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Le fran�ais comme langue de communication internationale
6.1 Les instruments et les
travaux de terminologie 6.2 La place du fran�ais dans les instances internationales 6.3 La diffusion de la pens�e scientifique et technique 6.4 La Cit� internationale de
la langue fran�aise
La France a connu une longue tradition d�interventionnisme linguistique,
mais elle prit des visages diff�rents avant et apr�s la R�volution
fran�aise.
En 1533, un humaniste picard du nom de
Charles de Bovelles (1479-1553)
� un disciple de Jacques Lef�vre d'�taples (1450-1536), l'un des p�res de
la R�forme fran�aise et l�un des plus grands philologues de la Renaissance
� �crivit un ouvrage sur les �langues vulgaires� parl�es en France: De
differentia vulgarium linguarum et Gallici sermonis varietate (�Des
diff�rentes langues vulgaires et vari�t�s de discours utilis�s dans les
Gaules�). Dans son
ouvrage, l�auteur faisait remarquer: �Il y a actuellement en France autant de
coutumes et de langages humains que de peuples, de r�gions et de villes.� Il
�voquait notamment les �peuples �trangers� que sont les Burgondes, les
Francs, les Bretons, les Flamands, les Normands, les Basques et les �Germains
cisrh�nans�. Son inventaire des langues indig�nes (les langues d'o�l)
comprenait �les Lorrains, les Bourguignons, les Poitevins, une partie des
Belges comme les habitants d'Amiens et de P�ronne, les habitants de
Saint-Quentin, de Laon et les Esses, les Parisiens, ceux du Hainaut�. Bref,
l'auteur soulignait la tr�s grande diversit� linguistique dans la France de
son �poque.
En 1539, Fran�ois 1er signa l'ordonnance de Villers-Cotter�ts
qui faisait partie d'un ensemble de lois, plus pr�cis�ment intitul� �Ordonnance
g�n�rale sur le fait de la justice, police et finances�. Ses dispositions sont
contenues dans 192 articles (voir le texte complet).
L'ordonnance limite la justice eccl�siastique aux causes purement religieuses,
instaure de nouvelles r�gles pour la proc�dure p�nale. Mais l'histoire a surtout
retenu ces deux mesures les plus importantes : la cr�ation de l'�tat civil et
l'emploi du fran�ais comme langue officielle pour tous les actes administratifs. Voici les
deux seuls articles concernant la langue
fran�aise:
Article 110
Afin qu�il n�y ait cause de douter sur l�intelligence des arr�ts de
nos cours souveraines, nous voulons et ordonnons qu�ils soient faits et �crits
si clairement, qu�il n�y ait ni puisse avoir ambigu�t� ou incertitude,
ni lieu � demander interpr�tation.
Article 111
Nous voulons donc que tous arr�ts, et toutes autres proc�dures, soient
prononc�s, enregistr�s et d�livr�s aux parties en langage maternel fran�ais
et non autrement.
Cette mesure fit ainsi du fran�ais la langue de l��tat, mais elle
n��tait point dirig�e contre les parlers locaux, juste contre le latin d��glise.
Il ne faut pas oublier qu�� cette �poque la plupart des Fran�ais � soit
99 % � ne
parlaient pas le fran�ais, mais leur langue r�gionale appel�e patois.
C�est d�ailleurs dans ces langues que les pr�tres s�adressaient � leurs
ouailles. Lorsque les enfants allaient dans les �coles de village, c�est
�galement dans ces langues qu�ils apprenaient les pr�ceptes de leur religion et
parfois certains rudiments d��criture. On ne parlait fran�ais qu'� Paris et au
sein des classes aristocratiques du nord de la France.
1.1 Le Grand Si�cle
Sous le r�gne de Louis XIV, le fran�ais
demeurait encore une langue de classe sociale et n��tait pas juridiquement
r�glement�. C'�tait certes une langue officielle dans les faits, mais
essentiellement courtisane, aristocratique et bourgeoise, litt�raire et
acad�mique, parl�e probablement par moins d'un million de Fran�ais sur une population totale de 20 millions.
En ce si�cle d'organisation autoritaire et centralis�e, ce sont les
grammairiens qui fa�onn�rent la langue � leur go�t, non les lois
ou les �dits royaux; le r�gne
de Louis XIV aurait produit plus d'une centaine de ces �censeurs
professionnels�. � l'image du roi, la langue v�cut une �poque de
�distinction� et de consolidation. Selon le point de vue des grammairiens, le fran�ais �tait
parvenu au �comble de la perfection� et avait atteint un certain id�al de fixit�. Ils
pr�conis�rent l'usage d'un vocabulaire �choisi� et ��l�gant�. Pr�occup�s
d'��purer� la langue par crainte d'une �corruption� �ventuelle, ils
proscrivirent
les italianismes, les archa�smes, les provincialismes, les termes techniques et
savants, bref les mots �bas�.
L'Acad�mie fran�aise, fond�e en 1635 par
Richelieu, continua de veiller � la �puret� de la langue et publia la
premi�re �dition de son dictionnaire en 1694. Tout comme les sujets de Louis
XIV, les mots furent regroup�s par classes; le vocabulaire ne comprenait que
les termes permis � l'�honn�te homme� et s'appuyait sur la tradition du
�bon usage� du grand grammairien Vaugelas. Durant l'Ancien R�gime, on compte
quelque six lois ou
d�crets concernant les actes administratifs et les proc�dures judiciaires, ce
qui est peu, et ne touchait � peu pr�s pas les gens du peuple, qui
continuaient de parler leur �patois� local.
La
langue fran�aise parl�e par l'�lite p�n�trait encore � pas de
tortue la langue du peuple, qui ignorait tout des r�gles
d'ordre, de puret�, d'�l�gance et d'harmonie. L'analphab�tisme
se situait � cette �poque autour de 99 % en France (comme
partout en Europe). Le peuple �tait gard� dans l�ignorance
totale: l�essentiel de l'enseignement demeurait celui de la
religion, qui se faisait en patois, parfois m�me en latin. Les nouvelles provinces
annex�es au royaume furent m�me dispens�es d'appliquer l'ordonnance de
Villers-Cotter�ts. Lors de ses d�placements, Louis XIV se voyait souvent
harangu� en picard, en flamand, en alsacien, en occitan, etc. Malgr� les
vell�it�s du ministre Colbert, aucune politique d'intervention linguistique ne
fut entam�e.
Le dramaturge Jean Racine (1639-1699) a
fait un r�cit d�taill� de ses �d�boires linguistiques�, lors d'un voyage
effectu� en 1661 de Paris � la Provence (Uz�s). Il se plaignit constament de
ne pas �tre compris: on lui apportait un �r�chaud de lit� ou une �botte
d'allumette�, alors qu'il demandait un �pot de nuit� ou des �petits clous �
broquettes�. Il ne rencontra m�me pas un seul cur� ni un seul ma�tre
d'�cole qui sachent r�pondre par autre chose que des �r�v�rences� � son
�fran�ois� (prononcer [fransw�] inintelligible pour eux. Albert Dauzat, un
sp�cialiste du parler rural, a inventori� 636 patois dans la France du
XVIIe
si�cle. Paradoxalement, � la m�me �poque, le fran�ais �tait davantage
parl� en Nouvelle-France, en Angleterre, aux Pays-Bas et � Moscou qu'en France
m�me.
1.2 La R�volution fran�aise et le fran�ais
Avec la R�volution fran�aise, tout changea. La
non-intervention fit place � un interventionnisme linguistique parfois f�roce : plus d'une
douzaine de lois linguistiques ont �t� adopt�es. Elles concern�rent surtout
l'administration, l'enseignement, la culture et la religion, bref des domaines
qui atteignaient beaucoup plus de gens. Pour la premi�re
fois, on associa langue et nation.
D�sormais, la langue devint
une affaire d'�tat: il fallait doter d'une langue nationale la �R�publique
unie et indivisible�, et �lever le niveau des masses par l'instruction ainsi
que par la diffusion du fran�ais. Or, l'id�e m�me d'une �R�publique unie et
indivisible�, dont la devise �tait �Fraternit�, Libert� et �galit� pour
tous�, ne pouvait se concilier avec le morcellement linguistique et le
particularisme des anciennes provinces. Les r�volutionnaires bourgeois y virent
m�me un obstacle � la propagation de leurs id�es; ils d�clar�rent la guerre
aux patois. BertrandBar�re (1755-1841), membre du Comit� de
salut public, d�clencha l'offensive en faveur de l'existence d'une langue
nationale:
La monarchie avait des raisons de ressembler � la tour de
Babel; dans la d�mocratie, laisser les citoyens ignorants de la
langue nationale, incapables de contr�ler le pouvoir, c'est trahir la
patrie... Chez un peuple libre, la langue doit �tre une et la m�me
pour tous.
Dans on rapport �sur les idiomes� qu'il pr�senta devant la
Convention du 27 janvier 1794, Bar�re expliqua:
Combien de d�penses n'avons-nous pas faites pour la traduction des lois
des deux premi�res assembl�es nationales dans les divers idiomes de France !
Comme si c'�tait � nous � maintenir ces jargons barbares et ces idiomes
grossiers qui ne peuvent plus servir que les fanatiques et les
contre-r�volutionnaires!
En 1794, l'abb� Henri-Baptiste Gr�goire (1750-1831) publia son
fameux Rapport sur la n�cessit� et les moyens d'an�antir les patois et
d'universaliser l'usage de la langue fran�aise. Il d�non�a la situation
linguistique de la France r�publicaine qui, �avec trente patois
diff�rents�, en �tait encore �� la tour de Babel�, alors que, �pour
la libert�, elle forme �l'avant-garde des nations�. Il d�clara � la
Convention: �Nous n'avons plus de provinces et nous avons trente
patois qui en rappellent les noms.�
Avec une sorte d'effarement, l'abb� Gr�goire
r�v�la dans son rapport de juin 1794 qu'on ne parlait
�exclusivement� le fran�ais que dans �environ 15 d�partements� (sur
83). Il lui paraissait paradoxal, et pour le moins insupportable, de
constater que moins de trois millions de Fran�ais sur 25 parlaient
la langue nationale, alors que celle-ci �tait utilis�e et unifi�e
�m�me dans le Canada et sur les bords du Mississipi�.
Devant le Comit� de l'Instruction
publique, l�abb� Gr�goire d�clara, le 20 septembre 1793:
Ainsi dispara�tront insensiblement les jargons locaux, les patois de six
millions de Fran�ais qui ne parlent pas la langue nationale car, je ne puis
trop le r�p�ter, il est plus important qu'on ne pense en politique
d'extirper cette diversit� d'idiomes grossiers qui prolongent l'enfance de la
raison et la vieillesse des pr�jug�s.
Un discours se d�veloppa dans lequel le terme langue reste
l'apanage exclusif du fran�ais appel� �notre langue�. Tout ce qui n'est pas
fran�ais s'appelle patois ou idiomes f�odaux: Ce
sont pour Gr�goire le breton, le normand, le picard, le proven�al, le gascon,
le basque, etc. Il parle m�me de �l'italien de Corse� (corse) et de �l�allemand
des Haut et Bas-Rhin� (alsacien) qu'il qualifie d��idiomes
tr�s-d�g�n�r�s�. Enfin, il signale que �les n�gres de nos colonies�
pratiquent �une esp�ce d�idiome pauvre� qu'il associe � la �la langue
franque�.
D�s lors, il devenait n�cessaire d'imposer le fran�ais par des d�crets
rigoureux � travers toute la France. Charles-Maurice de
Talleyrand (1754-1838), l'un des grands
hommes politiques de l'�poque, proposa qu'il y ait une �cole primaire dans
chacune des municipalit�s:
La langue de la Constitution et des lois y sera enseign�e � tous;
et cette foule de dialectes corrompus, dernier reste de la f�odalit�, sera
contrainte de dispara�tre; la force des choses le commande.
Puis, le
d�cret du 2 Thermidor (20 juillet
1794) sanctionna la terreur linguistique. � partir de ce moment, les
patois locaux furent pourchass�s. Cette loi linguistique donnait par ailleurs
une bonne id�e des intentions des dirigeants r�volutionnaires:
Article 1.
� compter du jour de la publication de la pr�sente
loi, nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du
territoire de la R�publique, �tre �crit qu'en langue fran�aise.
Article 2. Apr�s le mois qui suivra la publication de
la pr�sente loi, il ne pourra �tre enregistr� aucun acte, m�me
sous seing priv�, s'il n'est �crit en langue fran�aise.
Article 3. Tout fonctionnaire ou officier public, tout
agent du Gouvernement qui, � dater du jour de la publication de la pr�sente
loi, dressera, �crira ou souscrira, dans l'exercice de ses fonctions,
des proc�s-verbaux, jugements, contrats ou autres actes g�n�ralement
quelconques con�us en idiomes ou langues autres que la fran�aise,
sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa r�sidence,
condamn� � six mois d'emprisonnement, et destitu�.
Article 4. La m�me peine aura lieu contre tout receveur
du droit d'enregistrement qui, apr�s le mois de la publication de la
pr�sente loi, enregistrera des actes, m�me sous seing priv�, �crits
en idiomes ou langues autres que le fran�ais.
En raison de la chute de Robespierre, le d�cret fut suspendu
quelques semaines plus tard (en septembre), jusqu'� la diffusion d'un nouveau
rapport sur cette mati�re par des �comit�s de l�gislation et d'instruction
publique�.
Jusqu'� ce moment-l�, on ne pouvait affirmer que l�interventionnisme
linguistique �tait d�lib�r�ment dirig� contre les langues r�gionales
(patois). Mais
d�s l�instant o� l�on commen�a � interdire les autres langues, il allait de soi que
ces derni�res en souffriraient, comme le laisse entendre le d�cret du 5 brumaire an II
(25 octobre 1795): �Dans toutes les parties de la
R�publique, l'instruction ne se fait qu'en langue fran�aise.�
1.3 Le fran�ais et l�Instruction publique
Un peu apr�s le milieu du XIXe si�cle (en 1863), on comptabilisait
encore 7,5 millions de Fran�ais ignorant la �langue nationale� (sur pr�s de
38 millions d'habitants. Selon les t�moignages de l'�poque, les enfants des
villages de province ne retenaient gu�re le fran�ais appris � l'�cole;
celui-ci �ne laisse pas plus de trace que le latin n'en laisse � la plupart
des �l�ves sortis des coll�ges�. Les �l�ves reparlaient �le patois au
logis paternel�. En 1831, dans l�une des lettres des pr�fets des C�tes-du-Nord et du
Finist�re � M. de Montalivet, ministre de l'Instruction publique, on peut lire
ce texte sans �quivoque dont le discours est plus radicalis�:
[Il faut] par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement, la
corruption du breton, jusqu'au point o�, d'une commune � l'autre, on ne
puisse pas s'entendre [...], car alors la n�cessit� de communication
obligera le paysan d'apprendre le fran�ais. Il faut absolument d�truire le
langage breton.
D�s lors, la France commen�a son v�ritable �g�nocide culturel� dans les
r�gions fran�aises, particuli�rement en Bretagne. Cette directive de monsieur
Auguste Romieu, sous-pr�fet de Quimper en 1831, serait consid�r�e au
XXIe
si�cle comme de la pure discrimination:
Multiplions les �coles, cr�ons pour l'am�lioration morale de la race
humaine quelques unes de ces primes que nous r�servons aux chevaux; faisons
que le clerg� nous seconde en n'accordant la premi�re communion qu'aux seuls
enfants qui parleront le fran�ais [...].
En 1845, les �linguicides� �taient d�j� apparus depuis un certain temps.
En t�moigne ces propos d'un sous-pr�fet du Finist�re aux instituteurs:
�Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n'�tes �tablis que pour tuer la
langue bretonne.� � cette �poque, on semblait en vouloir particuli�rement au
breton. Consid�rons cet autre exemple dont l�auteur est un pr�fet des
C�tes-du-Nord lors d�un discours � l'�v�que de Saint-Brieuc, le 21
novembre 1846:
C'est en breton que l'on enseigne g�n�ralement le cat�chisme et les
pri�res. C'est un mal. Nos �coles dans la Basse-Bretagne ont
particuli�rement pour objet de substituer la langue fran�aise au breton
[...].
Cette d�claration de la part de M. Dosimont, inspecteur d'acad�mie en 1897,
para�t tout aussi cat�gorique:
Un principe qui ne saurait jamais fl�chir: pas un mot de breton en classe
ni dans la cour de r�cr�ation.
Et enfin une proclamation provenant
d�Anatole de Monzie, ministre de l�Instruction publique (1925): �Pour
l'unit� linguistique de la France, il faut que la langue bretonne
disparaisse. On se souviendra sans doute des panneaux affich�s un peu
partout en Bretagne, que ce soit dans les bus, les �coles ou autres lieux
publics: �Interdiction de parler breton et de cracher par terre.�
Beaucoup d�enfants furent punis parce
qu�ils parlaient breton � l'�cole: ils devaient rejeter la langue de leurs
parents. L�histoire est l� pour nous rappeler �galement l�usage
institutionnalis� du �symbole� accroch� au cou des �l�ves, de la d�lation,
des brimades et des vexations de la part des instituteurs dont la mission
�tait de supprimer l�usage des parlers locaux. Un jeune Breton ayant
fr�quent� l'�cole dans les ann�es 1960 en donne ce t�moignage:
�� cette �poque, le symbole �tait un
morceau de fer pour mettre sous les sabots des chevaux. On le donnait au premier
qui arrivait et qui parlait breton et ensuite, quand celui-ci trouvait un autre
qui parlait breton, il le lui donnait. Comme �a, toute la journ�e. � la fin de
la journ�e, le dernier attrap� par le symbole �tait mis en p�nitence et il
devait �crire en fran�ais: "Je ne parlerai plus jamais en breton", cinquante ou
cent fois. Celui qui �tait pris souvent restait � l'�cole apr�s 16 h 30, pendant
une heure ou une demi-heure dans le coin de la salle.�
Ces proc�d�s ont �t� heureusement abandonn�s
et l'on ne retrouve plus d'affiches contemporaines du genre: �Il est interdit
de cracher par terre et de parler patois.� Mais les langues r�gionales
historiques ne sont pas
disparues.
Les m�thodes p�dagogiques se radicalis�rent. Durant tout le
XIXe si�cle,
l'enseignement de la langue fran�aise reposa obligatoirement sur la grammaire
codifi�e par No�l et Chapsal (Grammaire fran�aise, 1823) ainsi que sur
l'orthographe de l'Acad�mie. Les �l�ves fran�ais apprirent une �num�ration
d'usages capricieux �rig�s en r�glements qui ne tenaient pas compte des
fluctuations possibles de la langue usuelle et o� la minutie des exceptions
formait l'essentiel de l'enseignement grammatical.
Comme la connaissance de
l'orthographe �tait obligatoire pour l'accession � tous les emplois publics,
chacun se soumit. La �bonne orthographe� devint une marque de classe,
c'est-�-dire de distinction sociale. �videmment, les enfants de la bourgeoisie
r�ussissaient mieux que ceux de la classe ouvri�re, qui montraient des
r�ticences � adopter une prononciation calqu�e sur l'orthographe.
1.4 Le XXe si�cle: la victoire du fran�ais
Tout au cours du XXe
si�cle et jusque dans les ann�es 1960, les
gouvernements ont adopt� pas moins de 40 lois concernant surtout
l'enseignement, la presse, l'administration et l'orthographe. Au d�but du
si�cle, comme la francisation n�allait pas assez vite au gr� du minist�re
de l��ducation nationale, les autorit�s sugg�r�rent fortement de faire
nommer des instituteurs qui ignoraient tout des parlers locaux.
En 1926, le grammairien Ferdinand Brunot �crivit dans son Histoire de la
langue fran�aise dans laquelle il affirmait que les patois �taient encore
bien vivants dans les campagnes:
Au XVIIIe si�cle, comme de nos jours,
le patois �tait chez lui partout o� l'on causait au village [...]. �
l'heure actuelle, le fran�ais est la langue des villes, le patois la langue
des campagnes.
Mais le discours antipatois est toujours rest� tr�s profond chez les
dirigeants politiques. Par exemple, en 1972, Georges
Pompidou, alors pr�sident de la R�publique, d�clarait: �Il n'y a pas de place
pour les langues et cultures r�gionales dans une France qui doit marquer
l'Europe de son sceau.�
Il est vrai que, depuis plus d'entre
trentaine d'ann�es, le discours sur cet �pineux
sujet a beaucoup chang� en France. C�est ainsi que
Fran�ois Mitterrand,
pr�sident de la R�publique de 1981 � 1995, annon�ait ses couleurs, deux mois
avant son �lection (1981, � Lorient):
Le temps est venu d�un statut des langues et cultures de France qui leur
reconnaisse une existence r�elle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes
les portes de l��cole, de la radio et de la t�l�vision permettant leur
diffusion, de leur accorder toute la place qu�elles m�ritent dans la vie
publique.
N�anmoins, malgr� ce discours � saveur �lectoraliste, la situation n�a
pas �volu� consid�rablement, car, lors des d�bats sur le trait� de
Maastricht, Robert Pandraud (d�put� et ancien ministre) d�clarait le 13 mai
1992:
Je rends hommage � l'�cole la�que et r�publicaine qui a souvent impos�
le fran�ais avec beaucoup d'autorit� � il fallait le faire � contre
toutes les forces d'obscurantisme social, voire religieux, qui se
manifestaient � l'�poque. Je suis �galement heureux que la t�l�vision ait
�t� un facteur d'unification linguistique. Il est temps que nous soyons
fran�ais par la langue. S'il faut apprendre une autre langue � nos enfants,
ne leur faisons pas perdre leur temps avec des dialectes qu'ils ne parleront
jamais que dans leur village: enseignons-leur le plus t�t possible une langue
internationale!
L�, nous ne sommes plus en 1950, mais dans les ann�es 1990.
Autrement dit, � en croire ces d�clarations de personnalit�s officielles, les
dirigeants fran�ais ne se pr�occupent que de la langue fran�aise, sauf de
fa�on al�atoire. En mai 1997, Daniel Gauchon, inspecteur de l'�ducation
nationale, proclamait:
Les langues r�gionales ont sans doute leur place � l'�cole comme
l'enseignement de n'importe quelle langue ou discipline, mais le bilinguisme
en langue r�gionale est incompatible avec les principes de fonctionnement de
l'�cole publique. Il privil�gie la culture et la langue d'une communaut�
alors que le r�le de l'�cole publique est de privil�gier la culture et la
langue fran�aises dans un objectif de coh�sion sociale.
Quand on �tudie la l�gislation linguistique de la France, on constate que
ce pays a adopt� une quantit� impressionnante de lois portant sur les cultures
et les langues r�gionales, sur les collectivit�s territoriales et sur la
langue fran�aise. On compte au moins une douzaine de lois, une vingtaine de
d�crets, plus de 40 arr�t�s (dont une vingtaine sur la terminologie) et
autant de circulaires administratives.
Pr�cisons que la plupart des textes juridiques fran�ais traitent avant tout
de la langue d'enseignement et de la terminologie fran�aise. Cela
signifie que la l�gislation fran�aise porte moins sur les droits linguistiques
que sur la promotion de la langue fran�aise consid�r�e du point de vue du
code lui-m�me. Il s'agit l� d'une vieille tradition qui consiste � ignorer
les langues r�gionales. Pour ce qui est des droits des minorit�s historiques,
les textes juridiques n'en parlent d'ailleurs que tr�s peu. Toutefois, la
tendance actuelle est � �largir le droit � la diff�rence et � reconna�tre
la sp�cificit� des langues r�gionales. On distingue maintenant deux types de
politique linguistique fran�aise: celle qui concerne les langues r�gionales et
minoritaires et celle qui concerne la politique � l��gard du fran�ais.
Les dispositions constitutionnelles portant explicitement sur la langue
�taient inexistantes jusqu'en 1992. La langue fran�aise �tait
la langue officielle de la R�publique fran�aise dans les
faits (ou de facto) parce que cette reconnaissance n'avait jamais �t�
proclam�e ni dans la Constitution de 1958 ni d'ailleurs dans aucun
texte de loi. Cependant, la
Loi constitutionnelle n� 92-554
du 25 juin 1992 a apport� des modifications � la Constitution
de 1958, notamment � l'article 2 qui se lit maintenant comme suit: �La langue de la R�publique est le fran�ais.�
� l'origine, il l'adoption de cette disposition avait comme but de
prot�ger le fran�ais contre l'influence excessive de l'anglais, alors que la
France venait de signer le trait� de Ma�stricht, le 7 f�vrier 1992. En somme,
lorsque la France se place non pas en position de domination, mais en situation
de minoritaire par rapport � l'anglais, c'est alors qu'elle � tendance �
l�gif�rer. Plus tard, le Conseil constitutionnel a interpr�t� cette m�me
disposition comme hostile aux langues r�gionales.
2.1 La langue de la R�publique
Les explications qui suivent r�sultent d'une adaptation de deux documents officiels:
dabord, la loi n� 94-665 du 4 ao�t
1994 relative � l'emploi de la langue fran�aise, dite loi
Toubon � pr�sent�e par le ministre de la Culture et de la Francophonie
Jacques Toubon (gouvernement
Balladur sous la pr�sidence de Fran�ois Mitterrand) �, puis un document officiel intitul� Une politique globale
pour la promotion du fran�ais. Ce dernier document est destin�
� la D�l�gation g�n�rale � la
langue fran�aise afin dillustrer les grands axes de la politique
fran�aise en mati�re de langue. La loi
fran�aise, dite loi Toubon, pr�cise que l'emploi de la langue fran�aise
est obligatoire dans un certain nombre de situations et affirme ainsi un
droit au fran�ais pour les consommateurs, les salari�s, le public.
L'imposition de ces r�gles est assortie des moyens de les faire
respecter. On peut consulter le texte complet de la
loi Toubon en cliquant
ICI, s.v.p.
� peine adopt�e, la loi n� 94-665 du 4 ao�t 1994 souleva une lev�e de
boucliers en France, m�me parmi les membres du gouvernement. Ainsi, dans
Lib�ration (28 f�vrier 1994), M. Alain Madelin, alors ministre des
Entreprises et du D�veloppement �conomique manifestait sa solidarit� de
la fa�on suivante: �Il ne faudrait pas qu�apr�s avoir supprim� le
contr�le des prix on installe le contr�le des mots.�
Dans Le Point (5 mars 1994), l'�ditorialiste
Bernard-Henri L�vy �crivait pour sa part: �M. Toubon veut nous donner une loi sur
la langue fran�aise. J�ai beau faire, je ne comprends pas. [...] On ne touche
pas � la langue, telle est la loi.�
D'autres, comme l'occitaniste Henri Jeanjean (1998), y ont
vu une fa�on d�tourn�e destin�e � an�antir les langues r�gionales de France:
Malgr� les d�n�gations initiales, cette loi appara�t de
plus en plus comme se situant dans la tradition multis�culaire d'une
politique linguistique centraliste visant � an�antir les langues de
France, politique que l'on peut faire remonter au XVe
si�cle et qui a �t� r�affirm�e avec une persistance exemplaire par tous
les r�gimes qui ont pu se succ�der depuis cette �poque.
Signalons que les aspects les plus coercitifs de la
loi Toubon ont �t� abolis par le Conseil constitutionnel avant m�me que la loi
n'entre en vigueur. Ainsi, le Conseil a estim� que le principe de la
libert� de pens�e et d�expression, inscrit � l�article 11 de la D�claration
des droits de l�homme et du citoyen, s�opposait � ce que la loi fixe la
terminologie pr�cise � employer par les organismes de t�l�vision ou de radio, ou
par des individus dans l�ensemble de leurs activit�s. Le l�gislateur ne peut
r�gler le vocabulaire � employer que pour les �personnes morales de droit
public� et les �personnes de droit priv� dans l�exercice d�une mission de
service public.
En 2019, l�Acad�mie fran�aise a le
pr�sident Macron sur le fait que
la loi Toubon, destin�e � prot�ger la
langue fran�aise, demeurait largement inappliqu�e.
2.2 Une
l�gislation ambigu�
En r�alit�, la loi Toubon vise
surtout � prot�ger le salari� et le consommateur de biens et de services
(notamment de services audiovisuels) contre l�emploi de termes �trangers
(anglais), chaque fois qu�un mot fran�ais �quivalent est disponible. Bref, la
loi n�impose nullement l�usage exclusif du fran�ais, seulement sa pr�sence,
avec la m�me visibilit�, � c�t� des mots �trangers, le tout dans les
inscriptions ou annonces dans un lieu ouvert au public ou dans les transports
en commun. La loi pr�voit aussi de nombreuses exceptions; quant aux
dispositions punitives, elles paraissent tellement lourdes � utiliser qu'elles
d�couragent l'�tat � y recourir. Dans ces conditions, la plupart des tribunaux n'appliquent
m�me pas la loi!
Dans une allocution prononc�e � Montr�al (Qu�bec) le 7
septembre 2001, Mme Tasca, ministre de la Culture et de la Communication, a
admis que le gouvernement fran�ais n'�tait pas tr�s vigilant quant �
l'application de la loi Toubon: �Je pense qu�il [le gouvernement fran�ais]
pourrait intervenir plus fermement pour faire respecter l�application des
textes.� Elle d�non�ait �la pratique de diff�rentes grandes entreprises
d�imposer l�anglais comme langue de travail � leurs salari�s, y compris dans
l�Hexagone. [...] On est un peu �tonn� quand de tr�s grandes entreprises
fran�aises, peut-�tre un peu gris�es par leur r�cente dimension internationale,
vont tr�s au-del� de la n�cessit� de conna�tre l�anglais. Je pense qu�il serait
bien que leurs salari�s, leurs syndicats, le gouvernement aussi, fassent
campagne contre des pratiques qui n�ont pas grand sens.�
Par ailleurs, en 2008, le
Rapport
au Parlement sur l�emploi de la langue fran�aise de la DGLFLF
(voir la synth�se) pr�cise la r�alit� des pratiques linguistiques
dans le monde du travail. On y apprend notamment que 26 % des salari�s des
entreprises de 20 salari�s et plus sont amen�s � parler ou � �crire une
langue �trang�re dans le cadre de leur activit� professionnelle, soit
environ 1,8 million de personnes. La langue �trang�re qu�ils utilisent
principalement est l�anglais dans 89 % des cas, une autre langue �trang�re
r�pandue dans 8% des cas (allemand 5%, espagnol2 % et italien1 %), une
autre langue dans 3% des cas. Par ailleurs, 32 % des salari�s sont amen�s �
lire des documents r�dig�s dans une langue �trang�re, soit environ 2,27
millions d�individus, parmi lesquels 22 % en ressentent une g�ne, soit 7 %
du total ou environ 500 000 salari�s des
entreprises de 20 salari�s ou plus consid�r�s comme des utilisateurs g�n�s
(propos rapport�s par l'Organisation internationale de la Francophonie).
Nous verrons que la politique linguistique du gouvernement fran�ais
rev�t un caract�re global. Elle vise � promouvoir le
fran�ais en France m�me, puis � soutenir la cr�ation
de contenus et de services en fran�ais au sein des instances internationales
et sur les nouveaux supports num�riques, et � en promouvoir
l'acc�s.
Le gouvernement fran�ais a cr�� par le d�cret
du 2 juin 1989 la D�l�gation g�n�rale �
la langue fran�aise (alors la DGLF), qui a succ�d� au Commissariat
g�n�ral � la langue fran�aise. Cet organisme
a re�u pour mission "de promouvoir et de coordonner les actions
des administrations et des organismes publics et priv�s qui concourent
� la diffusion et au bon usage de la langue fran�aise".
Le d�cret du 16 avril 1993 a mis la d�l�gation
� la disposition du ministre de la Culture et de la Francophonie,
qui exerce, par d�l�gation du premier ministre, les attributions
relatives � l'usage et � l'enrichissement de la langue fran�aise.
Dans le cadre des orientations d�finies par le gouvernement,
la D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise
est l'outil fondamental d'une politique globale pour la promotion du fran�ais,
dont l'un des �l�ments majeurs est la loi du 4 ao�t
1994 relative � l'emploi de la langue fran�aise.
3.1 Le r�le de la D�l�gation
Pour le gouvernement fran�ais, le r�le de la D�l�gation
g�n�rale est avant tout de favoriser la coordination et la
concertation pour sensibiliser ceux qui ont des responsabilit�s
� l'�gard de la langue fran�aise et pour accro�tre
les synergies en vue de la promouvoir. Pour ce faire, la D�l�gation
travaille en collaboration avec les organisme suivants:
- le Conseil sup�rieur de la langue fran�aise
(une instance d'�tude, de consultation et de proposition pr�sid�
par le premier ministre);
- les d�partements minist�riels qui
interviennent et disposent de moyens en faveur de la langue fran�aise
(notamment l'�ducation nationale, l'enseignement sup�rieur,
la recherche, l'industrie, la culture, les affaires �trang�res,
la coop�ration, la francophonie, etc.);
- les milieux professionnelsconcern�s par
les questions linguistiques (universit�s, laboratoires de recherche,
entreprises, etc.) ou qui jouent un r�le strat�gique pour
la diffusion de la langue (m�dias, publicit�, �conomie,
culture, AFNOR) ;
- les associations qui
�uvrent pour soutenir le
fran�ais;
- un r�seau de partenaires internationaux,
pour une coop�ration avec le monde francophone et en particulier
le Qu�bec, ainsi qu'avec les �tats membres de l'Union europ�enne
et les pays de langue latine.
La D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise
est charg�e dappliquer la politique linguistique du gouvernement
fran�ais, laquelle est ax�e sur trois grands principes:
1) Assurer le rayonnement du fran�ais, langue
de la R�publique;
2) Conserver au fran�ais son r�le de langue
de communication internationale;
3) Respecter la diversit� linguistique et culturelle
et promouvoir le plurilinguisme.
Depuis que le gouvernement fran�ais a sign� (mais non ratifi�) la Charte
europ�enne des langues r�gionales ou minoritaires, l'ensemble des langues
de France est reconnu comme patrimoine culturel national. Le minist�re de la
Culture, qui est charg� depuis 1997 de la langue fran�aise, a d� �galement
prendre en charge �ce patrimoine culturel linguistique multiple�.
3.2 La D�l�gation et les langues de
France
C'est
pourquoi le gouvernement fran�ais a transform�, en novembre 2001 la
D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise (DGLF) en D�l�gation
g�n�rale � la langue fran�aise et aux langues de France (la DGLFLF). Dor�navant, la
D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise et aux langues de France (DGLFLF)
a pour mission �de veiller � la promotion et � l'emploi
du fran�ais sur le territoire national, de favoriser son utilisation
comme langue de communication internationale et de d�velopper le
plurilinguisme, garant de la diversit� culturelle�. De plus, la DGLFLF anime
et coordonne l'action des pouvoirs publics en faveur de ces objectifs et met en
�uvre, avec ses moyens propres ou en liaison avec d'autres organismes publics
ou priv�s, toutes initiatives en ce sens.
Comme organe de r�flexion,
d'�valuation et d'action, la DGLFLF continue d'�tre charg�e de promouvoir une
politique globale en faveur de la langue fran�aise,
mais doit aussi prendre en charge la valeur patrimoniale des langues
r�gionales de France. Elle a en plus comme mission de �veiller �
la sauvegarde et � la valorisation des langues de France et de coordonner la
politique culturelle en leur faveur�. Ainsi, on peut estimer que les actions de
valorisation et de diffusion des 75 langues de France recens�es par le rapport
Cerquiglini seront poursuivies. Cette politique devrait s'articuler autour des
axes suivants: la collecte du patrimoine linguistique, des �tudes et des
�quipements linguistiques, l'observation des pratiques et le soutien �
l'�dition. Un effort particulier devrait �tre consenti en faveur des langues
de l'outre-mer en liaison avec le Secr�tariat d'�tat aux DOM-TOM.
Pour le gouvernement, le fran�ais est la langue de la R�publique,
cest-�-dire la langue de l'unit� nationale et des institutions
publiques, celle de l'�galit� de tous, une composante fondamentale
du lien social, l'un des facteurs les plus importants d'�galit�
et d'int�gration. Afin datteindre lobjectif d'assurer le respect
du fran�ais sur le territoire national et de garantir son emploi
dans tous les actes de la vie sociale, le gouvernement a adopt�
une l�gislation linguistique en 1994.
4.1 La loi Toubon de 1994
La loi
n� 94-665 du 4 ao�t 1994
relative � l'emploi de la langue fran�aise, dite loi Toubon
pr�sent�e par le ministre de la Culture et de la Francophonie
Jacques Toubon , se substitue � la loi du 31 d�cembre 1975,
dont elle �largit le champ d'application et renforce les dispositions.
Cette nouvelle loi fran�aise, la loi du 4 ao�t 1994 relative
� l'emploi de la langue fran�aise, pr�cise que l'emploi
de la langue fran�aise est obligatoire dans un certain nombre de
situations et affirme ainsi un droit au fran�ais pour les consommateurs,
les salari�s, le public. L'�diction de ces r�gles
est assortie des moyens de les faire respecter.
La loi Toubon pr�cise successivement les conditions dans lesquelles
l'emploi du fran�ais est obligatoire afin que les consommateurs,
les salari�s, les usagers, le public, soient assur�e de comprendre
les indications qui leur sont donn�es et afin que le fran�ais
soit naturellement la langue dans laquelle se d�roulent les activit�s
qui ont lieu sur le territoire national, notamment l'enseignement et les
�missions de radio et de t�l�vision. Il pr�voit
que la pr�sentation en langue fran�aise peut toujours �tre
accompagn�e d'une traduction en langue �trang�re.
Ainsi, les
articles 1, 2 et 3 imposent l'usage du fran�ais
pour la pr�sentation de biens et services et les proc�d�s
d'information destin�s aux consommateurs, ainsi que pour les inscriptions
et annonces faites dans les lieux ouverts au public et les transports en
commun. L'article 4 pr�voit que les contrats pass�s par des
personnes publiques sont r�dig�s en fran�ais. L'article
5 impose des exigences minimales pour l'organisation des congr�s
et colloques. Les articles 6, 7 et 8 sont relatifs � la protection
des salari�s et pr�cisent que les contrats de travail, les
offres d'emploi et les documents internes � l'entreprise, qui s'imposent
aux salari�s ou leur sont n�cessaires pour l'ex�cution
de leur travail, sont r�dig�s en fran�ais.
Quant � l'article 9, il affirme que la langue de
l'enseignement
est le fran�ais. Les articles 10 et 11 rendent l'emploi du fran�ais
obligatoire dans les �missions et les messages publicitaires des
organismes de radio et de t�l�vision et donnent mission �
ces organismes de contribuer � la protection et � la promotion
de la langue fran�aise.
L'article 12 porte sur le code
de la langue, il interdit aux personnes
publiques, ainsi qu'aux personnes morales de droit priv� charg�es
d'une mission de service public, de faire usage de marques comportant une
expression ou un terme �tranger.
Les
articles 13 � 18 pr�voient un dispositif
de contr�le de nature � permettre une bonne application de la loi: retrait des
subventions �ventuelles, intervention des officiers de police judiciaire,
des agents charg�s de l'application du Code de la consommation et
des associations de d�fense de la langue fran�aise dans le
m�canisme de contr�le, caract�re d'ordre public de
la loi. Les sanctions p�nales applicables, qui seront de nature
contraventionnelle, seront pr�vues par d�crit en Conseil
d'�tat.
L'article 20, quant � lui, pr�voit les d�lais
n�cessaires �
l'entr�e en vigueur de la loi, notamment pour la mise en conformit�
des dispositions relatives � la publicit�, aux annonces et
� l'affichage.
Enfin, l'article 21 pr�voit l'abrogation de la loi du 31 d�cembre 1975 relative
� l'emploi de la langue fran�aise, dans des d�lais diff�rents, mais coh�rents
avec l'entr�e en vigueur des dispositions nouvelles. On peut consulter le texte
int�gral de la loi du 4 ao�t 1994 relative � l'emploi
de la langue fran�aise.
4.2 La politique de sensibilisation
Afin de valoriser l'image de la langue fran�aise et
contribuer � la mobilisation des Fran�ais, mais aussi des
francophones et des francophiles autour de sa vitalit�, de son rayonnement
et de ses enjeux culturels, �conomiques et sociaux, une politique
de sensibilisation a �t� mise en place, qui a pour objectif:
(1) le grand public, et tout d'abord les jeunes;
(2) les �prescripteurs�, c'est-�-dire ceux qui interviennent
dans des domaines strat�giques pour la qualit� et la diffusion
de la langue et des mots : presse, radio et t�l�vision, publicit�,
institutions culturelles;
(3) les entreprises.
Gr�ce � cet instrument juridique, la France se trouve dot�e d'une
v�ritable l�gislation linguistique destin�e � assurer le maintien du
fran�ais tant � l�int�rieur de ses fronti�res qu�� l�ext�rieur dans
le monde.
Quelques ann�es apr�s son entr�e en vigueur, la loi du 4 ao�t 1994
para�t dans l'ensemble assez bien appliqu�e; elle constitue un outil efficace
pour assurer la pr�sence du fran�ais dans certains domaines essentiels o� le
seul jeu des lois du march� risquerait de la faire reculer. Pour leur part, le
Bureau de v�rification de la publicit� et le Conseil sup�rieur de
l'audiovisuel effectuent �galement des v�rifications; ils fournissent �
l'intention des professionnels des informations ainsi que des efforts de
sensibilisation au sujet de la loi du 4 ao�t 1994. Par ailleurs, les
dispositions juridiques concernant la protection du consommateur font l'objet
d'un suivi pouss� du minist�re de l'�conomie, des Finances et de l'Industrie.
Ce fait d�montre la prise en compte par les entreprises des obligations que
leur cr�e la loi en ce qui a trait � la pr�sentation, l'affichage, le mode
d'emploi des biens et services mis � la disposition des consommateurs.
Cependant, dans le domaine scientifique, que ce soit dans les publications ou
les colloques, les obligations contenues dans la loi semblent peu respect�es.
En ce qui a trait aux manifestations internationales se d�roulant en France,
l'application de la loi visant � favoriser le recours au fran�ais se heurte
toujours � des r�ticences tenaces de la part des organisateurs. On croit que
ce constant est d� au fait qu�il n�existe pas d'organisme charg� de
l'observation et du contr�le de ce genre de pratiques linguistiques.
4.3 La carpette anglaise
Par ailleurs, en 1999 fut fond�e l'Acad�mie
de la Carpette anglaise, une institution parodique non
gouvernementale, d�cernant chaque ann�e un prix d'�indignit� civique� � un
membre des personnalit�s fran�aises, qui serait particuli�rement distingu�
par son anglomanie aux d�pens de la langue fran�aise. Voici la liste des laur�ats
� partir de 1999:
2013
Genevi�ve Fioraso, ministre de
l'Enseignement sup�rieur et de la Recherche,
pour avoir, dans la lign�e de Val�rie P�cresse
(�carpett�e� en 2008) l�galis� l'enseignement en
anglais dans les universit�s.
2012
Fr�d�ric
Cuvillier, ministre d�l�gu� aux Transports, � la
Mer et � la P�che,
pour avoir d�clar�, selon Le Parisien,
que dans le domaine du transport �l'anglais
devrait �tre la langue d'usage et de r�daction
des documents officiels harmonis�s�.
2011
Jean-Fran�ois Cop�, secr�taire
g�n�ral de l'Union pour un mouvement populaire (UMP),
pour �sa vigoureuse promotion de l'usage de
l'anglais, de la maternelle aux grandes �coles,
et sa volont� de faire de l'anglicisation de la
t�l�vision publique un des enjeux de son parti
et de l'�lection pr�sidentielle�.
2010
Martine Aubry,
premi�re secr�taire du Parti socialiste (et ses
conseillers en communication),
pour �leur recours syst�matique � des slogans
anglo-saxons (du "care" � "What would Jaur�s
do?")�.
2009
Richard Descoings, directeur de
l�Institut d��tudes politiques de Paris,
pour �imposer des enseignements uniquement en
langue anglaise dans certaines fili�res
propos�es, et pour correspondre en anglais avec
le lyc�e fran�ais de Madrid�.
2008
Val�rie P�cresse, ministre de
l�Enseignement sup�rieur et de la Recherche,
pour �avoir d�clar� que le fran�ais �tait une
langue en d�clin et qu'il fallait briser le
tabou de l'anglais dans les institutions
europ�ennes�.
2007
Christine
Lagarde, ministre de l'�conomie,
pour avoir communiqu� avec ses services en
langue anglaise, � tel point que, selon le
Canard encha�n�, celle-ci serait surnomm�e
�Christine The Guard�.
2006
Le
Conseil constitutionnel
pour �ses nombreux manquements � l'article 2 de
la Constitution qui dispose que la langue de la
R�publique est le fran�ais� et pour avoir
d�clar� conforme � la constitution le protocole
de Londres sur les brevets, permettant ainsi �
un texte en langue anglaise ou allemande d'avoir
un effet juridique en France.
2005
France T�l�com,
op�rateur de t�l�phonie pr�sid� par Didier
Lombard, pour la mise en place de services et
produits aux d�nominations anglaises (� Business
Talk, Live-Zoom, Family Talk, etc.�), d�sign�
par huit voix contre quatre � Yves Daudigny,
pr�sident du conseil g�n�ral de l'Aisne pour sa
grotesque campagne publicitaire en anglais �
L'Aisne, it's Open ! �
2004
Claude Th�lot,
pr�sident de la Commission du d�bat national sur
l�avenir de l��cole, pour avoir
consid�r� � l�anglais de communication
internationale � comme un enseignement
fondamental, � l��gal de la langue fran�aise, et
avoir pr�conis� son apprentissage par la
diffusion de feuilletons am�ricains en version
originale sur les cha�nes de la t�l�vision
fran�aise
2003
Le
Groupe HEC,
dont le directeur g�n�ral, Bernard Ramanantsoa,
a d�clar� en d�cembre 2002 : �Dire que le
fran�ais est une langue internationale de
communication comme l�anglais pr�te � sourire
aujourd�hui.�
2002
Jean-Marie
Colombani, directeur de la
publication du Monde, pour avoir publi�,
sans r�ciprocit�, un suppl�ment hebdomadaire en
anglais, constitu� d'articles du New York
Times.
2001
Jean-Marie
Messier, PDG de Vivendi-Universal,
pour favoriser syst�matiquement l'anglais comme
langue de communication dans ses entreprises.
2000
Alain Richard,
ministre de la D�fense, pour avoir oblig� les
militaires fran�ais � parler anglais dans le
sein du Corps europ�en alors qu�aucune nation
anglophone n�en fait partie.
1999
Louis Schweitzer,
PDG de Renault, impose l'usage de
l'anglo-am�ricain dans les comptes rendus des
r�unions de direction de Renault.
L'Acad�mie d�cerne aussi un prix annuel �
un laur�at habitant un pays �tranger (Suisse, Belgique, etc.). Rappelons �
titre d'anecdote que, en mars 2009, la direction de A�roports de Lyon
avait d�cid� de changer de nom pour Lyon Airports, c�dant ainsi � une
certaine anglomanie pour des motifs d'internationalisme.
Or, le pr�fet de la
R�gion de Rh�nes-Alpes, Jacques G�rault, s'est oppos� � cette
nouvelle appellation et a adress�, le 20 mars 2009, un courrier au pr�sident
de la Soci�t� des A�roports de Lyon. Dans ce courrier, le pr�fet
estime �qu'il est aujourd'hui plus essentiel d'ouvrir davantage
A�roports de Lyon � l'international, par une politique
commerciale dynamique, que de n'engager qu'un simple changement
de nom�. Il ajoutait : �Le choix de cette nouvelle signature,
calqu�e sur les codes anglo-saxons, ne peut �videmment pas
constituer une strat�gie de communication adapt�e aux enjeux
d'un territoire dont l'�conomie repr�sente 10 % du produit
int�rieur brut fran�ais.�
De
plus, il jugeait par ailleurs �inadmissible que certaines institutions
sous-estiment � ce point le poids �conomique et culturel de la langue
fran�aise et les valeurs qu'elle v�hicule�. �tant donn� que l'�tat est
actionnaire � 60 %, il �tait dans l'int�r�t de la soci�t� de renoncer � sa
nouvelle appellation. Cela �tant dit, il demeure quand m�me surprenant que
des ministres, des hauts fonctionnaires et des pr�sidents de soci�t�s d'�tat
croient si peu en leur propre langue.
L'�tat fran�ais a �labor� des �mesures linguistiques� �
l'�gard des m�dias �lectroniques. La loi la plus pertinente � ce sujet est la
loi n� 86-1067 du 30 septembre 1986, appel�e Loi relative � la libert� de
communication, dite aussi �loi L�otard�, du nom du ministre (Fran�ois L�otard)
de la Culture et de la Communication qui l'avait parrain�e. Toutefois, la
loi du 18 janvier 1992 assouplissait le r�gime des quotas (de 1986) de diffusion
d'�uvres audiovisuelles fran�aises et europ�ennes.
5.1 La l�gislation et les quotas
Puis la loi du 1er
f�vrier 1994 cr�ant la cha�ne d�acc�s au savoir � la formation et � l�emploi et
renfor�ant les pouvoirs de sanctions du CSA, imposait un quota de diffusion d�au
moins 40% de chansons en langue fran�aise aux radios. Enfin, la loi du 1er ao�t
2000 modifiait celle du 30 septembre 1986 et affirmait le principe de la libert�
de la communication audiovisuelle, tout en imposant des obligations de diffusion
et de production d��uvres audiovisuelles aux radiodiffuseurs. Cela �tant dit, la
loi de 2000 permettait une certaine modulation des quotas de chansons
francophones impos�s aux radiodiffuseurs :
- le quota reste de 40 % de chansons
francophones dont 20 % de nouveaux talents ou de nouvelles productions pour
les radios g�n�ralistes;
- pour les radios sp�cialis�es dans la mise en valeur du patrimoine musical,
le quota est fix� � 60 % de chansons fran�aises dont 10 % de nouvelles
productions;
- pour les radios "jeunes talents", le plancher est de 35 % de chansons
fran�aises mais avec 25 % de nouveaux talents.
Ces quotas s�appliquent au temps consacr� � la diffusion
de musique de vari�t�s (et non � la totalit� du temps de diffusion). L�article
28 modifi�e de la loi du 30 septembre 1986 �nonce ce qui suit:
Article 28
Modifi� par Loi n�2006-396 du 31 mars 2006 art. 47 I (JORF 2 avril
2006).
La d�livrance des autorisations d'usage de la ressource radio�lectrique
pour chaque nouveau service diffus� par voie hertzienne terrestre autre
que ceux exploit�s par les soci�t�s nationales de programme, est
subordonn�e � la conclusion d'une convention pass�e entre le Conseil
sup�rieur de l'audiovisuel au nom de l'Etat et la personne qui demande
l'autorisation.
Dans le respect de l'honn�tet� et du pluralisme de l'information et des
programmes et des r�gles g�n�rales fix�es en application de la pr�sente
loi et notamment de son article 27, cette convention fixe les r�gles
particuli�res applicables au service, compte tenu de l'�tendue de la zone
desservie, de la part du service dans le march� publicitaire, du respect
de l'�galit� de traitement entre les diff�rents services et des conditions
de concurrence propres � chacun d'eux, ainsi que du d�veloppement de la
radio et de la t�l�vision num�riques de terre.
La convention porte notamment sur un ou plusieurs des points suivants :
1� La dur�e et les
caract�ristiques g�n�rales du programme propre ;
2� Le temps consacr� � la diffusion d'oeuvres audiovisuelles
d'expression originale fran�aise en premi�re diffusion en France, la
part du chiffre d'affaires consacr�e � l'acquisition des droits de
diffusion de ces oeuvres ainsi que la grille horaire de leur
programmation;
2� bis. La proportion substantielle d'oeuvres musicales d'expression
fran�aise ou interpr�t�es dans une langue r�gionale en usage en France,
qui doit atteindre un minimum de 40 % de chansons d'expression
fran�aise, dont la moiti� au moins provenant de nouveaux talents ou
de nouvelles productions, diffus�es aux heures d'�coute significative
par chacun des services de radio autoris�s par le Conseil sup�rieur de
l'audiovisuel, pour la part de ses programmes compos�e de musique de
vari�t�s.
Par d�rogation, le Conseil
sup�rieur de l'audiovisuel peut autoriser, pour des formats sp�cifiques,
les proportions suivantes :
- soit pour les radios
sp�cialis�es dans la mise en valeur du patrimoine musical : 60 % de
titres francophones, dont un pourcentage de nouvelles productions
pouvant aller jusqu'� 10 % du total, avec au minimum un titre par heure
en moyenne ;
- soit pour les radios sp�cialis�es dans la promotion de jeunes talents
: 35 % de titres francophones, dont 25 % au moins du total
provenant de nouveaux talents ;
3� alin�a abrog� ;
4� La part du chiffre d'affaires consacr�e � l'acquisition des droits de
diffusion d'oeuvres cin�matographiques d'expression originale fran�aise
;
4� bis Les dispositions propres � assurer le respect de la langue
fran�aise et le rayonnement de la francophonie ;
Notons que l�article 28 de la loi du 30 septembre 1986 ne
s�applique qu�aux radios priv�es et qu'il n'est pas applicable � Radio-France.
Toutefois, l�article 30 de son Cahier des missions et
des chargeslui prescrit de donner dans ses programmes de vari�t�s
une place majoritaire � la chanson d'expression originale fran�aise et de
s'attacher � la promotion de nouveaux talents:
Article 30
Dans
ses programmes de vari�t�s pris dans leur ensemble, la soci�t� donne une
place majoritaire � la chanson d'expression originale fran�aise et
s'attache � promouvoir les nouveaux talents.
5.2 Les messages publicitaires
Quant � l'article 41, il impose l'obligation de diffuser
les messages publicitaires en fran�ais:
Article 41
Les
messages publicitaires sont diffus�s en langue fran�aise.
L'article 99 du Cahier des missions et des charges de la soci�t�
Radio-France encourage ladite soci�t� � promouvoir les �changes et la production commune de
programmes avec les organismes de radiodiffusion sonore des autres pays
francophones membres de la communaut�:
Article 99
La
soci�t� participe aux activit�s de la communaut� des radios publiques de
langue fran�aise. Elle acquitte sa part des d�penses de fonctionnement de
cette communaut�.
Elle
tend � promouvoir les �changes et la production commune de programmes
avec les organismes de radiodiffusion sonore des autres pays francophones
membres de la communaut�.
En ce qui a trait aux territoires
d'outre-mer (DOM-TOM), le Cahier des missions et des
charges de R�seau-France outre-mer (RFO) fait aussi allusion �� la
promotion et � l'illustration de la langue fran�aise�. Voici ce qu'�nonce
l'article 7 du d�cret n� 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier
des missions et des charges de la Soci�t� nationale de programme R�seau France
Outre-mer (JO-28/03/93-p.5146):
Article 7
La soci�t� contribue � la
promotion et � l'illustration de la langue fran�aise dans le respect des
recommandations du Conseil sup�rieur de l'audiovisuel. Elle veille � la
qualit� du langage employ� dans ses programmes.
Soulignons que la directive n� 89/552/CEE,
dite �T�l�vision sans fronti�res� (TVSF), du 3 octobre 1989 fixe le cadre
r�glementaire g�n�ral pour l�exercice des activit�s de radiodiffusion
t�l�visuelle dans l�Union europ�enne. Cette directive comprend �galement des
objectifs culturels. Un temps de diffusion majoritaire doit �tre consacr� � la
diffusion des �uvres europ�ennes �chaque fois que cela est r�alisable�, pour
encourager leur production et leur diffusion. Sous certaines conditions, des quotas
linguistiques sont autoris�s, mais uniquement pour les organismes de
radiodiffusion non t�l�visuelle qui rel�vent de la comp�tence de l'�tat qui les
fixe.
�tant donn� que le fran�ais constitue une grande langue de communication,
le maintien de son statut international reste un des objectifs de la politique
actuelle du gouvernement fran�ais. Il n�en demeure pas moins qu�une
politique linguistique si ambitieuse sur le plan international demeure rare dans
le monde. Ce statut est un atout pr�cieux pour la France et c�est pourquoi le
gouvernement tient � le conserver, tant � l'int�rieur des organisations
internationales que dans le cadre de la soci�t� de l'information. Cinq
�l�ments de politique ont �t� privil�gi�s. Voyons ce qu�il en est � cet
�gard.
6.1 Les instruments et les travaux de terminologie
Le gouvernement fran�ais poursuivre la mise en place d'une politique
active de constitution de r�seaux dans le domaine de la terminologie
et dans celui des ressources linguistiques. Ces instruments �tant
cr��s, ils permettront le d�veloppement en fran�ais
des industries de la langue et des nouvelles technologies de l'information.
Le gouvernement fran�ais consid�re que le d�veloppement
et la diffusion des travaux de terminologie conduits par les commissions
minist�rielles sont n�cessaires � la fois pour donner
au fran�ais langue les lexiques indispensables � l'expression
des r�alit�s de notre temps et pour favoriser le plurilinguisme
en dotant les traducteurs et les techniciens des outils dont ils ont besoin.
Anim�e par la D�l�gation g�n�rale, cette
politique est conduite en liaison �troite avec la communaut�
francophone et, en tout premier lieu le Qu�bec, mais aussi l'Union
europ�enne et les pays de langues latines.
Les travaux de terminologie doivent �tre r�alis�s
par des groupes d'experts, sous l'impulsion des diff�rents minist�res.
Ils doivent ensuite harmonis�s par une commission g�n�rale
de terminologie et soumis � l'approbation de l'Acad�mie fran�aise
avant d'�tre publi�s. Dor�navant, les termes doivent
d�sormais �tre accessibles sur Internet, � partir du
serveur du gouvernement, d�s la phase initiale des r�flexions.
Les francophones pourront ainsi mieux participer aux travaux conduits dans
les commissions et les traducteurs disposeront tr�s rapidement des
�quivalents fran�ais aux mots nouveaux qu'ils rencontrent.
Les industries li�es au traitement informatique du langage sont
consid�r�s comme un passage oblig� pour assurer la
place du fran�ais dans la soci�t� de l'information
et il faut, parall�lement, favoriser le d�veloppement de
contenus multim�dia en fran�ais.
6.2 La place du fran�ais dans les instances internationales
M�me si le fran�ais jouit dans la plupart des organisations
internationales d'un statut juridique privil�gi�, il semble
que cette situation tende � s'affaiblir en raison d'un contexte
politique souvent d�favorable � l'emploi du fran�ais.
Face � cette �volution pr�occupante et pour r�pondre
� l'attente de la communaut� francophone, une politique globale
est mise en oeuvre qui vise:
- � faire respecter le statut juridique du fran�ais
en intervenant syst�matiquement pour d�noncer les d�rives
constat�es;
- � sensibiliser les fonctionnaires fran�ais
en poste dans les organisations internationales;
- � d�velopper les formations en fran�ais
des fonctionnaires internationaux.
6.3 La diffusion de la pens�e scientifique et technique
Pour le gouvernement fran�ais, le recul du fran�ais dans
la vie scientifique est pr�occupant: l'internationalisation de la
recherche fait de l'anglais la langue de communication privil�gi�e
et, trop souvent, impos�e, m�me sur le territoire fran�ais,
pour l'�valuation des chercheurs, les publications, les colloques
et congr�s.
Pour faire face au probl�me de la diffusion de la recherche en
fran�ais, la mise en oeuvre d'une politique interminist�rielle
a �t� jug�e n�cessaire: soutien aux publications
scientifiques, d�veloppement d'outils linguistiques et terminologiques
adapt�s, cr�ation d'un r�seau des chercheurs �trangers
accueillis en France.
La Cit� internationale de la langue
fran�aise, inaugur�e en 2023 par le pr�sident
Emmanuel Macron, est un
lieu culturel enti�rement consacr� � la langue fran�aise et aux
cultures francophones. Elle est situ�e dans le ch�teau de
Villers-Cotter�ts, le lieu m�me o� le Fran�ois Ier a
sign� la c�l�bre
ordonnance de
1539 rendant obligatoire l'usage du fran�ais dans les actes de
l'administration et de la justice en France.
Le parcours d'exposition est fruit
d'une r�alisation collective et a mobilis� de nombreuses expertises :
linguistes, historiens, auteurs, etc. Plusieurs partenaires y ont
contribu�, dont la D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise et aux
langues de France (DGLFLF) du minist�re de la Culture, TV5 Monde, Radio
France internationale, l'Organisation internationale de la francophonie,
la F�d�ration internationale des professeurs de fran�ais, le festival
des Francophonies, la Biblioth�que nationale de France, l'Acad�mie
fran�aise, le mus�e du Louvre, la Com�die fran�aise, le Mus�e de la
civilisation de Qu�bec, etc.
La Cit� internationale de la langue
fran�aise, dont un espace a �t� titr�e �Salle Qu�bec�, permet de faire
conna�tre aux visiteurs de toutes origines la
Charte qu�b�coise de la langue
fran�aise et ses am�nagements linguistiques, ainsi que sa culture
francophone en Am�rique du Nord. Il faut dire qu�� l�exception de la
France, le Qu�bec est le seul autre �tat � avoir offert une contribution
financi�re. Par cons�quent, l'Afrique francophone n'est pas pr�sent�e
dans ce lieu qui se veut �international� (Cit� internationale de la
langue fran�aise).
Afin dassurer une place au fran�ais dans les instances internationales,
il semble illusoire de faire triompher le fran�ais aux d�pens
des autres langues, ce serait laisser toute la place � langlais
et accepter luniformisation linguistique. Or, seule la promotion du plurilinguisme,
c'est-�-dire la reconnaissance de la diversit� linguistique,
permet dassurer une place au fran�ais comme aux autres langues.
Le parcours d'exposition a mobilis� de nombreuses
expertises : linguistes, historiens, auteurs, etc. Plusieurs partenaires y
ont contribu�, dont la D�l�gation g�n�rale � la langue fran�aise et aux
langues de France (DGLFLF), TV5 Monde, Radio France internationale,
l'Organisation internationale de la Francophonie, la F�d�ration
internationale des professeurs de fran�ais, le festival des Francophonies,
la Biblioth�que nationale de France, l'Acad�mie fran�aise, la Com�die
fran�aise, le mus�e du Louvre, le Mus�e de la civilisation de Qu�bec,
7.1 La promotion de la diversit�
linguistique
La France a fait du plurilinguisme l'une de ses priorit�s. Ainsi,
l'Assembl�e nationale a adopt�, le 6 janvier 2004, une r�solution sur
la diversit� linguistique
dans l'Union europ�enne (voir
le texte). Par cette r�solution,
l'Assembl�e nationale affirmait (art.1) �son attachement � la
diversit� linguistique et culturelle que consacre l'�largissement � dix pays� et
(art.2) �le droit de tout repr�sentant du peuple de s'exprimer, en toutes
circonstances, dans sa langue maternelle [...]�. Par cons�quent, la France
(art.4) �s'oppose � toute extension du nombre des r�unions sans interpr�tation
qui favoriserait l'utilisation d'une seule langue�. Enfin, elle (art.9) �appelle
� un signalement syst�matique des infractions linguistiques commises par les
institutions et organismes communautaires�.
Par exemple, au sein de l'Europe, la France affirme se montrer particuli�rement
attentive au respect des langues nationales des consommateurs et des citoyens
europ�ens dans la diffusion des informations. Dans lenseignement,
la France veut promouvoir l'id�e de l'enseignement de deux langues
vivantes �trang�res � chaque jeune Europ�en.
La politique en faveur du plurilinguisme est �galement concr�tis�e
par des travaux de terminologie et de vocabulaires plurilingues, des efforts
en mati�re de traductions multilingues, des d�marches engag�es
pour le traitement informatique du langage.
7.2 Le traitement informatique
� ce sujet, il est appara�t urgent d'assurer au fran�ais
et aux autres langues un traitement informatique de qualit� afin
que puissent �tre d�velopp�s des outils de traduction
assist�e par ordinateur, des outils de reconnaissance vocales, etc.
C'est � ce prix que le gouvernement fran�ais estime que le d�veloppement
des r�seaux internationaux de communication respectera la diversit�
culturelle et linguistique et les sp�cificit�s de chaque
langue. Il faut particuli�rement veiller � ce que les langues
� caract�res latins qui utilisent des signes diacritiques
(accents, c�dille, tr�ma, etc.) ne s'en voient pas priv�es
lorsqu'elles circulent sur les r�seaux dinformation, notamment
par lInternet. Cela suppose d'agir sur les normes dans le cadre europ�en
et international.
Selon la politique du gouvernement fran�ais, le fran�ais
sera d'autant plus fort qu'il s'inscrira dans un monde plurilingue. C'est
l� le sens de la politique de la France en faveur du plurilinguisme,
en Europe, dans les organisations internationales et au sein m�me
de l'espace francophone.
La politique linguistique de ce pays � l�gard du fran�ais
sur le territoire national se r�v�le conforme � son
interventionnisme traditionnel. Plusieurs se demandent m�me ce qui pourrait menacer le fran�ais sur son territoire. Ce ne sont certainement
pas les Fran�ais parlant une langue r�gionale. En r�alit�,
la loi de 1994 est toute ax�e sur la d�fense du fran�ais
contre un envahisseur jamais nomm�: langlais. En ce sens, la loi
fran�aise para�t l�gitime et on constate que dautres
pays ou �tats ont l�gif�r� plus ou moins dans
le m�me sens. Il suffit de mentionner le Qu�bec, mais aussi
la Catalogne, le Pays basque espagnol, lEstonie, la Lituanie, la Lettonie,
la Pologne, etc. On comprend davantage
une telle l�gislation lorsquil sagit de petits �tats dont
certains ne sont pas souverains. Mais un grand pays comme la
France... Apr�s tout, la moiti� des �tats am�ricains ont d�j�
l�gif�r� pour prot�ger l'anglais consid�r� comme... menac�.
Toutefois, il faut bien consid�rer que
la l�gislation fran�aise en cache une autre. En fait, cette l�gislation a permis
d�laborer une politique linguistique tr�s ambitieuse dont
on voit peu dexemples dans le monde: la place de la langue nationale au plan international. La France reste certes lun des rares �tats (avec
les �tats-Unis, le Portugal et l'Allemagne) � se positionner sur ce plan.
Cependant, l'attitude de l'ex-pr�sident Sarkozy sur la Francophonie apparut
moins ambitieuse que pour ses pr�d�cesseurs. Sous sa gouverne,
la France semblait se d�tourner lentement de
la Francophonie, � pas feutr�s. Ainsi, le statut du fran�ais ne justifierait plus
une r�allocation des moyens au sein de l�enveloppe de l�Organisation
internationale de la Francophonie (OIF); le fran�ais est peut-�tre le �socle
de la Francophonie�, mais �pas sa raison d��tre�, et l�OIF n�a pas pour
vocation de devenir une �super Alliance fran�aise�. Voil� qui restreint
passablement les ambitions de la politique fran�aise en mati�re d'expansion
du fran�ais dans le monde. Quant � son
successeur, Fran�ois Hollande, il h�sitait � se rendre personnellement au
XIVe Sommet de la
Francophonie en octobre 2012 � Kinshasa, sous pr�texte que la R�publique
d�mocratique du Congo ne d�montre pas une �r�elle volont� de promouvoir la
d�mocratie et l'�tat de droit�. Il avait peur de �se souiller� en
cautionnant ainsi le r�gime de Joseph Kabila. La Francophonie pouvait toujours
attendre.