Ycare dans La Face Katché : “On m’a blessé 1000 fois. On m’a 1000 fois contrôlé parce que j’avais une capuche et une barbe”
Auteur-compositeur-interprète, Ycare, qui s’est fait connaître grâce à l’émission “Nouvelle Star”, s’est livré sans tabou pour Yahoo. Profondément marqué par ses racines et son exil, il s’est exprimé sur son amour pour l’humanité tout en portant un regard lucide sur le monde actuel. Un témoignage inspirant.
Légende de la batterie et juré emblématique de "Nouvelle Star", Manu Katché joue avec les plus grands (Sting, Peter Gabriel, Jonasz, Cabrel, Youssou N'dour, Souchon, etc.). Pour Yahoo, et en exclusivité dans la "Face Katché", il a voulu partir à la rencontre de personnalités issues de la diversité, célèbres ou anonymes. Leurs histoires, bouleversantes, inspirantes, leurs parcours de vie : ils se livrent au plus célèbre batteur de France.
Sa force, il la puise de son histoire, une histoire touchante sur laquelle il s’est livré sans tabou au micro de Yahoo pour l’émission “La Face Katché”. Né le 21 septembre 1983 à Dakar, il grandit dans un Sénégal qu’il décrit comme “un miracle”, bercé par la paix, l’hospitalité et la diversité culturelle. Une enfance heureuse dans un contexte où les liens familiaux sont solides. “Le Sénégal est le pays de l’hospitalité. Nous étions en sécurité dans les rues”, confie-t-il tout en rappelant l’importance là-bas du multiculturalisme. “Les portes étaient ouvertes. Il y a avait de tout, des Sénégalais, des Français, des Capverdiens, des Libanais”, une mixité qui le marquera à jamais. “Aujourd’hui, ça me fait sourire quand on me dit que les gens ne peuvent pas vivre ensemble”.
"La mémoire est dans mon sang. Tu évoques le Liban avec moi aujourd'hui, je pleure"
Mais cette enfance, qui peut en faire rêver plus d’un, repose également sur une mémoire familiale lourde : l’exil. Comme il l’explique, ses parents, d’origine libanaise, ont quitté leur terre natale pour s’installer au Sénégal, alors colonie française, en quête d’un monde meilleur. Un exil qui façonne aujourd’hui son identité. “Je suis né de l’exil. J’ai vu la douleur chez mes aînés mais elle s’est transmise sans haine”. Ycare l’assure, ce déracinement est désormais ancré en lui, un héritage qui relie son enfance à son présent. “Mon père voulait qu’on sache où nos grands-parents étaient enterrés”, explique-t-il, évoquant ses multiples visites au Liban dès l’âge de six ans, un pays auquel il reste viscéralement attaché. “La mémoire est dans mon sang”, explique-t-il tout en confiant son désir actuel de vouloir y chanter pour renouer avec la terre de ses ancêtre. Pour lui, la souffrance n'a ni camp ni frontière : "D'une frontière ou de l'autre, quelqu'un qui meurt, c'est quelqu'un qui meurt et il y a une maman qui pleure", un rappel de l'universalité de la souffrance humaine qui résonne en lui depuis toujours et dont il parle avec émotion.
Triste coup du sort, le village où avaient vécu ses grands-parents a récemment été rasé, un choc pour ses parents. "Au téléphone, mon père s'en fichait de la maison et du terrain. Il espérait seulement qu'ils n'avaient pas touché au cimetière, c'est la seule chose qu'il m'ait dite. Il est là l'attachement".
"Mon père disait que la musique n’était pas un métier"
Comme ses parents, Ycare connaît lui aussi l’exil. À 17 ans, il quitte Dakar pour la France. Direction Montpellier où il entame des études de droit avant de monter à Paris. “Réussir mes études, c’était un contrat moral avec mon père, avec ma famille”, confie-t-il tout en expliquant, avec regret, n’avoir jamais été encouragé par les siens à développer sa fibre artistique. Mais le jeune homme n’en a que faire et rêve de vivre de sa passion pour la musique. Une musique qui l’a bercé depuis sa plus tendre enfance grâce à une mère qui écoutait du Aznavour et du Brel et grâce à un père, passionné de jazz, qui rêvait d’être batteur. Pour autant, cette voie artistique n’a jamais été une option pour les siens. “Mon père disait que la musique n’était pas un métier. Jusqu’à ce qu’il me voie à l’Olympia,il avait l’impression que je perdais mon temps”, se rappelle-t-il estimant être le “dommage collatéral de sa propre frustration”.
Malgré les interdits, Ycare garde en tête son rêve et découvre un monde où tout semble possible lorsqu’il arrive en France. Jams dans les bars, concerts dans les clubs : le jeune homme observe et s’exerce dans sa chambre avec un métronome pour paraître “présentable”. “Je venais avec des défis plein le cœur. Je jouais Jacques Brel à la plage en rêvant de faire un Olympia et de dire ciao en peignoir”. Mais à son grand désarroi, l’adaptation n’est pas si facile. L’accueil qu’il reçoit des Français n’est pas celui auquel il s’attendait. “Je gardais cette naïveté, proche de l’utopie, de me dire que lorsque tu accueilles à bras ouverts quelqu’un, il te répondra de la même manière”. Ycare se rend rapidement à l’évidence. “Malheureusement, tu apprends ce mot-là, qui a grandi comme j’ai vieilli, ça s’appelle la méfiance”. Pourtant, cette France, Ycare la percevait comme unie, marquée par la génération des “Black-blanc-beur” en 1998, celle de Zidane, Thuram et Djorkaeff. Une période qu’il semble regretter.
Pour lui, depuis, les fractures n’ont cessé de s’accentuer. Les contrôles au faciès, les portes des boîtes de nuit qui se ferment ou encore les remarques sur sa barbe ou sa capuche n’ont fait qu’alimenter cette pensée. Pour autant, Ycare ne souhaite pas faire de généralités. “Je ne veux pas que trois idiots fassent payer 5 000 personnes”, confie-t-il tout en revenant sur son rapport à l’autre. “On n’oblige pas quelqu’un à t’aimer. Moi, je me rends aimable”.
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Aujourd'hui, une question le taraude toujours: “Qu’est-ce qui s’est passé entre 1998 et 2024 ?”, se demande-t-il tout en confiant ne pas avoir la réponse. Mais Ycare est ferme : bien que la notion de vivre ensemble semble s’étioler chaque jour un peu plus, il ne changera en aucun cas la vision qu'il porte sur le monde quoi qu'il se passe à l'avenir. Le chanteur met un poing d’honneur à toujours mettre en lumière la beauté de l’autre, l’amour et la musique.



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