L'APOTHÉOSE DE LA 'PLUS GRANDE FRANCE"
L'idée coloniale devant l'opinion française
(1930-1935)
RAOUL GIRARDET
C'est une étrange cité qui, dans l'aigre printemps de l'année 1931, surgit aux portes de Paris, à l'orée du bois de Vincennes. Edifiée sous le patronage du maréchal Lyautey, l'Exposition coloniale qu'inaugura au mois de mai le ministre des Colonies, Paul Reynaud, et qui allait recevoir jusqu'au mois de novembre près de trente-quatre millions de visiteurs, offrait aux regards une assez extraordinaire rencontre de formes, d'images et de couleurs dont l'éclatant souvenir reste encore vivant dans la mémoire de toute une génération de Français. Majestueuse apparition du temple d' Angkor fidèlement reconstitué, longs miroirs d'eau du palais du Maroc, lourde masse rouge de la mosquée soudanaise, ruelles des souks tunisiens, haute tour surmontée de bucranes du pavillon malgache. Chameliers maures, brodeurs annamites, piroguiers congolais, tisserands berbères... Leur réunion sous le ciel de l'Ile-de-France marquait en fait une heure essentielle dans l'histoire de la France contemporaine : celle de son apothéose coloniale. Déjà l'année précédente, les fêtes du centenaire de la conquête d'Alger avaient été célébrées avec un faste exceptionnel. Le président de la République, Gaston Doumergue, s'était rendu dans les départements algériens, puis avait, dans les mois suivants, complété son périple nord-africain par deux autres voyages en Tunisie et au Maroc. L'importance accordée par la presse à ces voyages officiels, l'abondance des commentaires qui leur avaient été consacrés avaient en quelque sorte annoncé et préparé le triomphal succès de l'exposition de Vincennes. Jamais en tous cas depuis le
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