Lamasba
| Lamasba Henchir Merouana | ||
Vue de la ville de Merouana, site de l'ancienne Lamasba | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Merouana (Wilaya de Batna) | ||
| Type | Cité antique | |
| Coordonnées | 35° 37′ 43″ nord, 5° 54′ 42″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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Lamasba, également connue sous le nom de Henchir Merouana, est une ancienne cité de Numidie située sur le site de l'actuelle Merouana, dans la wilaya de Batna, en Algérie. Elle se trouvait dans la plaine du Belezma, à une centaine de kilomètres au sud de Cirta et à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Lambèse, dans la partie méridionale de la Numidie romaine. La cité est notamment connue pour son système d'irrigation et pour le règlement qui en organisait la distribution de l'eau au début du IIIe siècle.
Localisation
[modifier | modifier le code]Lamasba se situe dans la plaine du Belezma, au nord-est du djebel Tikelt, à une altitude comprise entre 955 et 971 m et à environ 40 km au nord-ouest de Batna[1].
La cité occupe une position sur le réseau routier de la Numidie méridionale. Elle est mentionnée par l'Itinéraire d'Antonin, qui la situe notamment à 18 milles de Diana Veteranorum et à 62 milles de Thamugadi[2].
L'identification des ruines de Henchir Merouana avec Lamasba est notamment établie par les bornes milliaires découvertes dans la région. Stéphane Gsell rattache les ruines de Merouana à Lamasba et décrit les vestiges et les voies antiques qui l'environnent[3].
Histoire
[modifier | modifier le code]L'agglomération constituait un centre important de la plaine du Belezma et son développement semble avoir commencé au plus tard sous le règne d'Hadrien, voire avant. Des céramiques importées découvertes sur le site, notamment des productions de Gaule méridionale et de la sigillée claire A, ainsi que des données épigraphiques, témoignent de l'existence d'une agglomération civile à cette période[1].
La cité comptait des vétérans parmi sa population. Deux inscriptions attestent par ailleurs l'existence du municipium Lamasbensium et de magistratures municipales, notamment celle d'un decurio et d'un flamen perpetuus. Lamasba était donc organisée comme une communauté municipale au début du IIIe siècle[4].
La date précise de l'obtention du statut municipal demeure toutefois discutée. Une proposition ancienne la situait sous Caracalla, en raison de l'épithète Antoniniana attestée dans une inscription. Les données actuellement disponibles ne permettent cependant pas d'établir avec certitude la date de cette promotion[4].
La cité connut ensuite la christianisation. Un évêque de Lamasba est attesté dès 256. Au début du Ve siècle, lors de la conférence de Carthage de 411, la cité est représentée par un évêque catholique et un évêque donatiste[5].
À l'Antiquité tardive, Lamasba conserve une importance stratégique en raison de sa position sur les voies de communication de la région. Après la reconquête de l'Afrique par l'Empire byzantin au VIe siècle, les ruines de l'ancienne cité sont en partie réutilisées à des fins militaires : un réduit fortifié de plan carré est aménagé à Merouana pour barrer la route venant de Batna à travers la montagne. Lamasba s'intègre ainsi au dispositif défensif byzantin destiné à contrôler les communications de la Numidie méridionale[6],[7].
Historique des fouilles
[modifier | modifier le code]Les premières recherches archéologiques à Lamasba remontent au XIXe siècle. Elles permettent notamment de recueillir plusieurs inscriptions et des bornes milliaires qui contribuent à l'identification du site[3].
Au début de 1877, Émile Masqueray découvre dans les ruines plusieurs fragments d'une longue inscription gravée sur pierre. Il reconnaît un règlement relatif à l'irrigation et en publie les principaux fragments. Le texte est ensuite complété et étudié par plusieurs épigraphistes, notamment Félix de Pachtère[8].
En juillet 1985, Mohamed Mustapha Filah entreprend des fouilles sur un monument à abside de Merouana. Il relève également que les ruines antiques ont servi de carrière pour la construction du village colonial de Corneille (qui correspond aujourd'hui à la ville de Merouana), situé à environ 600 m au sud du site. Les données archéologiques et les découvertes réalisées dans la région l'amènent à envisager l'existence d'une agglomération civile à Lamasba dès l'époque d'Hadrien, voire antérieurement[1].
Les recherches récentes ont apporté de nouvelles données épigraphiques. Deux inscriptions funéraires découvertes en mars 2019 à l'ouest de Merouana, dans l'ancienne Lamasba, ont été publiées par Belkacem Chalal et Xavier Dupuis. Elles apportent notamment de nouvelles données sur l'onomastique et le statut social des habitants de la Numidie méridionale à l'époque romaine[9].
En 2024, Zouhir Bakhouche publie une dédicace à Bona Dea découverte à Henchir Merouana. Le texte, à caractère religieux, témoigne, selon son étude, de la construction et de la consécration d'un temple dédié à cette divinité et mentionne un vétéran de la Legio III Augusta[4].
Éléments du site
[modifier | modifier le code]L'agglomération antique est aujourd'hui largement recouverte par la ville moderne de Merouana. Malgré cet état de conservation, l'analyse des photographies aériennes a permis de reconnaître une zone d'environ 1 200 m sur 700 m comprenant des structures enfouies correspondant à l'agglomération antique. Le réseau des rues y était orienté selon un axe nord-ouest–sud-est[4].
Les vestiges connus comprennent notamment des éléments architecturaux en pierre, des colonnes, des chapiteaux et des blocs de construction. L'organisation de l'espace autour de l'agglomération est également perceptible à travers différents aménagements ruraux témoignant de la mise en valeur du territoire de la cité[10].
Jacqueline Soyer présente Lamasba comme un municipe possédant un territoire relativement étendu, où des vétérans étaient installés. Elle observe également une concordance entre ce territoire et une plaine présentant les traces d'une centuriation orientée selon un axe sud-est–nord-ouest[10].
Les découvertes épigraphiques récentes complètent la connaissance du site. Les deux inscriptions funéraires découvertes en 2019 apportent notamment de nouvelles données sur la population de Lamasba et ses pratiques funéraires[9].
Une inscription latine découverte à Henchir Merouana et publiée en 2024 apporte, quant à elle, un témoignage sur la vie religieuse de la cité : elle mentionne la construction et la consécration d'un temple à Bona Dea par un vétéran de la Legio III Augusta[4].
Système d'irrigation
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Le territoire de Lamasba était aménagé par un ensemble d'ouvrages hydrauliques. Soyer signale des canalisations, un aqueduc destiné à l'irrigation ainsi que des barrages alimentant des canaux et des aqueducs. Elle relève également des vestiges de fermes et de murs en pierres sèches pouvant correspondre à des limites de jardins[10].
Le principal témoignage sur la gestion de l'eau est le règlement gravé découvert par Émile Masqueray en 1877. Daté du règne de Héliogabale, entre 218 et 222, il fixe les modalités de distribution de l'eau entre les propriétés agricoles et indique les temps d'irrigation attribués aux différents ayants droit[8],[2].
Brent Shaw a montré que ce document fournit des informations détaillées sur l'organisation technique et sociale du système hydraulique, notamment sur les propriétaires, les exploitations agricoles et la répartition des ressources en eau[5].
Christophe Meuret a étudié plus particulièrement les tables de conversion utilisées pour déterminer les droits d'eau et leur traduction en temps d'irrigation[2].
Ce règlement constitue ainsi un témoignage particulièrement précis sur l'organisation d'un système d'irrigation dans l'Afrique du Nord antique, où les textes décrivant concrètement la gestion de l'eau sont relativement rares[11].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 Mohamed Mustapha Filah, « Fouilles du monument à Abside de Merouana (Juillet 1985) », Annales de l'université d'Alger, vol. 5, no 1, , p. 17-23 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Christophe Meuret, « Le règlement de Lamasba : des tables de conversion appliquées à l'irrigation », Antiquités africaines, vol. 32, , p. 87-112 (DOI 10.3406/antaf.1996.1254, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Stéphane Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, Paris, E. Leroux, (lire en ligne), p. 82-86
- 1 2 3 4 5 Zouhir Bakhouche, « Henchir Merouana (antique Lamasba) en Numidie : Une nouvelle dédicace à la déesse de la fertilité et de la fécondité « Bona Dea » », Revue d'histoire méditerranéenne, vol. 6, no 1, , p. 113-129 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Brent D. Shaw, « Lamasba : an ancient irrigation community », Antiquités africaines, vol. 18, , p. 61-103 (DOI 10.3406/antaf.1982.1085, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Charles Diehl, L'Afrique byzantine : histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Paris, Ernest Leroux, (lire en ligne), p. 251
- ↑ Henri Jaubert, « Anciens évêchés et ruines chrétiennes de la Numidie et de la Sitifienne », Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de Constantine, vol. 46, , p. 47-91 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Félix-Georges de Pachtère, « Le règlement d'irrigation de Lamasba », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 28, , p. 373-405 (DOI 10.3406/mefr.1908.6988, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Belkacem Chalal et Xavier Dupuis, « Nouvelles épitaphes découvertes en Numidie méridionale », Revue des sciences sociales et humaines, vol. 24, no 2, , p. 385-404 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Jacqueline Soyer, « Les centuriations romaines en Algérie orientale », Antiquités africaines, vol. 10, , p. 107-180 (DOI 10.3406/antaf.1976.986, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Henriette Pavis d'Escurac, « Irrigation et vie paysanne dans l'Afrique du Nord antique », Ktèma, no 5, , p. 177-191 (DOI 10.3406/ktema.1980.2588, lire en ligne, consulté le )
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Félix-Georges de Pachtère, « Le règlement d'irrigation de Lamasba », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 28, , p. 373-405 (DOI 10.3406/mefr.1908.6988, lire en ligne)
- Jacqueline Soyer, « Les centuriations romaines en Algérie orientale », Antiquités africaines, vol. 10, , p. 107-180 (DOI 10.3406/antaf.1976.986, lire en ligne)
- Henriette Pavis d'Escurac, « Irrigation et vie paysanne dans l'Afrique du Nord antique », Ktèma, no 5, , p. 177-191 (DOI 10.3406/ktema.1980.2588, lire en ligne)
- Brent D. Shaw, « Lamasba : an ancient irrigation community », Antiquités africaines, vol. 18, , p. 61-103 (DOI 10.3406/antaf.1982.1085, lire en ligne)
- Mohamed Mustapha Filah, « Fouilles du monument à Abside de Merouana (Juillet 1985) », Annales de l'université d'Alger, vol. 5, no 1, , p. 17-23 (lire en ligne)
- Christophe Meuret, « Le règlement de Lamasba : des tables de conversion appliquées à l'irrigation », Antiquités africaines, vol. 32, , p. 87-112 (DOI 10.3406/antaf.1996.1254, lire en ligne)
- Belkacem Chalal et Xavier Dupuis, « Nouvelles épitaphes découvertes en Numidie méridionale », Revue des sciences sociales et humaines, vol. 24, no 2, , p. 385-404 (lire en ligne)
- Zouhir Bakhouche, « Henchir Merouana (antique Lamasba) en Numidie : Une nouvelle dédicace à la déesse de la fertilité et de la fécondité « Bona Dea » », Revue d'histoire méditerranéenne, vol. 6, no 1, , p. 113-129 (lire en ligne)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la géographie :