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La prise à partie de Louis-Napoléon

[article]

Année 1988 60 pp. 77-82
Fait partie d’un numéro thématique : Hugo-Siècle
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Page 77

Jacques SEEBACHER

La prise à partie de Louis-Napoléon

La querelle personnelle de Victor Hugo à Napoléon III fait écho au débat que Chateaubriand menait avec l'oncle. Le 17 juillet 1851, c'est un souvenir de Chateaubriand 1 qui founit au discours contre la révision de la Constitution l'outrage historique en même temps que le titre futur : « Quoi ! après Auguste, Augustule ! Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit ! ■ » Discuter de « Buonaparte et des Bourbons » ou de Badinguet et de la République, c'est hisser la magistrature de l'écrivain à cette région suprême où légitimité et liberté se cherchent l'une l'autre et cherchent à donner au siècle son nom, qui est triomphe de l'histoire et de la civilisation. Deux ans plus tard, aux premières heures nocturnes du 13 septembre 1853, un rêve de Napoléon III émeut le trépied fourni par Delphine de Girardin 2 : l'homme du Deux-Décembre vient, sur l'ordre de son oncle, « pour être puni ». Il annonce sa mort, « dans deux ans », qui fait l'avènement de la République universelle. Mais c'est bien d'un couple qu'il s'agit : « Ma conscience a besoin de ton regard [...] Je suis condamné à toi par mes crimes ». Le soir suivant, Chateaubriand se déplace pour venir approuver tout cela, à la réserve près qu'interrogé sur l'avenir il se réfugie dans l'éternité. Ce dialogue des vivants et des morts, des rêveurs et des spirites, dans de telles conditions de torture douce, traduit entre autres choses le désir qu'a Hugo de faire approuver non tant sa conduite et son personnage que son œuvre : Napoléon le petit et Châtiments. Si les tables prennent en compte le désir du proscrit et de son clan, elles n'agissent guère autrement que la fille Adèle, qui enregistre la parole du maître et les échos des familiers. Toute l'œuvre se construit de ce repoussoir et de ces médiations. Et l'œuvre qui se construit, pamphlet et poème, se veut histoire, travail et alchimie d'histoire, relayant YHistoire d'un crime, interrompue.

La fascination qu'exerce Louis-Napoléon n'est pas niable. Sous les injures et les insultes, dans le détaillement physique de ce « personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain », « homme médiocre échappé » « au galop à travers l'absurde », la thématique du creux et de l'incohérent se fige dans le ralentissement du « geste accablé », dans le trouble de < l'œil vitreux ». « Muet et immobile », « sorte de somnambule sinistre » il décroît ainsi vers une evanescence de sphinx. Son usure, sa dégradation, même si elles sont de ruse, ne font que donner corps à l'énigme. L'homme « punique » est « fatal ». C'est-à-dire qu'il adhère à autre chose qu'à lui-même — ou à ce contre-type que l'histoire lui fournit en la personne de Hugo, à qui

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