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Les sermons français inédits de Jean Gerson pour les fêtes de l'Annonciation et de la Purification

[article]

Année 1948 2-2 pp. 221-240
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LES SERMONS FRANÇAIS INÉDITS DE JEAN GERSON

POUR LES FÊTES DE L'ANNONCIATION

ET DE LA PURIFICATION

Poursuivant l'édition et l'étude des quelque soixante sermons ou discours français que Jean Gerson (1363-1429), le célèbre chancelier de l'Université de Paris, adressa à la Cour de Charles VI et au peuple parisien, nous publions aujourd'hui le texte critique des deux derniers sermons, Y Ave Maria et le Suscepimus, Deus, misericordiam tuam qu'il prêcha en de la Vierge, et qui, croyons nous, raviront les amateurs de belle prose médiévale. Les textes édités ici font l'objet d'une étude littéraire et doctrinale sous presse dans la Revue belge de philologie et d'histoire, t. XXVII, 1949. Dans les notes de la présente édition nous renvoyons, sous l'abréviation « Étude », aux paragraphes numérotés de cet article. On y trouvera aussi la justification de la rapide synthèse que nous esquissons ci-après.

Le Suscepimus et Y Ave Maria furent prononcés à Paris, en une église qui nous reste inconnue, le premier très probablement le 2 février 1396 ou 1397, le second le 25 mars d'une année que nous situerions volontiers — mais sans argument absolument convaincant — un peu avant 1400.

A l'époque du Suscepimus le grand schisme d'Occident traverse une phase particulièrement dangereuse. Et dans les deux œuvres se reflète la situation trouble de la France, car toutes deux s'adressent à un public qui touche la Cour de près. Les premières crises de folie ont assailli le roi, favorisant le recours aux occultistes et rebouteurs, auxquels l'intrigant duc d'Orléans fait volontiers appel. Le Conseil royal s'encombre de conseillers néfastes. Les flatteurs et les hypocrites se pressent autour des personnages influents, ces pécheurs endurcis et mécréants contre lesquels Gerson dirige son Suscepimus, et qui, en leur « estât de seignourie » exercent l'« oultrage » et oppressent le peuple d'impôts, au lieu de tirer leur profit du « Regime des princes » de Gille de Rome.

Quand on songe à la frivole Isabeau de Bavière, les enseignements contre la luxure se durcissent en un relief spécial, ainsi que le souci gersonien d'évoquer la royauté de Marie et de faire miroiter devant l'auditoire le couronnement auquel il doit aspirer. Une sorte d'opposition s'est créée dans l'esprit de l'orateur et des fidèles entre cette reine temporelle et la reine universelle, entre leur conduite respective, entre la couronne déshonorée par Isabeau et la « belle couronne » de chasteté dont Marie est le modèle, entre la nécessité de la flatterie pour obtenir quelque faveur, et la « courtoisie » de la Vierge qui répond à la salutation du chrétien, entre l'excommunication divine à laquelle conduisent les péchés commis dans ou à cause de cette Cour royale, et la récompense à laquelle mène Marie.

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