UN MANUSCRIT MECONNU D'HÉSIODE ET SON HISTOIRE:
LE PARIS. GR. 425 (*)
L'Inventaire sommaire des manuscrits grecs de la Bibliothèque Nationale d'Henri Omont décrit le Paris, gr. 425 comme un manuscrit des quinzième et seizième siècles contenant, parmi beaucoup d'autres petits textes et fragments, les 201 premiers vers des Travaux et des jours d'Hésiode (l). En examinant le manuscrit lui-même, on qu'il est composé de 12 cahiers, dont tous sauf le quatrième sont de papier que l'on peut effectivement dater du deuxième quart du quinzième siècle (voir la description détaillée infra). Ce type de manuscrit composite, très fréquent à la Renaissance, possède en règle générale très peu de valeur pour la constitution du texte d'un auteur antique: ce n'est donc pas sans raison que M. West s'est permis de le négliger dans son édition des Travaux (2). Mais ces manuscrits composites également réserver des surprises au lecteur: en l'occurrence, le quatrième cahier, celui précisément qui contient Hésiode, est d'un caractère tout différent du reste. D'abord, il est fait de papier dit « oriental », ce qui permet de l'attribuer au siècle au plus tard, et même plutôt au début qu'à la fin de ce siècle (3). Cette datation est confirmée par l'écriture qui remplit le cahier, qui est une minuscule caractérisée par ce que l'on appelle la Fettaugen-Mode, d'un type donc que l'on ne rencontre guère après les années 1330 (4). Si donc, pour des raisons codicolo- giques et paléographiques, nous datons ce cahier du début du quatorzième siècle, il reste un recentior, mais il devient un témoin du premier quart du poème qu'il faut prendre au sérieux et que West aurait peut-être collationné s'il en avait connu la date véritable. Dans ce qui suit, je présenterai d'abord les résultats de mon enquête
(*) Une version antérieure de cette étude a été présentée au Colloque de l'Association des Études Classiques tenu à Québec en mai 1999. Je remercie les participants à ce ainsi que Mme Brigitte Mondrain, M. Jean Irigoin, M. Nigel Wilson et M. Ambrogio Piazzo- ni de leurs remarques extrêmement utiles.
(1) Quelques savants se sont intéressés à ce manuscrit depuis la parution de X Inventaire d'Omont, notamment H. Schultz, Die handschriftliche Ûberlieferung der Hesiod-Scholien, Berlin, 1910, p. 19 ; D. Zakythinos, « Poèmes inédits de Ciriaco d'Ancona », BZ 28 (1928), p. 270-273 ; J. Colin, Cyriaque d'Ancône, le voyageur, le marchand, l'humaniste, Paris, 1981, p. 506 ; voir aussi les articles cités infra, note 14. Zakythinos (p. 273) annonçait son intention d'en publier une complète, mais ne semble jamais l'avoir fait. La datation proposée par Omont n'a jamais été remise en question.
(2) Oxford, 1978. Voir aussi son article « The Medieval Manuscript Tradition of the Works and Days », CQ 24 (1974), p. 161-185.
(3) Cf. J. Irigoin, « Les premiers manuscrits grecs écrits sur papier et le problème du bomby- cin », Scriptorium 4 (1950), p. 194-204 et surtout p. 201.
(4) H. Hunger, « Die sogenannte Fettaugen-Mode in griechischen Handschriften des 13. und 14. Jahrhunderts », Byzantinische Forschungen 4 (1972), p. 105-113.



















