Anaphylaxie
| Médicament | Adrénaline |
|---|---|
| Spécialité | Médecine d'urgence et immunologie |
| CIM-10 | T78.2 |
|---|---|
| CIM-9 | 995.0 |
| DiseasesDB | 29153 |
| MedlinePlus | 000844 |
| eMedicine | 135065 |
| MeSH | D000707 |
L'anaphylaxie est une réaction allergique entraînant dans la plupart des cas de graves conséquences et pouvant engager le pronostic vital. Elle provoque généralement plusieurs des symptômes suivants : éruption cutanée prurigineuse, sensation de gorge qui se serre en raison d’un gonflement pouvant obstruer ou arrêter la respiration ; gonflement important de la langue pouvant également gêner ou arrêter la respiration ; essoufflement , vomissements , étourdissements, perte de conscience, baisse de tension et choc cardiaque. Le choc anaphylactique est une anaphylaxie à son stade le plus grave[1].
Il s'agit d'une manifestation d'hypersensibilité immédiate (type I) due à la libération de médiateurs vasoactifs chez un sujet au préalable sensibilisé.
Les causes fréquentes incluent les allergies aux piqûres d'insectes, les allergies alimentaires (notamment aux noix, aux arachides, au lait, au poisson et aux œufs), les allergies médicamenteuses (notamment à certains antibiotiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens), ou encore les allergies aux anesthésiques ou au latex. L'exercice physique peut également être un facteur déclenchant, et des cas peuvent survenir chez certaines personnes suite à d'autres réactions. La mastocytose et le syndrome d'activation mastocytaire peuvent tous deux déclencher une anaphylaxie.
Ces symptômes apparaissent généralement en quelques minutes à quelques heures et s'aggravent très rapidement jusqu'à mettre la vie en danger. Un traitement médical urgent est nécessaire pour prévenir des complications graves et le décès, même si le patient a utilisé un auto-injecteur d'adrénaline ou a pris d'autres médicaments, et même si les symptômes semblent s'améliorer. Le traitement de première intention de l'anaphylaxie consiste en une injection intramusculaire d'adrénaline, une perfusion intraveineuse, puis la mise en position semi-assise, les jambes surélevées, afin de favoriser le rétablissement d'une circulation sanguine normale. Des doses supplémentaires d'adrénaline peuvent être nécessaires. D'autres mesures, telles que les antihistaminiques et les corticoïdes peuvent être prises de manière complémentaire. Le port d'un auto-injecteur d'adrénaline , communément appelé « épipen » est recommandé aux personnes ayant des antécédents d'anaphylaxie.
Dans le monde, on estime que 0,05 à 2 % de la population sera touchée par une anaphylaxie au cours de sa vie. Elle survient le plus souvent chez les jeunes et les femmes. Aux États-Unis, environ 99,7 % des personnes hospitalisées pour anaphylaxie survivent.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le néologisme « anaphylaxie » créé par Charles Richet en 1902[2],[3] vient du grec ana (ἀνα), « en sens contraire », et phulaxis (φύλαξις), « protection »[4].
Histoire
[modifier | modifier le code]En 1901, le prince Albert Ier de Monaco invite le professeur Charles Richet et le zoologiste Paul Portier (assistant du professeur Albert Dastre à la Sorbonne) à une expédition océanographique au Cap-Vert et aux Açores pour étudier la nature du poison contenu dans les physalies, redoutées des pêcheurs. Au cours de campagnes précédentes, le prince avait noté les lésions sur les mains des pêcheurs de plus en plus douloureuses à mesure que se développaient les opérations de tri de pêche dans lesquelles figuraient ces cnidaires. De retour au laboratoire de physiologie de la faculté de médecine de Paris, Richet et Portier établissent en 1902 le phénomène sur le plan expérimental en injectant des doses de toxines de physalie sur des chiens[5],[4],[6]. Charles Richet poursuivit ses travaux sur l'anaphylaxie de 1902 à 1911[3], pour lesquels il reçut le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1913[7].
Signes cliniques
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L'anaphylaxie se signale par les signes suivants (quatre stades de gravité selon la classification de Ring et Messmer de 1977[8]) :
- grade I : troubles cutanéomuqueux plus ou moins généralisés ; érythème, urticaire, urticaire géant avec ou sans œdème angioneurotique, sans autres symptômes ;
- grade II : atteinte modérée d'au moins deux organes avec signes cutanéomuqueux, chute de la pression artérielle, tachycardie inhabituelle, hyperréactivité bronchique (toux, difficulté ventilatoire et à déglutir, en raison d'un œdème de la gorge). Des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées) sont également possibles ;
- grade III : atteinte multiviscérale sévère. Elle menace la vie du patient et impose un traitement immédiat et spécifique. Les signes en sont le collapsus, la tachycardie ou bradycardie, des troubles du rythme cardiaque, le bronchospasme. Les signes cutanés peuvent être absents ou n’apparaître qu’après la remontée de la tension ;
- grade IV : arrêt circulatoire ou respiratoire ; la mort peut survenir par arrêt circulatoire qui désamorce la pompe cardiaque, ou par un spasme majeur au niveau des bronches, entraînant un état d'asphyxie, ou encore par œdème pulmonaire.
Physiopathologie
[modifier | modifier le code]Lors d'un premier contact avec une substance étrangère à l'organisme (appelé allergène), le système immunitaire produit des anticorps IgE dirigés contre l'allergène. Ces anticorps IgE sont sécrétés par des plasmocytes. Libérés dans la circulation sanguine, ils vont se fixer sur les mastocytes ou les polynucléaires basophiles (globules blancs de la catégorie des granulocytes) via des récepteurs qui augmentent la durée de vie des IgE. Ce premier contact et cette production d'IgE n'entraînent pas à eux seuls de signes cliniques. On parle alors de « sensibilisation ».
Lors d'un deuxième contact avec l'allergène, son contact avec les anticorps IgE fixés sur la membrane des mastocytes et des polynucléaires basophiles va induire la dégranulation de ces derniers, entraînant la libération de médiateurs vasoactifs (tels que l'histamine, la sérotonine, des prostaglandines, des leucotriènes, des bradykinines…). Si un nombre suffisant de médiateurs sont libérés, une réaction allergique a lieu. Cette deuxième rencontre de l'agent allergène n'entraîne pas nécessairement la réaction anaphylactique. Le choc anaphylactique n'étant que le dernier stade (et le plus grave) de la réaction allergique.
Dans le cas des chocs anaphylactiques, la réintroduction d'un allergène chez un sujet déjà sensibilisé, c'est-à-dire la libération de ces substances vasodilatatrices va induire une chute des résistances vasculaires périphériques (responsable d'une hypovolémie relative), une augmentation de la perméabilité des capillaires (responsable d'une hypovolémie absolue et d'œdèmes). Ces mécanismes pathologiques vont être dans un premier temps compensés par l'augmentation du rythme cardiaque, empêchant dans un premier temps la chute de la pression artérielle. Puis, les pressions de remplissage et le débit cardiaque vont chuter, entraînant le collapsus.
Il existe un deuxième type de choc dit « anaphylactoïde ». Dans ce cas, la libération des substances vasodilatatrices se fait sous l'action directe d'un toxique et non pas après contact allergène-anticorps[9]. C'est une réaction non IgE-dépendante.
Clinique
[modifier | modifier le code]Les symptômes les plus fréquemment retrouvés (isolés ou associés) sont :
- des signes cutanés (éruptions cutanées, prurit (démangeaisons) au niveau des lèvres, de la bouche, des yeux, œdème au niveau du visage) ;
- des signes respiratoires (dyspnée, œdème de la glotte, bronchospasme, éternuements, toux) ;
- des signes digestifs (nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales) ;
- des signes de collapsus cardiovasculaire, une hypotension.
On retrouve aussi des vertiges, palpitations, frissons et une perte de conscience pouvant mener au coma.
Causes
[modifier | modifier le code]Parmi les allergènes les plus fréquents, on peut mentionner :
- les aliments (60 % des cas[10]). Toute protéine alimentaire peut être allergène. Les plus fréquemment impliquées proviennent du lait de vache ou de chèvre, des œufs, du sésame, des crustacés et des poissons, des fruits à coque comme l'arachide, les noix de cajou, de pécan, la pistache, l'amande, de fruits dits exotiques comme le kiwi ;
- les médicaments (16 % des cas[10]). Les principales catégories impliquées sont les anti-inflammatoires, les aspirines, les bêta-bloquants, les antibiotiques et les produits anesthésiques ;
- les venins d'hyménoptères (16 % des cas[10]) notamment des abeilles, des guêpes et des frelons ;
- le latex (4 % des cas[10]) touchant principalement les personnes y étant exposées régulièrement.
Traitement
[modifier | modifier le code]Le choc anaphylactique est une urgence vitale.
Le seul traitement du choc anaphylactique reste l'utilisation de l'adrénaline (épinéphrine) par voie intramusculaire, ou intraveineuse (pour les médecins spécialistes uniquement), à petites doses (0,30 à 0,50 mg par voie intramusculaire étant les doses les plus souvent recommandées[11]). L'administration sous-cutanée est proscrite car trop lente. Une injection intraveineuse ne peut être effectuée qu'en présence d'un collapsus cardiovasculaire, de préférence par une équipe spécialisée ; la solution d'adrénaline doit d'abord être diluée (1/10 000) et l'injection doit se faire lentement, de préférence sous surveillance cardiaque. Pour les patients ne répondant pas à l'adrénaline ou pour les patients traités par des bêta-bloquants, l'injection de glucagon est possible.
Il existe aussi un auto-injecteur à base d'adrénaline pour administration intramusculaire, ce qui peut être utile par exemple pour les personnes qui savent qu'elles sont allergiques aux piqûres d'abeilles ou de guêpes. Des instructions doivent toutefois leur être données en ce qui concerne la dose à utiliser, la manière de procéder, ainsi que sur les possibilités de désensibilisation.
L'hypovolémie est compensée par un remplissage vasculaire, sont également utilisés des bronchodilatateurs (bêta 2-mimétiques de courte durée d'action en aérosols) pour lutter contre la bronchoconstriction.
En cas de réactions œdémateuses associées, on utilise les corticoïdes.
Plusieurs pays ont publié des recommandations quant à la prise en charge, dont les États-Unis[12] et la Grande-Bretagne[11].
Prévention
[modifier | modifier le code]On retient surtout qu'en prévention d'une rechute, mieux vaut éviter tout contact avec l'agent allergène responsable (s'il a pu être identifié).
On peut également utiliser les antihistaminiques ou la désensibilisation.
Le sujet devra toujours porter sur lui une seringue d'adrénaline auto-injectable, dont l'apprentissage d'utilisation peut se faire auprès d'un allergologue ou d'un pharmacien.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Anaphylaxie ⋅ Inserm, La science pour la santé », sur Inserm (consulté le ).
- ↑ (en) Murray Dworetzky, Sheldon Cohen, Sheldon G. Cohen et Myrna Zelaya-Quesada, « Portier, Richet, and the discovery of anaphylaxis: A centennial », The Journal of Allergy and Clinical Immunology, vol. 110, no 2, , p. 331-336 (ISSN 0091-6749 et 1097-6825, PMID 12170279, DOI 10.1016/S0091-6749(02)70118-8, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Gabriel Richet, « Charles Richet: l'anaphylaxie », Histoire des sciences médicales, tome XXVII, no 3, , p. 6 (ISSN 0440-8888, lire en ligne).
- 1 2 Claude Molina, L'allergie à l'aube du troisième millénaire, John Libbey Eurotext, , p. 12.
- ↑ Gabriel Richet, « La découverte de l'anaphylaxie », L'internat de Paris, octobre 1998, n°18 (lire en ligne).
- ↑ H. Schadewaldt, « La croisière du Prince Albert 1er de Monaco en 1901 et la découverte de l'anaphylaxie », In: Colloque International sur l'Histoire de la Biologie Marine, Paris: Masson & Cie, 1965, p. 305-313.
- ↑ (en-US) « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1913 », sur NobelPrize.org (consulté le ).
- ↑ (en) Ring J. et K. Messmer « Incidence and severity of anaphylactoid reactions to colloid volume substitutes » Lancet 1977;1(8009):466-9. .
- ↑ Dans le cas, par exemple, des produits de contraste iodés.
- 1 2 3 4 « Anaphylaxie · Inserm, La science pour la santé », sur Inserm (consulté le ).
- 1 2 (en) [PDF] Working Group of the Resuscitation Council (UK), [www.resus.org.uk/pages/reaction.pdf Emergency treatment of anaphylactic reactions, Guidelines for healthcare providers], 2008.
- ↑ (en) Lieberman P, Kemp SF, Oppenheimer J et al. (editors). « The diagnosis and management of anaphylaxis: an updated practice parameter » The Journal of Allergy and Clinical Immunology 2005;115:S483–S523.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Moneret-Vautrin, D. A., Morisset, M., Kanny, G., Beaudouin, E., & Parisot, L. (2002). Premier rapport du réseau français d'allergovigilance concernant l'anaphylaxie alimentaire grave. La Revue de médecine interne, 23, 648s.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à la santé :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :