CHRONIQUE
DU NOUVEAU SUR UN SERMONNAIRE DE CAMBRIDGE*
Le manuscrit de Cambridge, Pembroke 25, avait déjà été analysé par Henri Barré de façon sommaire (1). Depuis la destruction presque intégrale d'un homéliaire de Saint- Père de Chartres, ce recueil latin du xie siècle est le meilleur représentant d'un sermonnaire compilé à l'époque carolingienne. Le James E. Cross, ayant remarqué que cette collection avait servi de modèle à plusieurs homélistes anglo-saxons, a voulu approfondir la description du Père Barré. Son étude, qui s'adresse en premier lieu aux spécialistes anglais, apporte aussi des matériaux aux historiens du monde carolingien.
L'auteur fait d'abord le point sur les antérieures, puis il propose une nouvelle analyse de la collection, dans laquelle il signale les sources ou, à défaut, les thèmes exploités par le compilateur. Les noms qui reviennent le plus souvent sont ceux de l'époque patristique : Augustin (presque toujours pour des sermons inauthentiques), Césaire, Grégoire, Isidore, etc. Mais les écrivains carolingiens des années 790-830: Alcuin, Théodulphe, Amalaire et Raban Maur, sont également bien représentés. Huit pièces sur quatre-vingt-seize paraissent en contact avec la Colledio Canonum Hibernensis ou les Catéchèses celtiques du Reginensis lati- nus 49; une douzaine d'autres dépend de commentaires scripturaires ou d'homélies cités ici d'après les manuscrits Paris, Bibl. nat., lat. 10616 et Munich, Staatsbibl., lat. 6233). Deux passages enfin (évoqués p. 42) renvoient à une œuvre très rare du rhéteur Dynamius (CPL 536a). Toute cette enquête, dont on regrette que les résultats n'aient pas été récapitulés dans un Index Fon- tium, a été conduite avec un soin et un talent exceptionnels (2).
L'unité de la collection transmise dans le manuscrit de Pembroke College (= P) est par la façon dont le compilateur a émietté et combiné ses sources. C'est avec raison que J. E. Cross s'oppose sur ce point à H. Barré, qui distinguait dans P deux parties différentes : un ensemble primitif de 77 sermons, rangés selon l'ordre liturgique, et un appendice hétérogène de 19 textes, indépendants du calendrier. Les autres témoins connus de la collection
(énumérés p. 1 et 241) confirment du reste entièrement le caractère homogène du recueil.
Dans la deuxième section de son ouvrage, J. E. Cross édite chacune des pièces qui ont été traduites ou adaptées par des prédicateurs anglo-saxons. En raison de la destination de son travail, les sermons ne sont pas reproduits dans l'ordre où ils figurent à l'intérieur de P, mais dans celui de leurs imitations en ancien anglais. On découvre ainsi tour à tour les modèles des homélies Verceil XIX-XXI, Tris- tram III et Assmann XI-XII. Grâce à une savante mise en page, qui facilitera les philologiques, la version anglaise est toujours placée en regard de son original latin.
La compilation attestée dans P est donc à la transcription du fameux de Verceil, généralement datée de la deuxième moitié du xe siècle. Étant donné d'autre part qu'elle utilise le De ecclesiasticis officiis d'Amalaire et le De clericorum institu- tione de Raban, elle est nécessairement aux années 820-830 (cf. p. 89-90). Son origine exacte reste malheureusement Parmi les copies fragmentaires ou complètes du recueil, trois ont appartenu à des établissements continentaux : Chartres, Bibl. mun. 25 ; Grenoble, Bibl. mun. 278 ; Paris, Bibl. nat., lat. 3794; les autres sont de provenance anglaise: Cambridge, Pembroke Coll. 25 et St. John's Coll. 42 ; Cathedral, Add. 127/12; Lincoln Cathedral, 199 (C. 3. 3) ; Londres, Brit. Libr., Royal 5 E XIX; Oxford, Balliol Coll. 240. Le
(*) James E. Cross. Cambridge Pembroke College Ms. 25 : A Carolingian sermonary used by Anglo- Saxon preachers. London, King's College, 1987, VIII-252p. (King's College London Medieval Studies
I)-
(1) Dans Les homéliaires carolingiens de l'École d'Auxerre, Vatican, 1962 (Studi e Testi, 225), p. 17- 25.
(2) Je ne vois guère que deux détails à rectifier : p. 39, le De mortalitate de Cyprien n'est pas exploité directement, mais à travers Ps.-Aug., Sermo 209 ; p. 41, la citation non identifiée d'Augustin (f. 165V : « Omnia impleuit qui quod potuit fecit ») est extraite de Césaire, Sermo 199 (dans un passage qui est édité à la page 212).
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