi le serment de tous les gens de l'exp�dition, elle partit de Saint-Malo le 20 avril 1534, & vint atterrir le 10 mai suivant � Terre-Neuve, pr�s du cap Boavista, mouillant � cinq lieues de l� vers le sud, dans un port qui re�ut le nom de Sainte-Catherine; on remonta ensuite la c�te vers le nord pour entrer dans le golfe des Ch�teaux, c'est-�-dire le d�troit actuel de Belle-Isle, & le nom de Sainte-Catherine (qui �tait peut-�tre celui d'un des navires) reparut une seconde fois pour d�signer l'�le m�me qui signale cette ouverture.
A partir de ce point, Cartier longea vers l'ouest la c�te m�ridionale du Labrador, jalonnant �� & l� sa route de quelque nom breton, tel que Brest ou Saint-Servan, au milieu de beaucoup d'autres, jusqu'� la baie de Shecatica, qui sut appel�e port de Jacques Cartier. Comme le golfe allait s'�largissant de plus en plus, il voulue en reconna�tre la rive oppos�e, & il vint aborder au cap Double, la pointe Riche de nos jours, pour descendre ensuite la c�te jusqu'� un cap qu'on atteignit le 24 juin & qu'on appela pour cette raison cap de Saint-Jean, aujourd'hui cap de l'Anguille. De l�, tournant � l'ouest, on toucha successivement � diverses iles, � l'une desquelles fut laiss� le nom de Brion, en l'honneur du grand-amiral qui avait patronn� l'exp�dition, & l'on arriva au fleuve des Barques (la rivi�re Miramichi); on remonta en suite au nord en explorant la baie des Chaleurs, dont l'entr�e est signal�e au del� par le cap de Prato (aujourd'hui cap Farillon), o� l'on serait tent� de chercher un souvenir du pilote pi�montais massacr� dans l'exp�dition anglaise de 1527. Puis, coupant le d�troit de Saint-Pierre (entre Gasp� & Anticosti) on regagna les terres septentrionales pr�s de la r�sidence du chef sauvage Ti�no, au cap actuel de Montjoli, & prenant d�sormais � l'est pour s'en retourner, on franchit de nouveau le d�troit de Belle-Isle le jour de l'Assomption, & l'on rentra � Saint-Malo le 5 septembre.
Le rapport que fit aussit�t Cartier, des r�sultats de ce premier voyage, fut tr�s-bien accueilli, & d�s le 30 octobre suivant le grand-amiral lui faisait exp�dier, sous son propre seing, une nouvelle commission �du voulloir & commandement du Roy, pour conduire, mener, & employer troys navyres �quippez & advitaillez chascun pour quinze mois, au parach�vement de la navigation... j� commenc�e � descouvrir oultre les terres neusves, & en iceluy voyage essayer de faire & accomplir ce qu'il a plu � mondit seigneur... commander & ordonner.�
Cartier ayant tout dispos� pour l'ex�cution de sa nouvelle mission, partit de Saint-Malo le 19 mai 1535, &, contrari� par les vents dans sa travers�e, n'arriva que le 7 juillet � l'isle aux Oiseaux, d'o� il se rendit au d�troit de Belle-Isle pour y attendre ses deux conserves, qui le rejoignirent le 26 juillet; il prit alors � l'ouest vers le cap de Ti�no, o� il �tait le 31 juillet, poursuivit la m�me route jusqu'au 10 ao�t, � l'entr�e de la rivi�re actuelle de Saint-Jean, qu'il appela baie de Saint-Laurent, en l'honneur du patron du jour; & allant ensuite visiter la grande �le de Natiscotec (ou Anticosti, comme prononce le vulgaire) il y aborda le 15 ao�t & lui donna en cons�quence le nom de l'Assomption.
Du c�t� du sud elle faisait face au pays de Honguedo, o� commen�ait la grande rivi�re conduisant � Canada & � Hochelaga, qu'il r�solut de remonter, en reprenant son exploration de la rive septentrionale depuis la baie de Saint-Laurent. Il rencontra d'abord sept iles qu'il appela les iles Rondes, puis les �les du Bic auxquelles il donna le nom d'�lots de Saint-Jean; le 1er septembre il reconnut l'entr�e de la grande rivi�re de Saguenay & les deux iles (l'�le Blanche & l'ile Rouge) qui lui font face. Poursuivant sa route, il s'arr�tait le 6 septembre sur une �le couverte de coudriers, laquelle conserve encore le nom d'ile aux Coudres qu'il lui donna, & le lendemain il atteignit un amas d'iles, o� commen�ait le pays de Canada. La plus grande �tait charg�e de vignes, ce qui la lui fit appeler d'abord ile de Bacchus; mais il pr�f�ra ensuite le nom d'�le d'Orl�ans, qui lui est rest�. Au bout se trouvait un endroit convenable pour le mouillage de ses navires: il s'y arr�ta le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, dont ce lieu prit le nom; c'est la rivi�re Saint-Charles d'aujourd'hui. Tout aupr�s �tait Stadacone, r�sidence royale du chef de Canada, remplac�e maintenant par la ville de Qu�bec, dont le faubourg Saint-Jean est assis pr�cis�ment � l'endroit o� gisait l'ancienne capitale des sauvages.
Apr�s avoir pourvu � la s�ret� de ses navires dans le havre de Sainte-Croix, Cartier r�solut de pousser sa reconnaissance dans le haut du fleuve jusqu'� Hochelaga avec le plus petit des trois b�timents & les embarcations. Parti le 19 septembre, il navigua sans interruption jusqu'au 28, qu'il atteignit les domaines du chef Ochelay, � l'entr�e d'une rivi�re o� le courant �tait rapide & dangereux (la rivi�re Richelieu d'aujourd'hui), & bient�t apr�s un grand lac form� par l'�largissement du fleuve (le lac Saint-Pierre actuel); l� il lui fallut laisser le navire pour continuer de remonter avec les embarcations seules, & le 20 octobre on arrivait � Hochelaga, au-dessous des rapides imp�tueux appel�s aujourd'hui le courant de Sainte-Marie. La capitale �tait assise au pied d'une montagne bien cultiv�e, qui re�ut le nom de Mont-Royal, lequel s'est perp�tu� � la m�me place sous la forme de Montr�al, ainsi qu'on appelle maintenant le chef-lieu du Haut-Canada.
En redescendant le grand fleuve, il remarqua, le 7 octobre, un affluent de la rive septentrionale dont l'entr�e �tait signal�e par quatre petites �les bois�es, & auquel il donna le nom de Fouez (c'est-�-dire de Foix), qu'a remplac� celui de Trois-Rivi�res. Quatre jours apr�s il rentrait au havre de Sainte-Croix, o� les matelots des deux navires rest�s au mouillage avaient pendant son absence �lev� un fort. Il y passa tout l'hiver, tr�s-maltrait� par le scorbut, qui lui enleva vint-cinq de ses compagnons, & aurait fait de plus grands ravages si les indig�nes ne lui eussent enseign� un rem�de souverain dans la d�coction des feuilles & de l'�corce d'�pinette blanche ou de pesse du Canada (pinus alba de Linn�). Enfin, le 6 mai 1536, il appareilla pour retourner en France, abandonnant la carcasse d'un de ses navires, faute de monde pour le r�armer. Les restes en ont �t� retrouv�s dans la vase par les habitants de Qu�bec, le 26 septembre 1843, & quelques fragments en ont �t� envoy�s, comme une pr�cieuse relique, au mus�e de Saint-Malo.
Le 21 mai Cartier reconnaissait Honguedo, puis le cap de Prato, d'o� il gagnait l'�le de Brion, & le 1er juin, prenant au sud-est, il touchait successivement � deux pointes de terre qu'il appela le cap de Lorraine & le cap de Saint-Paul, au nord & � l'est de l'ile du cap Breton; il abordait ensuite � Terre-Neuve dans une anse qu'il appela le havre du Saint-Esprit, & qui n'est autre que le port aux Basques de nos jours: puis il rangeait la c�te jusqu'aux �les de Saint-Pierre, o� il rencontra plusieurs navires fran�ais, & prenant enfin le large au sortir du h�vre de Rognouse ou baie des Tr�pass�s, il rentrait � Saint-Malo le 16 juillet suivant.
Pendant que Cartier faisait sa travers�e de retour, il se croisait avec une exp�dition anglaise compos�e de deux navires, la Trinit� & le Mignon, mont�s par une association de gens distingu�s tenant � la cour & � la magistrature, r�unis sous la direction de ma�tre Hore, homme de grand courage & fort adonn� � l'�tude de la cosmographie, pour aller tenter des d�couvertes dans le nord-ouest: partis de Londres � la fin d'avril 1536, ils mirent plus de deux mois � atteindre le cap Breton, d'o� ils gagn�rent l'�le aux Pingouins, & s'�lev�rent ensuite fort avant dans le nord, au milieu des glaces; mais la disette de vivres devint telle parmi eux, qu'ils �taient r�duits aux derni�res extr�mit�s quand apparut un navire fran�ais bien approvisionn�; ils parvinrent � s'en emparer par la ruse, & s'esquiv�rent aussit�t pour retourner en Angleterre, o� ils arriv�rent � la fin d'octobre, & ne purent �tre rejoints que plusieurs mois apr�s par les Fran�ais qu'ils avaient d�pouill�s, & que le roi Henri VIII prit le parti d'indemniser de ses propres deniers.
En France, o� Cartier avait ramen� quelques sauvages canadiens, on s'occupait de les instruire, afin de trouver en eux des interpr�tes & des auxiliaires pour la civilisation de leurs compatriotes: ils furent baptis�s le 25 mars 1538; mais le changement de climat leur devint funeste, & ils moururent tous sauf un seul (une jeune fille) avant qu'on p�t tirer d'eux aucun service. Malgr� ce d�sappointement, une nouvelle exp�dition fut r�solue par l'intervention active d'un gentilhomme picard, Jean-Fran�ois de la Roque sieur de Roberval, que le roi, par lettres du 15 janvier 1540, nomma son lieutenant g�n�ral �s terres neufves de Canada, Hochelaga & Saguenay & autres circonvoisines. Des lettres royales, donn�es � Saint-Prix le 17 octobre suivant, institu�rent Jacques Cartier capitaine g�n�ral & ma�tre pilote de tous les navires & vaisseaux qui seraient envoy�s pour cette entreprise.
Cinq navires jaugeant ensemble quatre cents tonneaux ayant �t� convenablement dispos�s en cons�quence, Cartier partit de Saint-Malo le 23 mai 1541, laissant en France Roberval, qui devait le rejoindre bient�t avec le compl�ment du mat�riel destin� � la fondation de l'�tablissement projet�. Cartier se trouvait le 23 ao�t au h�vre de Sainte-Croix; mais il pr�f�ra pour l'hivernage de ses vaisseaux un autre endroit � quatre lieues plus loin, � l'entr�e d'une rivi�re pr�s du cap Rouge, o� il construisit un fort & des magasins, auxquels il donna le nom de Charlesbourg royal; apr�s quoi il renvoya en France deux de ses navires, sous les ordres de Mac� Jalobert son beau-fr�re, & d'Etienne No�l son neveu, qui partirent le 2 septembre. Il alla lui-m�me reconna�tre au-dessus de Hochelaga les sauts ou rapides qui barrent le cours du fleuve, revint hiverner au fort, & n'ayant aucune nouvelle de Roberval � la fin de Mai 1542, il prit le parti de s'en retourner en France. Ayant rel�ch� au h�vre Saint-Jean, sous le cap Double, il y rencontra Roberval qui arrivait enfin avec deux navires, mais il se refusa � remonter avec lui, & vint d�sarmer � Saint-Malo, o� on le voit, le 21 octobre, tenir sur les fonts baptismaux la tille du lieutenant de Roi gouverneur de cette ville.
A quelque temps de l�, sur l'ordre du Roi, qui rappelait Roberval en France, Cartier partit de rechef de Saint-Malo au printemps de 1543 pour aller chercher les restes de cette exp�dition avort�e, & rentra d�finitivement � Saint-Malo apr�s une absence de huit mois.
Et l'id�e d'un �tablissement fran�ais au Canada demeura d�sormais abandonn�e pendant plus d'un demi-si�cle.
Apr�s cette revue de toutes les navigations europ�ennes vers les rivages transatlantiques du nord-ouest, depuis les plus anciennes traditions qui nous soient parvenues, jusqu'� la derni�re de celles o� figure le nom de Jacques Cartier, il ne nous reste que peu de mots � dire sur la personne du c�l�bre pilote malouin, & sur les lambeaux qui ont �t� recueillis de ses relations.
Un vieux marin de Saint-Malo, plein de z�le & de patriotisme, Charles Cunat, avait recouvr� la vigoureuse ardeur de ses jeunes ann�es, pour fouiller les archives de toute sorte qui se pouvaient trouver � sa port�e dans sa ch�re ville natale; & ce qu'il n'y a point d�couvert, nul autre sans doute ne l'y saurait rencontrer. Aussi loin qu'il a pu remonter dans les actes de l'�tat-civil qui existent encore, il a entrevu un Jehan Cartier, qui de son mariage avec Guillemette Baudoin avait eu six enfants, dont l'a�n�, Jamet ou Jacques, n� le 4 d�cembre 1458, eut � son tour, de son mariage avec Jesseline Jansart, un fils n� le 31 d�cembre 1494, lequel n'est autre que le c�l�bre navigateur Jacques Cartier, mari� lui-m�me en 1519 avec Catherine des Granches, fille de Jacques des Granches conn�table de la ville & cit� de Saint-Malo, mais de laquelle il n'eut point de post�rit�.
Apr�s qu'il eut renonc� � la navigation, il habitait pendant l'hiver, dans la ville de Saint-Malo, une maison situ�e �jouxte l'h�pital Saint-Thomas�, mais dont il ne reste depuis longtemps aucun vestige; l'�t� il se retirait dans le domaine seigneurial de Limoilou, au village ainsi appel�, o� son ch�teau conserve encore le nom de Portes Cartier.
Il avait eu � soutenir, apr�s le retour de Roberval, une instance dans laquelle on lui demandait compte des deniers dont il avait eu la disposition pour l'entreprise commune: il fut reconnu qu'il y avait mis plus qu'il n'avait re�u, & la sentence du tribunal d'Amiraut�, du 21 juin 1544, lui donna gain de cause sur tous les points.
On perd sa trace apr�s l'ann�e 1552, & l'on en conclut qu'il d�c�da probablement avant d'atteindre sa soixanti�me ann�e.
R�digea-t-il lui-m�me les relations des diverses exp�ditions qu'il avait conduites au Canada! On peut le penser, bien qu'il y soit toujours question de lui � la troisi�me personne, � la mani�re dont il est parl� de Jules C�sar en ses immortels Commentaires. Dans tous les cas, le r�dacteur a �videmment fait partie de chacune des exp�ditions racont�es.
Un celebre collecteur italien, qui s'�tait procur� diverses relations fran�aises dont il ne nous reste aujourd'hui rien autre chose que la version qu'il en a publi�e, Ramusio, avait recueilli celle du premier voyage de Cartier, & c'est uniquement dans sa pr�cieuse collection, ainsi que nous l'ayons rappel� d�s le d�but, qu'il faut aller reprendre, sous son d�guisement �tranges, Un r�cit qui est pour nous d'un si grand int�r�t. Cette version italienne, parue pour la premi�re fois � Venise en 1556, y sut reproduite dans les r�impressions de 1565, 1606 et 1613, Elle fut retraduite en fran�ais pour �tre ainsi publi�e � Rouen en 1598, chez Rapha�l du Petit-Val, libraire & imprimeur du Roi, en un volume petit in-8� de 64 pages, sous ce titre: Discours du voyage fait par le capitaine Jacgues Cartier aus terres neufves de Canadas, Norembergue, Hochelage, Labrador, & pays adjacens, dite Nouvelle France, avec particuli�res meurs, langage & c�r�monies des habitans d'icelle. Lescarbot la r�imprima avec une m�diocre exactitude dans son Histoire de la Nouvelle-France (livre III, chapitres II � V), dont il y a quatre �ditions, aux dates de 1609, 1611, 1617 & 1618. Les Archives des voyages de Ternaux-Compans l'ont reproduite en 1840 avec plus de scrupule, dans leur premi�re livraison (pages 117 � 153). Enfin la Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec l'a comprise � son tour dans un volume de r�impressions consacr� aux Voyages de d�couverte au Canada entre les ann�es 1534 & 1542, publi� � Qu�bec en 1843, & dont ce morceau occupe les vingt-trois premi�res pages; malheureusement les inexactitudes de Lescarbot n'y ont pas toutes �t� rectifi�es.
Ainsi que nous l'avons dit aussi d�s le d�but, C'est au collecteur anglais Richard Hakluyt d'Oxford, que nous sommes redevables de nous avoir conserv�, dans une version anglaise, les fragments mutil�s qu'il avait pu se procurer pendant son s�jour en France (de 1584 � 1588) concernant le troisi�me voyage de Cartier: c'est d'abord la relation, non achev�e, du navigateur; puis une lettre de son petit-neveu Jacques No�l, �crite de Saint-Malo le 19 juin 1587, & un fragment d'une seconde lettre du m�me, constatant que toutes les recherches faites dans la famille pour retrouver une relation plus compl�te �taient demeur�es sans r�sultat. Hakluyt a imprim� la suite, toujours en anglais, le routier du voyage depuis Belle-Isle jusqu'� 230 lieues en amont de la rivi�re de Canada, r�dig� par Jean Allefonsce, de Sainte-Onge pr�s Cognac, ma�tre pilote de Roberval en 1542; & enfin la relation de Roberval lui-m�me, non achev�e il est vrai, mais conduite jusqu'au 22 juillet 1543, date probablement peu �loign�e de celle o� Cartier vint le rechercher d'apr�s les ordres du roi. Hakluyt avait donn� en 1600 le volume qui contient l'�dition originale de ces pi�ces (pages 232 � 242); elles se trouvent naturellement reproduites dans la r�impression de 1812. La Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec a repris dans Hakluyt tous ces lambeaux pour les retraduire en fran�ais & les ins�rer en 1843 dans le volume que nous avons mentionn� plus haut.
Quant � la relation du second voyage, qui nous int�resse plus sp�cialement ici, elle est, comme on sait, la seule dont nous poss�dions la r�daction fran�aise originale; il en existe une �dition, imprim�e � Paris en 1545, en un volume de 48 feuillets petit in-8�, d'une telle raret� que les bibliographes n'en connaissent en Europe qu'un exemplaire. Une reproduction scrupuleuse & figur�e de cet exemplaire unique a tent� le z�le d'un �diteur fort habitu� � la recherche & au maniement des livres curieux; & voil� comment a pris naissance l'�dition d'amateur en t�te de laquelle doit se placer l'introduction dont nous �crivons en ce moment la derni�re page.
Ce volume introuvable, qui �chappait � toutes les recherches, �tait si peu connu, que l'on n'avait m�me qu'une tr�s-fausse id�e de ce qu'il contenait, & la Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec en 1843, aussi bien que M. Ternaux-Compans en 1841, le consid�raient comme la r�daction fran�aise originale de la relation du premier voyage, au lieu du second; pour celui-ci, on n'en connaissait d'autre publication que celle de Lescarbot dans son Histoire de la Nouvelle-France (Livre III, chapitres vi � viii, xii � xviii, & xxii � xxvii) o� le voyage de Cartier se trouve morcel� & entrecoup� de fragments disloqu�s du voyage de Champlain.
Mais il existe � Paris, � la Biblioth�que imp�riale, trois exemplaires manuscrits de cette m�me relation de Cartier, sous les n�s 5589, 5644 & 5653: M. Ternaux-Compans ayant eu communication des deux premiers, en tira une copie, qu'il fit imprimer en 1841 en t�te du second volume de ses Archives des voyages (pages 5 � 66). De son c�t� la Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec: ayant fait prendre copie du troisi�me manuscrit, & l'ayant collationn� avec les deux autres, ainsi qu'avec les extraits de Lescarbot, l'a reproduite dans son volume de 1843 (pages 24 � 69).
L'�dition originale de 1545 ne saurait �tre pr�sent�e comme exempte d'incorrections, tant s'en faut: les coquilles typographiques y sont fr�quentes, & l'�diteur d'aujourd'hui aurait peut-�tre eu lieu d'h�siter � se montrer si rigoureusement fid�le � la reproduire avec toutes ses imperfections accidentelles, s'il n'e�t trouv� un rem�de � l'inconv�nient de cette reproduction servile, dans l'attention de relever avec soin, en appendice � la r�impression actuelle, les corrections indispensables, avec les variantes non seulement des manuscrits, mais aussi des fragments de Lescarbot & des �ditions de Ternaux-Compans & de la Soci�t� de Qu�bec, dont les lectures ne sont pas toujours pr�f�rables aux le�ons de l'�dition de 1545.
Cet exp�dient nous a paru donner � l'�dition que voici l'avantage de conserver intacte, suivant le go�t imp�rieux des bibliomanes, la physionomie surann�e de l'�dition primitive, tout en mettant � la disposition de ceux qui n'attachent � la forme qu'une importance secondaire, les �l�ments d'un texte plus correct & plus fid�le que tous les autres.
Neuilly-sur-Seine, ce 12 ao�t 1863.
[Page 1]
BRIEF RECIT, & succincte narration, de la navigation faicte es ysles de Canada, Hochelage & Saguenay & autres, avec particulieres meurs, langaige, & cerimonies des habitans d'icelles: fort delectable � veoir.
On les vend � Paris au second pillier en la grand salle du Palais, & en la rue neufve Nostredame � l'enseigne de lescu de france, par Ponce Rosset dict Faucheur, & Anthoine le Clerc fr�res. 1545.
A MONSEIGNEVR LE Prevost de Paris ou son lieutenant civil. supplient treshumblement Ponce Rosset dict le Faucheur, & Anthoine le Clerc freres & libraires de ceste ville de Paris, qu'il vous plaise leur donner la permission de imprimer & vendre, ung livre, intitul� Briefve & succincte narration de la navigation, faicte es ysles de Canada & autres choses y contenues: Pour lequel imprimer leur convient faire gros fraiz & despens, dont ilz pourroient estre frustrez, ensemble de leurs labeurs, s'il estoit permys � tous de l'imprimer. Ce consid�r� il vous plaise & ordonner que desfences soient faictes � tous libraires & imprimeurs de la ville & prevoste de Paris, de ne imprimer icelluy livre, ny de en vendre d'autre que de l'impression desdictz supplians, jusques � quatre ans finiz & acrompliz, sur peine de confiscation desdictz livres & d'amende arbitraire, Et vous ferez bien.
Il est permys ausdictz suppliens, avec les desfences � tous autres, de ne imprimer le dict voyage pour le temps & espace de trois ans. Faict le dernier jour de Febvrier, Mil cinq cens quarante quatre.
Ainsi sign�,
I. Morin.
[Page 2]
AU ROY Treschretien.
Considerant, O mon tres-redoubt� prince, les grandz bien & don de grace qu'il a pleu � Dieu le Createur faire � ses creatures: Et entre lex autres de mettre & asseoir le soleil, qui est la vie & congnoissance de toutes icelles, et sans lequel nul ne peult fructifier ni generer en lieu & place ou il a son mouvement, & declination contraire, & non semblable es autres planettes. Par lesquelz mouvement & declinaison, toutes creatures estans sur la terre en quelque lieu & place qu'elles puissent estre, en ont, ou en peuvent avoir en lan dudict soleil, qui est 365 jours et six heures, Autant de veue oculaire les ungs que les autres, non qu'il soit tant chault & ardant es ungs lieux, que es autres par ses raiz & reverberations, ny la division des jours & nuictz en pareille esgallet�: Mais suffit qu'il ayt de telle forte & tant temperement que toute la terre est ou peult estre habitee en quelque zone, climat, ou paralelle que ce soit: Et icelles avecques les eaues, arbres, herbes, & toutes autres creatures de quelques genres ou especes qu'elles soient par l'influence d'iceluy soleil, donner fruictz & generations selon leur nature par la vie & nourriture des creatures humaines. Et si aucuns vouloient dire le contraire de ce que dessus, en alleguant ledict des saiges philosophes du temps pass�, qui ont escript & faict division de la terre par cinq zones, dont ilz dient & afferment trois inhabit�es. Cest assavoir la zone torride, qui est entre les deux tropiques ou solstices, qui passe par le zenic des testes des habitans [Page 3] d'icelle: Et les deux zones artique & entartique pour la grande froideur qui est en icelle, � cause du peu d'eslevation qu'ilz ont dudict soleil & autres raisons: le confesse qu'ilz ont escript de la maniere, & croy fermement qu'ilz le pensent ainsi, & qu'ilz le treuvent par aucunes raisons naturelles, ou ilz prenoient leur fondement, & d'icelluy se contenfoient seulement sans aveuturer n'y mectre leurs personnes es dangiers, esquelz ilz eussent peu ancheoir � cercher l'experience de leur dire, Mais je dictz pour ma replique que le prince d'iceulz philosophes a laiss� parmy les escriptures ung mot de grande consequence, qui dict que, Experientia est rerum magistra; par l'enseignement duquel j'ay os� entreprendre de adresser � la veue de vostre magest� royalle, cestuy propos en maniere de prologue, de ce myen petit labeur: Car suyvant vostre royal commandement. Les simples mariniers de present non ayans eu tant de craincte d'eulz mectre � l'advanture d'iceulx perilz & dangiers qu'ilz ont eu, & ont desir de vous faire treshumble service � l'augmentation de la saincte foy chrestienne, ont congneu le contraire d'icelle opinion des philosophes par vraye experience. Je allegue ce que devant, parce que je regarde que le soleil qui chascun jour se lieve � l'orient, & se reconce � l'occident, faict le tour & circuit de la terre, donnant lumiere & chaleur � tout le monde en vingt quatre heures, qui est ung jour naturel, sans aucune interruption de son mouvement & cours [Page 4] naturel. A l'exemple duquel je pense � mon foible entendement, & sans autre raison y alleguer, qu'il plaist � Dieu par sa divine bont� que toutes humaines creatures estans & habitans soubz le globe de la terre, ainsy qu'elles ont veue, & congnoissance d'icelluy soleil ayt & ayent pour la temps avenir congnoissance & creance de nostre saincte foy: Car premierement icelle nostre saincte foy a est� sem�e & plantee � la terre saincte, qui est en Asye � l'orient de nostre Europe: Et depuis par succession de temps apportee & divulguee jusques � nous, & finalement � l'occident de nostredicte Europe � l'exemple du dict soleil portant sa chaleur & clart� d'orient en occident comme dict est. Et pareillement aussy avons veu icelle nostre saincte foy, par plusieurs fois � l'occasion des meschans heretiques & faulz legislateurs, eclipses en aucuns lieux: & depuis soubdainement reluyre & monster sa clert� plus appertement que auparavant. Et maintenant encores � present voyons comme les meschans lutheriens apostatz & imitateurs de Mahomet, de jour en autre s'efforcent de icelle opprimer, & finablement du tout estaindre, si Dieu & les vrays suppostz d'icelle n'y donnent ordre par mortelle justice, ainsy qu'on veoit faire chascun jour en voz pays & royaulme, par le bon ordre & police que y avez mys. Pareillement aussi veoit on, comme au contraire d'iceulx enfans de Sathan les paovres chrestiens & vrays pilliers de l'Esglise catholique s'efforcent d'icelle augmenter & accroistre, ainsi que a faict le catholique [Page 5] Roy d'Espaigne, es terres qui par son commandement ont est� descouvertes en l'occident de ses pais & royaulmes, lesquelles auparavant nous estoient incognues, estranges, & hors de nostre foy: Comme la neufve Espaigne, Lisabelle, terre ferme, & autres ysles ou on a trouv� innumerable peuple, qui a est� baptis� & reduict en nostre tres saincte foy.
Et maintenant en la presente navigation faicte par vostre royal commandement en la descouverture des terres occidentales, estans soubz les climats & paralelle de voz pays & royaulme, non auparavant � vous n'y � nous congneuz, pourrez veoir & scavoir la bont� & fertilit� d'icelles, innumerable quantit� de peuples y habitans la bont� & paisiblet� d'iceulx, Et pareillement la fecondit� du grant fleuve qui descend & arrose le permy d'icelles voz terres, qui est le plus grant sans comparaison que on sache jamais avoir veu. Les quelles choses donnent � ceulx qui les ont veues, certaine esperance de l'augmentation future de nostre dicte saincte foy & de voz seigneuries & nom tres chrestien, ainsi qu'il vous plaira veoir par cestuy present petit livre: Auquel sont amplement contenues toutes choses dignes de memoire, que avons veues, & qui nous sont advenues tant en faisant ladicte navigation, que estans & faisans sejour en vosdictz pays & terres.
e dimenche jour & feste de
[Page 6]
la Penthecoste seziesme jour
de May, en lan mil cinq cens
trente cinq du commandement
du cappitaine & bon
vouloir de tous, chascun se
confessa, & recusmes tous ensemblement
nostre createur en lesglise cath�drale de
sainct Malo. Apres lequel avoir re�u, feusmes
nous presenter au cueur de ladicte eglise,
devant reverend pere en Dieu monsieur de
sainct Malo, lequel en son estat episcopal
nous donna sa benediction.
Et le mercredy ensuivant dix neufiesme jour de May, le vent vint bon & convenable, & appareillasmes avec trois navires, Scavoir la grand Hermine du port, environ cent a six vingtz tonneaulz, ou estoit le cappitaine general, & pour maistre Thomas frosmond, Claude du pond briand, filz du seigneur de Montreueil & eschansson de monseigneur le Daulphin, Charles de la Pommeraye, Jehan poullet & autres gentizlhommes. Le second navire, nomm� la petite Hermine du port, environ soixante tonneaulz; Estoit cappitaine soubz le dict cartier Mace jalobert, & maistre Guillaume le mari�. Et au tiers navire nomm� l'Emerillon du port de environ quarante tonneaulz, en estoit cappitaine Guillaume le breton, & maistre Jacques maingart. Et navigasmes avec bon temps jusques au 20, jour dudict moys de May, que le temps se tourna en yre & tourmente, qui nous a dur� en ventz contraire & serraisons, autant que navires qui passassent jamais la mer, eussent sans amendement: Tellement que le vingt cinqiesme jour de Juing par le dict mauvais temps & serraison, nous entreperdismes tous trois, sans que nous ayons eu nouvelles les ungs des autres jusques � la terre neufve; la ou nous avions lymit� nous trouver tous en ensemble, & depuis nous estre entreperduz, avons est� avec la nef generalle par la mer de tous ventz contraires, jusques au septiesme jour du moys de Juillet, que nous arrivasmes � la dicte terre, neufve, & prismes terre � l'isle aux oyseaulx: laquelle est � quatorze lieues de la grand terre, quelle ysle est si tresplaine d'oyseaulx, que tous les navires de France y pourraient facilement charger, sans que on s'apperceust que l'on en eust tir�, & la en prinsmes deux barques pour partie de noz victailles: Icelle ysle est en leslevation du pole en. 49. degrez. 40. mynutes. Et le huictiesme dudict moys, nous appareillasmes de ladicte ysle, & avec bon temps vinsmes au [Page 7] hable du blanc sablon estant � labbaye des chasteaulx le XVe jour dudict moys, qui est le lieu ou nous debuoyns rendre: Auquel lieu feusmes attendans noz compaignons jusques au vingt sixiesme dudict moys, lequel jour ilz arrriverent tous deux ensemble: Et la nous acoustrasmes & prismes eaues, boys & aultres choses necessaires, & appareillasmes & feismes voylle pour passer oultre le vingt neufiesme jour dudict moys � l'aube du jour, & feismes porter le long de la coste du Nort Gisant, est Nordest, & Ornaist, Surnaist jusques environ les huict heures de soir que meismes les voylles bas, le travers de deux ysles qui l'avancent plus hors que les autres que nous nommasmes les ysles Sainct Guillaume. Et sont environ vingt lieues oultre le hable de Brest: Le tout ladicte coste depuis les chasteaulz jusques icy gist est Nordest & Ornaist Surnaist rengee de plusieurs ysles & terres toutes hachee & pierreuse, sans aucune terre ny boys, fors en aucunes vallees. Le lendemain penultime jour du dudict moys feismes courir � Ornaist pour avoir congnoissance d'autres ysles qui nous demouroient environ douze lieues & demye. Entre lesquelles ysles se faict une couche vers le Nort toute � ysles & grande voye apparoisantes y avoir plusieurs bons hables, & les nommasmes les ysles Saincte Marthe; hors lesquelles environ une lieue & demye, � la mer y a une basse bien dangereuse ou il y a quatre ou cinq testes qui demeurent le travers desdictes bayes en la rotte d'Est & Onaist desdictes ysles Saincte Marthe, environ sept lieues: Lesquelles ysles nous vinsmes querir ledict jour, environ une heure apres midy; & depuis ledict jour jusques � l'orloge vyrente feismes courir environ quinze lieues le travers d'ung cap d'ysles basses, que nous nommasmes les ysles Sainct Germain, au suest duquel environ trois lieues y a une autres basse fort dangereuse. Et pareillement entre le dict cap Sainct Germain & Saincte Marthe, y a ung banc hors des dictes ysles environ deux lieues sur lequel n'y a que quatre brasses. Et pour le dangier de la dicte coste mismes les voylles bas, & ne feismes porter la dicte nuict.
Le lendemain dernier jour de Juillet, feismes courir le long de la dicte coste qui gist Est & Onaist cart de Suest, qui est toute rengee d'isles & basses & coste fort dangereuse; laquelle contient depuis le dict cap des ysles Sainct Germain, jusques � la fin des ysles environ dix sept lieues & demye. Et a la fin desdictes ysles, y a une fort belle terre basse plaine de grandz arbres & haultz: & est icelle coste toute [Page 8] rengee de sablons sans y avoir aucune apparoissance de hable, jusques au cap de Thiennot que se rabast, au Nor onaist qui est environ sept lieues des dictes ysles. Lequel cap congnoissons du precedent voyage. Et parce feismes porter toute la nuict � Onaist Noronaist jusques au jour que le vent vint contraire, & feusmes charcher ung havre ou mismes noz navires, qui est ung bon petit havre, oultre ledict cap Thiennot environ sept lieues & demye, & est entre quatre ysles sortentes � la mer, noud le nommasmes le havre Sainct Nicolas, & sur la plus prochaine ysle plantasmes une croix de boys pour merche. Et fault amener la dicte croix au Nordest, puis l'aller querir & la laisser de tribort, & trouverez de perfond six brasses, & se fault donner garde de deux basses qui demeurent des deux costez � demye lieue hors. Toute ceste dicte coste est fort dangereuse & plaine de basses: nonobstant qu'il semble y avoir plusieurs bons hables n'y a que basses & plateys. Nous feusmes au dict hable depuis le dict jour jusques au Dimenche vii� jour d'Aoust: Auquel jour appareillasmes & vinsmes querir la terre deca vers le cap de Rabast, qui est distant du dict hable, environ xx lieues Gisans Nort Nordest & Susur Onaist. Et le lendemain le vent vint contraire: Et parce que ne trouvasmes nulz hables � la dicte terre de Su. feismes porter vers le Nort oultre le precedent hable de environ dix lieues, ou nous trouvasmes une moult belle & grande baye, plaine d'ysles & bonnes entrees & passaige de tous les ventz qu'il scavoit faire: Et pour congnoissance d'icelle baye y a une grand ysle comme ung cap de terre, qui s'avance plus hors que les autres; Et sur la terre environ deux lieues, y a une montaigne faicte comme ung tas de bled, nous nommasmes la dicte baye la baye sainct Laurens.
Le douziesme jour du dict moys nous partismes de la dicte baye sainct Laurens & feismes porter � Onaist, & vinsmes querir ung cap de terre devers le Su qui gist environ l'Onaist ung cart de Sur Onaist du dict hable Sainct Laurens environ vingt cinq lieues. Et par les deux sauvaiges que avions prins le premier voyage, nous fut dict que cestoit de la dicte terre devers le Su, & que cestoit une ysle, & que par le Su d'icelle estoit le chemin � aller de Honguedo ou nous les avions prins lan precedent � Canada: Et que � deux journees du dict cap & ysle commenceroit le royaulme de Saguenay � la terre devers le Nort allant vers le dict Canada, le travers du dict [Page 9] cap environ trois lieues y a de profond cent brasses & plus. Et n'est memoire de jamais avoir tant veu de ballaynes que nous vismes celle journee le travers dudict cap.
Le lendemain jour nostredame d'Aoust quinziesme dudict moys, nous passasmes le destroict la nuict de devant, & le lendemain eusmes congnoissance de terres qui nous demouroient vers le Su: qui est une terre � haultes montaignes � merveilles, Donc le cap susdict de la dicte ysle que nous avons nommee l'ysle de l'Assumption, & ung cap de dictes haultes terres gisent Est Nordest & Onaist sur Onaist, & y a entre eulx vingt cinq lieues, Et veoit on les terres du Nord encores plus haultes que celles du Su � plus de trente lieues. Nous rangeasmes le dictes terres du Su depuis ledict jour jusques au mardy que le vent vint Onaist, & meismes le cap au Nord pour aller querir lesdites haultes terres que voyons, & nous estans l� trouvasmes lesdictes terres unyes & basses vers la mer, & les montaignes devers le Nort par sus lesdictes haultes terres gisant icelles terres, Est, & Onaist ung cart de Sur Onaist. Et par les sauvaiges que avions, nous a est� dict que cestoit le commencement du Saguenay & terre habitable. Et que de la venoit le cuyvre rouge qu'ilz appellent caignetdaze. Il y a entre les terres du Su & celles du Nort, environ trente lieues, & plus de deux cens brasses de perfond & nous ont lesdictz Sauvaiges certiffi� estre le chemin & commencement du grant Silenne de Hochelaga & chemin de Canada; lequel alloit tousjours en estroissent jusques � Canada, puis que l'on treuve l'aue doulce qui va si loing que jamais homme n'auroit est� jusques au bout qu'ilz eussent ouy, & que autre passaige n'y avoit que par bateaulx. Et voyant leur dire & qu'ilz affermoient n'y avoir autre passaige, ne voulut ledict cappitaine passer oultre jusques a avoir veu le reste de ladicte terre & coste devers le Nort, qu'il avoit obmis de veoir depuis la Baye saint Laurens pour aller veoir la terre du Su pour veoir s'il y avoit aucun passaige.
Comment nostre cappitaine feist retourner les navires en arriere, jusques a avoir congnoissance de la Baye sainct Laurens pour veoir s'il y avoit aucun passaige vers le Nort.
e mercredy 18e jour d'Aoust, nostre
cappitaine feist retourner ses navires
en arriere, & mestre le cap �
l'autre bort. Et rangeasmes ladicte coste
du Nort qui gist Nordest & Sur Ornaist
faisant ung demy arc, qui est une terre fort
[Page 10]
haulte non tant comme celle de Su: Et arrivasmes
le jeudy ensuyvant � sept ysles fort
haultes: lesquelles nous nommasmes les ysles
Rondes, qui sont � environ quarante lieues
des terres du Su, & s'avancent hors � la mer
trois ou quatre lieues, le travers desquelles
y a ung commencement de basses terres plaines
de beaux arbres; lesquelles terres nous rengeasmes
le vendredi avec nos barques, le travers
desquelles y a plusieurs bancqs de sablon
� plus de deux lieues � la mer, fort dangereux,
lesquelz descuevrent de basse mer, & au bout
d'icelles basses terres qui contiennent environ
dix lieues, y a une riviere d'eaue doulce,
sortant � la mer, tellement que � plus d'une
lieue d'elle est aussi doulce que eaue de fontaine.
Nous entrasmes en ladicte riviere avecq noz
barques, & ne trouvasmes � l'entree d'icelle
que brasse & demye. Il y a dedans ladicte riviere
plusieurs poissons, qui ont forme de
chevaulx, lesquels vont � la terre de nuict, &
de jour � la mer, ainsi qu'il nous feut dict
par nos deux sauvaiges: Et de ces dictz poissons
veismes grand nombre dedans la dicte
riviere.
Le lendemain 2le jour dudict moys au matin � l'aube du jour feismes voylle & feismes porter le long de la dicte coste, tant que nous eusmes congnoissance de la reste de la dicte coste du Nort, que n'avions veu, & de l'ysle de l'Assumption, que nous avions est� querir au partir de la dicte terre: & lors que nous feusmes certains que ladicte coste estoit rengee, et qu'il n'y avoit nul passaige, retournasmes � nos navires qui estoient esdictz sept ysles o� il y a bonne radde � dix huict & vingt brasses de sablon: auquel lieu avons est� sans pouoir sortir n'y faire voylle pour la cause des bruynnes & ventz contraires qui faisoient jusques au xxiiii� jour dudict moys que sommes arrivez � ung hable de la coste du Su, qui est � environ quatre vingt lieues des dictz sept ysles, qui est le travers de trois ysles plattes, qui sont par le parmy du fleuve. Et environ le my chemin des dictes ysles & ledict hable devers le Nort, y a une fort grande riviere, qui est entre les haultes & basses terres, qui faict plusieurs bancqs � la mer � plus de trois lieues, qui est ung pais fort dangereux & sont de deux brasses & moins, & � la creste de iceulz bancqs trouverez xxv & xxx brasses bort � bort, toute icelle coste du Nort, gist, Nort, Nordest, & Su sur Onaist.
Le hable devantdict ou posasmes qui est � la terre du Su, est hable de marie & de peu de valleur, nous les nommasmes les Ysleaux [Page 11] sainct Jehan, parce que nous y entrasmes le jour de la decollation dudict faict, Et au paravant que arriver audit hable, y a une ysle � Best d'icelluy environ cinq lieues, ou il n'y � point de passaige entre terre & elle que par bateaux; le dict hable des ysleaux sainct Jehan asseche toutes les marees, & y maryne l'eaue de deux brasses: Le meilleur lieu � mettre navires est vers le Su d'ung petit yslot qui est au parmy du dict hable bort au dict yslot.
Nous appareillasmes du dict hable le premier jour de septembre pour aller vers Canada, & environ quinze lieues du dict hable � l'Onaist, Sur, Onaist y a trois ysles au parmy du fleuve, le travers desquelles y a une riviere fort perfonde & courante, qui est la riviere & chemin du royaulme & terre de Saguenay, ainsi que nous a est� dict par nos deux sauvages du pais de Canada. Et est icelle riviere entre haultes montaignes de pierre nue, sans y avoir que peu de terre, & nonobstant y croist grand quantit� d'arbres & de plusieurs sortes qui croissent sur la dicte pierre nue comme sur bonne terre, de sorte qui y avons veu arbre suffisant � master navire de trente tonneaulx, aussi vert qu'il soit possible de veoir lequel estoit sur ung rocq sans y avoir aucune faveur de terre, � l'entr�e d'icelle riviere trouvasmes quatre barques des sauvages, les quelz venoient vers nous en grand peur & craincte, de sorte qu'il en recueillit une, & lautre approcha pres qu'ilz peurent entendre l'un de nos sauvages, qui se nomma & feist sa congnoissance, & les feist venir seurement.
Le lendemain deuxiesme jour du dict septembre, resortismes hors de la dicte riviere pour faire le chemin vers Canada, & trouvasmes la mares fort courante & dangereuse, parce que devers le Su de la dicte riviere y a deux ysles, & l'entour desquelles, � plus de trois lieues n'y a que deux brasses semees de gros perrons, comme tonneaulz & pippes, & les marees de ce puantes par entre lesdictes ysles, de sorte que cuydasmes y perdre nostre gallyon, sinon le secours de noz barques & � la creste des dictz plateys, y a de perfond trente brasses & plus. Passe ladicte riviere du Saguenay & les dictes ysles, environ cinq lieues vers le Sur Onaist, y a une autre ysle vers le Nort, de laquelle y a de fort haultes terres le travers desquelles cuydasmes poser l'ancre pour estaller l'obbe, & ny peusmes trouver le fonds � six vingtz brasses a ung traict d'arc de terre, de sorte que feusmes contrainctz retourner vers la dicte ysle, ou passames [Page 12] � trente cinq brasses, & beau fondz.
Le lendemain matin feismes voylle, & appareillasmes pour passer oultre, & eusmes congnoissance d'une sorte de poissons, desquelz il n'est memoire d'homme avoir veu n'y ouy: Les dictz poissons sont aussi gros comme marsouyns sans avoir aucun estre, & sont assez faictz par le corps & teste de la facon d'ung levrier, aussi blancs que neige, sans avoir aucune tache: & en y a fort grand nombre dedans la dicte riviere qui vivent entre la mer & l'eaue doulce: Les gens du pais les nomment Adhothuys: & nous ont dict qu'ilz sont fors bons � menger, & nous ont affirm� n'y en avoir en tout le dict fleuve qu'en cet endroit.
Le sixiesme jour dudict moys avec bon vent feismes courir � mont le dict fleuve environ quinze lieues, & vinsmes poser � une ysle qui est bort � la terre du Nort, qui faict une petite baye & couche de terre: � laquelle y a ung nombre inestimable de grandes tortues, qui sont es environs d'icelle ysle, Pareillement par iceulz du pais, se faist es environs de la dicte ysle grand pescherie de Adhothuys. Il y a aussi grant courant es environs de ladicte ysle comme devant Bordeaux de flo, & ebbe. Icelle ysle contient environ trois lieues de long & deux de large: & est une moult bonne terre & grasse, plaine de beaulx & grandz arbres de plusieurs sortes: & entre autres y a plusieurs couldres franches que trouvasmes fort chargees de noisilles aussi grosses & de meilleur saveur que les nostres, mais ung peu plus dures. Et parce la nommasmes l'ysle es Couldres.
Le septiesme jour dudict moys jour nostredame, apres avoir ouy la messe, nous partismes de ladicte ysle pour aller � mont ledict fleuve, & vinsmes � quatorze ysles qui estoient distantes de ladicte ysle es couldres de sept � huict lieues, qui est le commencement de la terre & province de Canada: desquelles en y a une grande qui a environ dix lieues de long & cinq de large, en laquelle y a gens demourrans qui font grand pescherie de tous les poissons qui sont dedans le dict fleuve selon leur saison. Nous estans posez & a l'encre entre icelle grande ysle, & la terre du Nort, alasmes � terre & portasmes les deux sauvaiges que avions prins le precedent voyage:
Et trouvasmes plusieurs gens du pays, lesquelz commencerent � fuyr, & ne vouloient aprocher jusques ad ce que nosdictz deux hommes commencerent � parler, & leur dire qu'ilz, estoient Taignoagny & dom Agaya. Et lors [Page 13] qu'ilz eurent congnoissance d'eulx commencerent a demener joye danfans & faisans plusieurs cerimonies; & vindrent parler des principaulz � noz basteaux, lesquelz nous apportoient force anguilles, & aultres poissons, avec deux ou trois charges de gros mil qui est le pain de quoy ilz vivent en la dicte terre, & plusieurs gros melons. Et icelle journ�e vindrent � nos navires plusieurs barques du pays charg�es de gens tant hommes que femmes pour veoir & faire chaire � nos dictz deux hommes, les quelz feurent tous bien receuz par nostre cappitaine, qui les festoya de ce qu'il peust, & pour faire sa congnoissance leur donna aucuns petis presens de peu de valleur, de quoy se contenterent fort.
Le lendemain le seigneur de Canada nomm� Donnacona en nom, & l'appellent pour seigneur Agouhanna, vint avecques douze barques accompaign� de plusieurs gens davant noz navires. Puis enfeist retirer arriere dix, & vint seulement avec deux � bort desdictz navires, accompaign� de seize hommes, & commenca ledict Agouhanna le travers du plus petit de noz trois navires a faire une predication & preschement � leur mode, en demenant son corps & membres d'une merveilleuse sorte, qui este une cerimonie de joye & asseurance, Et lors qu'il fut arriv� � la nef generalle ou estoient les dictz Taignoagny & son compaignon, parla le dict seigneur � eulx, & eulx � luy, & luy commencerent a compter ce qu'ilz avoient veu en France, & le bon traictement qu'il leur avoit est� faict, dequoy tut fort joyeulx, & pria nostre cappitaine luy bailler ses bras pour les baiser & accoller qui est leur mode de faire chere en ladicte terre. Lors nostre cappitaine entra en la dicte barque du dict Agouhanna, & commanda apporter pain & vin pour faire boire & menger ledict seigneur & sa bande, ce qui fut faict, dequoy furent fort contens. Et pour lors ne fut aultre present faict audict seigneur attendant lieu & temps. Apres lesquelles choses ainsi faictes, se departirent les ungs des aultres, & prindrent cong�, & se retira le dict Agouhanna en ses barques pour se retirer & aller en son lieu. Et feist le dict cappitaine apprester ses barques pour passer oultre, & aller avant le dict fleuve avec le flo, pour cercher hable & lieu de sauvet� pour mettre les navires, & feusmes oultre le dict fleuve environ dix lieues coustoyant la dicte ysle. Et au bort d'icelles trouvasmes ung asseurg d'eaulx fort beau & plaisant. Au quel lieu y a une petitie riviere & hable de [Page 14] barre marinant de deux � trois brasses, que trouvasmes lieu � nous propice pour mettre nosdictes navires � sauvet�. Nous nommasmes le dict lieu saincte Croix, par ce que le dict jour y arrivasmes. Aupres d'iceluy lieu y a ung peuple, dont est seigneur le dict Donnacona, & y est la demeurance qui se nomme Stadacone, qui est aussi bonne terre qu'il soit possible de veoir & bien fructiferente, pleine de fort beaulx arbres de la nature & sorte de France. Comme chesnes, ormes, fresnes, noyers, yfz, cedres, vignes, aubespines, qui portent le fruict aussi gros que prunes de damas, & aultres arbres: soubz les quels croist de aussi beau chanvre que celuy de France, qui vient sans semence ny labour. Apres avoir visite ledict lieu, & trouv� estre convenable, se retira ledict cappitaine, & les aultres dedans les barques pour retourner es navires. Et ainsi que sortismes hors de la dicte riviere trouvasmes au devant de nous l'ung des seigneurs dudict peuple de Stadacone accompaign� de plusieurs gens tant hommes, femmes que enfans: lequel seigneur commenca a faire ung preschement � la facon & mode du pays, qui est de joye & asseurance, & les femmes dansoient & chantoient sans cesse estans en l'eaue jusques es genoulx, Nostre cappitaine voyant leur bonne amour & bon vouloir, feist approcher la barque ou il estoit, & leur donna des couteaulx, & petites patenostres de voirre, de quoy menerent une merveilleuse joye, de sorte que nous estans departis d'avec eulx distant d'une lieue ou environ, les oyons chanter, danser, & mener joye de nostre benne.
Comme nostre cappitaine retourna es navires & alla veoir l'ysle, la grandeur & nature d'icelle, & comme il feist mener les dict navires � la riviere saincte Croix.
pres que nous feusmes arrivez avec
noz barques ausdictz navires
& retournez de la rivyere saincte
Croix, le cappitaine commanda apprester
lesdictes barques pour aller
� terre � la dicte ysle veoir les arbres qui
sembloient fort beaulx a veoir, & la nature
de la terre d'icelle ysle. Ce que fut faict, &
nous estans � ladicte ysle la trouvasmes plaine
de fors beaulx arbres de la sorte des nostres.
Et pareillement y trouvasmes force vignes,
ce que n'avyons veu par cy devant �
toute la terre, & par ce la nommasmes l'ysle
[Page 15]
de Bacchus. Icelle ysle tient de longueur environ
douze lieues, & est fort belle terre a veoir,
mais est plaine de boys sans y avoir aucun
labouraige, fors qu'il y a aucunes petites maisons
ou ilz font pescherie, comme par cy devant
est faicte mention.
Le lendemain partismes avec nosdictz navires pour les mener audict lieu de saincte Croix, & y arrivasmes le 14 dudict moys. Et vindrent au devant de nous le lesdictz Donnacona Taignoagny & Dom agaya avec vingt cinq barques chargez de gens qui venoient dudict lieu dont estions partis, & alloient audict Stadacone ou est leur demourance, & vindrent tous a noz navires faisans plusieurs signes de joye, fors noz deux hommes que avions apportez, Scavoir Thaignoagny & Dom agaya, lesquelz estoient tous changez de propos, & de couraiges, & ne vouloient entrer dedens nos dictz navires, nonobstant qu'ilz en feussent plusieurs fois priez: dequoy eusmes aucune deffiance d'eulx. Le cappitaine leur demanda s'ilz vouloient aller comme ilz luy avoient promis avec lui � Hochelaga, & ilz respondirent que oy: & qu'ilz estoient deliberez y aller: lors chascun se retira.
Le lendemain 15, ledict cappitaine feust � terre avec plusieurs pour faire planter ballises & merches pour plus seurement mettre les navires � sauvet�. Auquel lieu se rendirent au-devant de nous plusieurs gens du pays & entre aultre le dict Donnacona noz deux hommes & leur bande, lesquelz se tindrent apart soubz une poincte de terre qui est sur le bort d'ung fleuve, sans ce que aucun d'eulx vint environ nous, comme les aultres qui n'estoient de leur bande faisoient. Apres que le cappitaine fut adverty qu'ilz y estoient, commanda � partie de ses gens aller avecques luy, & furent vers eulx soubz ladicte pointe, & trouverent les dictz Donnacona, Taignoagny, Dom agaya & plusieurs aultres: & apres se estre entre saluez, se avanca ledict Taignoagny de parler, & dit � nostre cappitaine que ledict seigneur Donnacona estoit marry, dont ledict cappitaine & ses gens portoient tant de batons de guerre, par ce que de leur part n'en portoient nulz. A quoy leur respondist ledict cappitaine que pour leur marrisson ne laisserons a les porter, & que c'estoit la coustume de France, & qu'il le scavoit bien, mais pour toutes leurs parolles ne laisserent le dict cappitaine & Donnacona a faire grand chere ensemble. Lors aperceusmes que ce que disoit le Taignoagny ne venoit que de luy & son compaignon. Et avant de partir dudict lieu, lesdictz [Page 16] Donnacona & cappitaine feirent une asseurance de sorte merveilleuse, car tout le peuple dudict seigneur Donnacona gecterent & feirent trois cris � plaine voix, que cestoit chose horrible a ouyr, & a tant prindrent congi� les ungs des aultres, & nous retirasmes � bort pour celuy jour, & le lendemain 16, dudict moys nous meismes les deux plus grandz navires dedens ledict hable & riviere, ou il y a de plaine mer trois brasses & de bas d'eaue demy brasse, & fut laiss� le gallyon dedens la radde pour mener au dict Hochelaga. Et tout incontinent que lesdictes navires furent audict hable & asseur, se trouverent devant les dictes navires Donnacona, Taignoagny, Domagaya, & plus de cinq cens personnes hommes, femmes, que petis enfans, et entra ledict seigneur avec dix ou douze des plus grandz personnaiges du pays, lesquelz furent par ledict cappitaine & autres festoyes, & leur fut donn� aucuns petis presens, & fut par Taignoagny dict � nostre cappitaine, que ledict seigneur estoit marry dont il alloit � Hochelaga, & que ledict seigneur ne vouloit que luy que ploit y allast par ce que la riviere ne valloit riens, & leur fust respondu par ledict cappitaine que pour tout ce ne laisseroit y aller s'il luy estoit possible; par ce qu'il avoit commandement du roy son maistre de aller le plus avant qu'il pourroit: mais si le dict Taignoagny y voulant aller comme il avoit promis, qu'on luy feroit present, dequoy il seroit content & grand chere, & qu'ilz ne feroient que aller & venir seulement audict Hochelaga, puis retourner. A quoy respondist le dit Taignoagny, qu'il n'y yroit point. Lors se retirerent a leurs maisons. Et le lendemain, l7 dudict moys, le dict Donnacona & les aultres revindrent comme devant, & apporterent force anguilles & aultres poissons, dequoy se faict grand pescherie audict fleuve, comme sera cy apres dict. Lors qu'ilz furent arrivez devant lesdictes navires, commencerent a chanter & danser comme avoient de coustume. Et apres qu'ilz eurent ce faict, feict ledict Donnacona mettre tous ses gens d'ung cost�, & feist ung cerne sur le sable, & y feist mettre nostre cappitaine & ses gens: & lors commenca une harengue, tenant une fille d'environ l'aage de dix � douze ans en l'une de ses mains, puis la vint presenter � nostre cappitaine, & tout incontinent tous les gens dudict seigneur se prindrent a faire trois criz & hurlemens en signe de joye & alliance. Puis de rechef presenta deux petis garsons de moindre aage l'un apres l'aultre, desquelz feirent telz criz & cerimonies que devant. Duquel present ainsi faict par le dict seigneur fut par nostre cappitaine [Page 17] remerci�. Lors Taignoagny dict au cappitaine que la fille estoit la propre fille de la seur dudict seigneur, & l'ung des garsons frere de luy qui parloit, Et qu'on les luy donnoit sur l'intention qu'il n'allast point � Hochelaga. A quoy luy re respondist nostre cappitaine, que si on les luy avoit donnez sur ceste intention, que on les reprint, & que pour riens ne laisseroit y aller par ce qu'il avoit commandement de ce faire. Sur les quelles parolles Dom agaya compaignon dudict Taignoagny, dict audict cappitaine que ledict seigneur luy avoit donn� les dictz enfans par bonne amour, & en signe d'asseurance, & qu'il estoit content aller avec luy audict Hochelaga, de quoy eurent grosses parolles lesdictz Taignoagny & Dom agaya. Lors aperceusmes que ledict Taignoagny ne valloit riens, & qu'il ne songeoit que trahison & malice tant par ce que aultres mauvais tours que luy avions veu faire. Et sur ce ledict cappitaine feist mettre lesdictz enfans dedans les navires, feist apporter deux esp�es, ung grand bassin d'arain plain, & ung ouvr� pour laver mains, & en feist present audict Donnacona, lequel fort s'en contenta & remercia nostre cappitaine, Et commanda ledict Donnacona a tous ses gens chanter & danser, & pria ledict Donnacona nostre cappitaine faire tirer une piece d'artillerie, par ce que lesdictz Taignoagny & Dom agaya lui en avoient faict teste, & aussi que jamais n'en avoient veu, ny ouy. A quoy le cappitaine respondist qu'il le vouloit bien, & commanda que on tirast une douzaine de barges avec leurs boulletz le travers du boys qui estoit jouxte lesdictes navires & gens. Dequoy furent tous si estonnez qu'ilz pensoient que le ciel feust cheu sur eulx, & Ce prindrent a hucher & hurler si tres fort, que sembloit que enfer y feust vuide, & davant qu'ilz se retirassent, le dict Taignoagny feist dire par interpos�s personnes, que les compaignons du gallyon, lequel estoit demour� � la radde, avoient tu� deux de leurs gens de coups d'artillerie: dont tous se retirerent � grand haste, ainsi que si les eussions voulu tuer. Ce que ne se trouva verit�: Car durant ledict jour ne fut dudict gallyon tir� artillerie.
Comment lesdictz Donnacona, Taignoagny, & aultres songerent une finesse, & feirent habiller trois hommes en guise de diables, faignans estre venuz de par Cudriagny leur dieu pour nous empescher d'aller audict Hochelaga. [Page 18]
e lendemain. 18. dudict moys pour
nous cuyder tousjours empescher
d'aller � Hochelaga, songerent une
grand finesse qui feust telle, ilz habillerent
trois hommes en la facon de trois
diables, lesquelz avoient cornes aussi longues
que le bras, & estoient vestus de peaulx de
chien noirs & blancs. Et avoient le visaige painct
aussi noir que charbon, & les feirent mettre
dedans une de leurs barques � nostre non sceu;
& leur bande vint comme ilz avoient de coustume
au prez de noz navires, lesquelz se tindrent
dedans le boys sans apparoistre environ
deux heures, attendant que l'heure & mar�e
fut venue pour l'arriv�e de la dicte barque,
� la quelle heure sortirent tous du boys, &
se presenterent devant lesdictes navires sans eulx
approcher ainsi qu'ilz fouloient faire, & commence
le dict Taignoagny a saluer nostre cappitaine
qui luy demanda s'il vouloit le bateau, lequel
luy respondist que non pour l'heure, mais
que tantost il entreroit dedans lesdictes navires
& incontinent arriva ladicte barque ou estoient
lesdictz trois hommes apparoissant estre trois diables
ayans de grandz cornes sur leurs testes, &
faisait celuy du milieu ung merveilleux sermon
en venant: lesquelz passerent le long de noz navires
avec leur dicte barque, sans aucunement tourner
leur veue vers nous, & allerent assener & donner
en terre avec leur dicte barque, & tout incontinent
ledict seigneur Donnacona & des gens
prindrent ladicte barque & lesditz trois hommes,
lesquelz s'estoient laiss� cheoir au fondz
d'icelle comme gens morts, & porterent le tout
ensemble dedans le boys qui estoit distant d'ung
jet de pierre, & ne demoura une seulle personne
devant nosdictes navires que tous ne se retirassent
dedans ledict boys, & eulx estans audict
boys commencerent une predication & preschement
que nous oyons de noz navires qui dura
environ demye heure. Apres laquelle sortirent
les dictz Taignoagny & Dom agaya marchans
ver nous, ayans les mains joinctes, & leurs
chappeaulx soubz leurs coddes, faisans une
grande admiration. Et commenca le dict Taignoagny
a dire, & proferer par trois Jesus, Jesus,
Jesus levant les yeux vers le ciel, puis Dom
agaya commenca a dire Jesus Maria. Jacques
Cartier regardant vers le ciel comme l'aultre.
Le cappitaine voyant leurs mines & cerimonies,
leur commenca a demander qu'il y avoit,
& que c'estoit que estoit survenu de nouveau,
Lesquelz respondirent qu'il y avoit de piteuses
nouvelles, en disant, nenny, est il bon. Et
ledict cappitaine leur demanda de rechef que
c'estoit: & ilz repondirent, que leur dieu nomm�
[Page 19]
Cudragny avoit parl� � Hochelaga, &
que les trois hommes devant dictz estoient venus
de par luy leur annoncer les nouvelles,
qu'il y avoit tant de glaces & de neiges qu'ilz
mouroient tous. Desquelles parolles nous
prinsmes tous a rire, & leur dire que leur dieu
Cudragny n'estoit que ung sot, & qu'il ne scavoit
qu'il disoit, & qu'ilz le disent � ses messagiers,
& que Jesus les garderoit bien de froid
s'ilz luy vouloient croire. Lors dedict Taignoagny
& son compaignon, demanderent audict
cappitaine s'il avoit parl� � Jesus, & il respondist
que ses prebstres y avoient parl�, & qu'il
feroit beau temps. Desquelles parolles remercierent
le dict cappitaine, & se retirent
dedans le boys dire les nouvelles aux aultres,
qui sortirent dudict boys tout incontinent
faignans estre joyeulx desdictes parolles par
ledict cappitaine ainsi dictes. Et pour monstrer
qu'ilz en estoient joyeulx, tous incontinent
qu'ilz furent devant les navires commencerent
d'une commune voix a faire trois
criz & hurlemens, qui est leur signe de joye,
& se prindrent a danser & chanter, comme
avoient de coustume: mais pour resolution
lesdictz Taignoagny & Dom agaya dirent �
nostre dict cappitaine, que le dict seigneur
Donnacona ne vouloit point que nul d'eulx
allast � Hochelaga avec luy, S'il ne bailloit plege
qui demourast � terre avec ledict Donnacona.
Le cappitaine leur respondist que s'ilz
n'estoient deliberez y aller de bon couraige
qu'ilz demourassent, & que par eulx ne laisseroit
mettre paine y aller.
Comment nostre cappitaine & tous les gentilz hommes avec cinquante hommes mariniers partirent de la province de Canada avec le gallyon, & les deux barques, pour aller � Hochelaga, & de ce que fut veu entre deux sur ledict fleuve.
e lendemain, 19e jour dudict moys
de Septembre, nous appareillasmes
& feismes voylle avec le dict gallyon
& les deux barques, pour aller avec la
mar�e amont ledict fleuve, ou trouvasmes �
veoir des deux costez d'icelluy les plus belles
& meilleures terres, qu'il soit possible de
veoir. Aussi vives que l'eaue plaine des
beaulx arbres du monde: & tant de vignes
chargez de raisins le long dudict fleuve, qu'il
semble mieulx qu'elles ayent est� plantez de
main d'homme que aultrement: mais par ce
qu'elles ne sont cultivez ne taillez, ne sont
[Page 20]
les raisins si groz & si doulx que les nostres:
pareillement trouvasmes beaucoup de maisons
sur ledict fleuve, le lesquelles sont habitees
de gens qui font grande pescherie de tous poissons:
lesquelles gens venoient � noz navires
d'aussi grand amour & privaulte, que si eussions
est� du pays, Nous apportant force poisson,
& de ce qu'ilz avoient pour avoir de nostre
marchandise tendans les mains au ciel, &
faisans plusieurs signes de joye. Et nous estans
posez environ ving cinq lieues de Canada
en ung lieu nomm� Ochelay, qui est ung
destroict dudict fleuve fort courant & dangereux,
tant de pierres que d'aultres choses
vindrent plusieurs barques � bort, Et
entre aultres, y vint ung grand seigneur du
pays, lequel faisoit un grand sermon en venant
& arrivant � bort, monstrant par signes
evidens avec les mains & aultres cerimonies,
que le dict fleuve estoit ung peu
plus avant fort dangereux, nous advertissant
de nous en donner garde. Et presenta
celuy seigneur au cappitaine deux de ses
enfans, desquelz le cappitaine print une fille
de l'aage d'environ sept a huit ans, & reffusant
ung garson de deux ou trois ans, par ce qu'il
estoit trop petit, Le dict cappitaine festoya le
dict seigneur & sa bande de ce qu'il peust, & luy
donna aucun petit pr�sent: puis s'en allerent
� terre. Et depuis sont venus celuy seigneur
& sa femme veoir leur fille jusques � Canada
& apporter aucun present au cappitaine,
Depuis le 19e jour jusques au 28, dudict moys
nous avons est� navigans a mont ledict fleuve
sans perdre heure ny jour, durand lequel
temps avons veu & trouv� d'aussi beau pays
& terres aussi unyes que l'on scauroit desirer,
plaine comme dict est des beaulx arbres
du monde, scavoir chesnes, hormes, noyers,
cedres, pruches, fresnes, briez, sandres, oziers,
& force vignes. Lesquelles avoient si grand
habondance de raisins, que les compaignons
en venoient chargez � bort. Il y a seulement
force grues, signes, oultardes, oyes, cannes, allouettes,
faisans, perdrix, merles, mauvis, teurtres,
chardonnereulx, serins, roussignolz, passes
solitaires, & aultres oyseaulx, comme en
France, & en grand habondance.
Ledict 18e jour de septembre nous arrivasmes en ung grand lac & playne dudict fleuve, large d'environ cinq ou six lieues, & douze de long, Et navigasmes celluy jour amont sans y trouver partout icelluy que deux brasses de parfond esgallement sans haulser ny baisser. Et nous arrivans a l'ung des boutz dudict lac, ne nous apparoissoit aucun passaige [Page 21] n'y sortye: Ains sembloit icelluy estre tout cloz sans aucune riviere, & ne trouvasmes audict bout que brasse & demie, dont nous convint poser & mettre l'ancre hors, & aller chercher passage avec les barques: & trouvasmes qu'il y a quatre ou cinq rivieres toutes sortantes dudict fleuve en icelluy lac, & venant dudict Hochelaga: mais en icelluy ainsi sortantes, y a barres & traverses faictes par le cours de l'eaue, ou il n'y avoit pour lors que une brasse: Et lesdictes barres passees y a quatre ou cinq brasses, qui estoit le temps des plus petites eaues de lann�e, ainsi que nous vinsmes par les flotz des dictes eaues qu'elles croissent de plus de trois brasses de pic, toutes icelles rivieres circuysent & environnent cinq ou six belles ysles, qui sont le bout dudict lac: puis se rassemblent environ quinze lieues � mond toutes en une. Celuy jour feusmes � l'une d'icelles, ou trouvasmes cinq hommes qui prenoient des bestes sauvaiges: lesquels vindrent aussi privement � noz barques, que s'ilz nous eussent veu toute leur vie sans avoir peur ne craincte, & nosdictes barques arrivez � terre, l'un d'iceulx hommes print nostre cappitaine entre ses bras, & le porta � terre aussy legierement que sy feust est� ung enfant de cinq ans, tant estoit icelluy homme grand & fort. Nous leur trouvasmes ung grand mouceau de raz sauvaiges: lesquelz vivent en l'aue, & sont gros comme connyns, & bons � merveilles. Desquelz feirent present � nostre cappitaine, qui leur donna des couteaulx, & patenostres pour recompence. Nous leur demandasmes par signe, si c'estoit le chemin de Hochelaga: Ilz nous monstrerent que ouy, & qu'il y avoit encores trois journees � y aller.
Comment le cappitaine feist accoustrer les barques pour aller audict Hochelaga, & laisserent le gallyon pour la difficult� du passaige: & comment nous arrivasmes audit Hochelaga, & le racueil que le peuple nous feist � nostre arriv�e.
e lendemain nostre cappitaine
voyant qu'il n'estoit possible
povoyr pour lors passer le dict
gallyon, feist advictailler & accoustrer
les barques, & mettre
victuailles pour le plus de temps qu'il feust
possible, & que lesdictes barques en peurent
accueillir, & se partit avecques icelle accompaign�
des gentilz hommes: scavoir Claude
[Page 22]
du pont grand echanson de monseigneur le
Dauphin. Charles de la Pommeraye, Jehan
gouion, Jehan poullet, avec vingt huict marinyers,
y comprins Mace jallobert & Guillaume
le breton, ayans la charge soubz le cappitaine
des deux autres navires, pour aller amond
ledict fleuve, au plus loing qu'il nous
seroit possible. Et navigasmes de temps � gr�
jusques au dixneufiesme jour d'Octobre, que
nous arrivasmes audict Hochelaga, qui est distant
d'ou estoit demour� ledict gallyon, de
quarante cinq lieues. Auquel & chemin faisant
trouvasmes plusieurs gens du pays, lesquelz
nous apportoient du poisson & aultres
victuailles, dansans & menans grand joye
de nostre venue. Et pour les atraire & tenir
en amyti� avec nous, leur donnait ledict cappitaine
pour recompence, des couteaulx,
patenostres & aures menues choses, dequoy
estoient fort contens. Et nous arrivez audict
Hochelaga, Se rendirent au devant de nous
plus de mil personnes, tant hommes femmes
que enfans; Lesquelz nous feirent aussy bon
racueil, que jamais pere feist � enfant, menant
joye merveilleuse: Car les hommes en
une bande dansoyent. Les femmes d'aultre
& les enfans de l'autre: & apres ce nous
apporterent force poisson, & de leur pain
faict de gros mil, qui gettoient dedans nosdictes
barques, en force qu'il sembloit qu'il tumbast
de l'aer, voyant ce, nostre dict cappitaine descendit
� terre avec plusieurs de ses gens. Et si tost
qu'il fut descendu, se assemblerent tous
sur luy, & sur tous les autres, en faisant une
chaire inestimable; Et apportoient leurs enfans
� brasees pour les faire toucher audict
cappitaine & autres, faisant une feste, qui dura
plus de demye heure, Et voyant nostre cappitaine
leur largesse & bon recueil, feist asseoir
& renger toutes les femmes, & leur donna
des petites patenostres d'estain & aultres
menues choses: & � partye des hommes des
cousteaulx, puis se retira � bort des barques
pour souper & passer la nuict: durant laquelle
demoura icelluy peuple sur le bort dudict
fleuve a plus pres desdictes barques, faisant
toute nuict plusieurs feux & danses, en disant
� toutes heures Aguyaze, qui est leur dire
de salut & joye.
[Page 23]
Comment le cappitaine & les gentilz hommes avec vingt cinq hommes bien armez & en bon ordre, allerent en la ville de Hochelaga & la situacion dudict lieu.
e lendemain au plus matin le cappitaine
s'acoustra & feist mettre
ses gens en ordre pour aller
veoir la ville & demourant dudict
peuple, & une montaigne
qui est jacente en leur dicte ville: ou allerent
avec le dict cappitaine les gentilz hommes &
vingt marinyers, & laissa le parsus pour la
garde des barques, & print trois hommes de
la dicte ville de Hochelaga pour les mener &
conduyre audict lieu, & nous estans en chemin,
le trouvasmes aussi battu qu'il soit possible,
& plus belle terre & meilleure qu'on
scaurait veoir, toute plaine de chesnes aussy
beaulx qu'il ayt en forest de France: Soubz
lesquelz estoit toute le terre couverte de glan.
Et nous ayans march� environ lieue & demye
trouvasmes sur le chemin, l'un des principaulx
seigneurs de la dicte ville, accompaign�
de plusieurs personnes: lequel nous feist
signe qu'il se falloit reposer audict lieu pres
ung feu qu'ilz avoient faict audict chemin.
Ce que feismes, lors commenca ledict seigneur
� faire ung sermon & preschement, comme
cy devant est dict estre leur coustume de
faire joye & congnoissance, en faisant celluy
seigneur chere audict cappitaine & la compaignie,
lequel cappitaine luy donna une couple
de haches, & une couple de cousteaulx, avec
une croix, qu'il luy feist baiser, & la luy
pendit au col: de quoy rendit graces audict
cappitaine. Ce faict marchasmes plus oultre:
& environ demye lieue de l�, commencasmes
� trouver les terres labour�es & belles grandes
champaignes plaines de bledz de leur terre,
qui est comme mil de bresil, aussy gros ou
plus que poix, dequoy vivent ainsi, comme
nous faisons de fourment: & au parmy d'icelles
champaignes est situee la ville de Hochelaga,
pres & joignant une montaigne qui
est � lentour d'icelle, labour�e & fort fertile:
de dessus laquelle on veoit fort loing. Nous nommasmes
la dicte montaigne le mont Royal.
La dicte ville est toute ronde, & close de boys
� trois rencqs, en facon d'une piramide, crois�e
par le hault, ayant la reng�e du parmy en
facon de ligne perpendiculaire: puis reng�e
de boys couchez de long, bien joinctz & cousus
� leur mode: Et est de haulteurs environ
deux lances, n'y a en icelle ville que une porte
& entr�e, qui ferme � barres. Sur laquelle &
[Page 24]
en plusieurs endroictz de ladicte closture, y a
manieres de galleries, & eschelles � y monter
qui sont garnis de roches & chaillouz. Pour
la garde & deffence d'icelle, il y a dedans icelle
ville, environ cinquante maisons longues
d'environ cinquante pas ou plus chascune,
& douze ou quinze pas de larges, & toutes faictes
de boys couvertes & garnyes de grandes
escorces & pelleures desdictz boys aussy large
que tables, bien cousus artificiellement selon leur
mode: & par dedans icelles y a plusieurs estres
& chambres: Et au meilleu d'icelles maisons
y a une grande place par terre ou font leur feu,
y vivent en communault�, puis se retirent en
leur dictes chambres les hommes avecques
leurs femmes & enfans. Pareillement ilz ont
grenyers au hault de leurs maisons, ou ilz
mettent leur bled dequoy font leur pain,
qu'ilz appellent Carraconny, Et le font en la
sorte cy apres: Ilz ont des pilles de boys comme
a piller chanure, & bastent avec pillons
de boys le dict bled en pouldre, puis le massent
en paste, & en font tourteaulx qu'ilz
metent sur une pierre large qui est chaulde,
puis le couvrent de cailloudz chauldz. Et ainsi
cuysent leur pain en lieu de four. Ilz fond pareillement
force potaiges dudict bled & de febves
et poix, desquelz ilz ont assez & aussy
grosses concombres & aultres fruictz. Ilz ont
de grandz vaisseaulx comme thonnes en leurs
maisons ou ilz mettent leur poisson, lequel
ilz sechent � la fum�e durant l'est� & en vivent
l'yver: Et de ce font grant amas comme
avons veu par experience. Tout leur vivre est
sans aucun goust de sel: Et couchent sur escorces
de boys estandues sur la terre avec meschantes
peaulx de bestes sauvaiges, dequoy
font leur vestement & couverture. La plus precieuse
chose qu'ilz ayent en ce monde, est Esurgny,
lequel est blanc comme neif, & le prennent
audit fleuve en cornibotz en la maniere
qui ensuyt. Quand ung homme a desservi
mort, ou qu'ilz ont prins aucuns ennemys
� la guerre ilz le tuent, puis l'incisent par les
fessens, cuysses, & espaulles � grandes taillades
puis au lieu ou est ledict Esurgny, avallent
ledict corps au fond de l'eaue & le laissent dix
ou douze heures, puis le retirent � mont &
treuvent dedans lesdictes taillades & inciseures
lesdictz cornibotz, desquelz ilz font manieres
de patenostre, & de ce usent comme nous
faisons d'or & d'argent, & le tiennent la plus
precieuse chose du monde. Il a vertu d'estancher
le sang des nazilles: car nous l'avons experiment�.
Tout cedict peuple ne s'adonne
que � labourage & pescherie pour vivre: Car
[Page 25]
des biens de ce monde n'en font compte, parce
qu'ilz n'en ont congnoissance, & qu'ilz ne
bougent de leur pais, & ne sont ambulataires
comme ceulx de Canada, & du Saguenay, nonobstant
que lesdictz Canadiens leur soyent
subgectz avec huict ou neuf autres peuples,
qui sont sur ledict fleuve.
Comment nous arrivasmes � ladicte ville, & de la reception que nous y fut faicte, & comme le cappitaine leur feist des presens: & aultres choses comme sera veu en ce chapitre.
pres que feusmes arrivez au pres
d'icelle ville, se rendirent au devant
de nous grand nombre des
habitans d'icelle, qui � leur facon
de faire nous feirent bon racueil:
& par noz guydes & conducteurs feusmes
menez au meilleu d'icelle ville, ou il y a une
place entre les maisons, spacieuse d'ung gect
de pierre en carr� ou environ: lesquelz nous
feirent signe que nous arrestions audict lieu.
Et tout soudain s'assemblerent les filles et femmes
de ladicte ville, dont l'une partye estoient
chargez d'enfans entre les bras, & qui nous
vindrent frotter le visaige, bras & autres endroictz
de dessus le corps ou ilz pouvoient
toucher, pleurant de joye de nous veoir, en
nous faisant le meilleure chere qu'il leur estoit
possible, nous faisans signes qu'il nous
pleust toucher � leursdictz enfans. Apres lesquelles
choses les hommes feirent retirer les
femmes & se assirent sur la terre � lentour de
nous, comme sy eussions voulu jouer un
mystere. Et tout soudain revindrent plusieurs
femmes, qui apporterent chascun une natte
carr�e en fa�on de tapisserie: Et les estendirent
sur la terre au milleu de ladicte place, &
nous feirent mettre sur icelles, Apres lesquelles
choses ainsy faictes, fut apport�e par neuf
ou dix hommes le Roy et seigneur du pays
qu'ils appellent en leur langaige Agouhanna,
lequel estoit assis sur une grande peau de
Cerf, & le vindrent poser dedans ladicte place
sur lesdictes nattes au pres de nostre cappitaine,
nous faisant signe que cestoit leur
Roy & seigneur. Cestuy Agouhanna estoit de
l'aage environ cinquante ans, & estoit point
myeulx accoustr� que les aultres, fors qu'il
avoit � lencontre de sa teste, une maniere de
lysiere rouge pour sa couronne, faicte de poil
de Herissons. Et estoit celluy seigneur tout
percluz de ses membres. Apres qu'ilz eust faict
son signe de salut audict cappitaine & � ses
gens, leurs faisant signes evidens, qu'ilz feussent
[Page 26]
les tres bien venuz: Il montra ses bras
& jambes audict cappitaine, luy faisant signe
qu'il luy pleust les toucher: lequel cappitaine
les frota avecques les mains. Et lors ledict
Agouhanna print la lysiere & couronne
qu'il avoit sur sa teste, & la donna a nostre
cappitaine. Et tout incontinent furent amenez
audict cappitaine plusieurs malades, comme
aveugles, borgnes, boisteulx, impotens, &
gens sy tresvieulx, que les paupieres des yeulx
leur pendoyent jusques sur les joues: les seant
& couchant au pres de nostre dict cappitaine,
pour les toucher: Tellement qu'il sembloit
que Dieu feust la descendu pour les
guerir.
Notre dict cappitaine voyant la piti� & foy de cedict peuple, dist l'evangile Sainct Jehan: scavoir l'imprincipio, faisant le signe de la croix sur les povres malades, priant Dieu qu'il leur donnast congnoissance de nostre saincte foy, & grace de recouvrer chrestient� & baptesme. Puis le dict cappitaine print une paires d'heures & tout haultement leut de mot � mot la passion de nostre seigneur. Sy que tous les assistans le peurent ouyr, ou tout ce pauvre peuple feirent une grand silence & feurent merveilleusement bien entendibles, regardans le ciel & faisans pareilles cerimonyes qu'ilz nous veoient faire. Apres laquelle feist le cappitaine renger tous les hommes d'ung coste, les femmes d'ung autre, & les enfans d'aultre, & donna aux principaulx des hachotz, es aultres des couteaulx & es femmes des patenostres, & autres menues besongnes puis gecta parmy la place entre les petis enfans des petites bagues, & agnus dei d'estain, dequoy menerent une merveilleuse joye. Ce faict ledict cappitaine commanda sonner les trompettes & aultres instrumens de musique: desquelz ledict peuple fut fort resjouy. Apres lesquelles choses nous prinsmes congi� d'eulx & nous retirasmes, voyant ce les femmes se mirent au devant de nous pour nous arrester, & nous apportoient de leurs vivres, qu'ilz nous avoient apprestez, Comme poisson, potages, febves & autres choses pour nous cuyder faire repaistre & disner audict lieu; & pource que leurs vivres n'estoient � nostre goust, & qu'il n'y avoit aucune saveur, les remerciasmes, leur faisant signe que n'avions besoing de manger.
Apres que nous feusmes yssuz de ladicte ville, plusieurs hommes & femmes nous vindrent conduyre sur la montaigne cy devant dicte, qui est par nous nomm�e, Mont royal, distant dudict lieu d'ung quart de lieues. Et nous [Page 27] estans sur icelle montaigne eusmes veue & congnoissance de plus de trente lieues � lenviron d'icelle: y a vers le Nort, une reng�e de montaignes, qui sont Est & Onaist, gisantes, & autant devers le Su. Entre lesquelles montaignes est la terre la plus belle qu'il est possible de veoir, unye, plaine, & labourable: & par le meilleu desdictes terres voyons le dict fleuve oultre le lieu ou estoient demourees noz barques: auquel va ung sault d'aue le plus impetueulx qu'il est possible de veoir: lequel ne nous fut possible passer, tant que l'on povoit regarder grand, large & spacieulx, qui alloit au Sur Onaist: & passoit aupres de trois belles montaignes rondes, que nous voyons, & estimyons qu'elles estoient environ quinze lieues de nous: & nous fut dict & monstre par signes par nosdictz trois hommes du pais qui nous avoient conduict, qu'il y avoit trois telz saulx d'aue audict fleuve, comme celuy ou estoient nosdictes barques, mais nous ne peusmes entendre quelle distance il y avoit entre l'un & l'autre par faulte de langue: puis nous monstroient par signes que lesdiz saulx passez, l'on pouvoit naviguer, plus de trois lieues par ledict fleuve. Et oultre nous monstroient que le long desdictes montaignes estant vers le Nort, y a une grande riviere, qui descend de l'occident comme ledict fleuve: Nous estimions que c'est la riviere qui passe par le royaulme du Saguenay, & sans que leur feissions aucune demande & signes, prindrent la chaine du sifflet du cappitaine qui estoit d'argent & ung manche de poignard, lequel estoit de laton jaulne comme or: lequel pendoit au cost� de l'ung de noz compaignons marinyers, & montrerent que cela venoit d'amond ledict fleuve, & qu'il y a des Agouionda, qui est � dire mauvaises gens: lesquelz sont armez jusques sur les doigtz, nous monstrant la facon de leur armeures, qui sont de cordes & de boys, lassez & tissues ensemble, nous donnant � entendre que lesdictz Agouionda menoient la guerre continuelle, les ungs contre les autres: mais par deffaulte de langue ne peusmes avoir congnoissance combien il y avoit jusques audict pays. Nostre cappitaine leur monstra du cuyvre rouge, qu'ilz appellent caignetdaze, leur monstrant vers ledict lieu, demandant par signe s'il venait de l� & ilz commencerent � secourre la teste disant que non. Et monstrerent qu'il venoit du Saguenay, qui est au contraire du precedent: Apres lesquelles choses ainsi veues & entendues, nous retirasmes � noz barques, qui ne fut sans avoir conduicte de grand nombre [Page 28] dudict peuple. Dont partie d'eulx quand veoyent noz gens las, les chargeoient sur eulx comme sur chevaulx, & les portoient: Et nous arrivez � nosdictes barques feismes voylle pour retourner � nostre gallyon, pour doubte qu'il n'eust aucun encombrier. Lequel partement ne feust sans grand regret dudict peuple: Car tant qu'ilz nous peurent suyvre aval ledict fleuve, ilz nous suyvirent, & tant feismes que nous arrivasmes � nostredict gallyon le lundy quatriesme jour d'octobre.
Le Mardy 5e jour dudict moys, nous feismes voylle & appareillasmes avec nostre dict gallyon & barques pour retourner � la province de Canada au port de saincte Croix, ou estoient demourez nosdictes navires. Et le 7e jour nous vinsmes poser le travers d'une rivi�re qui vient devers le Nort, sortant audict fleuve: � l'entr�e de laquelle y a quatre petites ysles plaines d'arbres: nous nommasmes icelle riviere la riviere de Fouez. Et pource que l'une d'icelles ysles s'avance audict fleuve, & la veoit on de loing, feist le cappitaine planter une belle grande croix sur la poincte d'icelle, & commanda apprester les barques pour aller avec mar�e, dedans icelle, pour veoir la nature d'icelle: ce qu'il fut faict, & nagerent celuy jour amond ladicte riviere. Et parce qu'elle fut trouv�e de nulle experience n'y perfonde retournerent & appareillasmes pour aller aval.
Comment nous arrivasmes audict hable de saincte Croix, & l'ordre comme nous trouvasmes noz navires, & comme le seigneur du pays veint veoir nostre cappitaine, & comme le dict cappitaine l'alla veoir, & partie de leur coustume en particulier.
e lundi unziesme jour d'Octobre
nous arrivasmes audict hable saincte
Croix ou estoient noz navires, &
trouvasmes que les maistres & mariniers qui
estoient demourez, avoient faict ung fort davant
lesdictes navires, tout cloz de grosses
pieces de boys, plantez debout joignans les
unes & autres: & tout � lentour garny d'artillerie,
& bien en ordre pour soy deffendre contre
toute la puissance du pais. Et tout incontinent
que le seigneur du pais fut adverty de
nostre venue, veint le lendemain douziesme
jour dudict moys, accompaigne de Taignoagny,
Dom agaya & plusieurs autres: lesquelz
feirent une merveilleuse feste � nostre cappitaine,
faignans avoir grand joye de nostre
venue: lequel leur feist assez bon racueil, toutes
foys qu'ilz ne l'avoient pas desservi. Ledict
[Page 29]
Donnacona pria nostre cappitaine de aller
le lendemain veoir Canada, Ce que luy promist
le dict cappitaine. Et le lendemain, 13e jour
du dict moys, ledict cappitaine avecques ses
gentilz hommes accompaigne de cinquante
compaignons bien en ordre, allerent veoir ledict
Donnacona & son peuple, qui est distant
dou estoient lesdictes navires d'une lieue: &
se nomme leur demourance Stadacone, Et nous
arrivez audict lieu, vindrent les habitans au
devant de nous loing de leurs maisons d'ung
gect de pierre ou mieulx. Et la se rengerent, &
assirent � leur mode, & facon de faire: les hommes
d'une part, & les femmes de l'autre debout
chantant & dansant sans cesse, Et apres qu'ilz
s'entre furent saluez & faict chere les ungs aux
aultres, ledict cappitaine donna aux hommes
des cousteaulx & autres choses de peu de valleur,
& feist passer toutes les femmes & filles
par devant luy, & leur donna � chascun une
bague d'estain, dequoy remercierent le dict
cappitaine, lequel fut par ledict Donnacona
& Taignoagny men� veoir leurs maisons, les
quelles estoient bien estaurez de vivres selon leur
sorte, pour passer leur yves, & nous fut par
ledict Donnacona monstr� les peaulx de cinq
testes d'homme, estandues sur du boys, comme
paulx de parchemin. Lequel Donnacona nous
dist que c'estoient des Trudamans devers le
Su, que leur menoient continuellement la guerre,
& fut dict qu'il y a eu deux ans passez
que les dictz Trudamans les vindrent assaillir
jusques dedans ledict fleuve, � une ysle qui est
le travers du Saguenay, ou ilz estoient a passer
la nuict tendans aller � Honguedo leur mener
la guerre, avec environ deux cens personnes tant
hommes femmes qu'enfans. Lesquelz furent
surprins en dormant dedans ung fort, qu'ilz
avoient faict, ou misrent lesdictz Trudamans
le feu tout � l'entour & comme ilz sortoient
les tuerent tous reserv� cinq qui eschapperent.
De laquelle destrousse se plaignoient encores
fort, nous monstrant qu'ilz en auroient
vengeance. Apres lesquelles choses, nous reterasmes
� noz navires.
De la facon de vivre du peuple de la dicte terre, & de certaines conditions creance & facon de faire qu'ilz ont.
edict peuple n'a aucune creance
de Dieu, car ilz croient a ung
qu'ilz appellent Cudragny, &
disent qu'ilz parlent souvent �
eulx & leur dict le temps qu'il
doibt faire. Ilz disent aussi quand il se
[Page 30]
courouce � eulx, qu'il leur gecte de la terre aux
yeulx. Ilz croyent aussi quand ilz tespassent,
qu'ilz vont es estoilles, puis viennent
baissans en lorrizon comme les dictes estoilles.
Et s'envont en beaulx champs, vers plains
de beaulx arbres, fleurs & fruictz sumptueux.
Apres qu'ilz nous eurent donn� le tout a entendre,
nous leur avons remonstr� leur erreur, &
dict que leur Cudragny est ung mauvais esperit,
qui les abuse & dict qu'il n'est que ung
Dieu, qui est au ciel, lequel nous donne toutes choses
necessaires, & est createur de toutes choses
& que cestuy debvons croire seulement, & qu'il
fault estre baptisez, ou aller en enfer, & leur
feust remonstr� plusieurs aultres choses de nostre
foy. Ce que facilement ilz ont creu, & appell�
leur Cudragny, Agouionda, tellement que
plusieurs fois ont pri� nostre cappitaine les
faire baptiser, & y sont venuz ledict seigneur
Taignoagny, Dom agaya, & tout le peuple de
leur ville pour le cuyder estre: mais par ce que
ne scavions leur intention & couraige, & qu'il n'y
avoit qui leur remonstrant la foy pour lors, feust
prins excuse vers eulx. Et dict � Taignoagny
& Dom agaya, qu'ilz leur feissent entendre que
retourneryons ung aultre voyage, & apporterions
des prestres & du cresme, leur donnant a entendre
pour excuse, que lon ne peult baptiser sans ledict
cresme, Ce qui croient, par ce que plusieurs
enfans ont veu baptiser en Bretaigne. Et de
la promesse que leur fust faicte de retourner
furent tresjoyeulx.
Cedict peuple vit en communault� de biens assez de la sorte des Brisilans, & sont vestus de peaulx de bestes sauvaiges, & assez povrement. L'yver ilz sont chaulsez de chausses & soulliez qu'ilz fond de peaulx: & l'est� vont nudz piedz. Ilz gardent l'ordre de mariage, fors qu'ilz prennent deux ou trois femmes, & depuis que leur mary est mort jamais ne se remarient, ains font le dueil de la dicte mort toute leur vie, & se taignent le visaige de charbon pell�, & de gresse espez comme l'espesseur du doz d'ung cousteau, & a cela congnoist on que elles sont veuves.
Ilz ont une aultre coustume fort mauvaise de leurs filles, car depuis qu'elles sont d'aage d'aller � l'homme, elles sont toutes mises en une maison de bordeau, habandonn�es � tout le monde qui en veult, jusques � ce que elles ayent trouv� leur party. Et tout ce avons veu par experience, car nous avons veu les maisons plaines des dictes filles, comme est une eschole de garsons en France. Et d'avantaige le hazard selon leur mode tient esdictes maisons ou ilz jouent tout ce qu'ilz ont jusques � la [Page 31] couverture de leur nature.
Ilz ne font point de grand travail, & labourent leur terre avec petis boys, comme de la grandeur d'une demye esp�e, ou ilz font leur bled, qu'ilz appellent Osizy. Lequel est gros comme poix, & de ce mesme en croist assez au bresil. Pareillement ilz on grand quantit� de gros melons, concombres, & courges, poix, & febves, & de toutes couleurs, non de la sorte des nostres. Ilz ont aussi une herbe de quoy ilz font grand amastz l'est� durand pour l'yver. Laquelle ilz estiment fort & en usent les homes seulement en facon que ensuit. Ilz la font seicher au soleil, & la portent � leur col en une petite peau de beste en lieu de sac, avec ung cornet de pierre ou de boys: puis � toute heure font pouldre de ladicte herbe, & la mettent en l'ung des boutz dudict cornet, puis mettent un charbon de feu dessus, & sussent par l'autre bout, tant qu'ilz s'emplent le corps de fum�e, tellement qu'elle leur sort par la bouche, & par les nazilles, comme par ung tuyau et chauldement, & ne vont jamais sans avoir lesdictes choses. Nous avons esprouv� ladicte fum�e, apres laquelle avoir mis dedans nostre bouche, semble y avoir mis de la pouldre de poyvre tant est chaulde. Les femmes dudict pays travaillent sans comparaison plus que les hommes, tant � la pescherie de quoy font grand faict, qu'au labeur & aultres choses Et sont tant hommes femmes qu'enfans plus durs que bestes au froid. Car de la plus grand froidure que ayons veu, laquelle estoit merveilleuse & aspre venoient par dessus les glaces & neiges tous les jours � noz navires, la pluspart d'eulx tous nudz, qui est chose fort a croire qui ne la veu. Ilz prennent durand lesdictes glaces & neiges, grand quantit� de bestes sauvaiges comme dains, cerfz, hours, lievres, martres, regnardz & aultres. Ilz mengent leur chair toute creue, apres avoir est� seich�e � la fum�e, & pareillement leur poisson. A ce que nous avons veu & peu entendre de cedit peuple, me semble qu'il seroit ais� � dompter. Dieu par sa saincte mis�ricorde y vueille mettre son regard. Amen.
De la grandeur & parfondeur dudict fleuve, & des bestes, oyseaulx, poissons, & aultres choses que y avons veu, & la situation des lieux.
edict fleuve commence pass� l'isle
d'assumption le travers des haultes
montaignes de Honguedo & des
[Page 32]
sept ysles. Et y a de distance en traverse environ
trente cinq ou quarante lieues, & y a au
parmy plus de deux cens brasses de parfond
le plus seur a naviguer est du cost� devers le Su
& devers le Nort, scavoir es dictes sept ysles
y a d'ung cost� & d'aultre environ sept lieues
loing desdictes ysles deux grosses rivieres qui
descendent des montz de Saguegnay, lesquelles
font plusieurs barcqs � la mer fort dangereux.
A l'entr�e desdictes rivieres avons veu
plusieurs ballaynes & chevaulz de mer.
Le travers desdictes sept ysles, y a une petite riviere qui va trois ou quatre lieues � la terre par dessus des marestz: en laquelle y a ung merveilleux nombre de tous oyseaulx de riviere: depuis le commencement dudict fleuve jusques � Hochelaga, y a trois cens lieues & plus, & est le commencement d'icelluy � la riviere qui vient du Saguenay: laquelle fort dentre haultes montaignes, & entre dedans ledict fleuve au par avant que arrive � la province de Canada, de la bande devers le Nort, Et est icelle riviere fort parfonde, estroicte, & fort dangereuse a naviguer.
Apres ladicte riviere est la province de Canada, ou il y a plusieurs peuples par villages non cloz. Il y a aussi es environs dudict Canada dedans le dict fleuve plusieurs ysles tant grandes que petites, & entre autres en y a une qui contient plus de dix lieues de long: laquelle est plaine de beaulx arbres & haultz. Et aussi en icelle y a force vignes. Il y a passaige des deux costez d'icelle. Le meilleur & plus seur est du cost� devers le Su. Et au bort d'icelle ysle vers l'Onaist, y a ung affoug d'eaues, lequel est fort beau & delectable pour mettre navires, ou il y a ung destroict dudict fleuve fort courant & parfond: mais il n'a de long que environ ung tiers de lieue: le travers duquel y a une terre double de bonne haulteur toute labour�e, aussi bonne terre comme jamais homme veist & la est la ville & demourance de Donnacona, & de noz deux hommes qui avoient est� prins le premier voyage, laquelle demourance se nomme Stadacone, & auparavant que arriver audict lieu, y a quatre peuples de demourance, scavoir Araste, Starnatau, Tailla, qui est sur une montaigne, & Scitadin, puis le dict lieu de Stadacone, soubz laquelle haulte terre vers le Nort est la riviere & hable de saincte croix auquel lieu avons est� depuis le 15e jour de Septembre, jusques au 6e jour de May. 1536. Auquel lieu les navires demeurent a sec, comme cy devant est dict pass� ledict lieu & la demourance & peuple de Tequenondahi, qui est sur une montaigne & la ville de Hochelay, Lequel Hochelay est ung plain pays. [Page 33]
Toute la terre des deux costez dudict fleuve jusques � Hochelaga & oultre, est aussi belle terre & unye que jamais homme regarda. Il y a aucunes montaignes assez loing dudict fleuve que on veoit par sus lesdictes terres, desquelles il descend plusieurs rivieres qui entrent dedans ledict fleuve. Toute ceste dicte terre est couverte & plaine de boys de plusieurs sortes & force vignes, except� � lentour des peuples, laquelle ilz on desert�e pour faire leur demourance & labour. Il y a grand nombre de cerfz, dains, hours, & aultres bestes. Il y a force liepvres, connins, martres, regnardz, loueres, byeures, escureux, ratz, Lesquelz sont gros � merveilles, & aultres sauvaigiens. Ilz s'acoustrent des peaulx des bestes, par ce qu'ilz n'ont nulz accoustremens. Il y a aussi grand nombre d'oyseaulx, scavoir grues, signes, oltardes, oyes sauvages, blanches, & grises, cannes, cannardz, merles, mauvis, teurtres, ramiers, chardonneaulx, turnis, serins, linotes, roussignolz, passes solitaires et autres oyseaulx comme en France. Aussi comme par cy devant es chapitres precedentz est faicte mention, ledict fleuve est le plus habondant de poissons & de toutes sortes qu'il soit memoire avoir jamais veu ny ouy: car depuis le commencement jusques � la fin y trouverrez selon les saisons la pluspart des sortes & espesses de poissons de la mer & eaue doulce, vous trouverez jusques audict Canada force ballaynes, marsouyns, chevaulx de mer, adhothuys qui est une sorte de poisson duquel jamais n'avyons veu ny ouy parler. Ilz sont gros comme marsouyns, blancs comme neigne, & ont le corps & la teste comme lepvriers, lesquelz se tiennent entre la mer & l'eaue doulce qui commence entre la riviere du Saguenay & Canada.
Chapitre d'aucuns enseignemens que ceulx du pays nous ont donnez depuis estre revenuz de Hochelaga.
epuis estre revenuz de Hochelaga
avec le gallyon, & les barques, avons
convers� all� & venu avec les peuples
plus prochains de noz navires en doulceur
& amity�, fors que parfors avyons quelques
differendz avec aucuns mauvais garsons,
dont les aultres estoient fort marris & couroucez,
& avons entendu par le seigneur Donnacona
& aultres, que la riviere devant dicte
est nomm�e la riviere du Saguenay, & va jusques
audict Saguenay, qui est plus loing du
[Page 34]
commencement de plus d'une lieue de chemin
ver l'Onaist, Noronaist, & que passe huict
ou neuf journ�es, elle n'est plus parfonde
que par basteaulx: mais que le droict & bon
chemin dudict Saguenay est par le fleuve jusques
� Hochelaga, a une riviere qui descend
dudict Saguenay, & entre audict fleuve, &
que de la sont une lieue a y aller, & nous
on faict entendre que les gens sont vestuz
& habillez comme nous, & de draps, & qu'il
y a force villes & peuples, & bonnes gens
& qu'ilz ont grand quantit� d'or & cuyvre
rouge, & que le tout de la terre depuis
ladicte premiere riviere jusques � Hochelaga
& Saguenay, est une ysle, laquelle est
circuite & environn�e dudict fleuve, & de
rivieres. Et que pass� ledict Saguenay va ladicte
riviere entrent en deux ou trois grandz
lacz d'eaue, puis que on trouve une mer doulce,
de laquelle n'est mention avoir veu le bout,
a ce qu'ilz ont oy par ceux du Saguenay: car il
nous ont dict ny avoir est�, oultre nous ont
donn� a entendre que au lieu ou nous avions laiss�
nostre gallyon quand feusmes a Hochelaga, y a
une riviere qui va vers le Suronaist, ou semblablement
sont une lune a aller jusques a une terre
o� il y a jamais glaces, ny neiges, mais que
en ceste dicte terre y a guerres continuelles les
ungs avec les aultres. Et que en icelle terre
y a oranges, almandes, noix, pommes & aultres
sortes de fruictz & en grand habondance.
Et nous ont dict les hommes & femmes
d'icelle terre estre vestuz & accoustrez de peaulx
comme eulx. Apres leur avoir demand�
s'il y avoit de l'or & cuyvre, nous ont dict
que non. L'estime � leur dire ledict lieu estre
vers la floride, � ce qu'ilz monstrent par leurs
signes & marches.
D'une grosse maladie qui a est� au peuple de Stadacone, de laquelle pour les avoir frequentez en avons est� imbouez, tellement qu'il es mort de noz gens jusques au nombre de vingt cinq.
u moys de Decembre feusmes advertis
que la mortalit� s'estoit mise
au peuple de Stadacone, tellement
que ja en estoient mors par leur confession
plus de cinquante. Au moyen de quoy
leur deffendismes nostre fort, & ne venir
entour nous: mais nonobstant les avoir chassez
commenca la maladie entour nous d'une
merveilleuse sorte, & la plus incongneue: car
les ungs perdoient la substance, & de leur
[Page 35]
devenoient les jambes grosses & enflez & les nerfz
retirez & noirciz comme charbon, & � aucuns
toutes ferm�es de gouttes de sang comme pourpre:
puis montoit ladicte maladie aux hanches,
cuisses & espaulles, aux bras & au col.
Et a tout venoit la bouche si infecte & pourrye
par les gensyves, que tout la chair en tumboit
jusques � la racine des dentz, lesquelles
tumboient pres que toute. Et tellement se
esprit la dicte maladie � noz trois navires, que
� la my Febvrier de cent dix hommes que nous
estions il n'y en avoit pas dix sains, en sorte
que l'ung ne pouvoit secourir l'aultre qui
estoit chose piteuse � veoir, consider� le lieu
ou nous estions. Car les gens du pays venoient
tous le jours devant nostre fort, qui peu de
gens veoyent, & ja y en avoit huict de mors
& plus de cinquante, en qui on ne esperoit
plus de vie.
Nostre cappitaine voyant la piti� & maladie ainsi esmeue, feist mettre le monde en prieres & oraisons & feist porter ung ymage en remembrance de la Vierge Marie contre ung arbre distant de nostre fort d'ung traict d'arc les travers des neiges & glaces. Et ordonna que le dimenche en suyvant l'on diroit audict lieu la messe. Et que tous ceulx qui pourroient cheminer tant sains que malades yroient � la procession chantant les sept pseaulmes de David avec la letanie, en priant ladicte vierge qu'il luy pleust prier son cher enfant qu'il eust piti� de nous. La messe dicte & celebr�e devant ledict ymage, se feist le cappitaine pelerin � nostre dame de Roquemado promettant y aller si Dieu luy donnoit grace de retourner en France. Celuy jour trespassa Philippes Rougemont natif d'Amboise, de l'aage de environ vingt deux ans.
Et pour ce que la maladie nous estoit incongneue, feist le cappitaine ouvrir le corps pour veoir si aurions congnoissance d'icelle pour preserver si possible estoit, le persus. Et feust trouv� qu'il avoit le coeur blanc & fletry environ� de plus d'ung pot d'eaue rousse comme dacte, le foye beau, mais avoit le poulmon tout noircy et mortifi� & s'estoit retir� tout son sang au dessus de son coeur. Car quand il fut ouvert sortist au dessus du coeur grand habondance de sang noir infect. Pareillement avoit la ratte par devers l'eschine ung peu entam�e environ deux doidz comme si elle euct est� frot�e sur une pierre rude. Apres cela veu, luy feust ouverte & incise une cuisse, laquelle estoit fort noyre par dehors, mais dedans la chair fut trouv�e assez belle. Ce faict, fut inhum� � mieulx que lon peust. Dieu par sa saincte grace [Page 36] pardonne � son �me, & � tous trespassez, Amen.
Et depuis de jour en aultre s'est tellement continu�e ladicte maladie, que telle heure a este, que par tous les trois navires ny avoit pas trois hommes sains, de sorte qu'en l'ung desdictz navires n'y avoit homme qui eust peu descendre soubz le tillac pour tirer � boire, tant pour luy que pour son compaignon. Et pour l'heure y en avoit ja plusieurs de mortz. Lesquelz il nous convint mettre par par foiblesse soubz les neiges: car il ne nous estoit possible de povoir pour lors ouvrir la terre qui estoit gell�e tant estions foibles, & avyons peu de puissance. Et si estions en une crainte merveilleuse des gens du pays qu'ilz ne se apperceussent de nostre piti� & foiblesse. Et pour couvrir ladicte maladie lors qu'ilz venoient pres nostre fort nostre cappitaine que Dieu a tousjours preserv�, debout sortoit au devant d'eulx avec deux ou trois hommes, tant sains que malades. Lesquelz faisoit sortir apres luy. Et lors qu'il les voyoit hors du fort, faisoit semblant les vouloir battre en criant & leur gectant bastons apres eulx, les envoyant � bort monstrant par signes esdictz sauvages qu'il faisoit besongner tous ses gens dedans les navires les ungs � gallefestrer, les aultres � faire du pain & aultres besongnes, & qu'il ne estroit pas bon qu'ilz vinsent donner de hors. Ce qu'ilz croyent, & faisoit ledict cappitaine battre & mener bruict esdictz malades dedans les navires avec bastons & caillousz faignans callefestrer. Et pour lors estions si esprins de ladicte maladie que avions quasi perdu l'esperance de jamais retourner en France si Dieu par sa bont� infinie & misericorde ne nous eust regard� en piti� & donn� congnoissance d'ung remede contre toutes maladies le plus excellent qui fut jamais veu ny trouv� sur la terre, ainsi qu'il sera faict mention en ce chapitre.
Le nombre de temps que nous avons est� au hable saincte Croix & places dedans les glaces & neiges, & le nombre de gens decedez depuis le commencement de la maladie jusques � la my Mars.
epuis la my Novembre jusques
au quinziesme jour d'Apvril, avons
est� continuellement enfermez
dedans les glaces, lesquelles avoient
plus de deux brasses d'espesseur. Et dessus la
[Page 37]
terre avoit la haulteur de quatre piedz de
neiges & plus, tellement qu'elle estoit plus
haultes que les bortz de noz navires: lesquels
les ont dur� jusques audict temps, en sorte que
nos breuvages estoient tous gellez dedans les
fustailles, Et par dedans nosdictes navires tant
de bas que de hault, estoit la glace contre les
bortz a quatre doigtz d'espesseur. Et estoit
tout le dict fleuve, par autant que l'eaue doulce
en contenoit jusques au dessus dudict Hochelaga
gell�: durant lequel temps nous deceda
jusques au nombre de vingt cinq personnes
des principaulx & bons compaignons que
nous eussions: Et pour l'heure y en avoit plus
de cinquante, en qui on esperoit plus de vie
& le parsus tous malades que nul n'en estoit
exempt� except� trois ou quatre: Mais dieu
par sa saincte grace nous regarda en piti�: &
nous envoya la congnoissance & remede de
nostre guarison & sant� de la sorte & maniere
qu'il sera devis� en ce chapitre.
Comment par la grace de dieu nous eusmes congnoissance de la sorte d'ung arbre, par lequel nous avons est� guariz apres avoir us� dudict arbre, & la facon d'en user.
Ung jour nostre cappitaine voyant la maladie si esmeue & ses gens si fort esprins d'icelle, estant sorty dehors du fort, Et soy promenant sur la glace, apperceust venir une bende de gens de Stadacone, en laquelle estoit Dom agaya, lequel le cappitaine avoit veu dix ou douze jours auparavant fort malade de ladicte maladie que avoient ses gens. Car il avoit l'une des jambes par le genoul aussy grosse qu'ung enfant de deux ans. Et tout les nerfz d'icelle retirez: les dentz perdues & gastees, & les gensives pourries & infect�es.
Le cappitaine voyant ledict Dom agaya sain & deliber� feust joyeulx esperant par luy scavoir comme il estoit guary: Affin de donner ordre & secours � ses gens. Lors qu'ilz furent arrivez pres le fort, le cappitaine luy demanda comme il s'estoit guary de sa maladie: lequel Dom agaya respondit qu'il avoit le jus & le marcq des fueilles d'ung arbre dont il s'estoit guary, & que c'estoit le singulier remede pour maladie. Ledict cappitaine luy demanda s'il y en avoit point la entour, & qu'il luy en monstrast pour guarir son serviteur qui avoit prins ladicte maladie audict Canada, durant qu'il demouroit avec Donnacona, [Page 38] ne luy voulant declarer le nombre des compaignons qui estoient malades. Lors ledict Dom Agaya envoya deux femmes pour en querir: lesquelles en apporterent neuf ou dix rameaulx, & nous monstrerent comme il failloit peller l'escorce & les fueilles dudict boys, & mettre tout boullir en eau, puis en boire de deux jours l'un, & mettre le marcq sur les jambes enflees & malades, & que de toute maladie ledict arbre guerissoit, ilz appellent ledict arbre en leur langaige Ameda.
Tost apres le cappitaine feist faire du breuvage pour faire boire es malades, desquelz n'y avoit nul d'eulx qui voulsist essayer ledict bruvage, synon ung ou deux qui se misrent en adventure d'icelluy assayer. Tout incontinent qu'ilz en eurent beu, ilz eurent l'advantage qui se trouva estre ung vray & evident myracle. Car de toutes maladies dequoy ilz estoient entachez, apres en avoir beu deux ou trois foys, recouvrerent sant� & guarison: Tellement que tel y avoit desdictz compaignons qui avoit la grosse verolle cinq ou six ans au parvant ladicte maladie: a est� par icelle medecine cur� nectement. Apres ce avoir veu & congneu, y a eu telle presse ladicte medecine, que on si vouloit tuer, � qui premier en auroit. De sorte que ung arbre aussi gros & aussi grand que chesne qui soit en France, a est� employ� en six jours: lequel a faict telle operation, que si tous les medecins de Louvain & de Montpellyer y eussent est� avec toutes les drogues de Alexandrie, ilz n'en eussent pas tant faict en ung an, que le dict arbre a faict en six jours: Car il nous a tellement proffite, que tous ceulx qui ont voullu user, on recouvert sant� & guarison la grace � dieu.
Comment le seigneur Donacona accompaign� de Taignoagny & plusieurs aultres faignans aller a la chasse aux Cerf & aux Dains, furent deux moys sans retourner. Et � leur retour amenerent grand nombre de gens que n'avions accoustum� de veoir.
urant le temps que la maladie
& mortalit� regnoit en noz
navires, se partirent Donnacona,
Taignoagny, & plusieurs
autres, faignans aller prendre
des Cerfz & Dains: Lesquelz
ilz nomment en leur langaige Aiounesta &
Asquenoudo, parce que les neiges estoient
& que les glaces estoient ja rompues dedans
le cours du fleuve, tellement qu'ilz pouvoient
[Page 39]
naviguer par icelluy. Et nous fut par Dom
Agaya & aultres dict, qu'ilz ne seroient que
environ quinze jours, ce que croyons, mais
furent deux moys sans retourner. Au moyen
dequoy eusmes suspicion qu'ilz ne feussent
aller amasser grand nombre de gens pour
nous faire desplaisir, parce qu'ilz nous veoient
si affoibliz, nonobstant que avions mys si
bon ordre � nostre faict, que si toute la puissance
de leur terre y eust est�, ilz eussent
sceu faire autre chose que nous regarder. Et
pendent le temps qu'ilz estoient dehors, venoient
tous les jours force gens a noz navires,
comme ilz avoyent de coustume, nous
apportant de la chair fresche de Cerfz &
Dains, poissons fraiz de toutes sortes: Lesquelz
ilz nous vendoient fort cher, ou autrement
myeulx aymoient l'emporter, parce
qu'ilz avoyent necessit� de vivres pour lors,
a cause de l'yver qui avoit est� long.
Comment Donnacona revint � Stadacone avec grand nombre de gens & feist ledict Donnacona du malade de peur de venir veoir le cappitaine, cuydant que ledict cappitaine allast vers luy.
e vingt & ungiesme jour dudict
moys d'Avril, Dom Agaya vint �
bort accompagn� de plusieurs gens
lesquelz estoient beaulx & puissans.
Et n'avions accoustum� de les veoir: lesquelz
dient que le seigneur Donnacona feroit le
lendemain venu: & qu'il apporteroit force cher
de cerfz & autre venaison. Et le lendemain
vingt deuxisme jour dudict moys, vint le dict
Donnacona, lequel admena en sa compaignie
grand nombre de gens audict Stadacone, ne
scavions � quelle occasion, n'y pourquoy: mais
on dict � ung proverbe, qui de tout se garde
de aucuns eschappe. Ce que nous estoit de
necessit�; Car nous estions si affoibliz tant
de maladie que de gens mors, qu'il nous a fallu
laisser ung de noz navires audict lieu de
saincte Croix. Le cappitaine estant adverty
de leur venue, & qu'ilz avoient admen� tant
de gens: & aussy que Dom Agaya le vint dire
au cappitaine, sans vouloir passer la riviere
qui seroit entre nous & ledict stadacon�: ains
feist difficult� de passer, Ce que n'avoit acoustum�
de faire, qui nous donna doubte de
trahison. Voyant ce, le cappitaine envoya son
serviteur accompaign� de Jehan poullet, lesquelz
estoient plus que nulz aultres aymez
dudict peuple du pais, pour veoir que estoit
[Page 40]
audict lieu,& qu'ilz faisoient, faignans les
dictz poullet & serviteur estre aller veoir ledict
Donnacona, parce qu'ilz avoient est� longuement
avec luy � leur ville lesquelz luy porterent
aucun petit present. Et lors que ledict
Donnacona fut adverty de leur venue, feist
le malade & se couche: Apres allerent en la
maison de Taignoagny pour le veoir, ou par
tout trouverent les maisons si plaines de gens,
que on si povoit remuer: lesquelz on n'avoit
accoustum� de veoir, & ne voulut permettre
ledict Taignoagny que ledict serviteur allast
es aultres maisons; ains les convoya vers les
navires la moyti� du chemin, & leur dict que
si le cappitaine luy vouloit faire ce plaisir de
prendre ung seigneur du pays nomm� Agouanna,
lequel luy avoit faict desplaisir, &
l'emmener en France qu'il seroit tenu � luy:
Et feroit tout ce que vouldroit ledit cappitaine,
& que ledict serviteur retournast
le lendemain dire la responce.
Quand le cappitaine fut adverty du grand nombre de gens qui estoyent audict lieu, ne scavoit � quelle fin, se deslibera leur jouer finesse. Et prendre leur seigneur Taignoagny, Dom Agaya & des principaulx. Aussi qu'il estoit bien desliber� de mener le dict seigneur en France pour compter & dire au Roy ce qu'il avoit veu es pais Accidentaulx, des merveilles du monde. Car il nous a certiffi� avoir est� � la terre de Saguenay, en laquelle y a infini or, rubis & aultres richesses. Et y sont les hommes blancs comme en France & accoutrez de dras de laynes. Plus dict avoir veu autre pays, ou les gens ne mengent poinct & ne ont point de fondement, & ne digerent point ains font seulement eaue par la verge. Plus dict avoir est� en autre pais de Picquemyans & autres pais, ou les gens n'ont que une jambe. Et autres merveilles longues � racompter. Ledict seigneur est homme ancien, & ne cessa jamais d'aller par pais, depuis sa congnoissance, tant par fleuves, rivieres que par terre.
Apres que lesdictz Poullet & serviteur eurent fait leur message, & dist au cappitaine ce que ledict Taignoagny lui mandoit, renvoya ledict cappitaine son dict serviteur le lendemain dire audict Taignoagny qu'il le vint veoir, & luy dire ce qu'il vouloit, & qu'il lui feroit bonne chere & partie de son vouloir. Ledict Taignoagny luy manda qu'il viendroit le lendemain, & qu'il admeneroit le seigneur Donnacona & celuy qui luy avoit faict desplaisir, ce que ne feist: Ains fut deux jours sans venir, pendant lequel temps ne veint personne es navires dudict Stadacone comme [Page 41] avoient de coustume, mais nous fuyoient comme si les eussions voulu tuer. Lors apperceusmes leur mauvaisti�, Et parce qu'ilz furent advertiz que ceulx de Sicadin alloient & venoient entour nous, & que leur avions habandonn� le fond du navire que laissions pour avoir les viel cloud, vindrent dudict Stadacon� le tiers jour ensuyvant de l'autre bort de la riviere, & passerent la plus grand partie d'eulx en petis basteaulx sans difficult�: mais ledict Donnacona n'y voulut passer. Et furent Taignoagny & Dom Agaya plus d'une heure � parlementer ensemble, avant que vouloir passer. En fin ilz passerent & vindrent parler audict cappitaine, & pria ledict Taignoagny ledict cappitaine vouloir prendre & emmener ledict homme en France. Ce que reffusa ledict cappitaine: disant que le Roy son maistre luy avoit deffendu de non emmener homme ni femme en France: mais bien deux ou trois petis enfans pour apprendre le langaige, mais que voluntiers l'emmeneroit en terre neufve, & qu'il le mettroit en une ysle. Ces parolles disoit ledict cappitaine pour les asseurer, & acelle fin d'amener ledict seigneur Donnacona, lequel estoit demeur� dela l'eaue desquelles parolles fut fort joyeulx ledict Taignoagny, esperant ne retourner jamais en France, & promist audict cappitaine de retourner le lendemain qui estoit le jour saincte Croix, & admener ledict seigneur Donnacona & tout le peuple dudict lieu.
Comment le jour saincte Croix, le cappitaine feist planter une croix dedans nostre fort, & comment ledict seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya & leur bende vindrent, & de la prinse dudict seigneur.
e troisiesme jour de May, jour
& feste saincte Croix, pour la solempnit�
de la feste: le cappitaine
feist planter une belle croix
de la haulteur d'environ trente
cinq piedz, soubz le croisillon de laquelle y
avoit ung escusson en bosse des armes de France:
& sur icelluy estoit escript en lettre attique
Franciscus primus Dei gratia Francorum
rex regnat. Et celluy jour environ mydi vindrent
plusieurs gens de Stadacone, tant hommes,
femmes, que enfans, qui nous dirent que
leur seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom
Agaya et aultres qui estoient en sa compaignie
venoient, dequoy feusmes joyeulx, esperant
[Page 42]
nous en saisir: lesquelz vindrent environ
deux heures apres mydi. Et lors qu'ilz furent
arrivez devant noz navires, nostre cappitaine
alla saluer ledict seigneur Donnacona, le
quel pareillement luy feist grande chere,
mais avoit tousjours l'oeil au boys, et une
craincte merveilleuse. Tost apres arriva Taignoagny,
lequel deist audict seigneur Donnacona,
qu'il n'entrast point dedans le fort.
Lors fut par l'ung de leurs gens, apport� du
feu hors du fort, & allum� par ledict seigneur.
Nostre cappitaine le pria de venir
boyre & manger dedans les navires, comme
avoit de coustume. Et semblablement en
prya ledict Taignoagny, lequel dist que tantost
il entreroit: Ce qu'ilz feirent & entrerent
dedans ledict fort: Mais au paravant avoit
est� notre cappitaine adverty par Dom
Agaya, que ledict Taignoagny avoit mal
parl� & qu'il avoit dict au seigneur Donnacona
qu'il n'entrast point dedans les navires.
Notre dict cappitaine voyant ce, sortist hors
du parc ou il estoit, & veit que les femmes s'en
fuyoient par l'advertissement dudict Taignoagny:
& qu'il ne demouroit que les hommes: les
quelz estoient en grand nombre. Et lors commanda
ledict cappitaine � ses gens prendre ledict seigneur
Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya,
& de deux autres des principaulx qu'il monstra,
puis que on feist retirer les autres. Tost
apres ledict seigneur entra dedans le fort avec
le dict cappitaine: mais tout soudain ledict
Taignoagny veint pour le faire sortir.
Nostre cappitaine voyant qu'il n'y avoit autre
ordre, se print � cryer que on les print:
Auquel cry sortirent les gens dudict cappitaine:
lesquelz prinsdrent ledict seigneur &
ceulx que l'on avoit desliber� prendre. Lesdictz
Canadians voyant la prinse, commencerent
� fuyr & courir, comme brebis devant
le loup: les ungs le travers la rivi�re, les autres
parmy le boys serchant chascun son advantage.
Ladicte prinse faicte des dessusdictz & que
les autres se furent retirez, furent mys en seure
garde.
Comment les Canadians vindrent la nuict devant les navires, sercher leurs gens: durant laquelle ilz hurloyent & cryoient comme Loups, & le parlement & conclusion qu'ilz feirent le lendemain, & des presens qu'ilz feirent � nostre cappitaine.
a nuict veneue vindrent devant
noz navires, la riviere entre deux
grand nombre du peuple dudict
Donnacona huchant & hurlant toute la nuict
[Page 43]
comme Loups cryant sans cesse: Agouhanna
pensent parler � luy, ce que ne permist le cappitaine
pour l'heure, n'y lendemain jusques
environ mydi: parquoy nous faisoient signe
que les avions tuez & penduz. Et environ
l'heure de mydi: retournerent de rechef en
aussi grand nombre qu'avions vu de voyage
pour ung coup: eulx tenans cachez dedans le
boys, fors aucuns d'eulx qui cryoient & appelloient
� haulte voix ledict Donnacona.
Lors commanda le cappitaine faire monter
ledict Donnacona hault pour parler a eulx.
Et luy dist le cappitaine qu'il feist bonne chere,
& que apres avoir parl� au Roy de France
& compt� ce qu'il avoit veu au Saguenay &
aultres qu'il reviendroit dedans dix ou douze
lunes: & que le Roy luy feroit ung grand
present: de quoy feust fort joyeulx ledict Donnacona,
& le dist es autres en parlant � eulx
lesquelz en feirent trois merveilleux crys, en
signe de joye. Et � l'heure feirent ledict peuple
& Donnacona entre eulx plusieurs predications
& preschemens: lesquelz il n'est possible
d'entendre par faulte de langue: nostre cappitaine
dist audict donnacona qu'ilz vissent
seurement de l'autre bort pour mieulx parler
ensemble, & qu'il les asseuroit, ce que leur
dist ledict Donnacona: & sur ce vindrent une
barqu�e des principaulx � bort desdictes navires.
Lesquelz de rechief commencerent
plusieurs preschemens, donnant louange audict
cappitaine; & luy feirent present de vingt
quatre colliers de Esurgny, qui est la plus
grand richesse qu'ilz ayent en ce monde: Car
ilz l'estiment plus que or & argent.
Apres qu'ilz eurent assez parlement� & devise
les ungs avec les aultres, & veu qu'il n'y
avoit remede audict seigneur d'eschapper
& qu'il failloit qu'il veint en France, Il commanda
que on luy apportast le lendemain
vivres pour menger par la mer. Nostre cappitaine
feist present audict Donnacona de
deux paisles d'arain & de huict hachotz, &
autres menues besongnes comme cousteaulx,
& patenostres. Dequoy fut fort joyeulx en
sou semblant: Et les envoya ledict cappitaine
� ceulx qui estoyent venuz parler audict
Donnacona, aucuns petis presens; Dequoy
remercierent fort ledict cappitaine. A
tant se retyrerent & s'en allerent � leurs
logis.
[Page 44]
Comment le lendemain cinquiesme jour de May, ledict peuple retourna parler � leur seigneur, & comment il veint quatre femmes � bort luy apporter des vivres.
e cinquiesme jour dudict moys au
plus matin, ledict peuple retourna
en grand nombre, pour parler
� leur seigneur, & envoyerent une
barque, qu'ilz appellent en leur langaige
Casnouy, en laquelle ilz estoient quatre femmes,
sans y avoir aucuns hommes, pour doubte
qu'ilz avoient qu'on ne les retint: lesquelles
apporterent force vivres, scavoir gros
mil (qui est le bled duquel ilz vivent) chair,
poisson, & aultres provisions � leur mode.
Lesquelles estre arrivees es navires, le cappitaine
leur feist bon recueil, & pria Donnacona
audict cappitaine qu'il dist ausdictes
femmes, que dedans douze lunes il retourneroit,
& qu'il admeneroit ledict Donnacona
a Canada: Ce disoit � celle fin de les contenter:
Ce que feist ledict cappitaine, dont lesdictes
femmes feirent grand semblant de joye,
en montrant par signes & parolles audict
cappitaine, mais qu'il retournast & admenast
ledict Donnacona qu'ilz lui feroient plusieurs
presens. Lors chascune dicelles donna audict
cappitaine ung collier desurgny, puis s'en allerent
de l'autre bort de la riviere ou estoit le
peuple dudict Stadacone, & se retirerent prenant
congi� dudict seigneur.
Le samedy sixiesme jour dudict moys, nous appareillasmes du havre saincte Croix, & vinsmes � l'ysle es Couldres, ou avons est� jusques au seziesme dudict moys, laissant amortir les eaues, lesquelles estoient trop courantes & dangereuses pour avaller ledict fleuve; et attendans bon temps. Pendent lequel temps vindrent plusieurs barques des peuples subjectz audict Donnacona lesquelz venoient de la riviere du Saguenay: Et lors que par Dom Agaya furent advertiz de la prinse de eulx, & la facon & maniere comme on menoit Donnacona en France, furent bien estonnez mais ne laisserent � venir le long des navires, parler audict Donnacona, qui leur dist que dedans douze lunes il retourneroit, & qu'il avoit bon traictement avec le cappitaine & compaignons, dequoy � une voix remercierent ledict cappitaine, & donnerent audict Donnacona trois pacquetz de peaulx de byevres & loups marins avec un grand cousteau de cuyvre rouge, qui vient du Saguenay & autres choses. Semblablement donnerent audict [Page 45] cappitaine ung collier Desurgny, pour lesquelz presens leur feist ledict cappitaine donner dix ou douze hachotz, desquelz furent fort contens & joyeulx, & en remercierent ledict cappitaine.
Le lendemain, 16e jour dudict moys de May nous appareillasmes de ladicte ysle es couldres, & veinsmes poser a une ysle qui est a environ quinze lieues de ladicte ysle es couldres, laquelle est grande d'environ cinq lieues de long, & la passasmes celluy jour pour passer la nuict, esperant le lendemain passer les dangier du Saguenay, lesquelz sont grandz. Le soir feusmes � ladicte ysle, ou trouvasmes grand nombre de lievres, desquelz eusmes quantit�: & par ce la nommasmes l'ysle es lievres. Et la nuict le vent vint contraire & en tourmente tellement qu'il convint relacher � l'isle es couldres dont estions partis, par ce qu'il n'y avoit autre passage entre lesdictes ysles. Et y feusmes jusques au 21 dudict moys que le vent vint bon, & tant feismes par noz journ�es que passasmes jusques a Honguedo, lequel passage n'avoit par cy devant est� descouvert. Et feismes courir le travers du Cap de Prato, qui est le commencement de l'abbaye de Challeur. Et pource que le vent estoit bon & convenable, feismes porter le jour & la nuict. Et le lendemain veismes querir au corps l'ysle de Bryon. Ce que ne voulions faire pour l'abbreg� de nostre chemin: Et sont les deux terres gisantes Suest & Noronaist ung quart de l'Est & de l'Onest. Et y a entre eulx 50 lieues. Ladicte ysle est en. 47 degrez demye de latitude. Le jeudi 26e jour dudict moys, jour & feste de l'ascention nostre Seigneur, nous traversasmes � une terre & sablon de basses araynes, qui demeurent au Suronaist de ladicte Ysle de Bryon environ huict lieues. Par dessus lesquelles y a de grosses terres plaines d'arbres, & y a une mer enclose dont n'avons veu aucune entr�e ny ouverture pour entrer en icelle. Et le vendredy. 27. par ce que le vent changeoit � la coste, retournasmes � ladicte ysle de Bryon, ou feusmes jusques au premier jour de Juing, & vinsmes querir une terre haulte qui demeure au Suest de ladicte ysle, qui nous apparoissoit estre une ysle, & la rengeasmes environ deux lieues & demye, faisant lequel chemin eusmes congnoissance de trois haultes ysles qui demeurent vers les Araynes. Apres lesquelles choses congneues, retournasmes au cap de ladicte terre qui se faict � deux ou trois caps haultz � merveilles & grand parfond d'eaue & la mar�e si courante, qu'il n'est possible de plus. [Page 46]
Nous arrivasmes celluy jour au cap de Lorraine, que est environ 46 degrez demye au Su, duquel cap y a une basse terre & semblant d'entr�e de riviere: mais il n'y a hable que vaille. Parsus lesquelles terres vers le Su, veismes ung aultre cap de terre que nous nommasmes le cap de Sainct Paul, qui est environ 47 degrez ung quart. Le dimenche 4e jour dudict moys, jour & feste de la Pentecouste, eusmes congnoissance de la coste Dest Suest de terre neufve, qui estoit � environ vingt deux lieues du cap, & pource que le vent estoit contraire, feusmes a ung hable que nous nommasmes le hable de sainct esperit, jusques au mardi que appareillasmes dudict hable, & rengeasmes ladicte coste jusques aux ysles Sainct Pierre, lequel chemin faisant trouvasmes le long de ladicte coste plusieurs ysles & basses fort dangereuses estans en la routte Dest, Suest & Onaist, Noronaist � une, vingt trois lieues � la mer. Nous feusmes esdictes ysles sainct Pierre, ou trouvasmes plusieurs navires, tant de France que de Bretaigne, depuis le jour Sainct Barnab� unziesme jour de Juing, jusques au 16e jour dudict moys, que appareillasmes, des dictes ysles Sainct Pierre & vinsmes au Cap de Raze & entrasmes dedans ung hable nomme Rougnoze, ou prinsmes eaues & boys pour traverser la mer & la laissasmes l'une de noz barques & appareillasmes dudict hable le lundi 19e jour dudict moys. Et avec bon temps avons navigu� par la mer, tellement que le 6e jour de Juillet 1536 sommes arrivez au hable de Sainct Malo la grace du createur. Lequel prions faisant fin � nostre navigation, nous donner sa grace, & paradis � la fin. Amen.
Ensuyt le langage des pays & Royaulmes de Hochelaga & Canada, aultrement appell�e par nous la nouvelle France.
Premier leur nombre de compter.
Segada 1 Tigneny 2 Asche 3 Honnacon 4 Ouiscon 5 Indahir 6 Ayaga 7 Addegue 8 Madellon 9 Assem 10
Ensuit les noms des parties du corps de l'homme [Page 47]
La teste Aggourzy
Le frons Herguenyascon
Les yeulx Hegata
Les oreilles Ahontascon
La bouche Escahe
Les dentz Esgougay
La langue Osvache
La gorge Agouhon
Le menton Hebehin
Le visaige Hogouascon
Les cheveulx Aganiscion
Les braz Ajayascon
Les esselles Hetnanda
Les coustez Aissonne
L'estomach Aggruascon
Le ventre Eschehenda
Les cuisses Hetnegradascon
Le genouil Agochinegodasion
Les jambes Agouguenehonde
Les piedz Onchidascon
Les mainz Aignoascon
Les doidz Agenoga
Les ongles Agedascon
Le vit Aynoascon
Ung con Chastaigne
Ung homme Aguehan
Une femme Agrueste
Ung garson Addegesta
Une fille Agnyaquesta
Ung petit enfant Exiasta
Une robbe Cabata
Ung propoinct Coioza
Des chausses Henondoua
Des soullyers Atha
Des chemises Anigoua
Ung bonnet Castrua
Ilz appellent leur bled Osizy
Pain Carraconny
Eaue Ame
Chair Quahouascon
Poisson Queion
Prunes Honnesta
Figues Absconda
Raisins Ozaba
Noix Quaheya
Une poulle Sahomgahoa
Une lamproye Zysto
Ung saulmon Ondaccon
Une ballaine Ainnehonne
Une anguille Esgneny
Ung escureul Caiognem
Une couleuvre Undeguezy
Des tortues Heuleuxime
Ilz appellent le boys Conda
Feuilles de boys Hoga
Ilz appellent leur dieu Cudragny
Donnez moy a boyre Quazahoa quea
[Page 48]
Donnez moy a desjuner Quazahoa quascahoa
Donnez moy a souper Quazahoa quatsream
Allons nous coucher Casigno Agnydahoa
Bon jour Aignaz
Allons jouer Casigno Caudy
Venez parler a moy Asigni quaddadia
Regardez moy Quatgathoma
Taisez vous Aista
Allons au basteau Quafigno Casnouy
Donnez moy ung cousteau Quazahoa agoheda
Ung hachot Addogne
Ung harc Ahena
Ung fleche Quahetam
Allons a la chasse Quafigno donassent
Ung Cerf Aionnesta
De dains ilz disent que se sont moutons &
les appellent Asquenondo
Ung liepvre Sourhamda
Ung chien Agayo
Des ouyayes Sadeguenda
Le chemin Adde
Ilz appellent la graine de concombres ou
mellons Casconda
Qand ilz veullent dire demain
Ilz dient Achide
Le ciel Qenhia
La terre Damga
Le soleil Ysnay
La lune Assomaha
Les estoilles Siguehoham
Le vent Cahoha
La mer Agogasy
Les vagues de la mer Coda
Une ysle Cohena
Une montaigne Ogacha
La glace Honnesca
La neige Canisa
Froid Athau
Chault Odazan
Feu Azista
Fumee Quea
Une maison Canocha
Ilz appellent leurs febves Sahe
Ilz appellent une ville Canada
Mon pere Addatht
Ma mere Adanahoe
Mon Frere Addagnin
Ma seur Adhoasseue
Ceulx de Canada disent qu'il fault une lune a
naviger depuis Hochelaga, jusques � une terre
ou se prend la canelle & le giroffle.
Ilz appellent la canelle Adhotathny
Le giroffle Canonotha
Nous avons d�clar�, dans l'introduction plac�e en t�te de ce petit volume, que l'�dition originale de 1545, dont il offre une reproduction scrupuleusement fid�le, est loin de repr�senter un texte irr�prochable sous le rapport de la correction typographique; elle n'est pas non plus � l'abri de tout reproche d'inexactitude au point de vue d'une rigoureuse conformit� aux textes manuscrits encore existants de la relation de Cartier; & nous avons annonc� que l'�diteur d'aujourd'hui avait r�solu de porter rem�de aux d�faillances de l'ancien �diteur, en ajoutant � la r�impression actuelle un appendice destin� � corriger ces fautes, & � signaler les variantes des mss; ces variantes acqui�rent en certains cas une �tendue qui leur donne l'importance d'additions consid�rables, puisqu'elles fournissent jusqu'� deux chapitres entiers rest�s en lacune dans l'�dition de 1545, & par cons�quent dans les versions de Ramusio & de Hakluyt auxquelles elle a servi de type.
Ainsi que nous l'avons dit, les mss sont au nombre de trois, tous d'une �criture contemporaine de la r�daction m�me, & tellement semblable d'un exemplaire � l'autre, qu'au premier abord on pourrait les croire tous de la m�me main. Il y a cependant quelques diff�rences, & il est permis de croire que ce sont trois exp�ditions grossoy�es successivement d'apr�s une seule & m�me minute, � laquelle il pouvait �tre fait quelque l�g�re addition pour en former un ensemble plus complet & mieux dispos�.
Celui des trois mss qui nous parait r�unir divers caract�res d'ant�riorit� � l'�gard des deux autres, porte, dans le classement actuel des mss fran�ais de la Biblioth�que imp�riale, le n� 5653, primitivement il avait �t� num�rot� MDXIIII; il re�ut ensuite le n� 611 dans la Biblioth�que royale de Fontainebleau, & fut inscrit plus tard sous le n� 10272 dans celle de Paris. Il est couvert d'une reliure ancienne nouvellement restaur�e, en basane brun clair, d�cor�e en or, sur les plats, des armes & du chiffre du roi Charles IX. Nous le d�signerons sp�cialement d�sormais, pour abr�ger, par la lettre A.
Le second ms, portant aujourd'hui le n� 5589, avait primitivement �t� num�rot� huit cents trente trois; il fut class� � Fontainebleau sous le n� 672, puis � Paris sous le n� 10025. Il est reli� en ancien maroquin rouge plein, a filets dor�s & m�daillon ovale aux armes royales sur les plats. Nous le d�signerons par la lettre B.
Le troisi�me, sous le n� 5644 dans l'ordre actuel, provient de la biblioth�que de Philibert de la Mare: il portait, dans le classement de ce fonds, le n� 373, & il fut inscrit au Catalogue des mss du roi sous le n� 10265-3. Il est couvert d'une demi-reliure moderne � dos de maroquin rouge du Levant, avec papier d'Annonay marbr� sur les plats. Nous lui Affecterons sp�cialement la lettre C.
Tous les trois sont �crits sur papier semblable, de format couronne in-folio, les volumes ne diff�rant entre eux de grandeur que par la rognure; le premier compte 59 feuillets remplis, le second 66, le dernier 62. Le premier n'offre aucun des intitul�s de chapitres qui se trouvent dans les deux autres aussi bien que dans l'imprim�; il ne contient pas non plus l'�p�tre au Roi qui se lit dans les autres; & il commence en belle page par un titre g�n�ral, qui se retrouve dans le ms B au verso du premier feuillet, sur lequel il n'est �crit rien autre chose. Ce titre G�n�ral manque au ms C, mais on peut admettre qu'il y �tait joint dans l'origine, comme au ms B, au verso d'un feuillet de garde qui aura disparu, ou bien que l'adjonction en aura �t� n�glig�e. Ce titre est tr�s-diff�rent de celui de l'�dition imprim�e, lequel a �videmment �t� suppl�� par l'�diteur d'alors si le ms dont il disposait en �tait d�pourvu, ou substitu� par lui � l'intitul� original, qui a pu lui para�tre d'une r�daction par trop lourdement solennelle pour �veiller la curiosit� du public.
Le voici en effet tel que le donnent nos manuscrits:
Seconde navigation faicte par le commandement & voulloir du tres chrestien roy Fran�ois premier de ce nom au parachevement de la descouverte des terres occidentalles estantes soubz le climat & paralleles des terres & royaulme dudict seigneur & par luy precedantement ja commenc�es a faire descouvrir. Icelle navigation faicte par Jacques Cartier natif de Sainct Malo de lisle en Bretaigne, pillote dudict seigneur, en lan mil cinq cens trente six.
Nous sommes dispos� � penser que le ms A n'est autre que l'exp�dition originale destin�e au roi, soit que Cartier lui-m�me ait �t� admis � la lui pr�senter, comme le donnerait � croire Lescarbot, soit qu'elle ait d� passer par les mains de l'amiral de Brion: l'�p�tre qui se lit en t�te des autres exemplaires, & fait corps avec eux, devait naturellement, dans une pr�sentation ou un envoi officiel, �tre mise s�par�ment sous les yeux du souverain, & voil� comment elle n'est pas jointe � la relation, qu'elle accompagnait sans doute, mais dont elle devait �tre mat�riellement d�tach�e. C'est dans les transcriptions ult�rieures seulement que l'�p�tre aura �t� r�unie � la relation, & les chapitres de celle-ci pourvus d'intitul�s auxquels on n'avait pas d'abord song�.
A ces additions pr�s, le ms B reproduit fid�lement le ms A; & le ms C leur est aussi presque enti�rement conforme: dans les cas cependant o� quelque diff�rence peut �tre remarqu�e, c'est le ms C que semblerait refl�ter plus particuli�rement la r�daction suivie par l'�diteur de 1545, aussi bien que celle dont a fait usage Lescarbot. Quant aux �ditions de Ternaux & de la Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec, elles ont �t� faites, l'une d'apr�s les mss B & C, l'autre sur l'ensemble des trois mss combin�s avec les extraits de Lescarbot. comme, pour certains mots, surtout pour les noms propres, la lecture des mss peut offrir quelque incertitude, il nous a sembl� utile de comparer entre elles les le�ons diverses auxquelles se sont arr�t�s les �diteurs successifs, & nous avons en cons�quence, pour la d�signation �ventuelle de ces publications, affect� sp�cialement la lettre L aux extraits de Lescarbot, la lettre T � l'�dition de Ternaux, & la lettre Q � l'�dition donn�e par la Soci�t� de Qu�bec.
Il nous a paru oiseux de noter scrupuleusement une � une toutes ses nuances d'orthographe dans les mots de la langue usuelle, toutes les inversions des mots d'une m�me phrase, tous ces petits riens qui eussent rendu le relev� des variantes aussi �tendu que le livre m�me: peut-�tre quelques lecteurs trouveront-ils que nous aurions du �laguer encore davantage. Quant aux noms propres, au contraire, ainsi qu'aux expressions peu us�es, nous avons cru que notre scrupule ne pourrait �tre trop grand; toutefois, m�me � cet �gard, il nous parait suffisant de dire ici une fois pour toutes, que le nom du voyageur lui-m�me, toujours imprim� Quartier par Lescarbot, & � son exemple par la Soci�t� litt�raire & historique de Qu�bec, est constamment �crit Cartier dans nos mss.
C'est � M. Fran�ois De Witt que le nouvel �diteur a confi� la t�che de relever les variantes que l'on trouvera consign�es ci-apr�s. L'indication comparative que nous avons donn�e plus haut, du contenu de chaque ms & de ses lacunes, nous dispense d'y revenir en d�tail dans le recensement qui va suivre. Comme l'accord g�n�ral des trois mss conduirait � une r�p�tition presque perp�tuelle, dans ce relev�, des trois lettres A B C r�unies, nous y avons substitu� comme un �quivalent, l'indication unique mss, laquelle � la rigueur serait m�me superflue quand il s'agit seulement de la correction de simples coquilles typographiques: parmi celle-ci il en est une tellement constante, qu'elle peut �tre signal�e en bloc par une annotation g�n�rale: il s'agit de toutes les d�signations des points de la rose des vents o� figure le mot ouest, plus souvent �crit ouaist dans nos mss, & que le typographe de 1545 a constamment imprim� Onaist & Ornaist.
Nos renvois s'expliquent ainsi qu'il suit: un premier chiffre rappelle d'abord le feuillet de notre texte imprim�, & l'une des minuscules italiques a ou b, qui l'accompagne, sp�cifie le recto ou le verso de ce feuillet; le nouveau chiffre qui vient ensuite d�signe, suivant que le nombre est simple ou double, la ligne ou les lignes auxquelles il faut se reporter; puis est r�p�t� le mot ou la s�rie de mots du texte sur lesquels porte la variante ou la correction, laquelle est plac�e vis-�-vis apr�s un tiret s�paratif. Toute observation ou annotation de notre fait est soigneusement renferm�e entre parenth�ses.
Voici donc, par le menu, le r�sultat de notre recension:
2 a 11-12 _declination_ - declinaison, B. C.
_ _ 13-14 _es autres_ - aux aultres, B C.
_ b 3 _esgallet�_ - egalite, B C.
_ _ 4 _suffit qu'il ayst_ - suffist qu'il est, B;
suffict quil y est C.
_ _ 9-10 _quelques genres ou esp�ces_ - quelque
genre ou esp�ce, B C.
_ _ 12 _leur nature_ - leurs natures, B.
_ _ _ par la vie - pour la vie, B.
_ _ 18 _ilz dient_ - ilz ont dict, B, ilz en dient, C.
_ _ 19 _afferment_ - afferm�, B.
_ _ _ trois inhabit�es - troys inhabitables, B.
3 a 1 _solstices_ - (ajoutez:) pour la grant
challeur & reverb�ration du souleil, B.
_ _ 2 _zenic des testes des habitans d'icelle_ - zenitt de la dicte
zone, B.
_ _ 9 _pensent... treuvent_ - pensoient... treuvoient, B C.
_ _ 10 _ou_ - la ou, B C.
_ _ 11 _d'icelluy_ - dicelles, B C.
_ _ 12 _aveuturer_ - aventurer.
_ _ 15-16 _je dictz_ - je diray, B.
_ _ 18 _ung mot_ - ung brief mot, B C.
_ b 7 _d'eulz_ - de soy, C.
_ _ 7-8 _� l'advanture_ - en ladvanture, B C.
_ _ 11 _saincte foy_ - tres saincte foy, B C.
_ _ 12 _des_ - desdictz, B C.
_ _ 14 _Je allegue_ - Jay allegu�, B C.
_ _ __ _par ce_ - pour ce, B.
_ _ 16 _reconce_ - recouce, B; retire, C.
_ _ 17 _faict_ - faisant, B.
4 a 2 _duquel_ - de quoy, B.
_ _ 3 _� mon foible_ - en mon simple, B.
_ _ 4 _plaist_ - pleust, B.
_ _ 6 _estans & habitans soubz_ - estantes & habitantes sur, B C.
_ _ 9 _ayt_ - aient eu, B C.
_ _ 12 _saincte_ - tres saincte, B C.
_ _ 13 _� la_ - en la, B C.
_ _ 17 _� l'occident_ - en loccident, B C.
_ _ 1 _saincte_ - tres saincte, B C.
_ _ 3-4 _eclipses_ - eclipser, B.
_ _ 5 _monster sa clert�_ - monstrer sa clarte, BC.
_ _ 8-9 _apostatz & imitateurs de Mahomet_ -(ces mots ne se trouvent
pas dans le ms B).
_ _ 9-10 _de jour en autre_ - de jour en jour, B.
_ _ 10 _opprimer_ - obnubiller, B.
4 b 12 _donnent_ - donnoient, B C.
_ _ 18 _paovres_ - princes, B _, pouvres, C.
5 a 19 _innumerable_ - la innumerable, B C.
_ b 2 _descend_ - decourt, B C.
_ _ 3 _permy_ - parmy, B C.
_ _ 8 _nostre dicte saincte_ - nostre dicte tres saincte, B;
nostre tres saincte, C.
_ _ 11 _cestuy present petit livre_ - ce present livre, C.
_ _ 11-12 _toutes choses_ - toutes les choses, B.
_ _ 16-17 _& terres_ - (le ms B ajoute:) les rottes dangiers &
gisement dicelles terres.
6 a 3 _en l'an_ - oudict an, A.
_ _ 16 _avec trois_ - avec lesdictz trois, mss.
_ _ 17 _environ_ - de environ, mss.
_ _ 18 _le_ - ledict, mss.
_ _ 19 _frosmond_ - Fromont, mss.
_ _ 21 _Montreueil_ - Montreul, mss; Montreal, LT; Montcevelles, Q.
_ _ 22-23 _Jehan poullet_ - (ce nom ne se trouve dans aucun des trois
mss non plus que dans L. C'est une �vidente interpolation,
qui se reproduit en divers endroits de la narration, & qui
demeure toujours exclusivement restreinte au texte imprim�
de 1545).
_ _ 23 _Le second_ - au second, mss.
_ _ 25 _environ_ - de environ, mss.
_ _ 27 _tiers_- tiers & plus petit, mss.
_ _ 1 _l'Emerillon_ - l'Hemerillon, mss.
_ _ 2-3 _le breton_ - Lebreton, A C; le Breton, B.
_ _ 4 _20_ - vingt sixiesmes, mss.
_ _ 7 _contraire_ - contraires, mss.
_ _ . _que_ - que jamais, mss.
_ _ 8 _la mer_ - ladicte mer, mss.
6 b 15 (Ici commence un nouvel alin�a dans les trois mss.)
_ _ 21 _quelle_ - Laquelle, C.
7 a 1 _du_ - de, mss.
_ _ . _labbaye_ - la baye, mss.
_ _ 3 _debvoyns_ - devyons, mss.
_ _ 12 _Ornaist_Surnaist_ - Ouaist Surouaist, mss.
_ _ 17 _Et_ - lesquelles, mss.
_ _ 18 _ladicte_ - de la dicte, mss.
_ _ 28 _grande voye_ - grandes bayes, mss.
_ b 2 _marthe_ - martre, mss,
_ _ 6 _Onaist_ - Ouest, mss.
_ _ 6-7 _yles saincte Marthe_ - ysles sainct Guillaume & aultres
ysles qui demeurent � ouaist surouaist des ysles saincte
Martre, mss.
_ _ 11 _le travers_ - jusques le trauvers, mss.
_ _ 13 _duquel_ - duquel cap, mss.
_ _ 16 _marthe_ - martre, mss.
8 a 4 _Nor onaist_ - Norouaist.
_ _ . _environ_ - � environ, mss.
_ _ 6 _Et parce_ - Et pour ce, mss.
_ _ 9 _feusmes charcher_ - allasmes sercher, mss.
_ _ 15 _une croix_ - Une grande croix, mss.
_ _ 19 _& se fault_ - Il se fault, C.
_ _ 23 _plusieurs bons hables_ - plusieurs hables, mss.
_ _ 25 _vii_ - viii�, mss.
_ _ 27 _deca_ - du su, mss.
_ _ 1 _Susur Onaist_ - Su Surouaist.
_ _ 4 _de Su_ - du Su, mss.
_ _ 8 _passaige... ventz... scavoit_ - posaige... temps...
pourroit, mss,
_ _ 15 _Le douziesme_ - le xiii�, mss.
_ _ l9 _de Sur Onaist_ - du Suouaist.
8 b 26 _l'an precedent a Canada_ - le premier voyage a Canada A B;
l'an precedant, C.
_ _ 27 _dudict_ - de la dudict, A B.
_ _ _ _commenceroit_ - commancoit, mss.
9 a 11 _donc_ - dont, mss.
_ _ 14-15 _Onaist sur Onaist_ - Ouest Surouest, mss.
_ _ 19 _mardy_ - mardy midi, mss.
_ _ 23 _devers_ - de devers, mss.
_ _ 24 _haultes... gisant_ - basses... gisantes, mss,
_ _ 25-26 _Onaist ung cart de Sur Onaist_ - Ouaist un quart de
Surouaist, mss.
_ _ 28 _habitable_ - habit�e, mss.
_ b 6 _grant Silenne_ - grand fleuve de Silenne, mss.
_ _ 7-8 _estroissent_ - estroississant, mss.
_ _ 8 _uis que_ - & puisque, mss.
_ _ 9 _doulce_ - doulce audict fleuve, mss.
_ _ 10 _n'auroit_ - navoit este, _X.
_ _ 15 _le reste dela dicte terre & coste_ - le reste & coste,
A B.
_ _ 16 _veoir_ - a veoir, mss.
_ _ 24-24 _nostre_ - le dict, A B.
_ _ 27 _Sur Ornaist_ - Surouaist, mss.
10 a 2 _de Su_ - du Su, mss.
__ _ 17 _lieue d'elle_ - lieue de terre elle, mss.
__ _ 24 sauvaiges - hommes, mss.
__ _ 27 _21_ - (T a lu XXe).
__ b 9 _bonne radde_ - bonnes raddes, mss.
__ _ . _& vingt_ - a vingt, mss.
__ _ 10 _de sablon_ - & sablon, mss.
__ _ 12 _bruynnes... faisoient_ - bruymes... faisoit, mss.
__ _ 13 _xxiiii� jour dudict moys_ - (ajoutez:) que nous
appareillasmes. Et avons este par la mer chemyn faisant
jusques au vingt neufiesme dudict moys, mss.
10 b 22 _son_ - sonne, mss.
__ _ 26 _Su Sur Onaist_ - Su Surouaist, mss.
__ _ 28 _marie_ - mar�e, mss.
11 a 1 _les nommasmes_ - le nommasmes, mss.
__ _ 2 _entrasmes_ - arrivasmes, C.
__ _ 5 _Best_ - lest, mss.
__ _ 15 _l'Onaist, Sur, Onaist_ - louaist Surouaist, mss.
__ _ 16 _du fleuve_ - dudict fleuve, mss.
__ _ 18 _de Saguenay_ - du Saguenay, mss.
__ _ 19-20 _sauvages_ - _hommes, mss.
__ _ 22 _& nonobstant_ - ce nonobstant, mss.
__ _ 25-26 _qui... arbre_ - Que... tel arbre, mss.
__ b 2 _barques des sauvages lesquelz venoient ver nous en grand
peur - barques de Canada qui estoient la venues pour
faire pescherie de loups marins & aultres poissons. Et
nous estans posez dedans ladicte riviere vint deux des
dictes barques vers noz navires, les quelles venoient en
une paour, mss.
__ _ 4 _recueillit_ - ressortit, A B; sortit, C.
__ _ 7-8 _seurement_ - seurement a bort, mss,
__ _ 12 _mares_ - maree, mss,
__ _ 15 _deux brasses_ - deux & trois brasses, mss.
__ _ 17 _de ce puantes_ - decepvantes, mss (L & Q ont transcrit
d�cevantes).
__ _ 23 _Sur Onaist_ - Surouaist, mss,
__ _ 26 _l'obbe_ - lebbe, mss.
12 a 1-2 _passames_ - posasmes, mss.
__ _ 3 _matin_ - au matin, mss,
__ _ 8 _marsouyns_ - merhoux, mss (L a lu moroux, T morhoux,
& Q morrues).
11 b 8 _Estre_ - estocq, mss; (L, T & Q lisent uniform�ment estoc).
__ _ 12 _ladicte riviere_ - ledict fleuve, mss.
12 a 14 _fors_ - fort, mss.
__ _ 16 _fleuve_ - fleuve ny pays, mss.
__ _ 25 _Adhothuys_ - adhothuys cy devant escriptes, AB;
(dictes, C).
__ b 20 _leur saison_ - les saisons, de quoy sera faict cy apres
mention, mss.
__ _ _ _encre_ - ancre, mss.
__ _22-23 _sauvaiges_ - hommes, C.
__ _ 25 _vouloient_ - voullurent, C.
__ _ 28 _Taignoagny_ - (L & Q ont lu Taignoagny),
13 a 2 _demener joye_ - faire grand chere, mss.
__ _ 3 _parler_ - partie, mss.
__ _ 9-10 _du pays_- dudict pays, mss.
__ _ 11 _chaire_ - chi�re, mss.
__ _ 12 _deux_ - deulx desdictes barques, C.
__ _ 28 _este_ - est, mss.
__ b 2 _&_ - Dom Agaya, AB.
__ _ 6 _qu'il leur_ - qui leur, mss.
__ _ 7 _fut_ - fut ledict seigneur, AB; fut icelluy, C.
__ _ 10 _Lors nostre_ - Et lors ledit, AB; Et lors nostre dict, C.
__ _ 19 _ledict Agouhanna_ - ledict seigneur, C.
__ _ 20 _Et feist_ - Et pareillement feist, mss.
__ _ . _ledict_ - nostre, C.
__ _ 21 _ses barques_ - noz barques, mss.
__ _ 22 _avant_ - amont, mss.
__ _ 26 _bort d'icelles_ - bout d'icelle, mss.
__ _ 27 _asseurg_ - affourq, mss (T a lu asfourq, L & Q affourc).
14 a 4 _ledict lieu_ - la dicte riviere, C.
__ _ 12 _noyers,yfz_ - noyers, pruniers, yfs, mss.
__ _ 15 _beau_ - bon, mss.
__ _ 19 _ledict_ - nostre dict, C.
__ _ 25 _enfans_ - (omis dans le ms C).
__ b 5 _voirre_ - verre, mss.
__ _ 9 _joye_ - feste, C.
__ _ _ _benne_ - venue, mss.
__ _ 17 _Hinanda_ - commanda, mss.
__ _ 23 _fors beaulx arbres_ - fort beaulx arbres comme chaisnes,
hourmes, pins, seddres & aultres boys, mss.
__ _ 26 _par ce_ - pour ce, mss.
15 a 1 _Bacchus_ - Bascuz, C.
__ _ 2-3 _terre a veoir, mais est_ - terre & unye, AB, terre & unye
mais elle est, C.
__ _ 6 _faicte_ - faict, mss.
__ _ 9 _le 14_ - le_lendemain 14, mss,
__ _ . _dudict moys_ - de Septembre, C.
__ _ 16 _noz_ - les, mss.
__ _ 22 _deffiance d'eux_ - deffiance, mss.
__ _ . _Le_ - nostre dict, C.
__ _ 26 _lors_ - & alors, mss.
__ _ 27 _Le lendemain 15 ledict cappitaine feust � terre avec
plusieurs_ - & le lendemain 15 dudict mois le cappitaine
accompagn� de plusieurs de ses gens fut a terre, AB.
__ _ 28 _ballifes_ - ballises, mss.
15 b 2 _lieu se_ - lieu trouvasmes & se, mss.
__ _ 3 _plusieurs_ - grand nombre de, AB.
__ _ 3-4 _entre aultre_ - entre aultres, AB.
__ _ 7 _d'ung_ - dudict, mss.
__ _ . _sans ce que aucun_ - sans quaucun, mss.
__ _ 14 _aultres_ - aultres de leur bande, C.
15 b 20 _a quoy leur respondit_ - a quoy respondit, mss.
__ _ 21 _leur_ - sa, mss.
__ _21-22 _laisseront_ - laisseroit, mss.
__ _ 24 _le dict_ - lesdicts, mss.
__ _ 26 _Lors_ - & lors, AB.
__ _ 28 _Et avant_ - car avant, mss.
16 a 3 _Donnacona_ - Donnacona ensemblement, AB; Donnacona tous
ensemble, C.
__ _ 7 _& le lendemain_ - Le lendemain (commen�ant un nouvel
alin�a dans les mss).
__ _11-12 _au dict Hochelaga_ - a Hochelaga, mss.
__ _ 15 _Domagaya &_ - Dom Agaya avec, mss.
__ _ 16 _que petis enfans_ - que enffans, mss.
__ _ 19 _festoyez_ - festoiez & receuz selon leur estat, mss.
__ _22-23 _ne vouloit_ - ne vouloit point, mss.
__ _ 23 _allast_ - allast avecques luy comme il avoit promis, mss.
__ b 1 _voulant_ - voulloit, mss.
__ _ 3-4 _ne feroient que aller & venir seulement Audict_ - ne
feroient seulement que aller veoyr, mss.
__ _ 7 _Et le lendemain_ - (ces mots commencent un nouvel alin�a
dans les mss).
__ _ 13 _lesdictes_ - noz dictes, mss.
__ _18-19 _une harengue_ - une grande harengue, mss.
__ _19-20 _de dix � douze ans_ - de dix ans, mss.
__ _ 23 _criz & hurlemens_ - criz, mss.
17 a 1 _Lors_ - Et lors, mss.
__ _ 3 _dudict seigneur_ - dudict seigneur Donnacona, mss.
17 a 9 _laisseroit y aller_ - laisseroit essaiyer aller audict
Hochelaga, mss.
__ _ 14 _aller_ - de aller, _B.
__ _ 19 _par ce_ - pour, mss.
__ _ 23 _bassin d'airain plain_ - bassin plain, C.
__ _ 27 _ledict Donnacona nostre cappitaine_ - ledict cappitaine,
mss.
__ b 7 _navires & gens_ - navires, mss.
__ _ 11 _& davant_ - Et auparavant, mss.
__ _14-15 _lequel estoit demeur� �_ - lesquelz estoient en, mss.
__ _ 17 _grand haste ainsi que si les eussions voulu_ - si grand
haste qu'il sembloit que les voulussions, AB.
18 a 3 _� Hochelaga_ - audict Hochelaga, C.
__ _ 4-5 _ilz habillerent_ - ilz firent habiller, mss.
__ _ 11 _& leur bande vint_ - & puis vindrent avec leur bande, B C.
__ _ 12 _lesquelz_ - AC.
__ _ 16 _tous du boys_ - tous, AB,
__ _ 17 _lesdictes_ - nosdictes, AB.
__ _18-19 _commence_ - commenca, AB.
__ _ 20 _vouloit_ - vouloit avoir, mss.
__ _ 21 _lequel luy respondit_ - a quoi luy respondit, ledict
Taignoagny, AB; lequel respondit, C.
__ _ 24 _Apparoissant_ - apparessant, mss.
__ b 7 _distant_ - distant desdictes navires, AB.
__ _10-11 _estans audict boys_ - estans retirez, mss,
__ _ 14 _Dom Agaya_ - Dom Agaya dudict boys, mss.
__ _ 27 _qu_ - que.
19 a 1 _Cudragny_ - Cudouagny, mss (c'est ainsi que lisent aussi
LTQ).
__ _ 4 _avoit_ - auroit, mss.
19 a 5 _mouroient_ - mourroient, mss.
__ _ 7 _Cudragny_ - Cudouagny, _FL.
__ __ 10 _Lors_ - Et lors, AB.
__ _ 14 _Desquelles parolles_ - De quoy, mss.
__ _ 15 _remercierent_ - remercierent fort, AB.
__ _ . _se retirent_ - s'en retourn�rent, mss.
__ _ 25 _pour_ - par, AB.
__ b 1 _� Hochelaga_ - audict Hochelaga, C.
__ _ 3 _le cappitaine_ - a quoy, mss.
__ _ 5 _par_ - pour, mss.
__ _ 14 _septembre_ - ( ajoutez:) comme dict est, mss.
__ _15-16 _avec ledict gallion_ - avec le gallion, mss.
__ _ 20 _viues_ - unies, mss.
__ _ 21 _beaulx_ - plus beaulx, mss.
__ _ 23 _ayent_ - y ayent, A B.
20 a 1 _les raisins_ - leurs raisins, C.
__ _ 2 _beaucoup_ - grant nombre, mss.
__ _ 3 _sur ledict_ - sur la rive dudict, mss.
__ _ 4 _tous poissons_ - tous bons poissons selon les saisons,
mss,
__ _ 12 _Ochelay_ - Achelaiy, AB; Achelayy, C, Achelaci,
Achelacy, TQ.
__ _ 15 _vindrent_ - la vindrent, mss.
__ _ 17 _faisoit_ - fit, mss.
__ _ 21 _avant_ - amont, mss.
__ _ 24 _enfans_ - (ajoutez:) a don, mss.
__ _ 25 _sept � huict_ - huict a neuf, mss.
__ _ . _reffusant_ - reffusa, mss.
__ b 1 _present_ - (ajoutez:) duquel remercia ledict seigneur
ledict cappitaine, mss.
__ _ 2 _celuy_ - ledict, A.
__ _ 5 _le 19_ - celluy l9, B; ledict 19, C.
__ _ 10 _des beaulx_ - des plus beaulx, mss.
__ _ 11 _noyers_ - (ajoutez:) pins, mss.
20 b 12 _briez, sandres_ - boulx, sauldres, mss; boulles,
saules, Q.
__ _ 13 _vignes_ - (ajoutez:) qui est le meilleur, AB.
__ _ 15 _chargez_ - tous chargez, mss.
__ _ __ _seulement_ - pareillement, mss.
__ _ 18 _serins, roussignolz_ - serins, linottes, rossignolz &
autres, mss.
__ _ 21 _Ledict 18_ - Ledict xviii�, mss.
__ _ 24 _amont_ - amont le dict lac, mss.
21 a 5 _les_ - noz, mss.
__ _ 8 _icelluy_ - icelles, mss.
__ _ 11 _brasse_ - (ajoutez:) de profond, mss.
__ _13-14 _vinsmes_ - vismes, mss.
__ _ 15 _trois_ - deux, mss.
__ _ __ _toutes icelles_ - (Ces mots commencent un nouvel alin�a
dans AB).
__ _18-19 _� mond_ - amont, mss.
__ _ 27 _aussy legierement que sy seust est�_ - anssi qu'il eust
faict, A B.
__ b 2 _mouceau_ - monceau.
__ _ 2-3 _lesquelz viven_ - qui vont, mss.
__ _ 4 _bons � merveilles_ - (ajoutez:) a menger, AB.
__ _ 13 _laisserent_ - laissa, BC.
__ _ 16 _Le lendemain_ - (L & Q ajoutent:) vingt neufi�me de
septembre.
__ _ 19 _pouoyr_ - de pouoyr, mss,
__ _ 24 _icelle_ - icelles, mss.
__ _ 25 _des_ - de partie des, mss.
22 a 1 _du pont_ - du Pont Briand, mss.
__ _ 3 (Le nom de Jehan Poullet ne se trouve dans aucun des trois
mss,)
__ _ 4 _jallobert_ - Jalobert, AB.
__ _ 5-6 _soubz le cappitaine des deux autres navires_ - soubz
ledict Cartier, A B; soubz ledict cappitaine, C.
22 a 9 _dixnefiesme_ - deuxiesme, mss.
__ _ 11 _d'ou_ - du lieu ou, mss.
__ _ 12 _quarante cinq_ - environ quarante cinq, mss.
_ _ _ _Auquel_ - Durant lequel temps, AB; Auquel temps, C.
__ _ 19 _aures menues choses_ - aultres menues hardes, AB.
__ _ 26 _Les femmes d'aultre, & les enfans de l'autre_ - & les
femmes de leur part & les enffans d'aultre, mss.
__ _ 27 _& apres ce_ - Lesquels, AB; Et, C.
__ b 2 _qui_ - lequel ilz, AB; quilz, C.
__ _ 8 _chaire_ - chere, mss.
__ _ _ _apportoient leurs_ - apportoient les femmes leurs, AB.
__ _ 12 _bon recueil_ - bon voulloir, AB.
__ _ 14 _des petites_ - certaines, mss.
__ _ 16 _des barques_ - desdictes barques, mss.
__ _ 19 _a plus pres_ - au plus pres, mss.
22 a 2 _hommes_ - mariniers, B.
__ _ 4 _& la_ - & de la, B.
__ _ 10 _en_ - a, mss.
__ _16-18 _possible, & plus belle terre & meilleure qu'on scauroit
veoir, toute_ - possible de veoir & la plus belle terre &
meilleure, AB; possible & des plus belles terres du
monde, C.
__ _ 23 _ville_ - (ajoutez:) de Hochelaga, mss.
__ _ 27 _ce que feismes, lors_ - Et lors, AB.
__ _ __ _ledict seigneur_ - ledict Agohanna, C.
__ b 7 _croix_ - (ajoutez:) & remembrance de crucifix, mss.
23 b 16 _situ�e_ - situ�e & assize, mss.
__ _ 25 _de long_ - du long, C.
__ _ 26 _de haulteurs_ - de la haulteur, mss.
__ _ 27 _n'y a_ - & ny a, C.
24 a 3 _chailloux. Pour_ - cailloux pour, mss.
__ _ 9 _large_ - larges, mss.
__ _ 11 _estres_ - aistres, mss; aires, LQ.
__ _ 13 _place_ - salle, mss.
__ _ 14 _y vivent_ - & vivent, mss.
__ _ 15 _leur_ - leurs, mss.
__ _ 22 _le massent_ - la massent, mss.
__ _ 23 _tourteaulx_ - des tourteaulx, AB,
__ b 1 _grosses_ - de grosses, mss.
__ _ . _Ilz ont_ - Ilz ont aussy, mss.
__ _ 3 _poisson_ - (ajoutez:) scavoir anguilles
& aultres, AB.
__ _ 9-10 _peaulx de bestes sauvaiges, de quoy font leur vestement
& couverture_ - couvertures de peaulx de quoy font leurs
vestemens, scavoir louiers, bievres, martres, regnards,
chatz sauvaiges, dyns, serfs & aultres sauvaiges, Mais
la plus grand partie deulx sont quasi tous nuds, mss;
(pour louiers, L a lu loires, T loveres, Q loirs; & pour
bievres, qui signifie lapins, T a lu chievres).
__ _11-12 _Esurgny_ - Enogny, A; Esnogny, B C; (L & Q ont lu
Esurgny, T Esvogny).
__ _ 17 _fessens_ - fesses, mss.
__ _ 18 _au lieu_ - es lieux, mss.
__ _ __ _Esurgny_ - Enogny, mss.
25 a 1 _n'en font_ - ne font, mss.
__ _ 3 _ne font_ - ne sont, mss.
25 a 11 _choses_ - (ajoutez:) que ledict cappitaine leur fist, B C.
__ _ 13 _Apres que_ - Ainsi comme, mss.
__ _ 20 _place_ - grand place, C.
__ _ 22 _audict lieu_ - (ajoutez:) ce que fismes, mss.
__ _23-24 _les filles & femmes_ - toutes les femmes & filles, mss.
__ _ 26 _frotter_ - baiser, A.
__ b 3 _nous_ - en nous mss.
__ _ 4 _� leurs dictz_ - leurs dictz, AB.
__ _ 8 _soudain_ - incontinent, mss.
__ _ 9 _chascun_ - chascune, mss.
__ _ 15 _Agouhanna_ - Agohanna, AB.
__ _ 18 _au pres_ - pres, A B.
__ _ 23 _lencontre_ - lentour, mss.
__ _ 26 _percluz_ - percluz & malade, mss.
__ _ 28 _leurs_ - en leur, mss.
26 a 2 _luy faisant signe_ - le priant, AB; luy disant, C.
__ _ 3 _qu'il luy pleust les_ - les vouloir, AB.
__ _ _ _toucher_ - (ajoutez:) comme sil luy eust demande
garison & sante, mss.
__ _ _ _lequel cappitaine les frota_ - Et lors le cappitaine
commenca a luy frotter les bras & jambes, mss.
__ _ 21 _saincte foy_ - (ajoutez:) & de la passion de nostre
Saulveur, mss.
__ _ 23 _paires_ - paire, mss.
__ _ 25 _le_ - la, mss.
__ b 21 _aucune saveur_ - goust de sel, mss.
__ _ 23 _manger_ - repaistre, mss.
27 a 2 _y a_ - dont il y a, mss.
__ _ 6 _qu'il est_ - qu'il soit, mss.
__ _ 10 _auquel va_ - ou il y a, mss,
27 a 11 _qu'il est_ - quil soit, mss.
__ _ 12 _passer_ - de passer. Et voyons icelluy fleuve, mss.
__ _ 16 _environ_ - a environ, mss.
__ _18-19 _qui nous avoient conduict_ - qui �toient presens, C.
__ _ 23 _par faute de langue_ - (Ces mots manquent dans les trois
mss,)
__ _ 25 _liues_ - lieues, mss.
__ b 3 _royaulme_ - royaulme & province, mss.
__ _ 5-7 _estoit_ - est, mss.
__ _ 8 _noz compaignons marinyers_ - noz mariniers, mss.
__ _ 10 _y a_ - y avoit, mss.
__ _10-11 _Agoujonda_ - Agojuda, mss; (T lit Agoinda.)
__ _ 12 _sont_ - estoient, mss.
__ _ 22 _demandant_ - & demandant, A.
__ _ 24 _Et monstrerent_ - & monstrant, mss.
28 a 26 _icelle_ - icelle riviere, mss.
__ _ . _la nature_ - le profond & nature, mss.
__ _ 27 _ce qu'il_ - ce que, mss.
__ _ 28 _Et_ - mays, mss.
__ b 3 _audict hable_ - au hable, B.
__ _ 6 _veint_ - vint, B C.
__ _ 10 _audict hable_ - au hable, A C.
__ _ 16 _& autres_ - aux aultres, mss.
__ _ 18 _toute la puissance du pays_ - tout le pays, mss.
__ _ 22 _autres: lesquelz feirent une merveilleuse feste a nostre
cappitaine, faignans avoir grand joye de nostre venue:
lequel_ - aultres pour veoir ledict cappitaine & luy
firent une merveilleuse feste, faignans estre joyeulx de
sa venue, lequel pareillement, mss.
28 b 26 _ledict_ Ledict seigneur, AB.
29 a 1 _aller_ - l'aller, mss.
__ _ 2 _Canada_ - a Canada, mss.
__ _ 8 _dou... lesdictes... d'une lieue_ - du lieu ou...
noz... demye lieue, mss.
__ _ 14 _femmes_ - femmes & filles, C.
__ _ 20 _chascun_ - chascune, mss.
__ _ 25 _yues_ - yver, mss.
__ _ _ _& nous fut_ - & fut, AB.
__ _ 26 _monstr�_ - monstr� audict cappitaine, AB.
__ _ 27 _d'homme_ - d'hommes, mss.
__ b 1,4,11 _Trudamans_ - Toudamans, mss; Tondamans, T.
__ _ 1 _devers_ - de devers, mss.
__ _ 3 _& nous fut dict_ - Oultre nous fut dict, A.
__ _ 7 _Honguedo_ - Hongnedo, L.
__ _ 16-17 _reterasmes_ - retirasmes, mss.
__ _ 22 _Dieu_ - Dieu qui vaille, mss.
__ _ _ _a ung_ - en ung, mss.
__ _ 23 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
__ _ 24 _qu'ilz parlent_ - quil parle, mss.
30 a 5 _Et s'envont_ - puis vont, AB.
__ _ 7 _le tout_ - ces choses, mss.
__ _ 9,17 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
__ _ 10 _& dict qu'il_ - & quil, mss.
__ _ 13 _cestuy_ - en cestuy, mss.
__ _ 17 _Agoujonda_ - Agojuda, mss.
__ _ 23 _remonstrant_ - remonstrast, mss.
__ _ 25-26 _retourneryons_ - retournerons, mss.
__ b 1 _ce que_ - ce quilz, mss.
__ _ 3 _leur fust faicte_ - fist le cappitaine, mss.
__ _ 4 _tres joyeulx_ - (ajoutez:) & le remercierent, mss.
30 b 5 _en communaut�_ - quasi en communaut�, mss.
__ _ 6 _sont vestus_ - sont tous vestus, mss.
__ _ 9 _qu'ilz font de peaulx - (Ces mots manquent dans les
trois mss.)
__ _ 11 _leur_ - le, mss.
__ _ 12 _jamais ne_ - jamais les femmes ne, mss.
__ _ 14 _pell�_ - pille, mss,
__ _ 15 _du doz d'ung cousteau_ - dung cousteau, AB.
__ _ 25 _plaines_ - aussi plaines, AB.
31 a 5 _Osizy_ - Ozisi, mss.
__ _ 6 _de ce mesme_ - de Ce mesme bled, AB; de semblable
bled, C.
__ _ 7 _on_ - ont, mss.
__ _ 9 _& de_ - de, mss.
__ _ 15 _eu lieu_ - en lieu, mss,
__ _ 25 _esprouv�_ - experimente, AB.
__ b 9 _tous nudz_ - quasi tous nudz, mss.
__ _ 9-10 _fort a croire_ - increable, mss.
__ _ 12-13 _hours, lievres, martres, regnardz & aultres_ - & ours
desquels nous apportoient, mais bien peu pour ce quilz
sont (fort gourmands &, C) villains de leurs vivres, AB.
__ _ 17 _me semble_ - Il me semble, AB.
__ _ 18 _� dompter_ - (ajoutez:) en telle facon & maniere que
lon vouldroit, AB.
__ _ 20 (Entre le chapitre qui vient de finir & celui qui
commence au bas de la m�me page, l'�dition de 1545
reproduite dans ce volume, offre une lacune de deux
chapitres contenus dans les trois manuscrits de la
Biblioth�que imp�riale; ils pourraient �tre imm�diatement
ins�r�s ici, mais il sera plus commode pour le lecteur
de les trouver � la fin de cet appendice, en dehors de
la recension de d�tail qui nous occupe en ce moment.)
__ _ 20 _fleuve_ - fleuve en general, B C.
32 a 4 _le plus seur_ - le plus parfond & le plus seur, mss.
__ _ 8 _de Saguegnay_ - du Saguenay, mss.
__ _ 9 _barcqs_ - bancqs, mss,
__ _ 11 _plusieurs_ - grand nombre de, A B.
__ _ 13 _� la terre_ - en la terre, mss.
__ b 5 _bort_ - bout, mss.
__ _ 6 _affoug_ - affourq, mss.
__ _ 9 _long_ - large, mss.
__ _ 12 _comme jamais homme veist_ - qu'il soit possible de
veoir, AB.
__ _ 13 _de Donnacona_ - du seigneur Donnacona, AB.
__ _ 18 _Araste, Starnatau_ - Ajoaste, Starnatan, mss.
__ _ 19 _Scitadin_ - Satadin, LTQ.
__ _ 24 _demeurerent_ - demeurent, mss.
__ _ 25-28 _& la demourance & peuple de Tequenondahi, qui est sur
une montaigne & la ville de Hochelay, Lequel Hochelay
est ung plain pays_ - est la demourance du peuple de
Tequenonday & de Hochelay, Lequel Tequenonday est
sus une montagne & laultre en ung plain pays, mss.
33 a 12-13 _bestes_ - (ajoutez:) Nous y avons veu les pas d'une
beste qui n'a que deux pieds, laquelle nous avons
suyvie longuement pardessus le sable & vaze, laquelle
a les pieds en ceste facon, & grands dune paulme & plus,
mss.
33 a 16-17 _des bestes_ - dicelles bestes, AB,
__ _ 17 _nulz_ - nulz aultres, AB,
__ _ 21 _turnis_ - tarins, mss.
__ _ 27 _memoire_ - memoire d'homme, mss.
__ 6 11 _Canada_ - (ajoutez, � la ligne:) Item trouverez en
juing, juillet & aoust force macquereaulx, mulletz,
bars, sartres, grosse anguilles, & aultres poissons.
Ayant leur saison passee y trouverez lepelan aussi bon
que en la riviere de Saine. Puis au renouveau y a force
lamproys & saulmons. Passe ledict Canada y a force
brochetz, truytes, carpes, braumes & aultres poissons
deaue doulce. Et de toutes ses sortes de poissons faict
ledict peuple de chascun selong leur saison grosse
pescherie pour leur substance & victuaille, mss.
__ _ 15 _revenuz_ - arrivez, mss.
__ _ 18 _plus prochains_ - les plus prochains, AC.
__ _ 22-23 _Donnacona_ - (ajoutez:) Taignoagny, Dom Agaya, mss.
__ _ 25 _plus loing_ - loing, mss.
34 a 5 _chemin dudict_ - chemin, & plus seur, est par ledict,
mss.
__ _ 6 _� Hochelaga_ - au dessus de Hochelaga, mss.
__ _ 18 _entrent_ - entrant, mss.
__ _ 19 _lacz d'eaue_ - (ajoutez:) fort larges, mss.
34 a 26 _aller_ - (ajoutez:) avec leurs barques depuis Saincte
Croix, mss.
__ _ 27 _il y a_ - il ny a, mss.
__ b 3 _pommes_ - prunes, mss,
__ _ 5 _& femmes_ - & habitans, mss.
__ _ 8 _s'il y avoit_ - sil y a, mss.
__ _ 9 _L'estime_ - Je estime, mss.
__ _ 11 _marches_ - merches, mss.
__ _ 12 _maladie_ - maladie & mortalite, B C.
__ _ 14 _imbouez_ - enlevez, mss; infect�s, Q.
__ _ 22 _& ne_ - & de ne, mss.
__ _ 26 _& de leur_- & leur, mss.
35 a 6 _tout_- tous, mss.
__ _ 17 _veoyent_ - veyoient debout, mss.
__ b 4 _La messe dicte & celebree_ - Ladicte messe dicte &
chantee, mss.
__ _ 6 _Dame de_ - Dame, qui se faict de prier a, mss.
__ _ 10 _vingt deux ans_ - vingt ans, mss.
__ _ 11 _nous estoit_ - estoit, mss.
__ _ 13 _cognoissance_ - aucune cognoissance, mss.
__ _ 21 _infect_ - & infect, mss.
__ _ 27-28 _� mieulx_ - au mieulx, mss.
36 a 1 _pardonne_ - pardoint, mss.
__ _ 9 _pour son compaignon_ - pour les aultres, mss.
__ _ 22-33 _faisoit_ - il faisoit, mss.
__ _ 24 _du fort_ - du parcq, mss.
__ b 3 _donner_ - chommer, mss.
__ _ 4 _croyent_ - croyoient, mss.
__ _ 6 _caillousz_ - cailloudz, mss.
__ _ 17 _& places_ - englassez, mss.
37 a 1 _avoit_ - y avoit, mss.
__ _ 10 _contenoit... dudict_ - contient... de, mss.
37 a 11 _durant lequel temps_ - auquel temps, mss.
__ _ 14 _eussions_ - (ajoutez:) lesquelz mouroient de la maladie
sus dicte, mss.
__ _ 24-25 _guariz apres avoir us� dudict arbre_. - guariz &
recouvert tous ses malades sante apres en avoir use, B C.
37 b 4 _dehors du fort_ - hors du parc, C.
__ _ 8 _dix_ - depuys dix, mss.
__ _ 9 _de ladicte_ - de la propre, mss.
__ _ 12 _tout_ - tous, mss.
__ _ 16 _deliber�_ - guery, AB; delibvre, C.
__ _ 17 _il estoit_ - il festoit, mss.
__ _ 18 _ordre_ - aide, mss.
__ _ 21 _qu'il avoit_ - que avecq, mss.
__ _ 22 _dont il_ - il, mss.
__ _ 23 _c'stoit_ - cestoit, mss.
39 a 3 _femmes_ - (ajoutez:) avecq le cappitaine, mss.
__ _ 4 _lesquelles_ - lesquelz, mss.
__ _ 9-10 _toute maladie_ - toutes maladies, mss.
__ _ 11 _Ameda_ - Amedda, mss; Annedda, LTQ.
__ _ 9-10 _Tout incontinent_ - Tost apres, mss.
__ _ 24 _cinq_ - puis cinq, mss.
__ - 27 _ladicte_ - sus ladicte, mss.
__ b 1-2 _que chesne qui soit en France_ - que je viz jamais
arbre, mss.
__ _ 2-3 _en six jours_ - en moins de huit jours, mss.
__ _ 11 _Donacona_ - Donnacona, B C.
__ _ 12 _aultres_ - (ajoutez:) partirent de Stadacone, B C.
__ _ 14 _furent_ - lesquelz furent, BC.
__ _ 24 _estoient_ - estoient grandes, mss.
39 a 10 _ilz eussent_ - ilz neussent, mss.
__ _ 18 _aymoient l'emporter_ - laymoient remporter, mss.
39 a 23 _du malade_ - le malade, B C.
__ _ 25 _vers luy_ - le veoyr, B C.
__ _ 6 _dient_ - nous dirent, mss.
__ _ 7 _cher_ - chaire, mss.
__ _ 21 _au_ - audict, mss.
__ _ 22 _seroit_ - estoit, mss.
__ _ 24 _qui nos donna doubte_ - Au moyen de quoy eusmes
suspection, mss.
__ _ 26 _serviteur_ - (ajoutez:) nomme Charles Guyot lequel
estoit plus que nul aultre ayme du peuple de tout le
pays, mss.
__ _ . _accompaign� de Jehan poullet_ - (Ces mots ne se trouvent
dans aucun des trois mss, pas plus que dans L.)
__ _ 28 _que_ - qui, mss.
40 a 1-2 _faignans les dictz poullet & serviteur_ - ledict
serviteur faignant, mss.
__ _ 3 _qu'ilz avoient est�_ - quil avoit demoure, mss.
__ _ 4 _� leur ville_ - (Ces mots manquent dans les trois mss.)
__ _ 4-5 _lesquelz luy porterent_ - lequel luy porta, mss,
__ _ 5 _aucun petit present_ - aucun present, mss.
__ _ 6 _leur venue_ - sa venue, mss.
__ _ 7 _se couche_ - se coucha en disant audict serviteur quil
estoit fort malade, mss.
__ _ . _apres allerent_ - apres alla ledict Charles, mss.
__ _ 9 _trouverent_ - trouva, mss.
__ _ 10 _on si_ - on ne si, mss,
__ _ 13-14 _les... leur_... - le... luy, mss,
__ _ 15 _faire ce plaisir_ - faire plaisir, mss.
__ _ 20 _& que ledict serviteur_ - quil, mss.
40 a 21 _dire_ - luy dire, mss.
__ _ 26 _Aussi_ - Et aussi, mss.
__ _ 27-28 _le dict seigneur_ - (ajoutez:) Donnacona, mss.
__ b 1 _Accidentaulx_ - Occidentaulx, mss.
__ _ 10 _Picquemyans_ - Picquenyans, mss; Picqueniaux, L;
Picquenions, T; Piquemains, L.
__ _ 16-17 _lesdictz Poullet & serviteur eurent faict leur_ - ledict
serviteur eut faict son, mss.
__ _ 21 _vouloit_ - vouldroit, mss.
41 a 4 _Sicadin_ - Stadin, AB; Sitadin, C; Stadin, LTQ,
__ _ 7 _les_ - le, AB.
__ _ 14 _Enfin_ - Mais en fin, AB.
__ _ 21 _enfans_ - garcons, AB.
__ b 4 _dudict lieu_ - dudict Stadacone, mss.
__ _ 7 _ledict seigneur_ - le seigneur, B.
__ _ 13 _solempnit� de la feste_ - solempnite & feste, mss.
42 a 16 _il entreroit_ - ilz y yroient, AB; ilz entreroient, C.
__ b 1 _& de deux autres_ - & deux aultres, mss.
__ _ 11 _la prinse_ - ladicte prinse, mss.
__ _ 16 _retirez_ - tous retirez, mss.
__ _ 17 _garde_ - (ajoutez:) ledict seigneur & ses compaignons,
AB.
__ _ 27 _hurlant_ - ullant, AB.
43 a 1 _Agouhanna_ - Agohanna! Agohanna! mss.
__ _ 3 _n'y lendemain_ - ny le matin, mss.
__ _ 14 _Roy de France_ - (ajoutez:) son maistre, mss.
__ _ 16 _aultres_ - aultres lieux, mss.
__ _ 24 _d'entendre par faulte de langue_ - descripre par
faulte de lentendre, mss.
__ a 25 _vissent_ - vinssent, mss.
__ b 2 _commencerent_ - commencoient a faire, mss.
__ _ 5 _de Esurgny_ - dEnogny, A B; dEsnogny, C,
__ _ 11-12 _commanda_ - leur commanda, A B.
__ _ 12 _le lendemain_ - (Ces mots ne sont dans aucun des
trois mss.)
__ _ 15 _paisles_ - pailles, AB; bailles, Q.
44 a 6 _Le cinquiesme_ - Le lendemain cinquiesme, mss.
__ _ 11 _ilz estoient_ - y estoient, mss.
__ _ 17 _estre_ - apres estre, AB.
__ _ 18 _leur_ - (Ce mot manque dans les mss.)
__ _ 26 _mais qu'il_ - que mais quil, AB.
__ b 2 _desurgny_ - dEsnogny, mss.
__ _ 3-4 _le peuple_ - tout le peuple, mss.
__ _ 7-8 _vinsmes_ - (ajoutez:) poser au bas de lisle dOrleans
environ douze lieues de Saincte Croix. Et le dymanche
vinsmes, mss.
__ _ 9 _au seziesme_ - au lundy xvi�, mss.
__ _ 23 _a une voix_ - tous a une voix, mss.
__ _ 27 _du Saguenay_ - dudict Saguenay, mss.
45 a 1 _Desurgny_ - desnogny, mss.
__ _ 5 _ledict cappitaine_ - (ajoutez:) puis s'en retournerent.
Le passaige est plus seur & meilleur entre le Nort &
ladicte ysle que vers le Su pour le grand nombre des
basses, bancqs & rochiers qui y sont & aussi quil y a
petit fondz, mss.
__ _ 16 _par ce_ - pour Ce, mss.
__ _ 21 _au 21_ - au XXI� jour, mss.
45 a 23 _Honguedo_ - (ajoutez:) entre lisle de lAssumption &
ledict Honguedo, mss.
_ _ 25 _le travers_ - jusques le travers, mss.
_ _ 26 _de l'abbaye_ - de la baye, mss.
__ b 1 _veismes_ - vinsmes, mss.
_ _ 2 _ce que ne voulions_ - ce que voulions, mss.
__ _ 2-3 _pour l'abbreg�_ - pour la barge, AB.
__ _ 15 _icelle_ - icelle mer, mss.
__ _ 16 _changeoit_ - chargeoit, mss.
__ _ 21 _deux lieues & demye_ - vingt deux lieues & demye, mss.
__ _ 23 _haultes... demeurent_ - aultres.... demouroient, mss.
_ _ 24 _Araynes_ - (ajoutez:) & pareillement lesdictes Araines
estre ysle & ladicte terre, qui est terre haulte & unye,
estre terre certaine, se rabatant au Norouaist, mss.
46 a 1 _arrivasmes celluy jour au_ - nommasmes celui cap, mss.
__ _ 5 _veismes_ - demeure, mss.
__ _ 11 _du cap_ - dudict cap, mss.
__ _ 20 _Onaist, Noronaist a une, vingt trois lieues_ - Ouest
Norouaist a 2, 3, & 4 lieues, mss.
__ _ 28 _Rougnoze_ - Rougnouse, mss.
__ b 17 _Honnacon_ - honnaccon, C.
__ _ 19 _Indahir_ - indaic, AB; indayc, C.
__ _ 23 _assem_ - assen, mss.
__ _ 25 _aggourzy_ - aggoursy, A B.
47 b 2 _hegata_ - hecgata, C.
__ _ 6 _osuache_ - Esnache, C.
__ _ 13 _coustez_ - costes, AB.
__ _ 14 _aggruascon_ - aggoascon, mss.
47 a 17 _le genouil_ - les genoilz, A B.
__ _ . _agochinegodasion_ - agochinegodascon, mss.
__ _ 18 _agouguenchonde_ - agouguenonde, C.
__ _ 23 _aynoascon_ - agnascon, mss.
__ _ 24 _ung_ - le, mss. (Entre les lignes 24 & 25 doivent �tre
ajout�s, d'apr�s les trois mss, trois articles, omis
ici & qu'on trouvera r�unis avec beaucoup d'autres qui
sont dans le m�me cas, � la fin du vocabulaire.)
__ _ 26 _agrueste_ - aggruette, mss.
__ b 3 _propoinct_ - pourpoinct, A; prepoinct, B C.
__ _ . _coioza_ - coja, AB.
__ _ 7 _castrua_ - castona, mss.
__ _ 8 _osizy_ - ozisy, AB.
__ _ 11 _quahouascon_ - quahoachon, mss.
__ _ 22 _cajognem_ - Cajognen, mss.
__ _ 24 _heuleuxime_ - heuleuzonne, mss.
__ _ 26 _hoga_ - honga, mss.
__ _ 27 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
48 a 2 _quatsream_ - quat srean, mss.
__ _ 3, 5 _casigno_ - quasigno, mss.
__ _ 4 _aignaz_ - aigay, mss,
__ _ 6 _quaddadia_ - quadadia, mss.
__ _ 10 _agheda_ - aggoheda, mss.
__ _ 13 _ung... quahetam_ - une... quahetan, mss,
__ _ 16 _de dains ilz dient que se sont moutons & Les appellent_
- ung daim, mss.
__ _ 19 _agayo_ - aggayo, AB.
__ _ 20 _ouyayes_ - oayes, mss.
__ _ 21 _le chemin_ - ilz appellent le chemin, C.
__ _ 22 _ou_ - &, AB.
48 a 24-25 (Cet article manque dans le mss C.)
__ _ 3 _cahoha_ - cahena, A B; cahona, C.
__ _ 4 _agogasy_ - agongasy, A B.
__ _ 11 _odazan_ - odayan, A B; odaian, C,
__ _ 12 _azista_ - asista, mss.
__ _ 14 _canocha_ - quanocha, mss.
__ _ 18 _adanahoe_ - adhanaoe, C.
__ _ 20 _adhoasseue_ - addasene, mss.
__ _ 21-23 (Cette phrase est remplac�e dans les mss de la mani�re
suivante:) Nota que leur seigneur nomme Donnacona a
este a une terre ou ilz sont une lune a aller avecques
leurs barques, depuis Canada a ladicte terre en laquelle
il y croist force canelle & giroffle, AB. - Nota quil
fault une lune a naviguer avecques leurs barques despuis
Hochelaga pour aller a la terre ou se prend ladicte
canelle & giroffle, C.
__ _ 24 la canelle - ladicte canelle, AB.
(Nous r�unissons en une seule s�rie, pour former le compl�ment de ce vocabulaire, les articles omis dans l'�dition de 1545, & qui se rencontrent � diverses places, soit uniform�ment dans les trois mss, soit seulement dans le mss C, plus riche sous ce rapport que les deux autres; leur place est indiqu�e par le double chiffre des lignes entre leaquelles ils se trouvent intercal�s.)
47 a 24-25 La barbe du menton - ostone, mss.
__ _ _____ La barbe du vit - aggousson, mss.
__ _ _____ Les coillons - xista, mss.
47 b 16-17 Senelles de buisson - aesquesgoua, AB; aesquesgoa, C.
__ _ _____ Petites noix - undegonaha, mss.
__ _ 24-25 Des ollives - houocohonda, mss.
48 a 9-10 Cela ne vault rien - Cahany quahouquey, mss.
__ _ 13-14 Des plumes - heccon, mss.
__ _ 25-26 Quand ilz veullent dire adieu a quelcun
ilz dient - hedgaguehanyga, mss.
__ _ _____ Chanter - theguehoaca, mss.
__ _ _____ Rire - cahezem, mss.
__ _ _____ Pleurer - agguenda, mss.
__ _ _____ Danscer - thegoaca, C.
__ b 4-5 Eaue doulce - ame, mss.
__ _ 11-12 Grand mersoin - adguyensce, C.
__ _ _____ Mon amy - agniase, mss.
__ _ _____ Courez - thodoathady, mss,
__ _ 13-14 La fumee me fait mal es yeulx - quea quanoague eguta, mss.
__ _ _____ Ung tel est mort - camedane, mss.
__ _ 16-17 Nota que leur seigneur a nom Donnacona (T a lu
constamment ce nom Donnacoua) & quant ilz le veullent
appeler seigneur ilz l'appellent Agouhanna, C.
__ _ _____ Quand ilz veullent dire injure a quelcun ilz lappellent
Agojuda que est a dire mechant & traitre - agojuda, mss.
__ _ _____ Villain - aggousay, mss.
__ _ _____ Ilz appellent lherbe de quoy ilz usent en leurs cornetz
durant lyver - quiecta, mss.
__ _ _____ Herbe commune - hanneda, C.
__ _ _____ Il y a de gros ratz en ledict pays qui sont gros comme
connins lesquelz sentent le musque & les appellent -
houtthe, AB.
__ _ _____ Quant une personne est si viel quil ne peult chemyner
ilz lappellent - agoudesta, mss.
__ _ 20-21 Mon cousin - hegay, mss.
__ _ _____ Mon nepveu - ynadin, mss.
__ _ _____ Ma femme - ysaa, mss.
__ _ _____ Mon enffant - aguo, mss.
__ _ _____ Cheminez - quedaque, C.
__ _ _____ Dou venez vous - Canada Undagneny, C.
__ _ _____ Donnez cela a quelcun - taquenonde, C.
__ _ _____ Gardez moy cecy - sodanadega mesganiy, C.
__ _ _____ Ou est alle cestuy - quanehoesnon, C.
__ _ _____ Fermez la porte - asnodyan, C.
__ _ _____ Va querir de leaue - sagethemme, C,
__ _ _____ Va querir quelcun - achedascone, C.
__ _ _____ Grand - estahezy, mss.
__ _ _____ Petit - estahagza, mss.
__ _ _____ Gros - houganda, mss.
__ _ _____ Gresle - houcquehin, AB; hocquehin, C.
__ _ _____ Le soir - Angau, C.
__ _ _____ La nuyct - Auhena, C.
__ _ _____ Le jour - Adeyahon, C.
__ _ _____ Quand ilz veullent faire quelque exclamation ilz dient -
aggondec, A B.
Ici se termine la recension de d�tail des variantes offertes par les manuscrits & les �ditions du second voyage de Jacques Cartier au Canada. Nous avons renvoy� � cette place l'addition � faire, � l'�dition de 1545 repr�sent�e par le pr�sent volume, des deux chapitres omis dans la copie (si soigneusement enrichie au contraire des faits & gestes de l'important personnage Jehan Poullet!) sur laquelle a �t� ex�cut�e cette primitive �dition.
Elle ne pr�sente, en effet, qu'un total de vingt chapitres, � s�parer en deux parts de dix chapitres chacune, entre lesquelles doivent justement s'intercaler les deux chapitres oubli�s, que voici:
Comme ledict peuple de jour en jour nous apportoient du poisson & de ce quilz avoyent a noz navires, & comme par l'advertissement de Taignoagny & Dom Agaya ledict peuple se retira de venir & comme il y eut aucun discort entre nous & eulx.
t despuis de jour en aultre venoit
ledict peuple a noz navires & apportoient
force anguilles & aultres
poissons pour avoir de nostre marchandise,
de quoy leur estoit baille cousteaulx,
allaisnes, patenostres & aultres menues choses
dont se contentoient fort; mais nous aperceusmes
que les deux meschans que avions
apportez leur disoient & donnoient a entendre
que ce que nous leur baillons ne valloit riens
& quilz auroient aussi tost des hachotz comme
des cousteaulx pour ce quilz nous bailloient,
nonobstant que le cappitaine leur eust faict
beaucoup de presens & si ne cessoient a toutes
heures de demander audict capitaine. Lequel
fut adverti par ung seigneur de la ville de
Hagonchenda quil se donnast garde de Donnaconna
& desdicts deux meschans & quilz
estoient agoinda qui est a dire traitres. Et
aussi en fut adverty par aucuns dudit Canada,
& aussi que nous apperceusmes de leur malice
parce quilz voulloient retirer les trois enfans
que ledict Donnacona avoit donnez audict
cappitaine, & de faict firent fuyr la plus grande
des filles du navire. Apres laquelle ainsi fuye
fist le cappitaine prandre garde es aultres. Et
par l'advertissement desdicts Taignoagny &
Dom Agaya, se abstenoient & depportoient
de venir avec nous quatre ou cinq jours,
sinon aulcuns qui venoient en grand paour &
crainte.
Comment le cappitaine doubtant quilz ne songassent aucune trahison fist renforcer le fort & comment ils vindrent parlementer avecques luy & la rendition de la fille qui sen est fuye.
oyant la malice deulx, doubtant
quils ne songeassent aucune trahison
& venir avecques ung amast de gens
sur nous, le capitaine fit renforcer le
fort tout a lentour de groz fossez larges &
profondz avec porte a pont-leviz & renffort de
pans de boys au contraire des premiers. Et fut
ordonne pour le guet de la nuyt pour le temps
advenir cinquante hommes a quatre quars &
a chascun changement desdicts quars les trompettes
sonnans ce qui fut faict selong ladicte
ordonnance. Et lesdicts Donnacona Taignoagny
& Dom Agaya estans advertiz dudict
renffort & de la bonne garde & guet que lon
faisoit furent courroucez destre en la male grace
du cappitaine & envoyerent par plusieurs fois
de leurs gens faignant quilz feussent dailleurs
pour veoir si on leur feroit desplaisir desquelz
on ne tint compte & nen fut faict ny monstre
aucun semblant. Et y vindrent lesdicts Donnacona
Taignoagny, Dom Agaya & aultres
plusieurs fois parler audict cappitaine une riviere
entre d'eulx, demandant audict cappitaine
sil estoit marry & pourquoy il nalloit a
Canada les veoir. Et ledict cappitaine leur respondit
quilz nestoient que traitres & meschans
ainsi que on luy avoit rapporte, & aussi
quil avoit apperceu en plusieurs sortes comme
de navoir tins promesse de aller a Hochelaga
& de avoir retire la fille que on luy avoit
donnee, & aultres mauvais tours quil leur
nomma; mais pour tout ce que silz voulloient
estre gens de bien & oublyer leur malle volunte,
quil leur pardonnoit & quilz vinssent
seurement a bort faire bonne chere comme
pardevant. Desquelles parolles remercierent
ledict cappitaine & luy promisrent quilz luy
rendroient la fille qui sen estoit fuye, dedans
trois jours. Et le quatriesme jour de novembre
Dom Agaia accompaigne de six aultres
dict cappitaine que le seigneur Donnacona
estoit alle par le pays sercher ladicte fille &
que le lendemain elle luy seroit par luy amenee.
Et oultre dit que Taignoagny estoit fort
malade & quil prioit le cappitaine lui envoyer
ung peu de sel & de pain, ce que fist
ledict cappitaine, lequel luy manda que cestoit
Jhesu qui estoit marry contre luy pour les
maulvais tours quil avoit cuyde jouer.
Et le lendemain ledict Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya & plusieurs aultres vindrent & amenerent ladicte fille, la representant audict cappitaine lequel nen tint compte & dit quil nen voulloit point & qu'ils la remmenassent. A quoy respondirent faisant leur excuse quilz ne luy avoient pas conseille sen aller ains quelle sen estoit allee parce que les paiges lavoient battue ainsi quelle leur avoit dict, & prioient de rechief le cappitaine de la reprendre, & eulx mesmes la menerent jusques au navire. Apres lesquelles choses le cappitaine commanda apporter pain & vin & les festoya, puis prindrent conge les ungs des aultres. Et despuis sont allez & venuz a noz navires & nous a leur demourance en aussi grand amour que pardevant.
End of Project Gutenberg's Voyage de J. Cartier au Canada, by Jacques Cartier
*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE DE J. CARTIER AU CANADA ***
***** This file should be named 12356-h.htm or 12356-h.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
https://www.gutenberg.org/1/2/3/5/12356/
Produced by "La biblioth�que Nationale du Qu�bec" and Renald Levesque.
Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.
Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties. Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research. They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.
*** START: FULL LICENSE ***
THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).
Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works
1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement. See
paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works. See paragraph 1.E below.
1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States. If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed. Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
a constant state of change. If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.
1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:
This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org
1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges. If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.
1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.
1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.
1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that
- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
has agreed to donate royalties under this paragraph to the
Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
must be paid within 60 days following each date on which you
prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
address specified in Section 4, "Information about donations to
the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
License. You must require such a user to return or
destroy all copies of the works possessed in a physical medium
and discontinue all use of and all access to other copies of
Project Gutenberg-tm works.
- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
electronic work is discovered and reported to you within 90 days
of receipt of the work.
- You comply with all other terms of this agreement for free
distribution of Project Gutenberg-tm works.
1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.
1.F.
1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.
1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.
1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from. If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation. The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund. If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.
1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.
Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation
The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations. Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org
For additional contact information:
Dr. Gregory B. Newby
Chief Executive and Director
gbnewby@pglaf.org
Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation
Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.
The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org
While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.
International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.
Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.
Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number. The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.
Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
https://www.gutenberg.org
This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date. If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
search system you may utilize the following addresses and just
download by the etext year.
https://www.gutenberg.org/etext06
(Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)
EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
filed in a different way. The year of a release date is no longer part
of the directory path. The path is based on the etext number (which is
identical to the filename). The path to the file is made up of single
digits corresponding to all but the last digit in the filename. For
example an eBook of filename 10234 would be found at:
https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234
or filename 24689 would be found at:
https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689
An alternative method of locating eBooks:
https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL