L'arabe
comme langue internationale
L'arabe est une langue chamito-s�mitique ou afro-asiatique attest�e d�s le VIIe si�cle. Elle fait partie de la branche s�mitique avec l'h�breu et l'amharique en �thiopie. On peut consulter une structure arborescente illustrant la plupart des afro-asiatiques en cliquant ici s.v.p. L'arabe doit son expansion � la propagation de l'islam, � la diffusion du Coran et � la puissance militaire des Arabes au VIIe si�cle. Ces trois facteurs sont intimement li�s au point qu'on ne peut que difficilement les dissocier.

Carte reproduite avec l'aimable autorisation de M. Mikael Parkvall de l'Institutionen f�r lingvistik, Universit� de Stockholm.
La langue arabe se pr�sente sous trois formes : l'arabe vernaculaire (ou dialectal), l'arabe standard moderne (ou litt�ral) et l'arabe classique (ou coranique). Autrement dit, il existe une grande vari�t� d'arabes parl�s, bien que l'on compte au moins 450 millions d'arabophones dans le monde.
1.1 L'arabe vernaculaire
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L'arabe vernaculaire (appel� aussi
de fa�on n�gative �arabe dialectal�) r�sulte
� la fois de la fragmentation de l'arabe du VIIe si�cle et de la
fusion des parlers provenant des conqu�tes militaires et des brassages de
population des langues sud-arabiques, berb�res, africaines, etc. Ces vari�t�s
d'arabe sont, de nos jours, extr�mement nombreuses et persistent dans tout
le monde arabe. L'arabe vernaculaire est la langue que chacun des quelque 450 millions
d'arabophones utilise toute sa vie et qui v�hicule toute une culture populaire,
traditionnelle et contemporaine.
Cet arabe populaire est fortement d�valoris� au plan social et il est souvent per�u comme �vulgaire� ou �ab�tardi�. C'est donc une langue presque exclusivement parl�e dont les vari�t�s sont rarement incompr�hensibles entre les arabophones dont les communaut�s vivent �loign�es les unes des autres.
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On peut distinguer principalement deux types d'arabe vernaculaire, c'est-�-dire deux grands groupes: le groupe occidental et le groupe oriental.
(1) Le groupe occidental correspond aux vari�t�s d'arabe parl�es en Andalousie (Espagne), dans les pays du Maghreb (Tunisie, Alg�rie, Maroc, Libye, Mauritanie et Sahara occidental) ainsi que dans l'�le de Malte.
(2) Le groupe oriental correspond aux vari�t�s parl�es en �gypte, � Djibouti, au Soudan, au Tchad, dans les �tats dits du Machrek (Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine et Kowe�t) et ceux de la �tats de la p�ninsule Arabique (Arabie Saoudite, Y�men, Oman, Qatar, �mirats arabes unis, Kowe�t et Bahre�n). Il faudrait ajouter aussi certaines vari�t�s d'arabe parl�es par de petites communaut�s en Turquie, en Afghanistan, au Tadjikistan, en Iran, etc.
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Comme chaque pays a son arabe particulier, que ce soit l'arabe alg�rien, l'arabe �gyptien, l'arabe irakien, l'arabe jordanien (levantin), l'arabe libanais (ou syro-libanais), l'arabe libyen, l'arabe marocain, l'arabe mauritanien, l'arabe omanais, l'arabe palestinien, l'arabe saoudien, l'arabe syrien (ou syro-libanais), l'arabe tchadien, l'arabe tunisien, l'arabe y�m�nite, etc., la r�alit� peut para�tre relativement complexe. Dans plusieurs pays arabes, il peut exister des vari�t�s dialectales diff�rentes en usage selon les r�gions et les villes. Par exemple, l'arabe parl� � Damas, la capitale de la Syrie, est diff�rent de celui d'Alep, la seconde ville du pays. Certains diront aussi que, en Alg�rie, il existe plusieurs vari�t�s d'arabe alg�rien. On peut avoir recours � une autre classification:
On peut consulter une carte de ces nombreuses vari�t�s de l'arabe vernaculaire en cliquant ici. Cependant, si certaines vari�t�s vernaculaires sont relativement compr�hensibles entre elles (p. ex., l'arabe �gyptien et l'arabe libanais), d'autres le sont beaucoup moins (p. ex., l'arabe alg�rien et l'arabe jordanien). De fa�on g�n�rale, les vari�t�s d'arabe parl�es au Maghreb et autour de la M�diterran�e sont difficilement intelligibles pour les arabophones du Proche-Orient, le Machrek, et vice versa. � l'exception de l'arabe �gyptien qui a connu une certaine diffusion (notamment par le cin�ma), les diff�rentes vari�t�s d'arabe ne sont gu�re diffus�es au-del� de leur pays d'origine. |
1.2 L'arabe coranique (classique)
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L'arabe coranique a conserv� ses caract�ristiques essentielles �loquentes qui
permettent aux locuteurs habiles de se livrer � de v�ritables cr�ations
stylistiques, d'o� l'expression �arabe �loquent�. Alors que certains Arabes tr�s religieux croient que, parmi toutes
les langues, l�arabe est celle qui dispose des ressources les plus vastes et du
lexique le plus riche, d'autres n'y voient l� que du remplissage, de la
verbosit� ou du vain �talage. C'est peut-�tre pourquoi il est presque impossible
d'�crire et de parler l'arabe classique de fa�on totalement irr�prochable.
Autant l'arabe vernaculaire peut �tre une langue simple � pratiquer, autant l'arabe
classique peut para�tre complexe et difficile. C'est un peu ce qui explique
qu'aucune population arabophone ne l'ait adopt� comme langue maternelle.
Toutes les tentatives de changement et de r�forme de la langue arabe coranique ont avort� en raison des protestations de la part des protecteurs de la tradition. Il existe dans le monde musulman un certain courant dominant pour reconna�tre que, parmi toutes les langues du monde, seul l'arabe, �la langue sacr�e du Coran�, ne peut �tre sujet � la r�vision ou � la r�forme. |
Les Fran�ais ont pens� ainsi au XVIIe si�cle avec la langue fran�aise qu'ils consid�raient comme ayant atteint sa perfection; ils se sont tromp�s. Pour certains Arabes, toucher � la langue arabe reviendrait � porter atteinte au Saint Coran. Comment, en effet, comprendre encore le Saint Coran et la Sunna du proph�te si l'on change les r�gles de la grammaire et de la syntaxe? Pour certains, les appels � la suppression des r�gles actuelles de la grammaire arabe sont �des signes de l'existence du complot imp�rialo-sioniste�. Quoi qu'il en soit, l'arabe coranique est une forme prestigieuse de l'arabe parce qu'elle est associ�e � la religion et � la tradition.
1.3 L'arabe standard moderne ("fusha")
De nombreux linguistes consid�rent que l'arabe moderne standard est distinct de l�arabe coranique. Il n'existe cependant pas de crit�res linguistiques convenus qui distinguent les deux types d'arabe. Pourtant, il existe certaines diff�rences, bien que ce soit des vari�t�s linguistiques tr�s proches.
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L'arabe standard moderne (appel� �arabe fusha� ou arabe litt�ral) est la vari�t� de l�arabe
litt�raire standardis� qui s�est d�velopp�e dans le monde arabe � la fin du XIXe
et au d�but du XXe si�cle. L'arabe standard
moderne est la langue employ�e dans la litt�rature, le monde universitaire, la
presse �crite et les m�dias, le droit et la l�gislation, bien qu�il ne soit
g�n�ralement pas parl� comme langue maternelle. Il s�agit d�une langue
pluricentrique enseign�e dans tout le monde arabe dans le cadre de l��ducation
formelle, qui diff�re consid�rablement de nombreuses vari�t�s vernaculaires de
l�arabe, lesquelles sont couramment parl�es comme langues maternelles dans une r�gion
donn�e.
Tr�s peu d'arabophones dans le monde parlent cette vari�t� d'arabe comme langue
maternelle. Ainsi, seulement 120 millions de personnes connaissent l'arabe fusha en tant que langue
seconde. Bref, on parle l'arabe vernaculaire, mais on �crit en arabe
standard et on prie en arabe coranique. Cela dit, cet arabe moderne est bas� sur l'arabe coranique, mais il a subi certaines modifications commenc�es au cours des derni�res d�cennies du XIXe si�cle, ce qu'on a appel� la �p�riode de la Nahda�, ce qui signifie �Renaissance�, une renaissance � la fois politique, culturelle et religieuse. Ce mouvement fut principalement l'�uvre d'un groupe d'intellectuels du Liban, puis de l'�gypte et aussi de la Syrie et de la Palestine. |
Ces r�formateurs entreprirent de moderniser la langue arabe en modifiant et en simplifiant quelque peu la syntaxe originale du VIIe si�cle, mais surtout en ajoutant des mots modernes tels que �train�, �compagnie�, �d�mocratie�, �socialisme�, etc. Pour ce faire, il fallut puiser dans les ressources grammaticales de l'arabe, en recourant notamment au proc�d� de l'analogie (al-qiyas). Aujourd'hui, pr�s de 60 % du vocabulaire moderne provient de cet arabe r�form�.
Malgr� les controverses au sujet des diverses formes d'arabe, y compris entre l'arabe vernaculaire et les autres formes �, il existe de tr�s forts liens historiques et id�ologiques qui unissent les deux ou trois types d'arabe, ainsi que de nombreuses similitudes linguistiques. Ainsi, les lettres de l'alphabet sont souvent identiques, de m�me que l'ordre des mots ou la syntaxe. Toutefois, les mots et la prononciation peuvent �tre tr�s diff�rents dans la mesure o� l'arabe moderne perd toute trace vernaculaire locale. C'est pourquoi les communaut�s arabes ont toujours consid�r� qu'il n'existe qu'une seule langue arabe. On prie on arabe coranique, on �crit en arabe moderne, bien que l'arabe vernaculaire puisse th�oriquement s'�crire, mais son parle en arabe vernaculaire. Cela �tant dit, on estime que le taux d'analphab�tisme dans le monde arabe serait de 50% environ, mais il varie grandement selon les pays.
De fa�on r�ductrice, on peut dire que les Arabes disposent de trois �langues� ou des vari�t�s de langues diff�rentes: l'arabe vernaculaire, l'arabe coranique classique et l'arabe moderne dit aussi �simplifi�, �litt�ral� ou interm�diaire des m�dias. L'enseignement de l'arabe comme langue seconde se r�v�le tr�s diff�rent de celui des langues europ�ennes comme l'anglais ou le fran�ais. En effet, un seul type d'arabe est normalement enseign�, l'arabe litt�ral, et ce, dans les pays o� cet arabe est non seulement la langue officielle, mais aussi la langue vernaculaire est de la grande majorit� de la population. Pour tous les arabophones, l'arabe qui est enseign� d�s le primaire constitue une langue seconde, l'arabe vernaculaire demeurant la langue spontan�e.
Cela signifie que l'apprentissage de l'arabe � l'�cole constitue un moyen de valorisation sociale au m�me titre que le sont le fran�ais, l'anglais ou le portugais en Afrique noire. On parle l'arabe vernaculaire en famille, avec ses intimes, dans ses loisirs. Mais on lit les journaux en arabe interm�diaire et on �crit dans cette vari�t�, parfois en arabe classique; l'administration de l'�tat fonctionne en arabe interm�diaire, ce qui n'emp�che pas les fonctionnaires de parler l'arabe vernaculaire entre eux et de r�diger des rapports en fran�ais ou, selon le cas, en anglais.
De fa�on g�n�rale, les fonctions de prestige sont remplies en arabe litt�ral, les relations interpersonnelles privil�giant l'arabe vernaculaire. Sur une population de 290 millions d'arabophones, on estime � 450 millions le nombre d'arabophones ne pratiquant que l'arabe vernaculaire; c'est donc dire qu'� peine quelque 130 millions d'arabophones connaissent l'arabe moderne comme langue seconde. Au point de vue num�rique, l'arabe vernaculaire a donc supplant� l'arabe moderne. De plus, l'�lite arabophone est le plus souvent bilingue: elle parle soit le fran�ais (autour de la M�diterran�e et au Proche-Orient), soit l'anglais (tout le Moyen-Orient), parfois les deux (�gypte, Liban, Syrie).
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La situation de l'arabe dans le monde s'av�re fondamentalement diff�rente de celle des autres grandes langues internationales. Soulignons encore une fois que son aire d'extension g�ographique est limit�e � deux continents limitrophes et que le caract�re diglossique de cette langue nuit � l'expansion dans sa forme officielle. De plus, l'arabe classique n'a pas r�ussi encore � se moderniser compl�tement et sa d�pendance � l'�gard de l'anglais ou du fran�ais demeure tr�s grande. N'oublions pas que l'analphab�tisme chronique de certains pays arabophones (Y�men, Qatar, Soudan, Soudans du Sud, etc.) entrave aussi la propagation de l'arabe classique. S'il est relativement ais� de cr�er des commissions de terminologie en arabisation, il est beaucoup plus difficile de s'organiser pour faire appliquer les d�cisions. En g�n�ral, toutes les d�cisions des commissions de terminologie restent lettre morte, et ce, d'autant plus qu'il est dans la pratique impossible de normaliser les travaux de chacune des commissions nationales, chacune �tant jalouse de ses pr�rogatives. |
Toutefois, la force de l'islam dans le monde assure une expansion de l'arabe comme langue seconde dans tous les pays o� vivent de nombreux musulmans, contribuant ainsi � une certaine unit� id�ologique du monde arabe. � l'exception du monde arabe, on n'enseigne � peu pr�s pas cette langue dans aucun pays en tant que langue �trang�re, sauf dans les universit�s et d�partements sp�cialis�s. L'enseignement des langues �trang�res semblent �tre l'apanage de l'anglais, puis du fran�ais et de l'espagnol, voire du russe.
En fait, les deux grands �tats de l'arabe, l'arabe classique et l'arabe vernaculaire, sont devenus compl�mentaires, mais en m�me ils constituent une grande faiblesse de cette grande langue, puisqu'il lui faut trois vari�t�s n�cessaires afin de r�pondre � tous les besoins de la communication.
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L'arabe doit sa fortune, on le
sait, � l'expansion de l'islam, qui
s'est �tendu en l'espace de quelques si�cles (entre le VIIe
si�cle
et le XIIe si�cle), de l'Afrique du Nord � l'Espagne, puis au
Proche-Orient et au Moyen-Orient et en Asie. C'est ce lien puissant entre une grande religion et
une langue qui a contribu� � sacraliser l'arabe et � maintenir une unit�
linguistique � travers le temps et l'espace. C'est pourquoi, dans le monde
occidental, on associe facilement l'islam et les musulmans � la langue arabe,
croyant que la religion islamique et le monde arabophone forment un tout quasi
indissociable. Il s'agit l� d'une g�n�ralisation semblable � celle qui
consisterait, par exemple, � croire que tous les anglophones du monde sont de
religion protestante ou anglicane.
Il est vrai que 85 % des musulmans sunnites parlent l'arabe : ils habitent l'Alg�rie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l'�gypte, le Soudan, la Jordanie, l'Irak et toute la p�ninsule Arabique (Arabie Saoudite, Y�men, Oman, etc.). La Syrie parle a ussi l'arabe, mais la majorit� des habitants sont des musulmans sunnites (avec des minorit�s chiites, alaouites, druzes et chr�tiennes). Les chiites habitent principalement l'Iran, l'Azerba�djan et une partie de l'Irak. |
3.1 Sunnisme et chiisme
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On peut simplifier la situation religieuse en distinguant
deux grandes confessions musulmanes: le sunnisme et le chiisme. La
scission de ces deux courants de l�islam remonte � la mort du proph�te Mahomet
en 632. Il s'est alors pos� la question du successeur le plus l�gitime pour
diriger la communaut� des croyants :
Une majorit� de musulmans soutinrent Abou Bakr, qui devint le premier calife. Depuis, les sunnites ont toujours �t� majoritaires. Ils repr�sentent aujourd�hui environ 85 % des musulmans du monde. Les seuls pays � majorit� chiite sont l�Iran, l�Irak, l�Azerba�djan et le Bahre�n, mais d�importantes minorit�s existent au Pakistan, en Inde, au Y�men, en Afghanistan, en Arabie saoudite et au Liban. |
Les sunnites consid�rent le Coran comme une �uvre divine : l�imam est vu comme un un pasteur nomm� par d'autres hommes et il fait office de guide entre le croyant et Allah pour la pri�re; dans certaines situations, il peut s'autoproclamer iman. Par contre, les chiites consid�rent l�imam, descendant de la famille de Mahomet, comme un guide indispensable de la communaut�, tirant directement son autorit� de Dieu. C�est pourquoi leur clerg� est tr�s structur�. La cons�quence pratique de ces valeurs am�ne les sunnites � accepter que les autorit�s religieuses et politiques soient fondues dans la m�me personne, alors que les chiites pr�nent une s�paration claire. Par exemple, au Maroc, majoritairement sunnite, le roi est le �commandeur des croyants�, tandis qu�en Iran, � tendance chiite, les ayatollahs sont ind�pendants du pouvoir ex�cutif.
Aux c�t�s de ces deux grandes branches existent �galement d�autres courants minoritaires : les alaouites en Syrie, les al�vis en Turquie, les druzes, dispers�s dans tout le Proche-Orient, et les kh�ridjites � Oman et au Maghreb.
3.2 Liens entre l'arabe et l'islam
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Bien que les liens entre l'arabe et l'islam soient manifestes et que l'islamisation d'une population ait souvent entra�n� son arabisation, certaines populations islamis�es n'ont pas adopt� l'arabe et certaines populations arabis�es ne se sont jamais islamis�es. Les autres peuples de religion musulmane (sunnite ou chiite) non arabophones habitent la Turquie, l'Iran, le Pakistan, le Bangladesh et l'Indon�sie. En Afrique, les musulmans non arabophones couvrent le Mali, le Niger, la Somalie et les Comores. Ces peuples font usage d'une bonne vingtaine de langues dont le turc, l'amharique (�thiopie), le farsi ou persan (Iran), le berb�re (Alg�rie), l'indon�sien (Indon�sie), le pachtou (Afghanistan), l'ourdou (Pakistan), le singhalais et le tamoul (Sri Lanka), le comorien (Comores), etc. |
De fa�on plus accidentelle, certains peuples arabis�s ne se sont pas islamis�s. C'est le cas des Maltais de l'�le de Malte au sud de la Sicile. Le maltais est apparent� � l'arabe, mais la population de l'�le est demeur�e chr�tienne. Au Liban, beaucoup de Libanais parlent l'arabe, mais demeurent chr�tiens; il en est ainsi en �gypte o� l'on retrouve des chr�tiens coptes (mais aussi des communaut�s catholiques).
� l'heure actuelle, on d�nombre 1,25 milliard de musulmans dans le monde. Mais seulement 290 millions sont arabophones et 160 millions ont une connaissance r�elle de l'arabe classique comme langue seconde. Autrement dit, 90 % des musulmans ne peuvent lire le Coran dans le texte original, mais ils ne le parlent pas. Comme quoi les mots �musulmans�, �Arabes� et �arabophones� ne sont pas �quivalents.
Les pays arabes sont regroup�s aujourd'hui dans une sorte de f�d�ration appel�e la Ligue arabe, fond�e en �gypte le 22 mars 1945 � Alexandrie. Les pays fondateurs furent l'�gypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie Saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Y�men (Nord). Avec la fin de la domination coloniale, la Ligue arabe s'est �largie et compte d�sormais 22 membres: en plus des membres fondateurs, on y trouve la Libye, le Soudan (ancien Soudan au nord), la Tunisie, le Maroc, le Kowe�t, l'Alg�rie, les �mirats arabes unis, Bahre�n, Oman, la Mauritanie, la Somalie, Djibouti et les Comores, plus la Palestine qui est membre � part enti�re depuis 1976. Bien qu'exprimant l'aspiration unitaire des Arabes, la Ligue n'a jamais �t� un instrument de mise en �uvre de la langue arabe. D'ailleurs, ses statuts ne pr�voient pas d'efforts en ce sens.
4.1 Les pays du Proche et du Moyen-Orient
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Au
Proche et Moyen-Orient, l'arabe, ou
plut�t l'une de ses variantes vernaculaires, est
la langue maternelle de la grande majorit� des populations locales totalisant
129,2 millions de locuteurs. Ou bien c'est la langue de 80 % de la
population ou bien c'est celle de la quasi-totalit� de la
population. Quoi qu'il en soit, l'arabe v�hiculaire est partout
majoritaire. Bref, partout l'arabe est majoritaire. Ces 11 pays arabophone sont les suivants: l'Arabie Saoudite (30,1 M), le Bahre�n (1,3 M), les �mirats arabes unis (9,1 M), l'Irak (36,5 M), la Jordanie (6,7 M), le Kowe�t (2,7 M), le Liban (5,8 M), le sultanat d'Oman (3,6 M), la Palestine (4,5 M), le Qatar (2,3 M) et le Y�men (26,1 M). Si l'arabe classique est l'unique langue officielle de tous ces pays, la langue maternelle est l'arabe v�hiculaire.
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4.2 Les pays d'Afrique
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Sur le continent africain, la situation de la langue arabe est un peu
plus complexe qu'au Proche-Orient, puisque les seuls pays ou territoires o� l'arabe
et ses variantes
sont parl�s presque par 100 % de la population sont les
suivants: l'�gypte (90,4 M), la Libye (6,2 M) et la Tunisie (11,4 M).
Les arabophones constituent 72 % des locuteurs en Alg�rie (41,4 M en concurrence avec les langues berb�res); 60 % au Maroc (33,6 M, en concurrence avec l'amazight); 80 % en Mauritanie (3,5 M, en concurrence avec le poular et le sonink�); 72 % au Soudan (39,5 M, en concurrence avec le bedja, une langue couchitique). |
Sur une population de 226,2 millions de locuteurs, quelque 145 millions de locuteurs parlent une vari�t� d'arabe v�hiculaire.
Les minorit�s arabophones sont le plus souvent bilingues et habitent surtout des pays o� l'islam est la religion principale; n�anmoins, certaines populations immigr�es vivent en Europe et en Am�rique du Nord. On trouve d'importantes minorit�s arabophones au Tchad (11 % de 11,4 M) et en Isra�l (20 % de 8,3 M).
D'autres petites minorit�s habitent l'Iran (2 % de 82,8 M), la Turquie (1 %) de 80,2 M), la Somalie (1 % de 12,4 M), le Mali (5 % de 17,9 M), le Niger (3,4 % de 20,6 M), le S�n�gal (1 % de 12,3 M), l'Afghanistan (0,5 % de 32,5 M), le Tadjikistan (05 % de 8,3 M). Ces minorit�s arabophones comptent environ 15 millions de locuteurs.
On compte �galement pr�s de cinq millions d'arabophones du Maghreb en Europe, principalement en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique. �tant donn� que l'Europe tend � limiter l'immigration maghr�bine, beaucoup d'arabophones ont commenc� � choisir les �tats-Unis et le Canada comme terre d'accueil.
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L'arabe est la langue officielle ou co-officielle de
25 �tats dans le
monde.
Les �tats arabophones occupent deux aires g�ographiques limitrophes: l'Afrique
du Nord et le Proche-Orient et
Moyen-Orient. En Afrique, l'arabe est l'unique langue
officielle en Alg�rie, au Maroc, en Tunisie, en Libye, en �gypte et au Soudan.
Il est co-officiel avec le fran�ais en Mauritanie, � Djibouti, au Tchad et
dans l'archipel des Comores. L'arabe (hassanya) est la langue majoritaire en Mauritanie,
mais l'arabe local est minoritaire � Djibouti et au Tchad; aux Comores, il n'a que le
statut de langue religieuse, puisque la grande majorit� de la population parle
le comorien, une variante du swahili. Au Moyen-Orient, le statut de l'arabe est nettement mieux d�fini. Il constitue l'unique langue officielle des �tats de la r�gion: Syrie, Irak, Liban, Jordanie, Arabie Saoudite, Y�men, Kowe�t, Qatar, Oman, Bahre�n, �mirats arabes unis et, au Proche-Orient, la Palestine. Cela dit, jamais un texte de loi d�signe de quel arabe il s'agit comme langue officielle. C'est l'arabe standard moderne, bien s�r! |
Cette ambigu�t� est voulue: elle donne l'impression qu'il n'y a qu'une seule langue arabe, ce qui illustrerait l'unit� linguistique du monde arabe. Cet arabe moderne standard est l'une des six langue officielles des Nations unies. Dans plusieurs pays arabes, des mesures politiques, parfois vigoureuses, ont �t� prises pour renforcer le statut juridique de l'arabe, particuli�rement l� o� cette langue s'�tait trouv�e dans un �tat de subordination. Ce fut le cas au Maroc et en Tunisie, mais particuli�rement en Alg�rie o� les campagnes d'arabisation ont �t� aussi virulentes qu'incessantes. La situation est la m�me avec les �tats arabes aux prises avec la langue anglaise qui livre � l'arabe une vive concurrence: l'�gypte, le Kowe�t, la Jordanie, le Qatar, les �mirats arabes unis, l'Arabie Saoudite, etc.
Soulignons que la langue arabe n�a aucun statut �civil� dans les grands pays musulmans o� cette langue n'est pas officielle, mais simplement une langue religieuse, comme en Turquie, en Iran, au Pakistan, au Bangladesh, en Indon�sie, etc.
Cependant, dans l'�le de Malte, les habitants de ce pays parlent le maltais (co-officiel avec l'anglais), une vari�t� d�arabe maghr�bin fortement marqu�e par le sicilien, l�italien, l�anglais et un peu de fran�ais. C'est pourquoi le maltais est associ� aux pays arabes, mais il diff�re de l'arabe coranique et il constitue le seul cas o� l'arabe vernaculaire est la langue officielle.
On pourra consulter le tableau des pays o� l'arabe est une langue officielle.
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La Ligue des �tats arabes, appel�e officiellement Ligue arabe, fut fond�e, le 22 mars 1945, � Alexandrie, par l�Arabie Saoudite, l��gypte, l�Irak, la Jordanie, le Liban et le Y�men du Nord. Ces pays d�siraient collaborer entre eux, sans perdre pour autant leur souverainet� respective. |
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Ensuite, adh�r�rent � la Ligue arabe la Libye, le Soudan, la Tunisie, le Maroc, le Kowe�t, l�Alg�rie, les �mirats arabes unis, le Bahre�n, le sultanat d�Oman, la Mauritanie, la Somalie et Djibouti. L�OLP (Organisation de lib�ration de la Palestine) en est membre � part enti�re depuis 1976. Le si�ge de la Ligue arabe fut transf�r� du Caire (�gypte) � Tunis en 1979, apr�s la signature des accords de paix entre l��gypte et Isra�l, mais depuis le 31 octobre 1990 le si�ge fut de nouveau rendu au Caire. Aujourd�hui, la Ligue arabe compte en principe 22 �tats membres provenant � la fois de l�Afrique du Nord, de la Corne de l'Afrique, de la p�ninsule Arabique et du Levant (r�gion du littoral oriental de la mer M�diterran�e, comprenant la Syrie, le Liban et Isra�l). Tous ces �tats compte au moins 300 millions d�habitants. De tous les �tats arabophones, seul Malte ne fait pas partie de la Ligue arabe. Voici la liste des �tats de la Ligue arabe: Alg�rie, Arabie Saoudite, Bahre�n, Comores, Djibouti, �gypte, �mirats arabes unis, Irak, Jordanie, Kowe�t, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman, Palestine, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, Y�men. Parmi tous les pays dont l'arabe est une langue officielle, seul Isra�l ne fait pas partie de la Ligue arabe. |
L'organisation de la Ligue arabe repose sur quatre organismes principaux: le Sommet des chefs d'�tat, le Conseil des ministres, les Comit�s permanents et le Secr�tariat g�n�ral. De plus, divers organismes ont �t� cr��s en application de trait�s qui compl�tent le Pacte de 1945 et plusieurs agences sp�cialis�es travaillent en �troite collaboration avec elle.
Contrairement au Commonwealth et � la Francophonie, la Ligue arabe constitue une organisation �r�gionale� d'�tats g�ographiquement contigus, dont les membres partagent une m�me langue: l�arabe. En effet, l'arabe et un patrimoine culturel commun ont permis aux membres de la Ligue arabe, dont bon nombre ont d�j� �t� des colonies ou des protectorats fran�ais, britanniques et italiens, de se regrouper. La Ligue arabe favorise les liens culturels et �conomiques, ainsi que les communications, et sert de m�diateur dans les cas de diff�rends entre les membres.
Dans le domaine de l��ducation, la langue commune a permis aux pays dot�s d'une population active plus scolaris�e d'en faire b�n�ficier les pays moins. Les pays arabes riches aident les pays moins riches, par l'interm�diaire du Fonds de la Ligue arabe pour le d�veloppement �conomique et social et de la Banque arabe pour le d�veloppement agricole et industriel. Les �changes commerciaux et �conomiques entre les membres de la Ligue sont facilit�s par des tarifs int�rieurs r�duits et la mise en place de tarifs ext�rieurs communs, ainsi que par des organismes comme l'organisation du transport a�rien et le tourisme. Cependant, la r�putation de la Ligue arabe a �t� quelque peu ternie en raison de son efficacit� douteuse. En est t�moin la passivit� relative de la Ligue face aux nombreux conflits qui opposent les �tats membres et le peu d�entrain qu�elle manifeste � mettre un terme aux multiples dissensions.
� l�heure actuelle, la religion musulmane reste dominante dans les pays arabophones. Pourtant, l'islam est aussi pratiqu� dans plusieurs autres pays qui ne font pas partie de la Ligue arabe et qui ne sont pas de culture arabe. En principe, la Ligue arabe est compos�e d'�tats contigus g�ographiquement, parlant la m�me langue, partageant la m�me culture et dont les populations partagent majoritairement la m�me foi. La Ligue demeure avant tout un instrument de concertation et de recherche d'un consensus vis-�-vis des grands probl�mes auxquels ces pays sont confront�s.
L'apport important de l'arabe au lexique fran�ais peut s'articuler en trois temps: au Moyen �ge, � la Renaissance et au XIXe si�cle. Ces sources sont tir�es du dictionnaire Le Petit Robert.
9.1 Le Moyen �ge
Les savants arabes ont fourni au fran�ais, directement ou par l'interm�diaire d'autres langues (notamment latin m�di�val et espagnol), des termes d'origine arabo-persane, comme �chec (jeu), jasmin, laque, lilas, safran ou timbale. C'est essentiellement aux XIIe et XIIIe si�cles, plus rarement au XIVe si�cle, que les emprunts � l'arabe p�n�trent en fran�ais :
1) soit par l'interm�diaire du latin m�di�val, de l'espagnol (plus rarement du catalan) ou de l'italien. C'est ainsi que le fran�ais emprunta � l'arabe des mots des sciences et des techniques, ainsi que du commerce: abricot, alambic, alchimie, alg�bre, almanach, ambre, azur, chiffre, coton, douane, girafe, hasard, �pinard, jupe, magasin, matelas, n�nuphar, orange, satin, sirop, sucre, tare.
2) soit directement comme dans cuscute, �lixir, gazelle, nadir, tasse, truchement, z�nith, etc.
9.2 La Renaissance
Le domaine des sciences (math�matiques, chimie, botanique) et des techniques
s'enrichit de nouveaux termes. L'arabe fournit au fran�ais, par
l'interm�diaire de l'italien, des mots comme arsenal, artichaut, calibre,
massepain, massicot, nacre, tarif, z�ro. Le fran�ais emprunta directement �
l'arabe des mots comme alcool, algorithme, alcali, amalgame, marcassite,
sinus (terme de math�matiques), sofa, soude, talc, talisman, usn�e.
9.3 Les XIXe et XXe si�cles
Les emprunts seront �troitement li�s aux circonstances historiques. Avec la campagne d'�gypte de Napol�on et les conqu�tes coloniales de la France en Afrique du Nord, le fran�ais emprunta aux vari�t�s r�gionales d'arabe, essentiellement � l'arabe maghr�bin (alg�rien, marocain, tunisien), des mots qui seront v�hicul�s par les militaires et trouveront leur place dans l'argot ou le langage familier. Par exemple, baraka, barda, b�sef, caoua, chouia, clebs, droper � courir vite �, fissa, kif-kif, maboul, macache, mouk�re, niquer, zob. D'autres mots d�signent des r�alit�s locales comme bled, casbah, djebel, djellaba, erg, gandoura, harissa, m�choui, merguez, oued, reg, sarouel, souk, taboul�, tajine, zellige.
Enfin, les conflits nationaux et internationaux qui secouent le monde musulman � la fin du XXe si�cle (guerre du Golfe, conflit isra�lo-palestinien, r�volution islamique en Iran) favoriseront l'introduction en fran�ais (et dans d'autres langues) de mots comme ayatollah, charia, djihad ou intifada.
Les autres langues internationales:
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