CHRONIQUE
LES MOYENS D'INVESTIGATION SCIENTIFIQUES ET LES MANUSCRITS HÉBREUX DU MOYEN ÂGE *
A Jean Mallon
L'utilisation des sciences et techniques modernes en paléographie **, hébraïque ou autre, est possible dans deux situations différentes :
I. lorsqu'une technique a été mise au point et qu'elle est utilisable dans l'examen des manuscrits : il faut s'interroger sur ce que le résultat de l'examen à l'aide de cette technique peut apporter au but de notre recherche, la datation et la localisation des écrits. Des exemples de ce cas sont la datation par le carbone u et l'utilisation de la bétagraphie ; II. lorsque l'objet de recherche d'une autre science est le même que celui de la paléographie ; on voudrait savoir ce qui unit les deux recherches, ce qui, dans la science plus exacte, peut aider le paléographe à être plus précis et plus « quantitatif » ; c'est le cas de l'étude des écritures.
Les questions de datation et de se posent de manière plus aiguë au paléographe hébreu, caries écrits en caractères hébraïques portant des indications de date et de lieu sont peu nombreux ; les traits distinctifs des écrits datés et localisés doivent donc être scrutés avec plus de diligence et le recours aux sciences et techniques modernes est plus nécessaire. Ces questions, cependant, se posent à tous les paléographes ou historiens de l'écriture, quels que soient la langue et l'alphabet. Tous, en effet, doivent résoudre deux problèmes :
1) la sélection et la description, ainsi que la mesure, des caractères historiques et du monument graphique ;
2) l'interprétation de ces caractères dans le cadre de l'histoire d'une communauté
maine et de ses habitudes culturelles et
Le premier problème fait l'objet des pages qui suivent (x) et, bien qu'il ne s'agisse que de paléographie hébraïque, la perspective est celle d'une histoire plus générale, celle qu'a définie Jean Mallon : « étant donné un quelconque monument graphique, c'est une « circonstance » que la nature de son texte (littéraire, juridique, comptable, épistolaire, funéraire ou autre) ; c'est aussi une que sa langue (latine, grecque, arabe ou autre) ; c'est une circonstance que son mode d'élaboration, soit en un temps à l'encre ou à la pointe sèche, soit en deux temps ou plus, s'il s'agit de gravure au ciseau ou de mosaïque ; circonstance que la matière du support (papyrus, bois, parchemin, cire, argile avant ou après cuisson, marbres et pierres diverses, parois, etc.) ; circonstance que l'instrument ... » (2).
Deux de ces « circonstances » ont été à des investigations dites « » parce qu'elles utilisent des techniques
* N.D.L.R. : L'intérêt fondamental de cette s'étend, au-delà du domaine linguistique qui lui a servi de base, à tous les types de manuscrits et c'est la raison qui justifie sa publication dans Scriptorium.
** MM. E. Poulie et A. Petrucci ont bien voulu lire cet article et j'aimerais les remercier très vivement des compléments qu'ils y ont apportés.
(1) Le second est étudié dans un article à paraître dans Scrittura e Civiltà : Les manuscrits en caractères hébraïques, réalités d'hier et histoire d'aujourd'hui.
(2) Qu'est-ce que la paléographie1}, dans Mùnchener Beitrdge zur mediâvistik und Renaissance- Forschung, 32, Palâographie, 1981, Mûnchen, 1982, p. 48.
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