GENEVIÈVE CALAME-GRIAULE G.N.R.S., Paris.
POUR UNE ÉTUDE ETHNOLINGUISTIQUE DES LITTÉRATURES ORALES AFRICAINES
Malgré l'intérêt croissant qui semble se manifester depuis quelques années pour les littératures orales africaines, il faut bien admettre que la connaissance que nous en avons est encore fragmentaire. Nombre d'entre elles- restent totalement inconnues, et celles que nous croyons connaître nous parviennent trop souvent à travers des traductions qui les déforment en voulant les adapter aux goûts littéraires du public européen. Trop rares sont les textes г donnés sous une forme authentique, c'est-à-dire dans leur langue d'origine et accompagnés d'une traduction fidèle. Si les documents publiés par les linguistes remplissent ces conditions, il leur manque généralement les commentaires permettant de replacer les textes dans la culture qui les a produits. Inversement, les textes recueillis et abondamment commentés par les ethnologues, pécheraient plutôt par la forme. Les exception » à cette règle 2 nous font prendre conscience de ce que nous avons perdu et de l'effort qui reste à accomplir. Car il est absolument nécessaire, pour tenter l'analyse totale de ces littératures, de pouvoir se référer au contexte linguistique et culturel qui a moulé dans une forme nouvelle et unique un contenu appartenant à un patrimoine plus vaste, voire universel. Le contexte linguistique seul permet de préciser la valeur exacte des termes employés et les intentions stylistiques du narrateur. La référence au contexte culturel, d'autre part, fera comprendre le choix des éléments, leur importance symbolique, les règles structurales qui déterminent leur combinaison, l'intérêt sociologique du récit, etc.
Les africanistes ont la chance de travailler sur des littératures encore vivantes et dans un milieu social où le conteur joue un rôle actif, alors que pour tant de sociétés européennes il ne représente plus qu'une survivance du passé. Il est à souhaiter cependant qu'on n'attende pas leur disparition 3
1. Dans cette étude, nous entendrons par « texte » aussi bien les oeuvres de littérature orale recueillies et transcrites que leur délivrance orale. 2. Deux collections récentes répondent au double critère que nous définissons ici : Classiques africains (Juillard) et Langues et Littératures de l'Afrique noire (Klinck- sieck). En dehors de ces ensembles importants, on peut citer des textes isolés publiés par P. Alexandre, T. O. Beidelman, C. Meillassoux, G. Rouget, etc. (cf. Bibliographie). 3. G. Tillion (1968, p. 4) rappelle à ce propos que « notre littérature populaire... a presque totalement disparu en cinquante ans et que la disparition de la littérature orale arabo-berbère est déjà amorcée ».



















