
LUCAIN
LA PHARSALE
LIVRE IV

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LIVRE IV
Guerre d'Espagne contre P�treius et Afranius, lieutenants de Pomp�e ; description de leur camp aupr�s d'Hilerda.
C�sar, aux confins de l'univers, commence une guerre qui co�ta peu de
sang (01), mais qui devait �tre d'un grand poids dans la fortune des deux partis. A la t�te des troupes de Pomp�e, en
Espagne, marchaient Afranius et P�tr�ius ses lieutenants (02). Rivaux et compagnons de gloire, ils partageaient d'intelligence le
commandement de l'arm�e, et veillaient tour � tour � la garde du camp. Aux l�gions romaines qu'ils commandaient, s'�taient
joints l'infatigable Astur (03), le V�ton l�ger
(04) et ceux des Celtes qui, transfuges de la Gaule, avaient m�l� leur nom � celui des
Ib�res (05). C�sar essaye en vain de s'emparer d'une �minence au-dessus d'Hilerda.
Aux premiers rayons du soleil il commande que l'on se porte en courant sur une hauteur qui s�pare la ville du camp de
Pomp�e. Au m�me instant l'ennemi que persuadent la honte et la crainte s'en empare et s'y �tablit avant lui. Ce poste est disput� le fer � la main. La valeur le promet aux uns, l'avantage du lieu l'assure aux autres. Les soldats charg�s de leurs armes
gravissent les rochers ; on les voit pr�ts � tomber en arri�re, se soutenir et se pousser l'un l'autre � l'aide de leurs boucliers. Pluies terribles qui menacent de noyer le camp de C�sar.
Jusque-l� on n'avait eu � courir que le danger des
armes ; mais d�s lors ce fut la guerre des �l�ments qu'on eut � soutenir.
L'aride souffle des Aquilons tenait suspendues dans l'air condens� les froides vapeurs de la terre. Les montagnes �taient
charg�es de neige, les plaines br�l�es par les frimas (09), et dans toutes les r�gions du couchant l'on voyait la terre
endurcie par la s�cheresse d'un long hiver. C�sar passe le Sicoris au moyen d'un pont jet� sur ce fleuve D�s que le Sicoris a d�couvert les champs et repris ses bords, des barques faites de saules blanchissants et rev�tues de la d�pouille des taureaux traversent le fleuve docile tout enfl� qu`il est. Ainsi le V�n�te passe le P� d�bord� (11), et le Breton l'Oc�an. Ainsi, lorsque le Nil couvre les plaines de l'�gypte, l'humide papyrus porte l'habitant de Memphis. Les soldats de C�sar vont au del� du fleuve abattre des for�ts pour �lever un pont. Mais dans la crainte d'un nouveau d�bordement. C�sar ne veut pas que le pont se termine aux deux rives. Il le prolonge au loin dans la campagne, et ouvrant au fleuve divers canaux, il l'affaiblit en le divisant, comme pour le punir d'avoir enfl� ses eaux. P�tr�ius l�ve son camp et veut se rendre dans le pays des Celtib�riens. P�treius, qui voit que tout r�ussit au gr� de l'ennemi, et que lui-m�me n'a rien � attendre des habitants de ces contr�es, abandonne les hauteurs d'Hilerda (12), et va chercher au fond de l'Occident, des nations f�roces qui ne respirent que la guerre. C�sar le poursuit et l'atteint. D�s que C�sar s'est aper�u que la colline est abandonn�e et le camp d�sert, il fait courir aux armes, et sans aller chercher ni le pont, ni un gu� facile, il commande qu'on passe � la nage ; et cette route que le soldat n'eut os� prendre dans sa fuite, il la suit pour voler aux combats. Puis ils r�chauffent, en le couvrant de leurs armes, leur corps humide, et se d�lassent de cette course glac�e, jusqu'� ce que l'ombre d�croissante laisse repara�tre le jour naissant. D�j� la cavalerie atteint l'arri�re-garde, incertaine entre la fuite et le combat. Deux collines pierreuses s'�l�vent au sein d'une profonde vall�e : plus loin se prolonge une cha�ne escarp�e dont les d�tours cachent des routes inattaquables. Que l'ennemi s'en empare, la guerre va s'engager dans une contr�e impraticable. C�sar le voit : "Courez sans ordre, dit-il aux siens, arr�tez la victoire qui nous �chappe ; pr�c�dez l'ennemi dans sa fuite ; pr�sentez-lui un front mena�ant; qu'il soit forc� de voir la mort en face et de p�rir par d'honorables coups." Il dit, et devance l'ennemi que les montagnes vont lui d�rober. Les deux arm�es, camp�es l'une pr�s de l'autre et , s�par�es par un �troit retranchement, le franchissent et s'embrassent.
Les deux arm�es campent en pr�sence, seulement s�par�es par un �troit retranchement. D�s qu'elles se virent de pr�s et que de l'un � l'autre camp p�res, fr�res, enfants purent se reconna�tre, ils sentirent le crime de la guerre civile. D'abord, la crainte leur imposa silence, et chacun d'eux ne salua les siens que d'un signe de t�te ou d'un mouvement de l'�p�e. Mais bient�t leur amour devenu plus pressant leur fait oublier la
discipline ; ils osent franchir le foss�, et courent s'embrasser. L'un prononce le nom de son h�te
; celui-ci, d'un parent. Il n'�tait pas Romain celui qui ne reconnaissait pas un ennemi.
Ils se rappellent leur enfance, leurs liaisons leur ancienne amiti� ; leurs armes sont baign�es de pleurs; des sanglots
interrompent leurs embrassements, et quoique leurs mains n'aient pas encore tremp� dans le
sang, ils se reprochent avec effroi celui qu'ils auraient pu r�pandre. P�tr�ius trouble cette paix et pousse aux armes ses soldats La paix r�gnait dans les deux camps ; ils �taient confondus ensemble, les soldats se livrant � la joie, avaient �lev� des tables de gazon, et faisaient des libations de vin. Assis autour des m�mes foyers, ou couch�s sous les m�mes tentes, ils d�robaient cette nuit au sommeil, et la passaient � se raconter leurs marches et leurs premiers exploits. C'est au milieu de ces r�cits guerriers, dans l'instant m�me que ces malheureux se donnent une foi mutuelle, et se jurent une amiti� qui va rendre leurs crimes d�sormais plus horribles ; c'est l� que le sort les attend. P�tr�ius instruit que la paix est jur�e, qu'il est trahi et livr� � C�sar, r�veille ceux qui lui sont d�vou�s ; et suivi de cette odieuse escorte, il accourt et chasse de son camp les soldats de C�sar qu'il trouve d�sarm�s. Il tranche lui-m�me � coups d'�p�e les noeuds de leurs embrassements ; la fureur lui inspire ce belliqueux langage : Son discours aux Pomp�iens. "Soldat infid�le � la patrie, et d�serteur de ses drapeaux, si le s�nat ne peut obtenir de vous d'attendre que C�sar soit vaincu, attendez du moins qu'il soit vainqueur. Il vous reste une �p�e et du sang dans les veines ; le sort de la guerre est encore incertain, et vous irez tomber aux pieds d'un ma�tre ! et vous irez porter ses �tendards condamn�s ! Il faudra supplier C�sar de daigner vous accepter pour esclaves ! Ne lui demanderez-vous pas aussi la gr�ce de vos chefs ? Non, jamais notre vie ne sera le prix d'une l�che trahison. Ce n'est pas de nos jours qu'il s'agit, et que doit d�cider la guerre civile. Votre paix n'est qu'une trahison. Ce ne serait pas la peine d'arracher le fer des entrailles de la terre, d'�lever des remparts, d'aguerrir des coursiers, d'armer et de lancer des flottes qui couvrent l'Oc�an, si l'on pouvait sans honte acheter la paix au prix de la libert�. Un coupable serment suffit pour attacher vos ennemis au parti du crime : et vous, parce que votre cause est juste, une foi qui vous lie est plus vile � vos yeux. Mais, direz-vous, on nous permet d'esp�rer notre pardon. O ruine enti�re de la pudeur ! � Pomp�e ! dans ce moment m�me, h�las ! ignorant ton malheur, tu l�ves des arm�es par toute la terre, tu fais avancer des extr�mit�s du monde les rois ligu�s pour ta d�fense, et l'on traite ici de ta gr�ce ! et peut-�tre on la promet !" Massacre qui suit cet intervalle de paix dans le camp de P�tr�ius. Ces mots �branlent tous les esprits, et l'ardeur des forfaits se ranime. Ainsi quand les b�tes f�roces dans la prison qui les enferme, oubliant les for�ts, semblent s'�tre adoucies ; qu'elles ont quitt� leur face mena�ante, et appris � souffrir l'empire de l'homme qu'un peu de sang par hasard touche leurs l�vres alt�r�es ; leur rage, leur fureur se r�veille, leur gosier s'enfle avide du sang qu'elles viennent de go�ter ; elles br�lent de s'assouvir, et leur rage respecte � peine leur ma�tre p�lissant. On court � tous les crimes. Tout ce qu'une rencontre subite, m�nag�e par la haine des dieux, e�t pu produire de plus atroce dans la nuit d'une m�l�e, fut commis au nom du devoir. Autour de ces tables et sur ces m�mes lits o� les soldats s'embrassaient, ils s'�gorgent. Ils g�missent d'abord de tirer l'�p�e ; mais sit�t que cette arme ennemie de toute justice est dans leur main, tout ce qu'ils frappent leur est odieux ; et leur courage chancelant s'affermit dans le meurtre. Le camp est rempli de tumulte, les crimes l'inondent ; on tranche la t�te � ses proches, et de peur que le parricide ne reste perdu, on en fait troph�e aux veux des chefs ; on triomphe de son forfait. Pour toi, C�sar, dans ce carnage de ton arm�e, tu reconnais les dieux. Jamais la fortune ne te sourit plus dans les plaines de Thessalie, ni sur la mer qui baigne Marseille, ni sur les eaux de Pharos. Gr�ce � l'impi�t� sacril�ge de tes ennemis, ta cause est devenue la plus juste (13). Les Pomp�iens cherchent � regagner les hauteurs d'Hilerda - C�sar les enferme sur des collines o� ils manquent d'eau Les lieutenants de Pomp�e n'osent laisser dans un camp si voisin de l'ennemi des cohortes souill�es d'un crime odieux. Ils prennent le parti de la fuite et regagnent les hauteurs d'Hilerda. La cavalerie de C�sar qui les environne leur interdit la plaine, et les cerne sur l'aride sommet des collines. L�, comme il sait qu'elles vont manquer d'eau, il entoure leur camp d'un foss� profond, dont il d�fend le bord escarp�, sans leur permettre de s'�tendre jusqu'au fleuve, ni d'embrasser dans leur enceinte aucune des sources d'alentour. D�vor�s de soif et d�sesp�r�s, ils veulent combattre ; mais C�sar leur refuse la bataille
Aux approches de la mort qui les menace, leur crainte se change en
fureur. D'abord ils tuent les chevaux, secours inutile dans un camp assi�g�, ils renoncent, m�me � la
fuite ; et, n'ayant plus d'espoir de s'�chapper, ils courent se jeter eux-m�mes sur le fer de l'ennemi. D�s que C�sar les voit se d�vouer � un tr�pas in�vitable :
"Soldats, dit-il, retenez vos traits, d�tournez vos lances, �vitez de verser le sang.
Celui qui d�fie la mort, ne la re�oit gu�re sans la donner. Voici des guerriers d�sesp�r�s, � qui la lumi�re est odieuse, et qui, prodigues de leur vie, ne veulent p�rir qu'� nos d�pens. Ils ne sentiront pas les
coups ; ils vont se pr�cipiter sur vos glaives, et mourir contents, s'ils versent votre sang. Attendez que leur fureur s'apaise, que leur imp�tuosit� se ralentisse, et qu'ils aient perdu l'envie de
mourir (14).
" Ce fut ainsi que C�sar laissa ses ennemis s'�puiser en menaces, et leur refusa le combat jusqu'au moment o� le soleil plong� dans l'onde c�da le ciel aux astres de la nuit. Tableau de la situation des Pomp�iens priv�s d'eau.
D�j� l'eau manquait dans le camp de Pomp�e. Outre la charrue
et les durs hoyaux, le fer des armes fut employ� � d�chirer le sein de la terre, dans l'espoir d'y trouver quelque source. On
creusa un puits dont la profondeur s'�tendait du haut de la colline au niveau de la plaine. Le p�le chercheur d'or des mines d'Asturies
(15) ne p�n�tre pas si avant, ni si loin de la clart� des
cieux. Cependant on n'entendit point le bruit des fleuves souterrains ; on ne vit point de source jaillir des roches qu'on avait perc�es, ni une goutte de ros�e distiller des parois de l'ab�me, ni des filets d'eau circuler � travers les lits de gravier. On retire enfin de ces cavernes profondes une jeunesse toute couverte de sueur, qui vient de s'�puiser en vain � briser des
rochers que les m�taux durcissent. La p�nible recherche des eaux leur a rendu plus intol�rable l'aridit� de l'air qu'ils respirent. Ils n'osent pas m�me employer le secours des aliments pour r�parer leurs forces d�faillantes. Ils fuient les tables : pour eux la faim est un soulagement. S'ils aper�oivent quelque humidit� sur la terre amollie, ils arrachent � deux mains la gl�be, et ils ta pressent sur leurs l�vres dess�ch�es. S'ils trouvent une eau croupissante et couverte d'un noir limon, toute l'arm�e s'y pr�cipite et se dispute ce breuvage impur. Le soldat expirant boit des eaux dont il n'e�t pas voulu pour prolonger sa vie. Ils �puisent la mamelle des troupeaux, et au lieu de lait, ils en tirent du sang. Ils broient les plantes et les feuilles des
arbres ; et pressant la moelle des bois encore verts, ils en expriment le suc. Heureuses les arm�es d�truites pour avoir bu des eaux qu'un ennemi barbare empoisonnait en s'�loignant
(16) !
O C�sar, tu peux sans myst�re m�ler aux fleuves d'alentour ce qu'il y a de plus immonde, de plus infect dans la nature, les plantes m�me les plus v�n�neuses que l'on recueille sur le Dict�
; cette jeunesse, s�re d'en mourir, va s'en abreuver. La flamme d�vore leurs
entrailles ; leur langue aride et raboteuse se durcit dans leur bouche embras�e
; leurs veines sont taries ; leur poumon qu'aucune liqueur n'arrose, laisse � peine un �troit passage au flux et au reflux de
l'air ; leur haleine br�lante d�chire leur palais que la s�cheresse a fendu. Leur bouche haletante, dans l'ardeur de la soif, aspire avidement les vapeurs de la nuit. Ils rappellent ces pluies abondantes
(17) dont ils ont vu nagu�re la campagne inond�e, et leurs veux restent sans cesse attach�s aux nuages arides. Ce qui redouble leur supplice, c'est de se voir, non sous le ciel
br�lant de M�ro� (18) ou du Cancer, dans les champs que laboure le Garamante au corps
nu (19), mais entre
l'imp�tueux Ib�re et le tranquille Sicoris ; de voir couler ces fleuves sous leurs yeux, et de p�rir de soif � leur vue. Les chefs se rendent : discours d'Afranius � C�sar "Si le sort, dit-il, m'e�t fait succomber sous un ennemi sans vertu, ma mort e�t pr�venu ma honte, et cette main m'e�t d�livr�. Nous venons, C�sar, te demander la vie, parce que nous te croyons digne de nous l'accorder. Ce n'est ni l'esprit de faction ni la haine qui nous a mis les armes � la main. La guerre civile nous a trouv�s � la t�te de ces l�gions ; nous lui sommes rest�s fid�les tant que nous l'avons pu. C'en est fait, nous ne retardons plus tes destins, nous t'abandonnons les bords du Couchant, nous te laissons le chemin de l'Orient, nous te d�livrons du danger d'avoir derri�re toi tout l'univers arm�. Cette guerre ne t'a pas co�t� beaucoup de sang ni de fatigues. Pardonne � tes ennemis ta victoire, leur seul crime. Nous demandons peu de chose : nous sommes �puis�s, donne-nous le repos. Laisse-nous passer loin de la guerre la vie que tu nous accordes. Suppose nos l�gions d�truites et couch�es dans la poussi�re. Il ne serait pas digne de toi d'associer nos armes avec les tiennes, et de partager ton triomphe avec de malheureux captifs. Nous avons rempli nos destins; pour toute gr�ce, n'oblige pas les vaincus � vaincre avec toi (20). " C�sar fait gr�ce aux Pomp�iens
Il dit ; C�sar qui l'�coutait avec un visage serein, fut g�n�rera et facile � fl�chir. Il fit gr�ce � ses ennemis, et les
dispensa de la guerre. D�s que la paix est accept�e, les soldats accourent aux fleuves ouverts maintenant devant
eux ; ils se couchent sur le rivage, et troublent ces eaux dont ils peuvent enfin s'abreuver.
Il en est qui s'�touffent par trop d'avidit�, sans pouvoir �teindre la soif qui les d�vore. Le feu qui les consume ne c�de pas encore : il �puiserait, pour s'�teindre, le fleuve entier. Peu
� peu les forces leur reviennent, l'arm�e se ranime. Antoine, lieutenant de C�sar, est press� par la famine au milieu de son camp, dans une �le de l'Adriatique.
Cependant la fortune ne fut pas la m�me
partout (24), elle osa se d�clarer un moment contre C�sar aux lieux o� la mer Adriatique bat les
murs de Salone (25), o� le ti�de Iader (26)
coule au-devant des z�phyrs. Il cherche un moyen d'�chapper en fuyant par mer, et de rejoindre ceux de son parti.
Au lieu de vaisseaux construits selon l'usage , � la haute poupe, � la car�ne allong�e, il �tablit sur deux files de tonnes vides, li�es ensemble par de longues cha�nes, une vaste rang�e de poutres. Le rameur n'y est point expos� aux traits de
l'ennemi : � couvert, dans les intervalles des bois qui forment ce pont flottant, ils ne sillonnent que les eaux enferm�es
au milieu des barques, et donnent ainsi le merveilleux spectacle d'une machine qui vogue sans voiles, et sans secours ext�rieur. On observa le flux et le reflux, et dans l'instant que la mer se reployant sur elle-m�me, abandonnait le rivage, on lan�a ce navire immense avec deux gal�res pour l'accompagner. Ces vaisseaux s'avancent, et au milieu s'�l�ve une forteresse
mouvante, dont le sommet couronn� de cr�neaux se balance sur les flots. Des cha�nes l�ches, cach�es sous les eaux par l'ordre du chef des Pomp�iens, retiennent un des vaisseaux d'Antoine.
Un Cilicien de la flotte d'Octave mit en usage un vieil
artifice des pirates de son pays, pour tendre � l'ennemi des pi�ger sous les eaux.
Il laisse la surface libre, mais au-dessous il tient suspendues des cha�nes l�ches, dont les deux bouts sont attach�s
au rivage. Ni le premier, ni le second navire ne s'y arr�te ; mais le troisi�me est retenu au passage, et les cha�nes se reployant, l'attirent parmi les �cueils. Vult�ius, commandant du navire, exhorte ses soldats � se tuer les uns les autres plut�t que de se rendre.
La troupe constern�e aux approches d'une mort in�vitable, s'abandonnait au d�sespoir, quand VuIteius d'une voix magnanime rel�ve en ces mots les esprits :
"Romains, nous n'avons plus pour �tre libres que le court espace d'une
nuit : employez donc ce peu d'instants � voir, dans cette extr�mit�, quel est le parti � prendre. La vie n'est
jamais trop courte quand il en reste assez pour choisir sa mort. Et ne croyez pas qu'il y ait moins de gloire � pr�venir la mort, quand on la voit de pr�s
; nul homme, en abr�geant ses jours, ne sait le temps qu'il e�t pu vivre. II faut le m�me courage pour renoncer � des moments ou � des ann�es : l'honneur consiste � disposer de soi et � pr�venir ses destins. On n'est jamais forc� � vouloir mourir. La fuite nous est interdite; nous sommes environn�s d'ennemis pr�ts � nous �gorger. D�cidons-nous
; loin d'ici la crainte; c�dons � la n�cessit�, en hommes libres, non en esclaves. Ce n'est pourtant pas dans l'obscurit� qu'il faut p�rir
; et comme des troupes qui dans les t�n�bres s'accablent de traits lanc�s au hasard. Sur un champ de bataille et dans un tas de morts, le plus beau tr�pas se perd dans la foule, la vertu y reste ensevelie et sans honneur, il n'en sera pas ainsi de la n�tre. Les dieux
ont voulu l'exposer sur ce th��tre aux yeux de nos amis et de nos ennemis. Ce rivage, cette mer, les rochers de l'�le que nous
avons quitt�e seront couverts de spectateurs. De l'un et de l'autre rivage, les deux partis vont nous contempler.
O Fortune ! tu te pr�pares � faire de nous je ne sais quel exemple grand et m�morable. Tout ce que la fid�lit�, le d�vouement des
troupes a laiss� de monuments illustres dans tous les si�cles, cette brave jeunesse va l'effacer. Oui, C�sar, c'est faire peu
pour toi, nous le savons, que de nous immoler nous-m�mes ; mais assi�g�s comme nous le sommes, nous n'avons pas de plus grand t�moignage � te donner de notre amour. Le sort envieux a sans doute beaucoup retranch� de notre gloire en ne
permettant pas que nos vieillards et nos enfants se soient trouv�s pris avec nous, mais que l'ennemi sache du moins qu'il est des hommes qu'on ne peut
dompter ; qu'il apprenne � craindre des furieux r�solus et prompts �
mourir ; qu'il b�nisse le ciel de n'en avoir retenu dans ses pi�ges qu'un petit nombre. Il
essayera de nous tenter en parlant de paix et d'accord ; il t�chera de nous corrompre par l'offre d'une vie honteuse.
Ah ! pl�t aux dieux qu'il nous fit gr�ce, et que le salut nous f�t assur� ! notre mort en serait bien plus belle, et en nous voyant d�chirer nous-m�mes nos entrailles, on ne croirait pas que ce f�t la
ressource du d�sespoir. Il faut, amis, il faut m�riter par un courage sans exemple, que C�sar, entre tant de milliers d'hommes qui lui restent, regarde la perte de ce petit nombre comme un d�sastre pour lui. Oui, quand le sort m'offrirait le moyen de m'�chapper, je refuserais. Romains, j'ai rejet� la vie. Mon coeur n'est plus aiguillonn� que du d�sir d'un beau tr�pas. Ce d�sir va jusqu'� la fureur.
Il n'y a que ceux qui touchent � leur terme, qui sentent combien il est doux de mourir. Les dieux le cachent � ceux qu'ils condamnent � vivre, afin qu'ils se r�signent � vivre.
" Ils s'�gorgent les uns les autres. Enfin las de verser du sang et croyant avoir assez vendu leur vie, ils abandonnent l'ennemi, et leur fureur se tourne contre eux-m�mes. Vulteius, le premier, se d�couvrant le sein et tendant la gorge au coup mortel : "Qui de vous, amis, leur dit-il, est digne de plonger sa main dans mon sang et de prouver par l� qu'il veut mourir ?" Il n'eut pas besoin d'en dire davantage ; cent glaives lui percent le sein. Il loue tous ceux qui le frappent, mais � celui qui a donn� l'exemple, il pr�te � son tour sa main reconnaissante et le tue avant d'expirer. Tout le reste s'�gorge � l'envi, et dans un seul parti, s'exercent toutes les fureurs de la guerre. Ainsi s'�gorgeaient devant Th�bes cette foule d'hommes arm�s que vit na�tre Cadmus, des dents terribles qu'il avait sem�es, pr�sage fatal pour les fils d'OEdipe. Ainsi p�rirent au bord du Phase, ces enfants de la dent vigilante du dragon, que M�d�e, par des enchantements nouveaux, dont elle-m�me p�lit d'effroi, for�a de s'immoler entre eux et d'engraisser de leur sang les sillons qui venaient de les engendrer. Tel fut le massacre de cette jeunesse intr�pide qui a jur� de p�rir. Il ne leur co�te rien de mourir. En recevant le tr�pas, ils le donnent. Aucun des glaives ne frappe en vain quoique pouss� d'une main d�faillante. Ce n'est pas le fer qui s'enfonce, c'est le sein qui frappe le fer, c'est la gorge qui va au-devant de l'�p�e et qui la force de s'y plonger. Quoique le fr�re le pr�sente � son fr�re, le p�re � son fils, dans ce carnage affreux, leurs coups n'en sont pas moins assur�s ; tout ce qu'ils donnent � la tendresse c'est de ne pas les redoubler. On les voit tra�ner leurs entrailles d�chir�es sur le navire et rougir la mer de leur sang. Ils regardent avec m�pris la lumi�re qui leur �chappe ; ils tournent contre l'ennemi un front superbe, et ils s'applaudissent de sentir la mort. Le navire n'est bient�t plus qu'un monceau de cadavres que les vainqueurs honorent du b�cher ; saisis d'�tonnement de voir que la nature ait produit un homme capable d'inspirer une semblable r�solution (33). �loge de cette action. Jamais la Renomm�e n'a rien publi� dans l'univers avec tant d'�clat et de gloire ; mais les nations, m�me apr�s cet exemple, sont trop timides pour concevoir combien il est ais� de s'affranchir de l'esclavage. On craint le glaive dans la main des tyrans : la libert� tremble sous les armes qui l'oppriment. L'homme ne sait pas que le fer ne lui a �t� donn� que pour se sauver de la servitude. O mort ! que n'es-tu refus�e aux l�ches ! Que n'es-tu r�serv�e � la vertu ! Curion passe en Afrique, et campe sur des roches ruineuses qu'on appelait le royaume d'Ant�e.
La guerre n'�tait pas moins vive aux champs de la Libye. L'audacieux Curion avait mouill� au rivage de Lilyb�e (34), et de l�, second� par l'Aquilon, il avait pass� en Afrique et abord� entre Clup�e et les ruines de Carthage (35), lieu que nos armes ont rendu fameux. Il va d'abord camper loin de la mer �cumante, sur la rive du Bagrada (36), qui traverse lentement des sables arides. Bient�t il gagne des hauteurs, et les rochers rong�s de toutes parts, que l'antiquit�, digne de foi, dit avoir �t� le royaume d'Ant�e. Voici ce qu'un rustique habitant du pays en avait appris de ses p�res et lui raconta : Description du combat de ce g�ant contre Hercule.
"La terre ayant enfant� les b�ants n'�tait pas �puis�e. Elle
con�ut dans les antres de Libye le formidable Ant�e. Elle en eut plus d'orgueil que d'avoir produit Typhon, Tityes, ou le
farouche Briar�e, et il fut heureux pour le ciel qu'il ne f�t pas n� dans les champs de
Phl�gra (37). Pour surcro�t � ses forces
immenses, d�s que son corps touchait la terre, il prenait une nouvelle vigueur.
Il avait cet antre pour demeure, une roche �lev�e lui servait de toit. Les lions pris � la chasse �taient sa p�ture
; il se couchait non sur la d�pouille des b�tes fauves, ni sur les d�bris des for�ts, mais sur le sein nu de sa m�re. C'est l� qu'il
se fortifiait. D'abord tout p�rit sous ses coups, et les habitants des campagnes de l'Afrique et les �trangers que les flots jetaient
sur ce bord. Longtemps m�me la valeur du g�ant d�daigna le secours de la
Terre (38). Quoique debout, il �tait invincible. Enfin
le bruit de ses fureurs attire en Libye le magnanime Alcide, Alcide qui purgeait de monstres la terre et la mer. Le h�ros
d�pouille la peau du lion de N�m�e ; le g�ant celle d'un lion de Libye. L'un, selon l'usage des jeux olympiques, arrose d'huile
ses membres nerveux ; l'autre, ne se croyant pas assez fort, s'il ne touchait que du pied sa m�re, se couvre d'un sable br�lant
et secourable. Leurs bras et leurs mains s'entrelacent de mille noeuds. Longtemps leurs pesantes mains attaquent vainement
leurs robustes cous. Leur t�te reste in�branlable, leur front superbe n'est point inclin�. Chacun d'eux s'�tonne de trouver son
�gal. Alcide en m�nageant ses forces au d�but de la lutte �puise celles du g�ant. Il le voit hors d'haleine et couvert d'une sueur
glac�e : il lui secoue la t�te, il presse sa poitrine contre la sienne et frappe de coups obliques ses jambes mal assur�es. Forces des Pomp�iens en Afrique, sous le commandement de Varus et de Juba
Curion flatt� de ce pr�sage, comme si le bonheur de nos armes �tait attach� � ce lieu, et comme si la fortune
de Scipion l'y attendait lui-m�me, fait dresser dans ce poste heureux un camp qui ne devait pas l'�tre. II donne quelque tr�ve � ses troupes, et avec des forces trop
in�gales (41), il ose d�fier un superbe ennemi. Ressentiment de Juba contre Curion.
Juba ne d�fendait pas seulement la cause de Pomp�e
; il vengeait la sienne. La m�me ann�e qu'en allumant la guerre civile Curion s'�tait rendu coupable envers les hommes et les dieux, il avait voulu, par une loi du peuple, chasser Juba du
tr�ne de ses p�res, et arracher la Libye � un tyran � l'heure o� il te livrait, � Rome, � la
tyrannie ; et Juba, plein de son ressentiment, regarde cette guerre comme le plus beau droit du sceptre qu'il a conserv�. Curion tremble au bruit de son approche. Les troupes qu'il commande ne sont pas de celles qu'il a �prouv�es sur les bords du Rhin, et qui, d�vou�es � C�sar, ne connaissent que ses enseignes. Ce sont les troupes infid�les qui ont livr� Corfinium, aussi peu attach�es au chef qu'elles suivent qu'� celui qu'elles ont quitt�, et pour qui, sans z�le et sans choix, il est �gal de servir l'un ou l'autre. Mais les voyant
d�serter la nuit les barri�res du camp, Curion se dit � lui-m�me : "Rien ne cache mieux la frayeur que l'audace. Je veux
pr�senter le combat, et tandis qu'elles sont � moi, faire avancer mes troupes dans la plaine. C'est dans le repos que les
esprits changent. D�s que le glaive, une fois tir�, allume la fureur, et que le casque couvre la honte, qui songe alors � balancer Curion attaque Varus et le d�fait. En se parlant ainsi, Curion d�ploie son arm�e en pleine campagne ; et la fortune, par un succ�s l�ger, semble vouloir l'aveugler sur le revers qui l'attend : car il chasse devant lui l'arm�e de Varus, et le carnage qu'il en fait ne cesse qu'au camp. D�faite des C�sariens par les Numides ; Curion se fait tuer
Juba instruit de la d�faite funeste de Varus, s'applaudit de voir d�pendre de lui seul l'�v�nement de cette guerre. Il
accourt sans bruit avec son arm�e, et le silence qu'il fait garder d�robe sa marche � l'ennemi. Sa seule crainte est d'en inspirer, et que les Romains ne l'�vitent. Il d�tache en avant Saburra son lieutenant, avec une troupe l�g�re, pour engager une
premi�re attaque, et pour attirer l'ennemi. Saburra doit laisser croire qu'il commande seul, que Juba ne vient point, et que ce corps de troupes est tout ce qu'il envoie. Cependant Juba se tient cach� dans une vall�e profonde avec toutes ses forces. Tel l'ichneumon
(45) agite sa queue trompeuse devant l'aspic �gyptien, et provoque sa col�re par cette ombre insaisissable, puis obliquement s'�lance sur le reptile, le mord � la gorge
au-dessous du poison ; alors la b�te pernicieuse lance le venin, qui coule inutilement de sa gueule. L'artifice lui r�ussit. Curion d�daignant de s'instruire des forces secr�tes des Africains, oblige sa cavalerie � sortir la nuit de son camp, et � se r�pandre au loin dans un pays inconnu. Ce fut en vain qu'on l'exhorte � se d�fier d'un ennemi chez qui l'art de la guerre n'�tait que pi�ges, sa destin�e l'entra�nait � la mort, et l'auteur de la guerre civile en devait �tre la victime. Par un chemin escarp�, il conduit son arm�e sur les rochers �lev�s. Sit�t que le Humide, de ces hauteurs, aper�oit les Romains, il s'�loigne selon sa coutume, et feint de reculer, afin d'engager l'ennemi � descendre dans la plaine. Curion, qui prend pour une fuite cette retraite simul�e, se pr�cipite en vainqueur sur ses pas. L'artifice alors se d�couvre, et, cessant de fuir, les Africains, r�pandus sur les collines d'alentour, enveloppent l'arm�e romaine. Le chef et les soldats se voyant perdus, restent glac�s d'�tonnement. Le
l�che n'ose penser � la fuite, ni le valeureux au combat ; car au lieu de voir leurs chevaux �mus au son de la
trompette , dresser l'oreille, agiter leurs crins, ronger le mors qui les d�chire, et
d'un pied rebelle frappant la terre, et brisant les cailloux, s'indigner du repos; on les voit la t�te baiss�e, le corps tout fumant
de sueur, la langue pendante, la bouche embras�e du feu de leur haleine. Leurs flancs s'�l�vent et s'abaissent avec un
violent effort, et une �cume s�che et br�lante couvre leurs mors ensanglant�s. En vain le fouet ou l'aiguillon les presse, en vain l'�peron leur d�chire le flanc, aucun ne s'emporte, aucun ne prend sa course; ils n'ont pas m�me la force de doubler le
pas, et le peu qu'ils avancent, ne sert qu'� exposer de plus pr�s leur guide aux coups de l'ennemi. �pilogue sur cette mort de Curion.
LIVRE IV
(01)
Une guerre qui co�ta peu de sang. - Lucain dit que cette guerre fut
peu sanglante. En effet, les lieutenants de Pomp�e se rendirent, vaincus par la
disette. (Voyez plus bas, v. 354.) "Anceps variumque, sed incruentum in
Hispania bellum."Florus, lib. IV, c. II.
(02) Afranius et Petreius ses lieutenants. - A l'arriv�e de Vibullius Rufus, envoy� par Pomp�e en Espagne, il y avait trois lieutenants dans cette province, Afranius, Petreius, et M. Tarentius V arron, le plus savant des Romains. Les deux premiers se r�unirent, en choisissant Ilerda pour leur centre d'op�ration, et partag�rent le commandement de cinq l�gions qu'ils avaient sous leurs ordres ; Varron fut charg� de d�fendre toute l'Espagne Ult�rieure. Voyez C�sar, Guerre civile liv. I, ch. XXXVIII. (03) L'infatigable Astur. - C'est-�-dire, les peuples des Asturies, cha�ne de montagnes, c�l�bre au moyen �ge par la retraite de P�lage qui sauva la libert� et la monarchie de l'Espagne contre les Maures mahom�tans.
(04)
Le Veston l�ger. - Les Venons ou Vectons �taient des peuples de la Biscaye. (06) Hilerda. - Aujourd'hui L�rida, capitale des Ilerg�tes (dans la Catalogne). Elle �tait situ�e sur le Sicoris (aujourd'hui la S�gre), rivi�re qui sort des Pyr�n�es, traverse le pays des C�r�tans (la Cerdagne) et celui des Vertes (la Catalogne), et se jette dans l'Ib�re (l'H�bre) � Octog�se (Mequinenza). (07) Le fleuve s�pare les deux camps. - Cela est positif. Mais le r�cit des faits semble �tablir que la ville et les deux camps �taient en de�� du Sicoris. Alors il faut expliquer les mouvements des deux arm�es au moyen des deux ponts que C�sar dit avoir �t� jet�s sur cette rivi�re. Voyez C�sar, Guerre civile, liv. I, eh. XL : "Fabius... in Sicore flumine pontes effecerat duos, inter se distantes millia passuum iv. His pontibus pabulatum mittebat, etc." - Pour tout le r�cit de la guerre d'Espagne, consultez C�sar, de Bello civili, ch. XL. et suiv. (08) Rapide Cinga. - Cette rivi�re, appel�e aujourd'hui la Senga, s�pare l'Aragon de la Catalogne, et se jette dans l'Ebre. (09) Les plaines br�l�es par les frimats. - Virgile (G�org., liv. I, v. 92) parle de moissons qui pourraient �tre br�l�es par le chaud ou par le froid ;
Rapidive potentia solis (10) L'horrible famine approche. - "Accidit etiam repentinum incommodum biduo, quo haec gesta sunt. Tanta enim tempestas cooritur, ut nunquam illis locis majores aquas fuisse constaret. Tum autem ex omnibus montibus nives proluit, ac summas ripas fluminis superavit, pontesque ambos, quos C. Fabius fecerat uno die interrupit. Quae res magnas difficultates exercitui Caesaris attulit. Castra enim, ut supra demonstratum est, quum essent inter flumina duo, Sicorim et Cingam, spatio minium xxx, neutrum horum transiri poterat ; necessarioque omne his angustiis continebantur, etc." Caes. de Bello civili, lib. I c. XLVIII.
(11)
Ainsi le Ven�te passe le P� d�bord�. -Le po�te n'explique pas que le fait qu'il raconte est un des plus heureux stratag�mes de C�sar pour sortir de la position terrible o� il �tait engag�
:
(12)
Petreius... abandonne les hauteurs d'Hilerda. -
"His paene effectis, magnum in timorem Afranius Petreiusque perveniunt, ne onmino frumento pabuloque intercluderentur, quod multum Caesar equitatu valebat.
Itaque constituant ipsi iis locis excedere, et in Celtiberiam bellum transferre. Huic consilio suffragabatur etiam illa res, quod ex duobus contrariis generibus quae superiore bello cum L. Serorio steterant civitates, victae nomen atque imperium absentis timebant ; quae in amicitia manserant, Pompeii magnis affectae beneficiis eum diligebant : Caesaris autem in Barbaris erat nomen
obscurius, etc." Caes., de Bello civili, lib. I, c. LXI. Voyez les chapitres suivants, pour bien comprendre les d�tails de cette manoeuvre. (14) Qu'ils aient perdre l'envie de mourir. - Le commentateur de Lemaire propose un sens un peu diff�rent du n�tre. Perdant velle mori : "Que cette volont� qu'ils ont de mourir leur soit inutile, ne leur serve � rien. " Ce sens est fort plausible, mais l'autre para�t plus naturel et plus simple. (15) Le p�le chercheur d'or des mines des Asturies. - L'Espagne ancienne �tait c�l�bre pour ses mines d'or :
Haud aliter Collis scrutator Hiberi, (16) Qu'un ennemi barbare empoisonnait. - C'est ce que Jugurtha, roi de Numidie, Mithridate, roi du Pont, et Juba, roi de Mauritanie, avaient fait dans leurs guerres contre les Romains. (17) Ils rappellent ces pluies abondantes. - Ce sont les pluies dont le po�te a parl� plus haut, vers 75 et suiv,
. . A l'horizon �piant un nuage, (18) M�ro� est une �le du Nil. (19) Le Garamante au corps nu. - Les Garamantes sont un peuple d'Afrique, dans le voisinage de Cyr�nes, et qui touche � l'�thiopie ; il tire son nom de Gammas, fils d'Apollon. Le po�te les repr�sente comme nus � cause de la chaleur.
(20)
N'oblige pas les vaincus � vaincre avec toi. - Voyez (Guerre civile, liv. I, ch. XXXV) la r�ponse de C�sar au discours d'Afranius : ce fut C�sar qui, de son propre mouvement, dispensa les vaincus du service. (21) Un vin fameux recueilli sous un consul inconnu. C'est-�-dire un vin si vieux que le nom du consul qui l'a vu recueillir est devenu illisible sur le vase ou l'amphore :
Capillato diffusum consule . . . . Voyez aussi Horace. (22) Ils ont tant de sang � r�pandre dans toute la terre. - ll restait encore � C�sar la guerre de Mac�doine, celle d'Alexandrie ou d'�gypte, celle d'Afrique, et la seconde guerre d'Espagne contre les fils de Pomp�e. (23) Le son de la trompette.
Neque excitatur classico miles truci.
Jamais le chant des coqs ni le bruit des clairons... (24) La fortune ne fut pas la m�me partout. - Cet �pisode de la guerre Civile a �t� pris � Lucain par Florus : "Aliquid tamen adversus absentem ducem ausa fortuna est circa Illyricum... Quippe quum fauces Adriatici maris jussi occupare Dolabella et Antonius, ille Illyrico, hic Coreyraeo litore castra posuissent, jam maria late tenente Pompeio, repente castra legatus ejus Octavius Libo cum ingentibus copiis classicorum circumvenit utrumque. Deditionem fauces extorsit Antonio. Missae quoque a Basilo in auxilium ejus rates, quales inopia navium fecerat, nova Pompeianorum arte Cilicum, actis sub mare funibus, captae quasi per indaginem. Duas tamen aestus explicuit : una, quae Opiterginos ferebat, in vadis haesit, memorandumque posteris exitum dedit. Quippe vix mille juvenum manus, circumfusi undique exercitus per totum diem tela sustinuit, et quum exitum virtus non haberet, ne in deditionem veniret, hortante tribuno Vulteio, mutuis ictibus in se concurrit." (Lib. IV, cap II.) (25) Les murs de Salone. - Salone est c�l�bre par la retraite et les jardins de Diocl�tien. Aujourd'hui elle n'offre plus que des ruines � deux lieues N.-E. de Viscio , petit lieu pr�s du ch�teau d'Almissa en Dalmatie, � quatre lieues E, de Castel-Vecchio , cinq lieues S. de Glissa, et six lieues S.-0. de Duar�. Notre po�te l'appelle Salone-la-Longue, parce qu'elle s'�tendait en longueur sur l'Adriatique. (26) O� le ti�de Iader. - "Iader juxta Salonas mare influit Adriaticum." (Vibius Sequester.) Pline l'Ancien (liv. IV, ch. XXI et suiv.) parle d'une colonie de Iadera. (27) La foi des belliqueux Cur�tes. - Il est assez difficile de savoir au juste quel est ce peuple que notre auteur nomme ici Cur�tes. Ce ne sont point les habitants de Brindes, descendus des Cr�tois, comme le veut Sulpitius ; ni des Cr�tois auxiliaires, comme le pr�tend Omnibonus ; ce ne sont point non plus les Cur�tes, peuples d'Acarnanie, dont le nom porte toujours la premi�re syllabe longue. Il s'agit peut�tre des habitants d'une de ces �les que Pline (liv. III, ch. XXVI) appelle cr�toises, de Currita, par exemple, que Ptol�m�e (G�ographie, liv. II) place � c�t� de la Liburnie.
(28)
Antoine inventa pour fuir.
- C'est C. Antonins, et non M. Antonius, qui se trouvait alors � Brindes, attendant le moment de faire passer en Mac�doine les l�gions de C�sar. (29) Le cerf qu'�pouvante la plume odorante. - On faisait br�ler ces plumes, et leur odeur faisait fuir les cerfs. Voyez, sur cet appareil, Gratius, po�me de la Chasse, v. 75 et suiv. ; S�n�que le Tragique, Hippolyte, v. 46.
Dicta rubenti linea penna
Puniceaeve agitant pavidos formidine pennae. Voyez encore Pline, Hist. Nat., liv. XXI, ch. XXXIX. (30) Le vaisseau qui portait les Opitergiens. - Opitergium �tait une ville du pays des V�n�tes (�tats de Venise), aujourd'hui Oderzo. (31) Il s'approchait du Cancer. - On �tait en �t� et l'on touchait au solstice qui tombe dans le Cancer, le plus �lev� des signes du zodiaque. (32) Le Centaure. - Chiron, c'est-�-dire le Sagittaire :
Haemonios arcus violentique ora leonis. (33) Un homme capable d'inspirer une semblable r�solution. - Il est difficile, en effet, de trouver ailleurs des exemples d'un pareil d�vouement. Plutarque n'a point laiss� �chapper ce trait remarquable de la vie de C�sar. Il cite quelques faits analogues � celui que notre po�te raconte en ce moment ; voici le plus digne d'�tre mis en rapport avec le tr�pas volontaire de Vulteius et de sa troupe : "En Afrique, Scipion s'�tait empar� d'un vaisseau de C�sar, mont� par Granius P�tron, qui venait d'�tre nomm� questeur. Scipion fit massacrer tout l'�quipage, et dit au questeur qu'il lui donnait la vie. Granius r�pondit que les soldats de C�sar �taient accoutum�s � donner la vie aux autres et non pas � la recevoir ; en disant ces mots, il tire son �p�e et se tue." (Vie de C�sar, ch, XVII.) (34) Lilyb�e. - Lilyb�e �tait un promontoire de Sicile en face de l'Afrique, comme le cap P�lore est en face de l'Italie, et celui de Pachinum en face de la Gr�ce. (35) Les ruines de Carthage. - Carthage, � cette �poque, n'�tait plus qu'� moiti� ruin�e. Les Romains l'avaient un peu relev�e depuis la troisi�me guerre panique. "Akhyb�e (en langue da pays Akhybia), autrefois Clupea, appartient aujourd'hui au royaume de Taris. C'�tait un bon port. Les Romains s'y fortifi�rent lors de la premi�re guerre punique, et en firent are place d'armes. " Lepernay, Pharsale. (36) Sur la rive du Bagrada. - Le Bagrados, appel� aujourd'hui Megerda ou Mesjerda, sort de la Numidie et se jette dans la mer aupr�s d'Utique. Le pays qu'il arrose porte le nom de Prikia. On conna�t l'histoire du serpent monstrueux que Regulus tua sur les bords de ce fleuve :
Turbidus arentes lento pede sulcat arenas Bagrada. (37) Dans les champs de Phl�gra. - Ville de Mac�doine ; il y avait aussi une ville du m�me nom dans la Campanie, pr�s de Puteoli, Pouzzoles. (38) D�daigne le secours de la terre. - Le po�te veut dire que, dans ses combat, Ant�e d�daigne de se lainer tomber pour chercher des forces contre le sein de sa m�re, car il vient de dire qu'il dormait toujours sur la terre nue.
(39)
La gloire de Scipion. - L'exp�dition hardie de Scipion, nomm� consul avant l'�ge for�a Annibal de quitter I'ltalie qu'il d�solait depuis seize ans, et de repasser la mer pour
porter au secours de sa propre ville. Arriv� en Afrique, il perdit la bataille de Zama, qui termina la seconde guerre punique. (40) Ce fut l� qu'il �tablit son camp. - "Ipse cum equitatu antecedit ad castra exploranda Corneliana, quod is locus peridoneus castris habebatur." (Caesar, de Bello civili, lib II, c. XXIV -XXV.). L� fut le premier camp de Scipion sur la terre d'Afrique, et ce lieu avait continu� de s'appeler le camp Corn�lien. (41) Avec des forces trop in�gales. - Il avait pris les devants et n'avait avec lui que deux l�gions et cinq cents cavaliers.
(42)
L'Atlas voisin de Gad�s. -II faut remarquer que l'auteur prend ses points cardinaux dans le royaume dont il fait la description (Voyez Heeren,
Manuel de l'Histoire ancienne, p. 47 et 410). La Mauritanie, soumise � Juba, fut partag�e, l'an 42 avant J�susChrist, en deux royaumes : la Mauritanie C�sarienne, born�e � l'est par le fleuve Ampsagus, � l'ouest par le fleuve
Mulucha ; villes : Igilgilis et C�sar�e; et la Mauritanie Tingitane, depuis le fleuve Mulucha jusqu'� la mer Atlantique; capitale Tingis.
(43)
Hammon, voisin des Syrtes. - Il est �loign� d'environ huit degr�s de longitude. Jupiter Hammon est proprement le Jupiter des sables,
�mmow. � Cependant il partit pour aller au temple de Jupiter Hammon. Le chemin �tait long et
fatigant ; il offrait partout les plus grandes difficult�s. Il y avait deux dangers � courir : la disette d'eau, qui rend ce pays d�sert pendant plusieurs journ�es de
marche ; l'autre, d'�tre surpris en traversant ces plaines immenses d'un sable profond, par un vent violent du midi, comme il arriva � l'arm�e de Cambyse.
ce vent ayant �lev� de vastes monceaux de sable, et fait de cette plaine comme une mer orageuse, engloutit en un instant cinquante
mille hommes dont il ne se sauva pas un seul." Plutarque, Vie
d'Alexandre, ch. XXXVII. (44) Le Numide errant, etc. - Voyez Salluste, Guerre de Jugurtha, description de l'Afrique.
Gaetulis, Numidis, Garamantibus Autololisque, Mazuge, Marmarida, Psyllo, Nasamone timetur.
(45)
Tel l'ichneumon rus�. - Le crocodile a la vue faible et les yeux plac�s de c�t�
; ce qui favorise le stratag�me de son ennemi. (46) Il ne put ni survivre � son malheur, ni penser � la fuite : "Hortatur Curionem Cn. Domitius, praefectus equitum, cum paucis equitibus circumsistens, ut fuga salutem petat, atque in castra contendat, et se ab eo non discessurum pollicetur. At Curio, nunquam, amisso exercitu quem Caesare fidei suae commissum acceperit, se in ejus conspectum reversurum confirmat ; atque ita proelians interficitur." Caes., de Bello civili, lib. II, c. XLIII. (47) �bloui par les riches d�pouilles de la Gaule. - Curion fut d'abord ennemi de C�sar et partisan de Pomp�e ; mais ses dettes �normes le mirent dans la n�cessit� de se vendre, et la guerre des Gaules rendit C�sar assez riche pour l'acheter. "Apr�s le consulat de Marcellus, C�sar laissa puiser abondamment dans les tr�sors qu'il avait amass�s en Gaule tous ceux qui avaient quelque part au gouvernement ; il acquitta les dettes du tribun Curion, qui �taient consid�rables, etc." Plutarque, Vie de C�sar, ch. XXXII.
(48)
Curion la vendit. - Il ne faut point se laisser ici tromper � l'exag�ration du po�te, quelque brillante
que soit l'expression de sa
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